La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 24 : Au cœur du piège

1763 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 18/04/2026 10:38

Kagura quitta sa plume et se laissa tomber.


Le vent accompagna sa chute. Elle toucha terre d'un seul pied avant de se redresser dans le même geste.

Devant elle, la meute s'était déjà resserrée. Les loups montraient les crocs. Kōga se tenait en avant, prêt à bondir.


Un sourire glissa sur les lèvres de Kagura.


- Yo. Ça fait un bail, Kōga.


Le regard du jeune yōkai se durcit aussitôt.


- Sorcière du Vent ! Je n'ai pas oublié ton visage. Ni ce que tu as fait aux miens.


Ses crocs apparurent.


- Prépare-toi à mourir.


Kagura inclina légèrement la tête.


- Toujours aussi bruyant... Essaie déjà de m'atteindre.


Elle ouvrit son éventail.

Le vent se leva d'un seul coup.


Les squelettes furent projetés sur la meute dans un chaos contrôlé. Les premiers corps s'écrasèrent contre les loups, mais furent aussitôt brisés sous les crocs et les griffes.


Kagura pivota le poignet.

Le vent reprit les os avant même qu'ils ne retombent. Côtes, vertèbres et phalanges s'élevèrent autour d'elle et se mirent à tournoyer en cercle.


Elle rabattit son éventail.

Les os partirent en rafales.

Plusieurs loups esquivèrent ; d'autres furent frappés de plein fouet et roulèrent dans la poussière. Ginta jura. Hakkaku se jeta de côté pour éviter un tibia qui alla se ficher dans un tronc.


Kōga, lui, continuait d'avancer.

Il encaissa un éclat d'os sur l'épaule sans même ralentir, puis fendit le reste du tourbillon à pleine vitesse.

Kagura claqua la langue.


- Tch. Tu cours toujours aussi vite pour quelqu'un qui pense si lentement.


Des arcs tranchants jaillirent de son éventail et filèrent vers Kōga en croisant leurs trajectoires.

Il ne les encaissa pas.

Il passa entre.

Kōga ne ralentit pas.

Kagura recula d’un pas.


Le sourire n'avait pas quitté ses lèvres, mais elle sentait que le combat serait difficile.


Les squelettes ne tenaient pas assez longtemps. Les loups les réduisaient trop vite en fragments inutiles, et Kōga ne lui laissait pas l'espace nécessaire pour reprendre la maîtrise du terrain.

La meute s'était reformée presque aussitôt.


Elle lança une nouvelle rafale pour les maintenir à distance, mais Kōga passa encore entre ses attaques.

Cette fois, il arriva si près qu'elle sentit le souffle de son élan.

Kagura se dégagea au dernier instant.


- Tu commences à m'agacer.


C'était faux.

Il l'avait agacée dès le début.


Kagura déploya son éventail.

Le vent se plia à son geste.

Les os dispersés au sol furent arrachés d'un seul coup, happés dans un tourbillon brutal qui se referma sur Kōga. En un instant, sa silhouette disparut sous une multitude de vertèbres, de côtes et de crânes en rotation.


Kagura reprit l'avantage.


Et c'est à cet instant précis que quelque chose frappa dans sa poitrine.


Elle se figea.

Un battement venait de surgir en elle, brutal, si étranger qu'elle ne le reconnut pas d'abord. Un second suivit aussitôt, plus lourd, plus net, comme s'il cherchait à s'imposer dans un corps qui n'avait jamais appris à le porter.

Sa main remonta d'elle-même vers sa poitrine.


Ses doigts tremblèrent au contact du tissu.


Non.


Le troisième battement résonna en elle avec une évidence insoutenable.

Son souffle se coupa.

La compréhension la traversa d'un seul coup.


Son cœur.

Naraku le lui avait rendu.


Elle releva brusquement les yeux. La surprise se lisait à découvert sur son visage.

Elle avait cru qu'il le lui rendrait après. Une fois le combat terminé. Une fois les fragments obtenus.

Pas ici.

Pas pendant l'affrontement.

Pas face à lui.


Un rire bref lui échappa, sec, presque brisé.


- Espèce de...


Elle n'acheva pas.

Kōga jaillit du tourbillon.

Kagura n'eut pas le temps de reprendre son souffle. Elle voulut esquiver, mais une peur nouvelle ralentit son geste d'un infime décalage.


Le coup passa près.

Elle se dégagea de justesse.

Kōga l'avait senti.


- Qu'est-ce qu'il y a ? cracha-t-il. T'as perdu ton sourire, Kagura ?


---

Mayoiga suivait le combat du regard, dissimulée entre les branches.


Elle voyait ce que Kōga ne percevait pas encore. Le déséquilibre n'était pas dans la technique de Kagura. Son vent restait précis, ses gestes demeuraient justes. Ce qui était nouveau, c'était sa peur de mourir.

Mayoiga en comprit aussitôt l'origine.

Naraku n'avait pas rendu son cœur à Kagura pour la libérer. Il le lui avait rendu pour l'exposer. Et il avait choisi cet instant avec soin.

Sous ses yeux à elle.


Elle comprenait parfaitement ce qu'il attendait.

Si elle n'intervenait pas, Kōga finirait par l'abattre.

Si elle intervenait, Kagura pourrait reprendre l'avantage, s'emparer des fragments, et Naraku n'aurait plus qu'à les récupérer par elle.

Le dilemme se referma sur elle avec une netteté glacée.

Soit elle laissait Kagura mourir.

Soit elle devenait le maillon par lequel Naraku récupérerait la Perle.


Il suffisait donc de ne rien faire.


Kagura n'était, après tout, qu'un fragment de Naraku.

La pensée s'imposa avec netteté.

Puis une autre la fissura aussitôt.


Tu crois que ça suffit à décider de ce que tu es ?


La voix de Tōtōsai lui revint avec une clarté irritante.


Mayoiga serra légèrement les doigts sur la garde de Tōkijin.

Cela ne changeait rien.

Cela ne devait rien changer.


Kōga bondit de nouveau.

Kagura leva son éventail trop tard. Le coup la heurta à l'épaule, la fit vaciller, puis l'obligea à poser un genou à terre.


Mayoiga observa la scène sans ciller.

Il suffisait de laisser Kōga achever ce que Naraku avait préparé.

Il suffisait de regarder Kagura pour ce qu'elle était : un fragment, un morceau de lui, une existence façonnée par sa chair.

La pensée se referma sur elle-même avec une cohérence parfaite.


Et ce fut précisément cette cohérence qui la fissura.

Car en l'acceptant jusqu'au bout, Mayoiga ne réduisait pas seulement Kagura à cela.

Elle validait ce qui la définissait, elle aussi.

Elle n'était pas différente.


Son regard se fixa.

Elle savait ce qu'elle devait faire pour contrer le plan de Naraku.

Elle savait ce que son geste entraînerait.

Et pourtant, lorsque Kōga repartit vers Kagura, Mayoiga sortit de l'ombre.


Tōkijin quitta le fourreau dans un éclair dense. Son attaque visa franchement Kōga. La lame fendit l'air droit vers son flanc avec une vitesse qui aurait dû l'ouvrir jusqu'aux côtes.


Kōga sentit le mouvement au dernier instant et se jeta de côté. Le tranchant lui arracha tout de même un cri rauque en lui ouvrant le bras. L'attaque brisa son élan et le fit reculer d'un pas brutal.

Il se retourna aussitôt, les crocs découverts.


- Toi... !


Le sang recouvrait déjà son bras.

Un loup bondit presque au même instant. Mayoiga pivota sans même le regarder ; l'animal passa trop loin pour trouver prise.

Kōga, lui, ne quittait plus son visage des yeux.

La stupeur avait déjà disparu. Il ne restait plus que la certitude.


- Alors c'était ça... gronda-t-il. Sale garce. T'étais bien avec Naraku depuis le début.


Mayoiga ne répondit pas.

Elle n'aurait pas su le faire sans mentir.

Parce qu'il n'avait pas entièrement tort.

Et parce qu'elle-même ne savait toujours pas expliquer ce qu'elle venait de faire.


Ce bref désordre avait suffi.

Kagura releva la tête.


La peur battait encore en elle, mais l'ouverture était là. Kōga s'était retourné. Son attention avait quitté le combat.

Ses yeux glissèrent vers Mayoiga, une fraction de seconde.


Puis elle ouvrit son éventail.

Le vent se condensa devant elle avant d'éclater d'un seul coup.

Des arcs lumineux jaillirent de l'air en gerbes tranchantes et fondirent sur Kōga avant même qu'il ait pu se remettre en garde.

L'un le força à lever le bras pour protéger son visage.

Les suivants frappèrent plus bas, entaillant ses jambes.


Kōga encaissa.

Il recula, mais ne céda pas.

Malgré tout, cela avait suffi.

Les fragments de la Perle se détachèrent de ses mollets, furent aussitôt happés par le vent et vinrent se loger dans la paume ouverte de Kagura.


- Kōga !


Ginta bondit immédiatement.

Hakkaku le suivit dans le même mouvement.

Ils se placèrent devant lui pour empêcher qu'on l'atteigne davantage.


Kagura ne chercha pas à prolonger l'affrontement.

Sa plume plongea du ciel comme un trait blanc. Elle s'y agrippa, puis le vent la souleva aussitôt.

Avant de disparaître au-dessus des arbres, elle tourna brièvement la tête.

Ses yeux croisèrent ceux de Mayoiga.

Il n'y eut ni sourire ni remerciement.

Seulement cette tension nue, presque incrédule, de quelqu'un qui n'avait pas prévu de survivre.

Puis elle s'éleva.


En quelques secondes, elle ne fut plus qu'une forme pâle entre les cimes.

Kōga se redressa lentement, soutenu par la présence de sa meute. Une main crispée sur sa blessure, il fixait déjà Mayoiga.


Et cette fois, il n'y avait plus dans ses yeux ni hésitation ni doute.


Les loups réagirent avant lui.

Deux d'entre eux se jetèrent vers Mayoiga, bientôt suivis par d'autres dans le même élan.


Elle ne leur accorda pas un regard.

Son corps se déplaça avec une précision sèche, leurs attaques glissaient à côté d'elle avant même d'avoir trouvé prise. Elle traversa leur encerclement sans chercher à les abattre.

Son visage resta levé vers le ciel.

Kagura s'éloignait avec les fragments.

Mayoiga le savait.

Elle venait de faire exactement ce que Naraku attendait d'elle.


Ses doigts se resserrèrent sur la garde de Tōkijin.


Elle s'élança entre les arbres.


Mais presque aussitôt, le vent changea.


Le souffle laissé par Kagura se fragmenta, se dispersant en courants contraires, emportant avec lui jusqu'à la moindre trace de sa présence.

Mayoiga ralentit, puis s'arrêta.

Son regard se durcit légèrement.

Kagura ne fuyait pas au hasard.

Elle effaçait sa trace.

Une fraction de seconde passa.


Puis Mayoiga repartit, plus vite encore, et disparut entre les arbres.

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