Indiana Jones et la lance du destin
Ils étaient arrivés à Nuremberg en milieu de matinée sous un ciel couvert et orageux.
Et marchaient à présent tranquillement dans les rues de la ville qui étaient vides de toute présence. Ils croisèrent néanmoins à plusieurs reprises des un groupe d’une dizaine de soldats marchant au pas cadencé et uniforme.
- Mon fils, nous voilà en plein royaume des enfers.
- Comme à Berlin, vous vous rappelez ?
- Et comment ! Mon journal en garde encore les traces.
- Ici c’est la même chose, nous nous en sortirons de la même façon.
- Si nous savions déjà où commencer à chercher.
- Je ne sais pas encore mais vu le nombre de nazis qui traîne dans les parages je peux vous affirmer que nous sommes au bon endroit.
- Si seulement ils pouvaient nous dire où est la lance.
- Oui vous avez…attendez…père, vous êtes un génie ! Dit Indy en marchant plus vite.
- Junior, attends, où va tu ?
- Au bar le plus proche.
- Au bar ?
La pluie tombait drue quand ils entrèrent au « Schlaffe Gut ». Ils s’installèrent à la table la plus en retrait du bar, près d’une fenêtre dans un coin.
- Restez ici père, je reviens.
- Mais je n’ai pas soif.
Indy était déjà parti, il s’installa sur un tabouret en face du bar. Derrière lui se trouvait cinq nazis attablé en train de boire une bière.
- Was du drinken ? Demanda le barman.
- Ein bier bitte, répondit Indy.
Tandis que le barman préparait la boisson, Indy écouta la conversation derrière lui.
- Herr Stratner devrait nous payer plus pour ce sale boulot.
- C’est bien vrai Dietrich, en plus ça ne sert à rien ce qu’on fait ici.
- Si, on garde un « trésor inestimable » .
- De la merde oui ! Arr, j’aurai dû rester à l’école d’art au lieu de m’engager.
- Eh, estime toi heureux de ne pas être au front.
- De toutes façons les jours du Führer sont comptés.
- Alors trinquons pour lui mes amis.
Ils levèrent leurs chopes.
- PROST !
Et ils burent toute leur boisson d’un trait.
L’un des nazis remarqua alors Indy.
- Eh les gars, regardez moi ce gringalet.
- D’où sort tu mon gars ? Il y a longtemps que le cirque a dégagé !
Ils rirent tous.
- Je suis un Berlinois.
- Et mon œil aussi ! Tu es américain. Tu peut être fier de ton pays mon gars.
- Vous ne m’arrêtez pas ?
- On est pas en service, c’est quand on le sera qu’on t’arrêtera, en plus ça porte malheur de tuer quelqu’un quand il pleut.
- Vous faites quoi ici au juste ?
- On surveille le périmètre de l’église Sainte Catherine.
- Pourquoi ?
- ‘Sait pas moi, on fait notre boulot, on se pose pas de questions, tant qu’on est payé.
- Sous payé vous voulez dire.
- Ouaip ! C’est pas avec 400 balles par mois que mes gosses vont survivre.
- 400 balles ? Alors que votre patron a les moyens de vous payer vingt fois plus.
- Vingt fois plus ? Comment ça ?
- Vous savez ce qu’il y a dans cette église ? Ce que vous gardez jour et nuit ?
- Non.
- La lance du destin mes amis.
- C’est quoi ce truc ?
- Fortune et gloire mes amis.
- Fortune et gloire hein ? Pour moi ça n’a l’air que d’une bondieuserie sans valeur.
- Vous n’avez qu’à aller voir.
- On a pas le droit d’entrer dans l’église, il n’y a que les officiers supérieurs qui le peuvent.
- Normal, ils ne veulent pas de problèmes, de rebellion.
- Rebellion pour cet objet dont tu parles ? Il vaut quoi d’abord ?
- Sa valeur est sans limites.
- Ah ! En le revendant je pourrais peut être enfin me faire Raus !
- Raus ? C’est donc toi espèce de fumier !
- Oups.
Une bagarre éclata brusquement entre les cinq hommes ivres, Indy rejoignit son père.
- C’est bon, j’en sais assez, partons d’ici avant que les officiers supérieurs ne se ramènent.
- Je suis on ne peut plus d’accord avec toi Junior.
Un homme passa brutalement à travers la fenêtre.
- Passons par là nous aussi, c’est plus sûr.
Ils sortirent dehors, sur le côté gauche du bar.
- Tu a le don pour attirer les ennuis.
- Pas des ennuis, une opportunité, et je sais où est la lance.
- Vraiment ?
- Oui, elle est dans l’église.
Le clocher sonna, Indy et son père levèrent la tête, l’église n’était qu’à quelques mètres devant eux partiellement cachée par des habitations.
- Là dedans ? Mais comment Hitler peut-il garder une relique aussi puissante dans une simple église ?
- Avouez qu’il n’a jamais eu toute sa tête.
- Mais il n’est pas si bête que ça, loin de là.
- En tous cas il faut trouver un moyen d’y entrer.
Des officiers SS arrivèrent en courant vers le bar.
- Voilà notre passeport, attendez ici.
L’un des officiers resta en dehors du bar, il alluma une cigarette.
Indy se cacha derrière une rangée de caisses.
- Eh ! SchweinHunde ! Lança t’il au nazi.
Ce dernier rappliqua immédiatement, furieux. Il se rapprocha des caisses et sortit son pistolet. Dès qu’il tourna le dos aux caisses, Indy le saisit par le col et l’entraîna derrière les caisses. Là il l’assomma d plusieurs coups de poings avant de défaire son uniforme. Il rejoignit ensuite son père, caché quelques mètres plus loin.
- Que s’est-il passé ? Et que fais tu habillé comme ça ?
- Seuls les officiers supérieurs peuvent entrer dans l’église. A présent je suis le lieutenant Jones.
- Comment fais-tu pour toujours trouver des vêtements à ta taille ?
- La chance de la famille. Venez père.
- Et une minute. Je n’ai pas le droit à l’uniforme moi ?
- Vous rigolez ! Il vous fusillerai tout de suite !
Ils arrivèrent devant l’église qui était bien gardée.
- Allez vous cacher père, je trouverais un moyen de vous faire entrer.
- Tu n’a qu’à y aller seul, je t’attendrai.
- Non j’ai besoin de vous, après tout c’est vous l’expert en antiquités médiévales.
- Ca alors, tu le reconnais enfin ?
- Écoutez, essayez de faire diversion et rejoignez moi aussi vite que possible discrètement.
- D’accord, donne moi ton briquet.
- Je croyais que vous ne fumiez plus.
- Moi non plus je croyais que tu ne fumais plus.
- C’était celui d’Elsa, celui qui vous a servi à faire brûler le château de Brunwald.
- Donne le moi c‘est tout.
- D’accord.
Il donna le briquet, Henry s’éclipsa. Indy s’avança vers l’entrée de l’église, un soldat l’arrêta.
- Qui êtes vous ? Demanda t’il en Allemand.
- Ca ne se voit pas, je suis lieutenant, laissez-moi entrer.
- Je ne vous ai jamais vu avant.
- Vous devriez dormir moins souvent alors.
- Montrez-moi vos papiers.
- C’est de l’insubordination soldat.
- Je m’en fiche, vous…
Un autre soldat hurla alors : « Feuer !!! »
Indy se retourna et vit de grandes flammes s’élever d’une sorte de grange.
- Scheizen !! Dit le soldat avant de courir vers la grange.
Indy en profita pour entrer, Henry se montra sur le côté des marches.
- Alors ?
- Bravo, venez !
Ils entrèrent. L’église était immense. De riches vitraux la décorait ainsi qu’une multitude de statues de saints religieux.
- Alors père, votre première impression ?
- C’est une église.
- Merci père.
- Non je veux dire…c’est une église comme n’importe quelle autre, elle n’a rien de particulier.
- Et pourtant la lance du destin se trouve quelque part à l’intérieur.
- Regarde les vitraux, ils sont du moyen-âge, sans aucun doute, quinzième siècle environ. Ce que je trouve étrange, c’est qu’ils n’illustrent pas le parcours de Jésus Christ comme les vitraux habituels censés se trouver dans une église.
- C’est à dire ?
- Ils montrent autre chose, on dirait le parcours d’une famille, regarde, sous chaque vitrail se trouve un blason. Dommage que mes connaissances héraldiques soient si limitées.
- Je connais ce blason. C’est celui des Habsbourg.
- Mais les Habsbourg régnaient en Autriche.
- Ils ont centralisé leur pouvoir là-bas, mais l’Allemagne leur a appartenue durant des siècles. Eh, regardez là-bas.
Indy s’approcha d’une série de personnages en pierre disposés sur le sol près de l’autel.
- Des gisants, dit Henry.
- Eh encore ce blason sur chacun. Ce sont tous des Habsbourg. Vous avez dit que le blason date du quinzième siècle ?
- Plus ou moins, oui.
- C’est Frédéric III qui régnait en ce temps. Regardez, il y a des inscriptions en latin sur le côté de ce gisant : « Austriae est imperare orbi universo ».
- il appartient à l’Autriche de régner sur le monde entier.
- La devise de Frédéric III. A moins que je me trompe, ce gisant est le sien.
- Non tu a raison, il y a son nom de l’autre côté.
Indy regarda les autres et lut les inscriptions.
- Rodolphe Ier, Frédéric II, Maximilien Ier… Tous des empereurs de la période du treizième au quinzième siècle.
- Ils ne sont pas censés se trouver ici, ce sont des empereurs autrichiens !
- Les gisants ne sont pas des tombes père, c’est un indice. Cette église est plus importante qu’elle n’y paraît.
- Les Habsbourg avaient la lance jusqu’à l’annexion de l’Autriche, mais depuis quand l’avaient t’ils ?
- Dans tous les cas elle n’a pas l’air d’être ici, et même si elle l’était, les nazis l’aurait trouvée depuis longtemps.
- Oui c’est vrai. C’est étrange, ce vitrail là-bas est le seul à représenter Jésus Christ.
Ils se rapprochèrent du vitrail.
- C’est la crucifixion.
- Regarde le personnage de droite, celui avec la lance perçant le flanc du Christ.
- Longinus.
- Et la lance du destin.
Ils abaissèrent les yeux sur la statue en-dessous du vitrail.
- Qui est-ce ? Demanda Indy.
- Saint Maurice. Un soldat romain de la légion Thébaine servant sous la Tétrarchie. Sa présence ici est un peu surprenante je l’avoue.
- Regardez ses yeux, il y a quelque chose de bizarre.
- L’Œil de gauche est légèrement plus grand.
Indy étudia le visage de pierre et effleura l’œil proéminent. Celui-ci s’enfonça immédiatement dans la statue. Il y eut un grondement. La statue s’enfonça alors dans le sol, révélant un passage souterrain.
- Bingo ! S’exclama Indy.
- Bien vu fils !
Ils s’approchèrent su trou obscur, la statue était là.
- Il doit y avoir une galerie à l’horizontale.
- Tout commence ici Junior.
- Oui, venez, l’aventure n’attend pas.
Indy descendit en prenant appui sur le corps de la statue. Henry le rejoignit.
- Père, mon briquet.
- Tiens, très utile.
- Je sais.
Indy l’alluma, la lumière révéla une galerie horizontale.
- Vous voyez, je vous l’avais dit, la lance n’est pas dans l’église mais sous l’église.
- Junior, si tu étais attentif, tu verrais qu’il y a quelque chose qui cloche avec cet endroit.
- Expliquez-vous père.
- Les parois ne sont pas en pierre, mais en acier.