La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 2 : L'appel

1757 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 04/04/2026 15:33

La nuit tombait sur les bois.

Onigumo s'était éloigné du campement.


D'étranges marques noires tachaient certains troncs, comme si quelque chose avait rampé sur l'écorce.

Il s'arrêta à l'entrée d'une petite clairière.


Un corps humain gisait dans l'herbe.

Dans sa main crispée se trouvait une dague.


La lame était fine.

Noire.


Mais ce qui attira immédiatement l'attention d'Onigumo, ce furent les filaments.

De fines veines sombres couraient le long de la lame et de la garde, comme des racines vivantes.

Elles pulsaient lentement.


La dague respirait.


Onigumo s'approcha.


- Kokuen...


Les filaments frémirent légèrement.

Le cadavre autour de l'arme était couvert de larges marques noires qui remontaient le long du bras comme une infection.

Onigumo se pencha.

Sa main s'approcha de la poignée.


- Donc c'est toi...


Les filaments vibrèrent.

Comme s'ils répondaient à sa présence.

Sa main allait toucher l'arme.

Mais avant qu'il ne l'effleure, une force invisible frappa le sol.

Le cadavre se désagrégea brutalement.

La chair noircit.

Puis se dispersa en cendres.


Onigumo recula d'un pas.


Mayoiga se tenait devant lui.

La main encore levée.


La dague tomba dans l'herbe.

Les filaments noirs se tordaient autour de la lame, comme irrités.


Mayoiga s'avança calmement.


- Je t'avais dit de ne pas la toucher.


Onigumo serra les dents.


- Je voulais voir.


- Tu aurais servi de nourriture.


Elle se pencha et ramassa la dague.

Les filaments noirs frémirent brièvement, puis s'apaisèrent sous ses doigts.

Comme un animal reconnaissant son maître.

Onigumo observa la scène en silence.


Après un moment, Mayoiga releva légèrement la tête.


- Je connais l'existence d'une chose qui te serait peut-être plus utile que cette dague.


Onigumo releva les yeux.


- Laquelle ?


- La Perle de Shikon.


Le nom resta suspendu dans l'air.


- Elle peut exaucer les désirs. Même les plus absurdes.


Onigumo fronça légèrement les sourcils.


- Par exemple ?


- Donner à un humain la puissance d'un yōkai.


Le vent passa entre les arbres.

Onigumo resta silencieux.

Son regard se perdit dans l'obscurité de la forêt, comme si une idée venait de s'installer dans son esprit.

Mayoiga observa son visage un bref instant, la régularité de ses traits, la tension calme qui s'y lisait.

Puis elle se détourna.


- Mais je doute que tu parviennes un jour à l'obtenir.


Elle passa la dague à sa ceinture.


- Des créatures bien plus puissantes que toi la convoitent déjà.


Elle s'éloigna entre les arbres.

Onigumo ne répondit pas.

Il resta immobile dans la clairière, les yeux fixés dans la direction où elle avait disparu.

Pensif.


La forêt retrouva peu à peu son silence.


Les nuits suivantes passèrent sans événement.


La troupe de brigands reprit sa route vers le nord, traversant des vallées étroites et des forêts de pins.

Mayoiga continua de les suivre à distance.


Mais ce n'était plus seulement l'homme qui occupait son esprit.


Le nom qu'elle avait prononcé cette nuit-là revenait parfois à son esprit.

La Perle de Shikon.


Même parmi les yōkai, rares étaient ceux qui savaient réellement où elle se trouvait.


La nuit s'était installée sur la crête.


L'odeur humide de la terre montait depuis la vallée. Elle avançait entre les arbres sans bruit, guidée moins par la vue que par la présence qu'elle percevait devant elle.


Une aura calme. Froide. Inébranlable.


Elle connaissait cette présence depuis longtemps.


Lorsqu'elle sortit enfin des arbres, elle l'aperçut.


Un peu plus loin, au bord de la crête, Sesshōmaru se tenait immobile face à la vallée. Sa silhouette se détachait avec netteté dans la clarté pâle de la nuit. Son armure noir reposait sur un kimono blanc et rouge, une étole de fourrure blanche tombait de son épaule.


Mayoiga s'arrêta à quelques pas derrière lui.


Il ne se retourna pas.


Et pourtant, dans cette immobilité même, rien ne disait qu'il ignorait sa présence. Il l'avait sentie avant même qu'elle ne sorte des arbres. Sa venue ne changeait simplement rien à l'attitude qu'il avait choisie.


Pendant quelques secondes, elle ne parla pas. Elle observait sa silhouette, la ligne nette de son profil.

Un instant, une autre image se superposa à la sienne.


Celle d'Inu no Taishō.


- Tu lui ressembles de plus en plus, finit-elle par dire.


Le silence qui suivit fut aussi froid que l'air qui passait sur la crête.


Sesshōmaru ne bougea pas.


Rien, dans sa posture, ne marqua une réaction ouverte. Pourtant, quelque chose se resserra à peine dans sa présence.


Cette comparaison n'avait rien d'innocent.


Et venant d'elle, elle l'était encore moins.


Elle s'approcha lentement.

Son regard glissa vers le sabre à sa ceinture.

Elle reconnut aussitôt le fourreau, et reprit :


- Il t'a laissé Tenseiga.


Alors seulement, Sesshōmaru tourna légèrement la tête. Juste assez pour que son regard doré l'atteigne de biais.


- Une lame qui ne tue pas, dit-il sèchement. Au lieu de Tessaiga.


Mayoiga observa l'épée en silence :


- Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi il a fait ça. Abandonner sa vie pour protéger une humaine...


Le regard de Sesshōmaru se posa pleinement sur elle.


Sous la lumière nocturne, son visage paraissait plus pâle encore, d'une beauté froide et régulière. Les marques magenta sur ses joues et le croissant de lune sur son front, à demi pris dans l'ombre, conservaient cette précision immuable propre aux daiyōkai de leur rang.


- Mon père était le plus puissant des daiyōkai.


Sa voix resta égale.


- Et pourtant, il a choisi de faire des humains sa faiblesse.


Mayoiga garda le silence un bref instant puis répondit :


- Ce n'est pas ce que je pense.


Elle regardait la vallée en contrebas. Son expression demeurait calme, mais son regard s'était légèrement assombri.

Sesshōmaru l'observa un moment, sans chercher à lire davantage que ce qu'elle montrait.

Puis il détourna les yeux vers l'horizon.


- Pourquoi es-tu venue ?


- Beaucoup de rumeurs circulent au sujet de la Perle de Shikon. Je n'arrive pas à distinguer le vrai du faux. Je voulais savoir si tu avais entendu quelque chose.


- Non.


Un court silence passa.


- Et cela ne m'intéresse pas.


Son regard revint vers elle.


- La Perle attire ceux qui cherchent dans une pierre ce qu'ils sont incapables de trouver en eux-mêmes.


Sa voix n'avait pas changé, mais le jugement y était net.

Il marqua une brève pause.


- Je ne te pensais pas de ceux-là.


Mayoiga resta immobile, les yeux tournés vers la vallée obscure.

Puis elle répondit calmement :


- Je ne la cherche pas pour moi.


Sesshōmaru ne la quitta pas du regard.

Il ne répondit pas tout de suite.

Ce silence n'avait rien d'une hésitation. Il pesait simplement ce qu'elle venait de dire.


- Même ainsi, dit-il enfin, la rechercher revient à lui céder.


Mayoiga baissa un instant les yeux vers le vide en contrebas.


- Peut-être.


Puis elle releva la tête.


- Si tu entends quelque chose au sujet de la Perle, dis-le-moi.


Elle se détourna et disparut entre les arbres.

Sesshōmaru resta seul sur la crête.

Ses yeux dorés demeurèrent un instant fixés sur l'endroit où elle avait disparu.

Puis il détourna le regard.

Sans rien laisser paraître.

---

Le lendemain, Mayoiga retrouva sans peine la piste des brigands.


La troupe s'était arrêtée dans une clairière dissimulée par des fougères et des pins. Les chevaux étaient attachés un peu plus loin et quelques armes reposaient contre un tronc.

Mais leur chef n'était pas là.


Autour d'un feu presque éteint, quatre brigands étaient assis en silence. Les braises rougeoyaient faiblement, projetant une lueur instable sur leurs visages fatigués.


L'un d'eux remua les cendres du bout d'un bâton.


- Où est-il passé encore ?


Un autre haussa les épaules.


- Le chef est parti au village depuis ce matin.


- Il est en train de nous perdre, grogna l'un d'eux en jetant un bâton dans le feu.


- Depuis quand on se bat contre des yōkai ? râla un autre. On s'en sortait très bien avec les villages et les caravanes.


Le premier secoua la tête.


- Ça ne lui suffit plus.


- Non, répondit un troisième avec amertume. À lui, ça ne lui suffira jamais.


Il cracha dans les braises.


- L'or, les terres, les femmes... tout ça ne l'intéresse même pas.


Le plus jeune fronça les sourcils.


- Alors qu'est-ce qu'il veut ?


Personne ne répondit immédiatement.


Puis un homme aux traits secs, le regard sombre, parla d'une voix plus basse.


- Du pouvoir.


Les autres levèrent les yeux vers lui.


- Rasetsu...


Il haussa les épaules.


- Regardez-le. Il nous envoie traquer des démons comme si on était des chasseurs de yōkai.


- Et ça nous rapporte quoi ? grogna un autre. Des cicatrices.


- Et des morts, ajouta le plus jeune.


Un silence pesa autour du feu.


Puis Rasetsu reprit, presque calmement :


- Un chef qui oublie pourquoi on se bat... finit toujours par entraîner ses hommes dans sa chute.


Le plus jeune se redressa brusquement.


- Tu veux dire quoi par là ?


Rasetsu fixa les braises.


- Rien.


Il releva finalement les yeux.


Les hommes échangèrent des regards nerveux. Le feu crépita doucement.


Dans l'ombre des arbres, Mayoiga observait.

Son regard se posa un instant sur Rasetsu.


Il ne parlait plus, mais ses yeux restaient fixés sur les braises comme s'il y cherchait déjà une décision.

La yōkai suivit un moment le mouvement de sa main : Rasetsu faisait tourner distraitement un couteau entre ses doigts.

Pas un geste nerveux.

Un geste réfléchi.


Mayoiga détourna légèrement la tête.


Elle avait déjà vu ce regard.

Chez certains démons.

Chez certains humains.

Le regard de ceux qui avaient déjà commencé à envisager la mort d'un autre.


Le vent passa entre les arbres.

Les flammes vacillèrent brièvement.


Puis Mayoiga se recula lentement.

Sans un bruit, elle disparut dans l'ombre de la forêt.

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