Kate-astrophe à Londres

Chapitre 3 : Une Performance Trop Convaincante

591 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 17/01/2026 21:43

Le soir de la première, l’atmosphère au théâtre était électrique. Hugh Fitzcairn s’était installé au premier rang, une flasque de vin dissimulée sous sa veste et un sourire goguenard aux lèvres. Il était venu pour le spectacle, certes, mais surtout pour le plaisir jubilatoire de voir son vieil ami s'humilier publiquement. Il avait déjà préparé mentalement une douzaine de piques cinglantes sur la grâce de "Miss MacLeod".

Puis, les rideaux s’écartèrent.

Fitzcairn sentit son sourire se figer. Ce n’était pas le Highlander bourru qu’il vit entrer en scène, mais une vision de satin bleu poudré et de dentelles d’une finesse exquise. Duncan était méconnaissable. La perruque aux boucles savamment travaillées adoucissait les traits de son visage, et le maquillage — une couche de blanc de céruse rehaussée par le rouge éclatant de ses lèvres — lui donnait une allure altière, presque intimidante. Sous la lueur des bougies, qui gommait les ombres trop masculines, la silhouette sanglée dans le corset présentait une élégance que Fitz n’aurait jamais crue possible.

— Par les cieux… murmura l'immortel, oubliant de porter sa flasque à ses lèvres.

La blague, qui semblait si drôle à la taverne, venait de se transformer en un malaise étrange et lancinant. Fitz se surprit à ne plus regarder son ami, mais "l’actrice". Il y avait quelque chose dans le port de tête de Duncan, une dignité farouche mêlée à cette apparence fragile, qui provoquait chez lui une réaction totalement inédite. Il se sentit soudain très à l'étroit dans sa propre veste.

Sur scène, Duncan ne tarda pas à repérer la silhouette de Fitzcairn au premier rang, son instinct ayant immédiatement capté son regard déstabilisé. Un esprit de revanche malicieux s’empara de lui. Puisque Walter voulait une Kate flamboyante, il allait lui offrir une performance inoubliable, surtout si cela pouvait torturer un peu son ami.

Oubliant sa propre gêne, Duncan se jeta dans le rôle avec une intensité théâtrale outrancière. Il commença à jouer de l’éventail avec une dextérité suspecte, jetant des coups d’œil par-dessus l’épaule qui ciblaient directement Fitzcairn. Lors d’une tirade particulièrement vive, il s’approcha du bord de la scène, se penchant légèrement vers le premier rang.

« Si je suis guêpe, mieux vaut faire attention à ma piqûre! » déclama-t-il d’une voix qu'il avait réussi à rendre étonnamment mélodieuse, tout en fixant Fitzcairn avec une intensité brûlante.

Il accompagna sa réplique d’un battement de cils si appuyé et d’un sourire si provocateur que Fitzcairn faillit s’étouffer avec sa gorgée de vin. Le Highlander, porté par l'adrénaline et son goût pour la compétition, s'amusait désormais à flirter ouvertement avec le public, multipliant les poses suggestives et les œillades assassines vers Fitz.

Ce dernier, d’ordinaire si éloquent avec les dames, se retrouva pétrifié sur son siège, incapable de détacher ses yeux de cette Kate improvisée. Il sentait une chaleur inhabituelle lui monter aux joues. Ce n'était plus de la moquerie ; c'était une confusion totale qui bousculait toutes ses certitudes de gentilhomme.

Alors que Duncan tourbillonnait dans sa robe de soie, savourant sa victoire psychologique, Fitzcairn n'avait plus qu'une idée en tête : que cette pièce se termine au plus vite... ou qu'elle dure une éternité.

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