Kate-astrophe à Londres

Chapitre 2 : Une Plume de deux cents livres

631 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 15/01/2026 21:59

Duncan MacLeod, planté au milieu de la scène, avait l’impression que chaque centimètre de sa peau criait à l’injustice. S’il se retrouvait là, ce n’était pas seulement parce qu’il devait une fière chandelle à Walter Graham. Ce dernier, en fin observateur, savait que derrière les manières de soldat du Highlander se cachait une mémoire infaillible.

Peu après 1642, alors qu’il apprivoisait encore les lettres et les mots — un savoir durement acquis avec l'aide de Fitzcairn quelques années plus tôt —, Duncan s’était pris d’une passion dévorante pour les textes de Shakespeare. C'étaient les premiers écrits qu'il avait véritablement dévorés, les lisant et les relisant jusqu’à pouvoir en déclamer des tirades entières. Walter se souvenait parfaitement d’avoir vu Duncan, un verre à la main et l’œil brillant, réciter les répliques de Petruchio avec une fougue et une virilité impressionnantes. À l'époque, MacLeod s'identifiait au dompteur de mégère. Mais aujourd’hui, l’ironie de Walter avait frappé fort : le rôle avait changé de camp.

— Non, non et trois fois non ! hurla Walter depuis le parterre vide, agitant ses mains comme des ailes de moulin. Duncan, tu marches comme si tu traversais un champ de bataille à la recherche de ton bouclier ! Kate est une femme de feu, certes, mais elle porte des jupons, pas une armure !

Duncan s'arrêta net, manquant de trébucher sur l'ourlet de la robe de satin vert bouteille qu'on lui avait imposée pour l'exercice.

— Walter, je suis déjà sanglé dans ce... cet instrument de torture, grogna-t-il en désignant son corset. Je respire à peine. Si je bouge plus vite, je vais m'évanouir comme une débutante au bal de la Cour !

— Parfait ! L’évanouissement, c’est très théâtral ! répliqua Walter en grimpant sur scène. Mais avant cela, la voix, Duncan ! Ta voix ! Tu parles comme un ours qui vient de se réveiller d'hibernation. "Mégère", pas "Grizzly" ! Plus haut, plus de tête, plus de... piquant !

Duncan prit une grande inspiration, ce qui fit craquer une couture quelque part dans son dos. Il ferma les yeux, visualisant les vers qu'il connaissait si bien, et tenta de monter d'une octave.

« Trop légère pour être attrapée par un rustre comme vous, et cependant je pèse mon poids ! »

Sa voix, bien que plus légère, conservait un timbre rocailleux qui rendait la scène absurde. Il se sentait profondément ridicule. Lui, le fils du clan MacLeod, celui qui avait affronté des centaines de duels, se retrouvait à agiter un éventail en soie pour satisfaire les caprices artistiques d'un ami exalté.

— C’est un peu mieux, admit Walter en lui tournant autour pour ajuster une boucle de sa perruque. Mais ta démarche... Imagine que tu es une plume, Duncan. Une plume qui veut gifler quelqu’un, mais une plume tout de même. Recommence l'entrée. Et par pitié, rentre ces épaules ! On dirait que tu vas dégainer une claymore à tout instant.

Duncan fit demi-tour, les jupons bruissant avec une violence qui trahissait son agacement. Il s'exécuta, essayant d'adopter cette démarche glissée que Walter exigeait. À chaque pas, il se sentait perdre un peu plus de sa dignité de guerrier. Mais au fond de lui, une étrange étincelle de compétition s'allumait : s'il devait être une mégère, il serait la plus convaincante que Londres ait jamais vue. Ne serait-ce que pour clouer le bec à Walter... et surtout pour être prêt le soir où Fitzcairn viendrait, inévitablement, pour se moquer de lui.

Il ignorait encore que la moquerie serait le cadet des soucis de son ami.

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