Derrière le sourire du magicien par

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Préquelle / Romance / Drame

1 La fin que nous désirions

Catégorie: T , 1380 mots
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Sous ses pieds, le sol défilait à une vitesse fulgurante. Dans la forêt cependant, on n'entendait que le bruit de sa respiration et le bruissement des feuilles. Elle tentait tant bien que mal d'effacer son aura et sa présence, mais l'état de panique dans lequel elle se trouvait rendait la tâche difficile. Alors elle courrait, elle mettait toute son énergie à courir. Soudainement, elle tendit l'oreille, et s'arrêta. Elle savait qu'ils la suivaient, mais elle avait plusieurs jours d'avance sur eux. Elle savait qu'il n'y avait personne derrière elle. Elle savait que c'était impossible. Que personne ne pouvait atteindre sa vitesse. Mais ce sentiment ne la quittait pas, peu importe quelle distance elle parcourait. Elle était arrêtée, sa respiration à présent inaudible, figée. Une seule personne aurait pu la suivre, deviner sa direction. Une seule personne aurait pu savoir ou elle irait se cacher. Et ce mauvais sentiment, très mauvais sentiment s'installait de plus en plus, la mettant mal à l'aise. Pourquoi ne se retournait-elle pas ? Avait-elle peur d'avoir raison ? Ce n'est pas tellement qu'elle savait que personne ne pouvait la suivre, mais plutôt qu'elle le croyait. Et ces derniers jours, sa confiance elle-même, sa confiance en les autres, sa confiance en lui avait perdu toute sa valeur. Ce qu'elle croyait n'avait plus d'importance, elle avait cru en lui, et cette croyance l'avait amenée à cet instant précis. Au milieu d'un clairière, figée, effrayée, trahie et paniquée.


Ça ne lui pourtant ressemblait pas d'être effrayée ainsi, elle le savait. Ce n'était pas la mort qui la ferait trembler ainsi. Elle savait comment fonctionne le monde tuer ou être tué. C'est à la lueur des réverbères, dans des ruelles sombres de humides qu'elle avait comprit la valeur de sa vie. Là-bas, étendue sur les pavés froids, se vidant de son sang, elle avait comprit qu'elle ne valait rien. Sous les yeux de la petite fille, à l'époque, s'étendait un cortège d'ombres. Des hommes et des femmes riant, souriant, passaient à l'entrée de la ruelle. Leurs rires résonnaient comme un requiem à ses oreilles. Leur lumière se trouvait bien loin d'elle ce jour-là, et elle mourait dans leur ombre. À aucun moment elle n'avait trouvé cela injuste, ou avait eu peur de la note finale. Encore aujourd'hui, elle avait tué bien trop de personnes pour avoir peur de la mort. Ce qui la faisait trembler, au cœur de la forêt, était quelque chose de bien plus vicieux.


La jeune fille n'avait jamais ressenti auparavant, ni connu l'expérience de passions violentes; elle était brisée de naissance. Jamais, au cours de sa vie, elle ne s'était attachée à qui que ce soit. Et pourtant, elle était déchirée par une douleur insoutenable. Et pourtant, une blessure qu'elle n'arrivait pas à soigner infectait son cœur. Elle s'était attachée, à un moment donné. Des sentiments qu'elle n'avaient jamais expérimenté auparavant l'envahissaient, la laissant essoufflée, fatiguée, paniquée. Le concept auparavant abstrait de la peur devenait de plus en plus familier, et elle ne savait pas comment réagir. Et il était derrière elle. Son cœur le savait. Ce réceptacle autrefois inexistant, vide, battait douloureusement dans sa poitrine, réagissant à son aura.


Lui, qui l'avait trouvée.

Lui, qui avait perturbé son quotidien.

Lui, qui avait gagné sa confiance.

Lui, qui l'avait trahie.


Elle, qui l'avait ignoré.

Elle, qui l'avait rejeté.

Elle, qui l'avait accepté.

Elle, qui l'avait aimé.


Dans une ultime attente, elle relâcha son aura pour répondre à la sienne. Elle voulait garder le masque un peu plus longtemps, cacher sa douleur. Cacher ses sentiments. Elle se retourna lentement, ses yeux bleus rencontrant des pupilles jaunes. Le magicien s'appuyait nonchalamment contre un arbre, la scrutant silencieusement. Il avait le même sourire cruel que d'habitude, ce sourire qu'elle détestait au début, ce sourire qu'elle avait fini par croire sincère. Ses cheveux étaient lisses, mèches cachant légèrement son regard électrique. Il portait le même pantalon blanc, celui qu'il portait lors de leur dernier combat, teinté de sang.

 – Tu n'es pas facile à trouver, on dirait presque que tu te caches, E-n-y-a ~


Elle continuait de le regarder, ne daignant pas lui répondre. Elle savait que sa voix tremblerait, alors elle préférait prétendre l'indifférence. Prétendre le désir de sang. Une vague d'aura meurtrière relâchée sur lui le fit légèrement bouger, et son sourire se transforma en rictus. Enya. Elle fronça les sourcils, réprimant le sourire qui menaçant d'illuminer son visage, le remplaçant par un air meurtrier. Enya n'était pas son nom, elle n'avait pas de nom. Dans sa vie d'assassin, elle avait porté tant d'identités qu'elle en avait oublié la sienne. Elle n'était personne. Mais soudainement, dans les yeux de cet homme, elle était Enya. Peut-être mourrait-t-elle aujourd'hui, finalement. Une seule question subsistait. Perdrait-elle son identité en le tuant, en éteignant la lumière de ses yeux? Ou perdrait-elle sa vie, une nouvelle fois spectatrice du cortèges des ombres ? Dans les deux cas, elle perdrait quelque chose d'important. Si elle le tuait, elle serait comme morte. Si elle mourrait, elle le perdrait dans la mort. Ses pensées furent interrompue par un gémissement du magicien, qui la regardait fiévreusement à présent. Ne me regardes pas comme ça, pensa-t-elle, tiraillée.

 – C'est ça... C'est ce regard, murmura le magicien. C'est ce regard que je veux, Enya.


Il se tenait le bras gauche, enfonçant ses ongles dans sa chaire. Ses yeux ne la quittant jamais, son regard s'intensifiant de plus en plus. Il fit un premier pas, et l'aura d'Enya flancha légèrement. Elle réprima un tremblement, ayant du mal à garder sa neutralité. Il s'arrêta brusquement, la fixant silencieusement, et soudainement les souvenirs l'assaillirent. Elle recula, se tenant la visage entre les mains, une nausée la gagnant. Elle ferma les yeux. Je ne veux pas te combattre, je ne veux pas te tuer, je ne veux pas te perdre, je ne veux pas te perdre, je ne veux pas te perdre, je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux...

 – Regardes-moi, demanda froidement le magicien.

 – ... Je ne... Je ne veux... murmura-t-elle, la panique la gagnant.

 – Regardes-moi, Enya, insista-t-il plus violemment.

 – Je ne veux pas te perdre, murmura-t-elle d'une voix presque inaudible.

 – Si tu ne veux pas perdre, bats-toi et regardes-moi. Regardes-moi comme ce jour-là.


Le magicien s'impatientait, clairement irrité par l'état de la jeune fille. Sur son visage on pouvait lire de l'incompréhension. La jeune fille qui avait juré de le tuer, quelques jours auparavant, était à présent prostrée sur le sol. Il n'avait fait qu'un pas vers elle, et son aura s'était dissipée. Son regard s'était éteint, ses paupières s'étaient fermées. Ce n'était pas ce qu'il voulait, ce n'était pas ce qu'il désirait, ce n'était pas ce qu'ils désiraient. Quelques années auparavant, il avait été ébloui par son éclat ténébreux. Ébloui par la profondeur abyssale de son regard. Le sang, voilà ce qu'elle lui promettait. Voilà ce qu'elle désirait. Ce qu'ils désiraient. Mais lorsqu'elle releva la tête et le regarda dans les yeux, ce qu'il y vit lui coupa le souffle. Au delà de la frontières de ses yeux, il ne voyait plus les ténèbres, mais une déclinaison infinie de bleu. Il y voyait un tourbillon d'émotion, et une chaleur qui n'existait pas auparavant. Une chaleur qui ne devrait pas se trouver là. Il voyait une mer tumultueuse qui débordait de ses paupières, s'écoulant sur ses joues.


Ce n'est pas ce que je désirais.

Ce n'est pas la fin que nous désirions.

Quels sont donc ces sentiments étrangers en moi ?


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