La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 4 : Une perle convoitée

1475 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 04/04/2026 22:13

Le campement s'étendait au bord d'un petit bois de pins noirs. Les chevaux étaient attachés non loin, et plusieurs hommes avaient déjà allumé un feu autour duquel circulaient des gourdes de saké.


Les rires étaient bruyants.


Certains brigands parlaient trop fort, d'autres lançaient des paris grossiers en jetant des osselets sur une peau étalée au sol.


Un peu à l'écart du cercle agité, Onigumo était assis près du feu.


Il avait retiré son kimono, laissant son torse nu exposé à la chaleur des flammes.

La lumière orange glissait sur ses épaules larges.


Dans son dos, la cicatrice ancienne marquait toujours sa chair, ses lignes ramifiées courant entre ses omoplates.

Ses longs cheveux noirs, détachés, retombaient en mèches épaisses le long de sa nuque.


En face de lui, Rasetsu était assis sur un tronc abattu. Ses cheveux étaient tirés en chonmage. Il buvait tranquillement dans une gourde de saké, les yeux brillants à la lueur du feu.


Il prit une longue gorgée, puis essuya sa bouche d'un revers de manche.


- On raconte que cette chose peut exaucer n'importe quel vœu ?


Onigumo regardait les flammes sans presser sa réponse.


- Oui.


Rasetsu pencha la tête.


- Et ça s'appelle... la Perle de Shikon ?


Onigumo hocha légèrement la tête.


- C'est ainsi qu'on la nomme.


Rasetsu ricana doucement.


- Et où se cache ce trésor ?


- Dans le village voisin.


Il ajouta calmement :


- Une prêtresse nommée Kikyo la garde.


Rasetsu éclata d'un rire rauque.


- Alors c'est simple ! On attaque ce village demain !


Onigumo tourna légèrement la tête vers lui.


- Non, Rasetsu.


Le brigand fronça les sourcils.


- Vas-y seul.


- Pourquoi ça ?


Le feu crépita entre eux.


- Kikyo a les sens aiguisés.


Onigumo observa les flammes se tordre autour du bois.


- Si nous arrivons trop nombreux, elle prendra la fuite avant même que nous approchions.


Rasetsu pesta.


- Bon sang...


Il but une nouvelle gorgée de saké.


- Qu'est-ce qu'on fait alors ?


Onigumo leva les yeux vers lui.


- Toi, tu es un bon archer.


Rasetsu redressa un peu le menton.


- C'est vrai.


- Avec ton arc et tes flèches, tu pourrais la tuer à distance. Elle perçoit l'aura des démons.


Ses yeux sombres restèrent calmes.


- Mais elle ne se méfiera pas d'un homme.


Rasetsu fixa un moment les braises.


Puis Onigumo ajouta, presque négligemment :


- Pourquoi n'essaierais-tu pas ?


Le brigand resta pensif.


- N'importe quel vœu...


Il leva sa gourde et but une longue gorgée.


- Je pourrais boire tout le saké que je veux.


Il éclata d'un rire bref.


- Et après...


Il referma sa gourde.


- Je partirai à la conquête du monde.


Rasetsu se leva brusquement.


- Je pars maintenant.Je n'ai plus une minute à perdre.


Il passa la gourde à sa ceinture.


Quelques instants plus tard, Rasetsu se hissait déjà en selle.


- Quand je reviendrai, Onigumo... je serai l'homme le plus riche de ces montagnes !


Il talonna sa monture. Le cheval s'élança entre les arbres et disparut dans la nuit. Le bruit des sabots résonna quelques instants entre les pins, puis s'éteignit peu à peu.


Autour du feu, quelques brigands avaient suivi la scène du regard.


L'un d'eux ricana.


- Il est vraiment parti ?


Onigumo resta assis un moment, les yeux posés sur l'endroit où Rasetsu avait disparu.


Puis un léger sourire étira le coin de sa bouche.


- Rasetsu va jouer les héros.


Quelques hommes éclatèrent de rire.


- S'il revient vivant, ce sera déjà un miracle.


- Ou alors il reviendra avec ce fameux trésor !


- La perle, hein ?


Un autre haussa les épaules.


- Les histoires de prêtresses et de talismans, c'est bon pour les moines.


Onigumo se releva lentement. La lumière du feu glissa une dernière fois sur les lignes sombres de la cicatrice d'araignée dans son dos avant qu'il ne ramasse son kimono et le passe négligemment sur ses épaules.


Il observa ses hommes.


Leurs visages étaient rougis par le saké, les regards déjà brillants.


Des hommes faciles à mener.


- Nous avons travaillé dur ces derniers temps.


Quelques brigands relevèrent la tête. Onigumo attacha sa ceinture.


- La ville la plus proche n'est qu'à quelques lieues.


Un sourire plus franc apparut cette fois.


- On raconte qu'il s'y trouve un ryokan fréquenté par de riches marchands.


Les hommes échangèrent des regards.


- Un endroit où l'on sert du bon saké.


Un des brigands se redressa déjà.


- Et des femmes ?


Onigumo haussa légèrement les épaules.


- Nous avons de l'or, ils sauront vous divertir.


Il n'eut pas besoin d'en dire davantage.


Les réactions furent immédiates.


- Hah ! Voilà une idée !


- Enfin une vraie soirée !


- Du saké ! Des femmes ! Et des lits propres !


Les rires éclatèrent de nouveau autour du feu, lourds de saké et de fatigue relâchée.


Déjà, certains brigands se levaient en titubant légèrement pour aller seller les chevaux.


Onigumo les observa en silence, sans un mot, les yeux posés sur eux avec cette distance froide qui semblait ne jamais le quitter.


Il s'éloigna lentement vers la lisière du campement, là où les pins formaient une ombre plus dense. À mesure qu'il avançait, les rires et les éclats de voix des brigands se firent plus lointains, étouffés par les arbres.


Il finit par s'asseoir sur une pierre plate.


De sa ceinture, il tira sa dague.


La lame capta un instant l'éclat du feu au loin avant de retomber dans la pénombre.


Onigumo sortit une pierre et commença à aiguiser son arme contre la surface rugueuse.


Alors une présence se glissa derrière lui. Silencieuse.


L’air lui-même sembla à peine bouger.


M Pourtant, quelque chose avait changé dans l’ombre.


Il n’eut pas besoin de se retourner.

La voix de Mayoiga s’éleva, calme :


- Tu as réussi à te débarrasser de Rasetsu.


- Rasetsu est prévisible. Il suffit de nommer un trésor pour qu’il s’y jette sans réfléchir.


Un léger silence suivit.


- C'était facile.


La pierre continua de glisser sur la lame avec une lenteur méthodique, comme si ces mots n’avaient rien eu d’important.


Puis le mouvement s’interrompit.

Onigumo leva légèrement les yeux vers la yōkai.


- Mes hommes ont apprécié ton conseil.


Un sourire discret, à peine esquissé, passa sur son visage, plus deviné que réellement vu dans l’obscurité.


- Leur rappeler qu'ils préfèrent l'or aux démons.


Mayoiga se tenait près du rocher, immobile.


La lumière du feu, trop lointaine désormais, n’atteignait plus vraiment son visage ; elle n’en dessinait que les contours, un éclat pâle accroché à sa joue rayée, la ligne sombre de ses cheveux, la netteté presque irréelle de sa silhouette dans la nuit.


Ses yeux clairs semblaient fixés sur les lueurs vacillantes du campement, comme si ce qui s’y agitait appartenait à un monde inférieur, trop simple pour retenir vraiment son attention.


- Les hommes comme eux sont faciles à comprendre.


Onigumo reprit doucement le mouvement de la pierre sur l’acier. Le son revint, régulier, entêtant.


- Et moi ?


Mayoiga tourna légèrement la tête vers lui.


- Tu regardes au-delà de ce qui les contente.


Un souffle amusé lui échappa, bref, presque inaudible.


- C'est vrai.


Le métal chanta encore un instant sous la pierre.

Puis un bruissement léger s’éleva sur les aiguilles de pin.

Mayoiga s’éloignait déjà.


Sa silhouette se fondait dans l’obscurité avec une aisance presque surnaturelle, comme si la forêt elle-même l’absorbait.


Onigumo ne se retourna pas.


- Tu ne restes pas ?


- Tu ne m'as pas encore donné de raison de rester.


Les pas s’éloignèrent entre les arbres, de plus en plus légers, puis disparurent tout à fait, avalés par la nuit et l’épaisseur de la forêt.


Onigumo resta immobile, la pierre à aiguiser reposant toujours dans sa main.


Pendant un moment, il n'entendit plus que les rires lointains des brigands et le crépitement du feu.


Un sourire lent passa sur ses lèvres.


Ainsi donc.


La lame de la dague accrocha de nouveau la pierre.


Il n'y avait ni colère ni vexation dans son regard. Seulement cette lueur obstinée qui l'animait toujours lorsqu'une chose lui résistait.


Au loin, les brigands continuaient de rire autour du feu.



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