Derrière le sourire du magicien par

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Préquelle / Romance / Drame

9 Château de cartes

Catégorie: T , 4196 mots
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Assis sur un lit, éclairé uniquement par le soleil levant, il construisait un château de carte. Ses cheveux avaient la couleur de l’aurore, et ses yeux celle du soleil. Une par une, il déposait les cartes. Il observait leurs jointures, la manière dont elles formaient une structure, solide. Chacune des cartes avait son importance, avait sa place. La moindre imperfection, le moindre défaut, le moindre écart signifiait la chute et la fin de la construction. Elle s’écroulait alors, emportant avec elle sa fondation. Une par une. Hisoka observait son château de carte, cherchant les imperfections, et il n’en voyait pas. Cependant, l’homme savait comment frapper, il savait comment détruire. Il prenait du plaisir le voir trembler au moindre mouvement, le voir flancher à la moindre pression. Lentement, sûrement, il savait où appuyer, où se situaient les faiblesses. Il aurait pu tout détruire, tout écraser, mais il prenait un plaisir intense dans la durée. Une lente agonie. Il voulait voir cette femme souffrir. Il voulait la voir trembler, ne serait-ce que de rage. Le souvenir de son regard enflammé était ancré dans sa chair, et il soupira. Un souffle chaud s’échappant de ses lèvres tremblantes. L’étonnement. Lorsqu’il l’avait vue, la nuit dernière, c’est l’émotion qui l’avait envahi.


Plusieurs soirs, il l’avait attendue à son appartement, espérant l’y rencontrer. Après plusieurs semaines d’absences, la jeune femme n’avait donné aucun signe de vie et l’idée même de reporter leur affrontement agaçait Hisoka. C’est pour ça que, lorsqu’il avait senti son aura se rapprocher de lui, il n’avait pu contenir son excitation. Maintenant, était tout ce qui comblait son esprit. Il voulait la tuer, immédiatement. Cependant, lorsqu’elle ouvrit la porte, il n’avait pu que l’observer, silencieusement. Sous les yeux entrouverts du magicien, elle s’était transformée en une toute autre personne. Un sourire lumineux, tendre, était affiché sur son visage. Elle caressait l’animal avec tendresse. Pourquoi. Il l’observa quelques instants encore. Pourquoi avait-elle cette expression ? Il ne l’avait jamais vue avant. Curiosité. Il avait regardé chacun de ses combats, et il n’avait jamais vu ce sourire. Pourquoi ? Sa réputation, était terrible. Elle était décrite comme dépourvue d’empathie, insensible, parfaite pour le métier. Cependant, il y avait quelque chose chez elle. Il y avait quelque chose en elle. Comme lorsqu’elle semblait triste sur scène. Comme lorsqu’elle s’était énervée contre lui dans l’ascenseur. Et comme ce soir-là, une nouvelle fois, quand elle caressait son chat en souriant. Intéressant.


Il voulait savoir. Il voulait comprendre. Il voulait expérimenter. Jusqu’où pouvait-elle ressentir, quel genre d’expressions pouvait-il afficher sur son visage ? Pour qu’elle s’effondre, où devait-il appuyer ? Hisoka ressentait deux sentiments conflictuels. Il voulait détruire, détruire, détruire, détruire. Il voulait faire mûrir cette pomme pour la croquer, pour satisfaire son inépuisable soif de sang. Il aura pu tuer ce chat, là-bas, sous ses yeux. Le château de carte se serait effondré soudainement, superbement, et il aurait alors expérimenté l’ardeur de sa colère. Il aurait vu ce feu s’embraser au fond de ses pupilles. Ce feu qu’il désirait tant. Mais un autre désir, plus grand encore, habitait son esprit. Satisfaire son ennui.


La solution s’était présentée d’elle-même, sous ses yeux. Une structure pleine de potentiel. Jusqu’où pouvait-elle ressentir ? Jusqu’où pouvait-elle s’attacher ? Quelles étaient ses limites ? À quel moment commencerait-elle souffrir ? Quand finirait-elle par se briser ? Plus large la structure était, plus magnifique encore était sa chute. Et de la nuit dernière, quand il avait vu la jeune avec son chat, une seule certitude était restée. Il ferait d’elle une cathédrale. Il provoquerait en elle des sentiments si intenses que la terre en tremblerait. Un par un, il découvrirait ses points faibles. Si elle n’en avait aucun, alors il deviendrait sa faiblesse. Il deviendrait le poison qui la consumerait, et la cause de son anéantissement. Là seulement, il la pousserait dans le précipice. Là seulement, il la regardait sombrer. Là seulement, elle se briserait, carte par carte. Mais que restera-il, alors ? C’est ce qu’il voulait découvrir.


Il observa la structure en face de lui, pensif. Doucement, il approcha sa main, le doigt tendu, frôlant le bord d’une carte. La pyramide trembla, légèrement, et un sourire lugubre déforma son visage. D’un mouvement vif, il envoya la carte s’enfoncer dans le mur, et regarda la construction s’effondrer. Ce n’était pas suffisant. Mais un cliquetis attira son attention. Lent, régulier, et de plus en plus bruyant. Tic, tac. Tic, tac. L’horloge sur son mur annonçait l’arrivée de son match. Un frisson parcourut son échine. Bientôt. Bientôt. Dans un éclat, quelque chose s’enclencha dans son cerveau. Tout de suite. Comment, cela n’avait pas vraiment d’importance. Il ne se souvenait même pas, à vrai dire. Quand il reprit conscience, il était dans le couloir menant à l’arène. Son corps tremblait, secoué par un rire profond. Dans un coin de sa tête, il entendait le hurlement de la foule, les encouragements du public, la voix du commentateur. Dans l’ombre du couloir, naquit une idée. Il devait vérifier une de ses théories, et il fit un pari. Il confirmerait la condition de sa capacité. C’était le seul désir qui l’habitait en montant la plateforme, la seule chose qui transpirait de son aura. Même sous les projecteurs son visage était sombre et teinté par le vice, son regard électrique, son sourire machiavélique. Il allait devoir cacher son jeu, mais s’amuserait quand même un peu.


« Aujourd’hui à la Tour Céleste, se déroule le match que vous attendiez tous…

Le duel entre Silence, la Floor master du 234ème étage et… Hisoka le magicien ! »


La voix de la présentatrice résonnait dans la salle, accompagnée du rugissement des spectateurs. Un écran de télévision, énorme, retransmettait en direct les actions se déroulant sur la scène. Dans les tribunes, essoufflés, ils se comptaient par milliers. Ils criaient le nom des combattants, comme si leurs encouragements détenaient le pouvoir d’influencer l’avenir.


« D’un côté, nous avons l’impitoyable magicien, connu

pour sa fulgurante ascension dans la tour en à peine quelques mois ! »


Hisoka s’avança sur la scène, saluant le public. L’homme était apprécié pour son caractère imprévisible et sa fantaisie. Il savait comment tenir en haleine, comment maintenir le suspens. Ses tenues, la couleur changeante de ses cheveux, son excentricité semblait ne pas avoir de limites. Au contraire, s’avançant vers lui, se trouvait l’opposé même du magicien.


« Et… de l’autre côté nous avons la mystérieuse Floor master, surnommée Silence par les spectateurs de l’arène ! Devenue favorite après son combat explosif, elle relève aujourd’hui le défi du magicien ! »


Ses yeux ne quittant jamais le visage d’Hisoka, elle se dirigeait vers lui. Sombre, silencieuse, inexpressive, la jeune femme semblait dénuée de couleur. Ses longs cheveux blancs, ses vêtements noirs, des yeux bleus si délavés qu’ils en étaient presque gris. Des yeux bleus qui dévisageaient le magicien. Elle ne l’avait rencontré qu’une seule fois, mais elle l’aurait reconnu n’importe où. Elle aurait reconnu ces yeux. D’une manière ou d’une autre, elle allait lui faire payer cette intrusion, elle allait effacer ce sourire de ses lèvres. Il avait allumé un feu en elle, une irritation, qu’elle n’arrivait pas à calmer. Et elle détestait ça. Elle détestait ce sentiment, ce regard, ce sourire. Les informations sur son passé, son maître, tout cela avait une porte en elle, fermée depuis longtemps. Le magicien s’y était engouffré. Il influençait ses actions, elle devenait impatiente, impulsive. Une faiblesse. Cet homme était arrogant. Elle n’avait pas de faiblesse, elle n’avait rien. Sous son masque d’indifférence, la jeune femme tentait de calmer ces sentiments nouveaux, inattendus, indésirés.


Après avoir entendu sa présentation, un soupir était suspendu au bout de ses lèvres. Elle n’était plus vraiment énervée, mais extrêmement agacée. Elle tourna la tête vers la tribune, comme à la recherche de quelqu’un. Ayant trouvé sa cible, elle s’arrêta, les yeux légèrement plissés. L’homme se figea sous son regard, tendu. L’administrateur de l’arène semblait se souvenir de l’invitation de la jeune femme, et elle ressenti une certaine satisfaction. Elle avait effacé le sourire carnassier du petit homme. Il ne recommencerait plus, elle le savait. Elle savait autre chose, également. L’homme aux cheveux roses était le prochain sur sa liste. De ses combats, elle n’avait retenu que sa grande force physique. De souvenir, ses adversaires n’étaient pas particulièrement puissants non plus, il avait eu des victoires faciles. Il combattait avec des cartes, qu’il renforçait avec son nen. En dehors de ça, cependant, l’homme était un inconnu. Il n’y avait aucune informations sur son passé avant son arrivée dans l’arène, aucune trace. Nom de famille inconnu, passif inconnu, origines obscures. Néanmoins, cela ne faisait aucune différence. Elle affronterait cet homme, et sortirait vainqueur de ce match.


L’arbitre s’avança sur la scène, se plaçant entre les deux combattants. Silence déplaça lentement son pied, le faisant glisser sur les dalles de pierres, afin de prendre appuis. Voyant sa position, le sourire du magicien se fit plus large encore. Comme pour l’accueillir, il écarta légèrement les bras, appréciant chaque instant de cet affrontement. Au même moment alors, l’arbitre déclara le début de du combat, et lorsqu’il leva les mains, la voix de la présentatrice résonna dans les hauts parleurs. L’écho de sa voix, cependant, n’atteint jamais les oreilles de la Floor master. Son poing venait d’entrer en contact avec l’avant bras d’Hisoka, un bourdonnement sourd résonnant dans ses oreilles. Elle pouvait sentir ses muscles se tendre sous ses phalanges, ainsi que la force de sa réaction. Il avait pu prédire son attaque et protéger son visage, en l’espace d’un millième de seconde. Elle se déplaça alors derrière lui, rapidement, visant sa nuque. Lorsqu’il déplaça son bras gauche, il souriait toujours. Presque dos à dos, la jeune femme légèrement de profil, son coude droit était presque broyé par la main du magicien. Il n’avait pas bougé de place, et seul son buste était légèrement tourné vers elle. Son bras, lui, était plié derrière sa tête et ses yeux brillaient d’excitation.


La jeune femme, toujours en l’air, avait ses pieds à quelques centimètres du sol. À la troisième seconde de leur combat, avant que sa chaussure n’effleure le carrelage, Hisoka la souleva par le coude et se retourna. Les deux combattants se faisaient alors face, le bras du magicien légèrement tordu et ses muscles tendus. Son mouvement était destructeur, et possédait une force inouïe. Son poing se rapprochait dangereusement du ventre de la Floor master, quand il croisa son regard. L’espace d’un instant, un fragment de seconde, il crut y lire de l’amusement. L’instant d’après, le pied droit de la femme déboitait son épaule gauche. La main qui maintenait le coude de Silence trembla légèrement. Mais, ce n’est que lorsque le genou gauche de la jeune femme percuta son menton qu’Hisoka lâcha prise totalement. Elle s’était appuyée sur son épaule et avait profité du mouvement pour porter un second coup.


La jeune femme ramena son genou vers elle, essayant de reprendre son équilibre. Le dépliant, elle écrasa le torse d’Hisoka avec son pied et se projeta en arrière. À cet instant précis, le temps sembla se comprimer pour la jeune femme. L’adrénaline du combat aiguisait tout ses sens et, ses yeux fixés au plafond, elle observait les projecteurs. Elle était éblouie par la lumière et la voix lointaine de la commentatrice atteignit ses oreilles.


« …ais que vient-il de se passer ?! C’est deux coups critiqu… »


Le son se brouilla, la voix devenant distordue, et son corps réagit instinctivement. Son dos heurta les dalles de pierre, et elle se releva dans une roulade arrière, ses genoux légèrement pliés. Elle était positionnée pour et préparée à faire face à la prochaine attaque, cependant, elle ne vint jamais. Reprenant peu à peu son esprit, elle se concentra. Il n’avait pas bougé et son menton était suspendu en l’air. Il tenait son épaule, faisant pression sur sa blessure, émettant un son qu’elle mit quelques instants à identifier. Son bras blessé, lui, était tendu vers elle. Il la pointait du doigt. Petit à petit, elle pouvait voir une tâche de sang s’imprégner dans la manche du magicien. Mais ce n’était pas la blessure qui causait le saignement. Il rigolait. Il pointait son doigt vers elle et rigolait. Ses ongles s’enfonçaient dans sa peau, arrachant sa chair, et il rigolait.


« Encore une fois, Hisoka ne cesse de nous surprendre!

Mais que signifie donc cette situation? »


Il arrêta de rire, soudainement, puis il baissa la tête, lentement. Ses pommettes étaient soulignées par la lumière des projecteurs et elle le vit inspirer profondément avant de relâcher un souffle saccadé. Les yeux de la jeune femme se posèrent alors sur ses lèvres. Elles étaient fendues et son sourire était pourpre, vermeil. Des gouttes de sang coulaient le long de son menton, tombant une à une sur les dalles de pierre. Petit à petit, une lueur s’allumait au fond de ses pupilles et elle pouvait sentir son attention se diriger vers elle. La fixant intensément, il se lécha les lèvres, presque sensuellement. Il avait toujours son doigt pointé dans sa direction, mais il restait immobile, comme figé. Il semblait attendre quelque chose, une réaction. 


Il préparait quelque chose, elle pouvait le lire sur son visage. Le piège était posé, elle n’avait pas d’autres choix que de le déclencher. Lentement, elle déplaça sa main, ne le quittant jamais du regard. De l’intérieur de sa veste, alors, elle sortit un couteau dépliable en acier. Dans le métier, on l’appelait couteau papillon. Elle le fit tourner dans sa main, redressant ses jambes. À la vue de l’arme, le sourire de l’homme réapparut, et le doigt auparavant pointé vers elle se leva vers le ciel. Cependant, avant qu’il puisse faire quoi que ce soit, Silence s’approchait déjà de lui, sa lame brillant dangereusement près de sa gorge. Il contra l’attaque avec son avant bras, la frappant dans le ventre avec son genou.


« Un point! Ex-tra-or-di-naire! Quelle contre-attaque de

la part Hisoka! Le magicien semble enfin réa… »


Elle avait encaissé l’attaque, gardant son appui, répliquant immédiatement. À chaque coup, elle changeait le couteau de main, alternant encore, et encore, de nouvelles positions. Chaque nouvel angle d’attaque, chaque mouvement, il contrait. Et inventive, elle l’était. Elle jonglait avec son arme, portait des coups puissants, mais Hisoka n’avait pas peur de la contrer à main nue. Sa main gauche était en sang, sa main droite intacte, et ce sourire était toujours affiché sur son visage. Il aimait cette douleur, il cherchait la lumière des projecteurs. Son attraction particulière pour le sang, sa vénération presque maladive de son adversaire, tout en lui la révulsait.


À ce point là, aucun des deux n’avait marqué de points depuis quelques minutes. Ils se jaugeaient mutuellement, et s’adaptaient. Elle s’habituait à sa manière de combattre, lui à sa vitesse. Rien de tout cela n’était sérieux, ils n’avaient rien commencé encore. Il connaissait ses capacités, elle en avait conscience, bien qu’elle n’ait aucune intention pour le moment de les utiliser. Il l’avait forcée dans cet affrontement, et elle ne comptait pas lui faire plaisir. Cependant, contrairement à lui, elle ne connaissait pas encore celles du magicien. Elle essayait alors de le pousser, de comprendre quel genre de piège il avait planifié, quelle stratégie lui donnait une telle confiance. C’est pour ça que lorsque, dans une explosion de paillettes, il fit apparaître ses cartes, le combat prit une nouvelle tournure.


« ...ste au moment où la Floor master semblait avoir le dessus,

voilà un nouveau mouvement du magicien! »


Elles étaient aussi tranchantes qu’un poignard, dures comme du fer et, quand elles rencontraient sa lame, provoquaient des étincelles. À un moment, cependant, le magicien fit un mouvement qui perturba la jeune femme. Il s’était éloigné d’elle, envoyant quelques cartes dans sa direction. Elle les contrait avec son couteau, cherchant à se rapprocher de lui, les envoyant dans le public. C’est à ce moment là précis qu’il arrêta. Il s’était immobilisé, et la regardait droit dans les yeux, une nouvelle fois. Son paquet de carte était rangé dans sa main gauche et, comme au début, il tendit le bras vers elle, puis la pointa du doigt. Et alors qu’elle s’élançait vers lui, alors qu’elle était proche de le poignarder, elle le vit plier son doigt. Comme pour l’inviter, comme pour la tirer vers lui. Et, immédiatement, un picotement attira l’attention de Silence. Elle s’arrêta.


« Aaaaaah! Ce que nous attendions tous! Les fameux tours du mag… »


Le public explosa, un brouhaha résonnant dans l’arène. D’où venait-elle? Le long de sa mâchoire, un liquide chaud s’écoulait. Qu’a-t-il fait, exactement? Elle ne l’avait pas senti. Dans la main auparavant vide du magicien, se tenait une carte ensanglantée. L’oreille de la jeune femme, elle, était légèrement coupée. Elle fronça les sourcils à la vue du sourire sur son visage. Il semblait prendre tout cela comme un jeu. Et, il y avait quelque chose qu’elle ne voyait pas, qu’elle manquait. Il ne dégageait pourtant aucune aura, mais une intensité monstrueuse l’entourait. Une de pires qu’elle ait rencontrés. Comme devinant ses pensées, Hisoka haussa les épaules et tria ses cartes. Il la provoquait. Il lui lança un sourire vicieux.

Hmmm, sais-tu ce qu’on dit, bien souvent~? demanda-t-il d’une voix mielleuse.


C’était la première fois qu’elle entendait sa voix depuis des semaines, et la première fois qu’il prenait la parole. Cette action faisait sans doute partie de son plan, une nouvelle manière de la déstabiliser. Mais, elle était bien trop concentrée pour être perturbée par une telle chose. Elle le regardait, froidement. Il lui souriait, amusé par sa réaction.

— L’essentiel est invisible pour les yeux~


Il jeta les cartes en direction de la Floor master, s’élançant brusquement vers elle. Elle leva son couteau, analysant leurs trajectoires. Une visait son épaule, d’autres ses articulations. Plusieurs étaient lancées dans le vide, couvrant ses portes d’échappatoires. Il y en avait trop pour toutes les contrer au couteau. Du coin de l’œil, elle en avait remarqué plusieurs tomber au sol, mais elle n’eut pas le temps d’y penser. Elle devait premièrement parer les cartes, puis éviter les prochaines. Il n’y avait, en vérité, rien d’urgent dans la situation. Le pattern du magicien était toujours le même, et elle devenait impatiente. Le combat durait trop longtemps et elle voulait le terminer, rapidement. Le corps à corps n’était plus suffisant. Cependant, elle ne pouvait pas prendre cette résolution. Mais elle en prit une autre. Après cette action, elle entraverait définitivement ses mouvements.


Trois, c’était le nombre de cartes qu’elle para avec son couteau. Elle coinça les suivantes de l’autre main, entre ses doigts, avant de les jeter sur le côté. Leur trajectoire était généralement en surface, mais plusieurs couvraient le sol. Elle vit un espace, entre toutes les cartes, où elle pouvait se faufiler. Hisoka le savait sans doute, également, car il lança une nouvelle carte dans sa direction, l’obligeant à prendre cette voie là. Elle décida de tenter cet espace, et elle décolla du sol. Elle devait s’élancer en avant, et effectuer une torsion horizontale. C’était un mouvement complexe, qu’elle devrait terminer par une roulade au sol, accompagnée d’une sorte de glissade dont elle devait se relever rapidement. Et là, elle enrayerait définitivement cet homme. Cependant, quelque chose d’anormal se produisit. Elle n’avait pas évité les cartes, et leur trajectoire avait changé brusquement. Vulnérable, protégeant son torse en repliant les bras, elle ne put qu’observer les cartes la suivre. Et, inéluctablement, elle les sentit s’enfoncer. Avec toutes celles qu’elle avait contrées, il n’en restait que six, mais elles étaient puissantes. Elles déchiraient tout ce qu’elles touchent. Silence s’écrasa lourdement sur le sol.


Quatre cartes enfoncées dans ses avants bras, deux dans son dos, elle réagissait du mieux qu’elle pouvait, ne comprenant pas sa propre situation. Elle essayait de se lever, s’appuyant sur son genou. La douleur n’était pas le problème, mais plutôt ce moment où après une attaque, l’esprit analyse mais le corps se fige. On est alors comme spectateur de son propre combat. On veut réagir, mais on est trop lent. Notre corps ne nous le permet pas. C’est ainsi que contre toute attente, elle se retrouva bloquée au sol. Mon genou. Il ne bougeait pas, comme fixé aux dalles. Et puis, tout s’effaça. Un brouillard, sensation floue, envahit son esprit. La frappant lourdement à la tempe, le pied d’Hisoka venait de rencontrer son visage. Avant même qu’elle puisse se relever, son corps fut projeté à l’autre bout de la plateforme. Du point de vue des spectateurs, cette attaque ne dura que quelques secondes. Entre deux clins d’œil, elle avait évité les cartes. Le temps de reprendre leur respiration, le pied du magicien avait atteint la Floor master. L’arbitre, lui, avait à peine eu le temps d’éviter la jeune femme envoyée dans sa direction.


Mais, pour la jeune femme, le temps s’étendait durablement, comme au ralenti. Les voix s’altéraient, dissipée par le ballottement du sol, par frottement de la pierre. Elle roulait, se rapprochant dangereusement du vide. Son esprit calculait à toute vitesse. Elle pouvait sentir ses doigts trembler et lorsqu’elle écrasa sa main sur le sol, la pression qu’elle y mit fendit la pierre. Elle s’accrocha aux morceaux, voulant arrêter sa trajectoire. Mon couteau, mon couteau. Elle se souvint. C’est ce qu’elle venait d’enfoncer, et elle s’y accrochait. La pression tendait ses muscles, toute la puissance du coup déchirait son bras. Le tremblement de sa main ne s’arrêtait pas, et elle pouvait presque sentir ses doigts grincer. Elle sentait le couteau bouger, presque sortir de la plateforme. Elle sentait son corps aspiré par le vide, et la douleur se diffuser dans son crâne. C’était le genre de coup de pied qu’elle évitait, à chaque fois. Le genre de coup de pied qu’il fallait éviter. C’est alors que, contre toute attente, la pression s’amenuisa. L’espace d’un instant, elle flottait. Et, comme dans une montagne russe, après une ascension fulgurante, elle sentit son corps se soulever. Puis retomber. Son estomac s’enfonça dans ses entrailles, et, l’instant d’après, elle fut tiré en arrière. Dans un éclair, le visage d’Hisoka traversa son esprit. Et comme une image figée, il la regardait. Elle ne pouvait plus réfléchir, plus réagir, et la seule chose présente dans sa tête était cet homme. Ce doigt pointé vers elle, légèrement plié vers lui, son autre bras ouvert. Et, comme s’il était l’entité qui régissait la gravité, elle le percuta.

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