La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 3 : L'orgueil blessé

1557 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 04/04/2026 15:51

La nuit était déjà tombée lorsque Onigumo atteignit le petit village.


Quelques maisons de bois bordaient un carrefour de terre battue. Une lanterne de papier suspendue à l'enseigne d'une petite auberge oscillait dans le vent, jetant une lueur jaune sur la rue presque vide.


Ses hommes étaient restés loin derrière lui.


Il les avait laissés garder la route marchande pendant qu'il avançait seul.


La région bruissait de rumeurs sur la Perle de Shikon, et il préférait vérifier lui-même ce que valaient ces murmures.


Il poussa la porte.


L'intérieur sentait la fumée et le bois ancien. Un seuil de terre battue ouvrait sur une pièce couverte de tatamis usés. Au fond, plusieurs cloisons de papier séparaient de petites chambres.


Le propriétaire leva les yeux.


Son regard glissa vers le sabre d'Onigumo.


- Une chambre est libre au fond.


Il fit coulisser une cloison et s'effaça pour le laisser passer.

La pièce était étroite.


Une natte.

Une petite table basse.

Une lampe à huile.

Rien de plus.


Onigumo posa son sabre contre le mur et s'assit.

Sa main effleura distraitement la dague passée à sa ceinture.

Le silence lui convenait.

Sans ses hommes. Sans leurs questions.


La flamme de la lampe vacilla doucement.


Puis quelque chose changea.

Pas un bruit.

Plutôt une sensation.

Comme si l'air lui-même s'était tendu.

Une yōkai.

Une voix étouffée traversa la cloison.


- Excusez-moi, mais... il y a une femme qui dit vouloir vous voir.


Onigumo releva les yeux.


- Une femme ?


- Elle dit vous connaître.


La cloison coulissa avant même qu'il ne réponde.


Une silhouette apparut, celle de Mayoiga.

Le vieil homme se crispa.


- Hé, attendez, vous ne pouvez pas...


- Laisse-la entrer, dit simplement Onigumo.


Le propriétaire hésita puis la cloison se referma.


Le silence revint.

Onigumo ne bougea pas tout de suite.

Ses yeux restèrent posés sur Mayoiga, comme s'il cherchait à confirmer quelque chose qu'il avait déjà perçu.


- Tu me suis.


Un léger sourire étira ses lèvres.


- Une yōkai qui s'intéresse à moi... Je devrais me sentir flatté.


Mayoiga ne répondit pas immédiatement. Elle resta debout, à quelques pas de lui.


- Tu es différent des autres hommes de ta troupe.


Il ne se leva pas.

Ses doigts reposaient toujours sur sa dague.


- Différent...


Il la regarda un instant de plus, sans répondre.

Puis demanda :


- Qu'est-ce que tu vois en moi, exactement ?


Mayoiga ne détourna pas les yeux.


- Tu ne te contentes pas de ce que tu es.


Le silence changea légèrement.

Onigumo ne souriait plus tout à fait.


- ...Oui.


Il resta immobile un instant, plus attentif.

Elle reprit :


- Es-tu parti à la recherche de la Perle ?


Il soutint son regard.

Sa réponse fut immédiate.


- Si elle possède vraiment la puissance dont tu parlais, il me la faut.


Sa main glissa brièvement sur le fourreau de sa dague.


- L'or finit toujours par changer de mains.


Il marqua une légère pause.


- Le pouvoir reste.


Mayoiga s'avança alors, sans le quitter des yeux, et s'assit sur la natte.

Le mouvement était simple, sans invitation.

Onigumo l'observa un instant.

Puis il ajusta légèrement sa position contre le mur.

La distance resta la même.


- Tes hommes ne pensent pas comme toi.


- Je ne leur demande pas de penser.


- Un certain Rasetsu, lui, pense beaucoup.


Le regard d'Onigumo ne changea pas.


- Je sais.


Mayoiga inclina légèrement la tête.


- Il essaiera de te trahir.


Onigumo eut un très léger mouvement d'épaules.


- Qu'il essaye.


Rien de plus.

La lampe à huile vacilla, projetant une ombre instable entre eux.

Mayoiga s'allongea alors sur la natte, comme si rien ne s'y opposait.


- Tu comptes rester ici cette nuit ?


Onigumo la regarda un instant :


- Oui.


Elle ferma les yeux.


- Alors moi aussi.


Il ne répondit pas.

Mais il ne protesta pas non plus.


Onigumo resta assis.

La lampe à huile jetait une lumière douce et instable sur les murs de bois. À l'extérieur, le village dormait déjà.


Mayoiga paraissait endormie.

Ses cheveux sombres s'étendaient sur la natte.

Onigumo, lui, ne dormait pas.

Adossé au mur, il la regardait.

D'abord par simple méfiance.

Puis son regard s'attarda.


Ce n'était pas seulement sa beauté.

C'était ce qu'elle était.

Une daiyōkai.

Même immobile, cela se devinait.


Sous la lumière vacillante de la lampe, les marques bleu pâle qui couraient le long de ses joues apparaissaient nettement.

Elles ne ressemblaient ni aux cicatrices ni aux peintures dont certains démons se paraient pour inspirer la crainte.

Elles semblaient inscrites dans sa peau depuis toujours.


Quelque chose d'ancien.

Quelque chose de puissant.


Onigumo sentit son regard rester un peu plus longtemps qu'il ne l'aurait voulu.


Cette femme possédait une puissance qu'aucun humain ne pouvait atteindre.

Et elle le savait.

Elle parlait avec calme.

Sans peur.

Comme si la distance entre eux était une évidence.


Une tension sourde monta dans sa poitrine.


Une femme.

Et pourtant plus puissante que lui.


Cette simple idée lui était insupportable.


Ses doigts glissèrent lentement vers la dague posée près de lui.

Le métal froid se referma dans sa main.

Sans bruit, il se leva.

Il s'approcha.

Puis s'agenouilla près d'elle.


Elle ne bougea pas.

Il se pencha au-dessus d'elle.

La lame s'éleva lentement vers sa gorge.

Mais au moment où l'acier s'approchait de sa peau, les yeux de Mayoiga s'ouvrirent.

Verts.

Lucides.


La dague quitta soudain la main d'Onigumo.

Une force invisible la projeta à travers la pièce.

La lame alla se planter dans le bois du mur avec un bruit sec.


Mayoiga bascula sur le dos.

Onigumo resta au-dessus d'elle.

Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres.


Elle le regardait calmement.

Pas de peur.

Pas même de surprise.

Seulement cette même assurance silencieuse qui l'avait irrité dès leur première rencontre.


- Tu voulais me tester ? murmura-t-elle.


Onigumo soutint son regard.


- Je voulais voir.


Ses yeux parcoururent brièvement son visage.


- Si tu étais vraiment ce que tu prétends être.


Le silence pesa entre eux.

La lumière de la lampe faisait briller les reflets verts dans les yeux de Mayoiga.

Les mains d'Onigumo se posèrent contre la natte, de part et d'autre de ses épaules.

Il ne reculait pas.


- Tu voulais me dominer, dit-elle doucement.


La phrase n'était pas une accusation.

Presque une simple observation.


- Peut-être.


Leurs visages se rapprochèrent encore.

Leurs regards restèrent accrochés l'un à l'autre.

Les yeux de Mayoiga ne fuyaient pas.

Comme si elle cherchait à comprendre ce qui brûlait en lui.

Cette ambition.

Cette faim.


Onigumo sentit son irritation se transformer en autre chose.

Quelque chose de plus brut.

Une attraction violente.


Le souffle du brigand effleura ses lèvres.

Un instant suspendu.


Elle aurait pu le repousser.

Mais elle ne bougea pas.


Ses lèvres attrapèrent celles de Mayoiga.


Le baiser n'avait rien de tendre.

C'était presque un défi.


Comme s'il cherchait à lui imposer sa volonté, à combler d'un geste l'écart qui existait entre eux.

Un instant, elle resta immobile, puis sa main remonta jusqu'à sa nuque, l'attirant davantage contre elle.


Leurs silhouettes vacillèrent sur le mur de bois sous la lumière tremblante de la lampe.


---


La lumière pâle du matin filtrait à travers les volets de bois.


Onigumo ouvrit les yeux.

Pendant quelques instants, il resta immobile, encore retenu par la lourdeur du sommeil.

Puis la pièce reprit lentement forme autour de lui.


Les murs, la petite table basse.

Et la dague fichée dans la cloison.


Il se redressa.


La natte en face de lui était vide.


Mayoiga était partie.

Sans bruit, sans le réveiller.


Il passa une main sur sa nuque.

Son kimono était en partie défait.


La nuit lui revenait par fragments.


Leurs regards.

La tension suspendue entre eux.

Le souffle chaud contre ses lèvres.

Puis ce baiser.


Un défi plus qu'une étreinte.


Onigumo inspira lentement.


Ce qui l'avait troublé n'était pas seulement sa beauté.

C'était ce qu'elle incarnait.

Mayoiga avançait dans ce monde avec une aisance que lui ne possédait pas.

Une puissance naturelle.

Comme si la force lui appartenait de naissance.

Elle n'avait rien à prouver.

Lui, si.


Son regard glissa vers la dague plantée dans le mur.

Il se leva et l'arracha du bois d'un geste sec.


Le métal tourna brièvement entre ses doigts.


Le souvenir du moment où elle l'avait désarmé lui revint aussitôt.

Cette facilité. Cette vitesse.


Cette image fit naître une tension dans sa poitrine.


Il ne voulait pas rester l'homme qu'elle avait vu cette nuit-là.


Pas celui qui tente... et échoue.


Ses doigts se refermèrent sur la poignée.

La pensée de la Perle de Shikon s'imposa à lui.


Si elle existait vraiment...

il devait la trouver.

Peu importait le prix.


Onigumo rattacha lentement son kimono.

Puis il se dirigea vers la porte.


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