La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 1 : Sur la piste de Kokuen

Chapitre final

1472 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 01/04/2026 17:33

Les feuilles mortes étaient retournées, la mousse arrachée par endroits.

Quelque chose avait traversé les bois en fuyant.


La forêt était dense et sombre. Entre les troncs serrés des cèdres, Mayoiga avançait rapidement.

Ses cheveux noirs se soulevaient à chacun de ses pas, et ses yeux verts parcouraient la forêt avec attention, suivant les traces fraîches laissées dans la terre et les marques profondes sur l'écorce.

Elle portait un kimono vert sombre dont le bas était décoré de motifs floraux. Une ceinture jaune maintenait le tissu à sa taille.


Elle accéléra légèrement, franchissant un tronc tombé avant de reprendre sa course entre les arbres.

La créature qu'elle traquait était un yōkai ours.

Elle s'arrêta brusquement.

Une autre odeur.

Humaine.


Mayoiga leva les yeux.

Quelqu'un était déjà là.

L'homme se tenait au milieu d'une petite clairière où la terre avait été labourée par la lutte.

Un cadavre gisait à quelques pas de lui : le yōkai ours, immense, percé de flèches et la gorge ouverte par une profonde entaille.

L'homme nettoyait tranquillement sa lame dans l'herbe.

Il n'avait pas l'air fatigué.

Quand il releva la tête, leurs regards se croisèrent.


Mayoiga resta immobile.


Ce qui la frappa d'abord ne fut pas sa beauté, bien qu'elle fût réelle, mais l'étrange calme qui émanait de lui.

Grand, les cheveux noirs attachés à la nuque, le visage presque trop régulier pour un homme vivant de violence.


Il l'observa sans surprise.


- Tu suivais cette chose ?


Sa voix était posée. Ni agressive, ni méfiante.

Mayoiga inclina légèrement la tête vers le cadavre.


- Depuis un moment.


Il regarda la bête, puis releva les yeux vers elle.


- Alors j'ai pris ta proie.


Elle s'approcha du corps. L'odeur du sang était encore chaude.


- Tu l'as seulement achevée.


L'homme eut un léger sourire.


- C'est déjà suffisant.


Le regard de Mayoiga s'arrêta sur une large ceinture de cuir qui entourait le torse du yōkai.

Un fourreau y était fixé.

Vide.

Elle sentit alors autre chose.

Cet homme n'était pas seul.

Elle regarda derrière lui.

Une dizaine d'hommes sortirent lentement de derrière les arbres.

Armés. Sales.

Des brigands.

Mais tous regardaient l'homme au centre.

Mayoiga comprit immédiatement.

Le chef.

Un des brigands lança un regard méfiant vers elle.


- Onigumo... c'est qui ça ?


L'homme ne détourna pas les yeux d'elle.


- Une chasseuse.


Il observa sa posture, sa façon de se tenir près du cadavre sans la moindre peur. Son regard remonta lentement vers son visage.

Ses yeux étaient trop clairs. Et de fines lignes colorées marquaient ses joues.


- Pas humaine.


Les brigands se crispèrent.

La yōkai ne bougea pas.


- Mon nom est Mayoiga.


Elle aurait pu les tuer avant qu'ils ne tirent leurs lames.

Mais quelque chose l'intriguait.

Onigumo non plus n'avait pas reculé.

Au contraire, il fit un pas vers elle.


- J'imagine que tu cherchais la dague toi aussi. On dirait qu'on nous a devancés.


Elle releva légèrement les yeux vers lui.


- Tu connais son existence ?

- J'ai entendu des rumeurs.


Elle jeta un regard au fourreau vide.


- Elle s'appelle Kokuen. La Braise Noire. Elle contient l'esprit d'un yōkai.


Onigumo haussa légèrement un sourcil.


- Alors c'est bien une arme de valeur.


Cette fois Mayoiga esquissa un léger sourire.


- Pour un yōkai, oui.


Elle le regarda directement.


- Un humain qui la prendrait finirait consumé.


Les brigands échangèrent des regards tendus.

Onigumo resta droit.


- Peut-être qu'un humain assez fort pourrait la tenir.


- Non.


La réponse tomba immédiatement.


- Aucun humain ne le peut.


Mayoiga détourna déjà les yeux vers la forêt.

Onigumo soutint encore son regard quelques secondes.

Mais quelque chose dans l'assurance froide de la yōkai fissura légèrement sa confiance.

Il jeta un regard au fourreau vide.

Puis au corps du démon.

Il comprit, malgré lui, qu'elle disait probablement vrai.


Mayoiga s'éloigna déjà entre les arbres.


- Si quelqu'un trouve Kokuen... j'espère qu'il aura la sagesse de ne pas la toucher.


Elle ne ralentit pas.

Mais avant de disparaître entre les troncs, son regard glissa une dernière fois vers la clairière.

Vers l'homme.

Puis la forêt l'engloutit.

---

La rivière coulait lentement entre les pierres plates, reflétant les dernières lueurs du jour. L'eau claire charriait l'odeur froide des montagnes.

Depuis plusieurs jours, Mayoiga suivait la troupe de brigands à distance.


Pas pour les traquer.

Pour observer leur chef.


Onigumo. Il ne ressemblait pas aux autres hommes de sa troupe.

Ses compagnons parlaient d'or, de pillages, de villages à brûler. Lui parlait rarement. Quand il le faisait, c'était pour interroger des marchands sur des rumeurs de démons ou d'artefacts anciens.


Dans l'ombre des saules, Mayoiga s'arrêta.

Plus bas, sur la rive, Onigumo venait de sortir de l'eau.


Ses cheveux noirs encore mouillés retombaient sur ses épaules. Il portait seulement un pantalon sombre serré à la taille.

Son armure et son sabre reposaient sur une pierre plate un peu plus loin.


Lorsqu'il se pencha pour ramasser une gourde posée près de la rive, Mayoiga aperçut la cicatrice. Large. Sombre. Elle s'étendait dans son dos comme les pattes d'une araignée gravées dans la chair. Ce n'était pas une cicatrice ordinaire.


Le vent passa dans les feuilles. La rivière éclata soudain dans un fracas violent.

Une masse surgit de l'eau.

La créature avait la taille d'un cheval. Son corps allongé était couvert d'écailles sombres, et quatre membres griffus s'accrochaient aux pierres de la rive. Une crête d'os courait le long de son dos jusqu'à sa queue épaisse.

Ses yeux jaunes se fixèrent immédiatement sur l'homme.

La gueule du yōkai s'ouvrit dans un ricanement. Sa voix était grave, rugueuse.


- Un humain... tout seul. Quelle chance.


La créature sortit lentement de la rivière, l'eau ruisselant le long de ses écailles.

Onigumo n'avait pas reculé. Son regard glissa simplement vers la pierre où reposait son arme.

Le démon pencha la tête.


- Tu crois pouvoir fuir ?


Ses griffes raclèrent la roche dans un crissement désagréable.


- Les humains font toujours ça.


Il avança encore, lentement.


- Ils courent... ils crient... puis je les mange.


Un rire guttural sortit de sa gorge.

Onigumo bougea soudain.

Il bondit vers la pierre plate, roulant sur le côté pour éviter les mâchoires qui se refermaient à l'endroit où il se trouvait un instant plus tôt.

Sa main attrapa son sabre.

Le métal chanta en quittant le fourreau.

Le yōkai éclata d'un rire rauque.


- Ah ! Voilà qui me plaît !


La créature bondit.

Son corps massif percuta les pierres, brisant la roche dans un craquement sec.

Onigumo esquiva de justesse.

La queue du démon balaya l'air et le projeta contre la berge.

L'homme heurta la terre dans un souffle brutal.

Du sang coula le long de son bras.

Mais ses yeux restaient calmes.

Le yōkai s'approcha lentement.


- Tu ne cries pas...


Il renifla l'air avec délectation.


- J'aime les humains comme toi.


Ses mâchoires s'ouvrirent dans un large sourire.


- Leur chair a toujours meilleur goût.


La créature bondit.


Au dernier instant, Onigumo pivota.

Sa lame plongea vers le haut.


Le sabre s'enfonça dans l'œil du démon.

Le hurlement qui suivit fit trembler les arbres. La créature se cabra, secouant violemment la tête.

Onigumo fut projeté au sol, mais il ne lâcha pas sa prise.

Le yōkai se débattit quelques secondes encore, brisant les pierres de la rive.

Puis son corps s'affaissa lourdement dans l'eau peu profonde.


Le silence retomba sur la rivière.


Onigumo resta quelques instants immobile, tira lentement sa lame de l'œil du démon, puis se redressa. L'eau sombre de la rivière coulait autour de ses pieds, mêlée au sang de la créature.


Son regard ne portait ni triomphe, ni colère.

Seulement cette même détermination froide.


Dans l'ombre des arbres, Mayoiga observait toujours.

Son regard glissa une nouvelle fois vers la cicatrice qui marquait son dos.


Un humain.

Et pourtant...


Elle avait vu peu d'hommes affronter un yōkai avec une telle calme.

Le vent passa sur la rivière.

Mayoiga se détourna enfin.

Sans un bruit, elle disparut entre les arbres.


Peut-être... que certains humains cachaient autre chose que de la faiblesse.


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