La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 27 : Le geste

1646 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 19/04/2026 22:21

La nuit avait entièrement recouvert la forêt.

Les troncs se dressaient en masses sombres, et l'herbe haute de la lisière ondulait sous un vent instable.


Mayoiga ralentit.


L'odeur de Kagura était toujours là, mais le sang s'y mêlait désormais, trop présent pour laisser place au doute.

Elle comprit avant même de l'apercevoir.

Elle mourait.


Mayoiga poursuivit, plus lentement cette fois.

Puis elle la vit.


À l'orée de la forêt, Kagura marchait encore.

Sa silhouette claire se détachait dans la pénombre avec une tenue presque intacte. Son kimono rayé, assombri par le sang, continuait de se mouvoir porté par une brise légère.


Ses cheveux noirs restaient élégamment relevés. Les perles vertes suspendues à ses oreilles vacillaient à chaque pas.

Le vent ne l'avait pas quittée. Il soutenait encore ses pas, irrégulier, comme s'il refusait de la laisser chuter trop tôt.


Mayoiga resta immobile quelques secondes, puis s'avança.

Chaque pas confirmait ce qu'elle avait déjà compris.


Elle n'eut pas besoin de regarder les mains de Kagura.

Les fragments n'étaient plus là.


Elle s'arrêta non loin d'elle.

Kagura continua d'avancer encore un instant.

Puis s'immobilisa à son tour.


Un silence passa.


Mayoiga la regarda.


- Naraku ?


Kagura eut un très léger mouvement de tête, à peine un souffle.

Un sourire fatigué passa sur ses lèvres.


- Qui d'autre ?


Elle détourna légèrement le regard, comme si la réponse n'avait jamais vraiment été une question.


- Dis-moi... j'aimerais savoir quelque chose.


Mayoiga attendit.

Kagura eut un très mince sourire.


- Quand tu as frappé Kōga...


Elle s'interrompit un instant pour reprendre son souffle.


- Tu l'as fait pour moi ?


La question tomba sans douceur ni plainte, plus nue que tout le reste.

Mayoiga sentit quelque chose se refermer en elle.


- Je ne sais pas, dit-elle enfin.


Kagura la fixa.

Puis un bref rire lui échappa, plus soufflé qu'émis.


- Tss..


Elle inclina à peine la tête.


- C'est à peu près ce que j'attendais.


Mais le sourire qu'elle garda cette fois ne tenait plus tout à fait du sarcasme.


Mayoiga ne bougea pas.

Kagura leva les yeux vers la nuit au-dessus d'elles.


- J'aurais préféré que tu dises oui.


Les mots furent dits sans emphase, presque avec désinvolture.

C'est cela, peut-être, qui les rendit plus nets encore.

Kagura ferma les yeux un instant.


Mayoiga baissa légèrement le regard.

Elle ne savait pas encore ce qu'elle avait voulu sauver.

Ni pourquoi son corps avait refusé de la laisser mourir.


Quand elle releva les yeux, Kagura la regardait de nouveau.

Il n'y avait presque plus de moquerie dans son visage.

Seulement cette fatigue fière, irréductible, qui lui donnait encore une forme de grâce.


- Ne le laisse pas croire qu'il avait raison sur tout, dit-elle.


Mayoiga resta immobile.

Kagura eut un dernier sourire, plus faible, mais étrangement paisible.


Le vent se leva enfin.

Il prit d'abord ses manches, puis ses cheveux, et fit vibrer les perles à ses oreilles.

Kagura ne tomba pas.

Elle se défit.

Sa silhouette pâlit, comme reprise par l'air lui-même.

Les contours de son visage se troublèrent, puis sa forme se dissout dans une torsion légère de vent et de poussière pâle.

Les plumes accrochées à sa chevelure disparurent les dernières.

Puis il ne resta devant Mayoiga qu'un souffle traversant l'herbe noire.


Le vent retomba.


Mayoiga ne bougea pas.

L'odeur avait disparu avec elle.

Il ne restait plus qu'un vide, trop net pour être ignoré.

Ses doigts se resserrèrent légèrement sur la garde de Tōkijin.


- Tu as essayé de l'aider.


La voix de Naraku tomba.

Derrière elle.


Mayoiga ne se retourna pas.

Un instant passa, ténu.


Puis elle perçut pleinement sa présence.

Non pas comme une menace immédiate, mais comme quelque chose de déjà installé, silencieux, impossible à écarter.

Elle ne ressentit ni sursaut, ni peur brusque. Seulement ce vide, toujours là, que sa voix n’avait pas comblé.

Naraku ne s’était pas approché davantage.


Lorsqu’elle tourna enfin légèrement la tête, sans lui faire face, elle aperçut son visage.

Calme.

D’une beauté presque irréelle.

Ses yeux reposaient sur elle avec douceur, comme s’il observait quelque chose de fragile qu’il n’avait pas besoin de briser.

Ses longs cheveux noirs glissaient sur son kimono sombre, la fourrure blanche enveloppant sa silhouette.

Rien, dans son expression, n’évoquait la violence de ce qui venait d’avoir lieu.

Et c’était cela qui rendait sa présence plus insupportable encore.


Mayoiga détourna légèrement les yeux.

Quelque chose en elle refusait encore de prendre forme.

Sa main resta posée sur Tōkijin, immobile.

Comme si bouger risquait de fixer définitivement ce qu'elle ne voulait pas encore regarder.


Naraku attendit.

Mayoiga ne répondit pas.

Le silence ne lui appartenait déjà plus tout à fait.

Naraku fit un pas.

L'herbe ploya à peine sous lui.


Elle sentit la distance se réduire, sans que sa posture change. Quelque chose en elle savait qu'elle aurait dû s'écarter. Rien pourtant ne prit encore cette forme.


Il s'avança encore.

Assez pour que sa présence recouvre presque tout le reste.

Mayoiga ne se retourna pas davantage.


Ses doigts restaient fermés sur Tōkijin, mais sans tirer la lame.

Naraku leva la main.

Le geste était lent, presque doux.


Ses doigts se posèrent sur sa joue, glissant le long des stries bleues.


- Rentrons.


Mayoiga ne bougea pas.

Un instant passa, suspendu, comme si quelque chose en elle cherchait encore à prendre forme sans y parvenir.


Puis, très légèrement, sa main quitta la garde de son épée.

Le mouvement était incertain, en retard sur lui-même, comme s'il ne lui appartenait pas encore tout à fait.

Ses doigts vinrent rencontrer ceux de Naraku.

Pas pour les saisir.

Pour les arrêter.


Le contact se figea une seconde.

Rien ne bougea.


Puis quelque chose changea.

Les doigts de Naraku se retirèrent d'eux-mêmes.

Le geste fut calme, parfaitement maîtrisé, comme s'il n'avait jamais eu l'intention d'aller plus loin.

Sa main s'abaissa lentement.

Pas en réponse, en conclusion.


Le silence se tendit.

Naraku ne chercha pas à rétablir le contact.

Mais son regard se posa sur elle avec une attention plus précise, plus aiguë, comme s'il venait de confirmer quelque chose qu'il pressentait déjà.


C'est alors que l'air céda.

Une lumière blanche traversa la pénombre sans éclat, sans fracas.

Sesshōmaru apparut à quelques pas d'eux.

Il ne s'était pas interposé.

Il était simplement là.


Naraku tourna légèrement la tête vers lui.


- Sesshōmaru.


Son regard resta posé sur Naraku, immobile.

Le silence se referma autour d'eux.


Mayoiga inspira.

Le monde sembla revenir d'un bloc, trop net, presque étranger.

Ses doigts se refermèrent sur la garde de Tōkijin.

Le geste partit sans qu'elle le décide vraiment.

La lame quitta le fourreau dans un souffle bref.

Elle ne la leva pas.

La pointe resta basse, tournée vers le sol, comme si elle ne trouvait pas encore de direction.

Son regard ne suivait pas le mouvement. Il restait ailleurs.


Déjà, la présence de Naraku se délitait.

Sa silhouette se troubla, puis se dissipa dans un tourbillon de fumée.

La brume s’éleva, s’effilochant dans l’air avant de disparaître.


Le silence retomba.

Mayoiga ne bougea pas immédiatement.

Tōkijin restait basse dans sa main, la pointe tournée vers l'herbe. Sa respiration s'était stabilisée, mais quelque chose en elle demeurait en retard, comme si le monde avait repris sans l'attendre tout à fait.

Elle sentait encore sur sa joue le passage des doigts de Naraku.

Le vent avait emporté Kagura...

Naraku avait disparu...

Et Sesshōmaru était là...


Un instant passa.


Puis ses doigts se resserrèrent légèrement.

Elle rengaina sa lame.

Le geste fut net, presque trop maîtrisé.

Comme si elle s'appliquait à lui donner une précision qui n'était pas nécessaire.


Mayoiga se détourna lentement, mais suffisamment pour ne pas faire face à Sesshōmaru.

Son regard glissa vers l'endroit où Kagura avait disparu.


- Il l'a rattrapée.


Sa voix était stable, un peu trop plate.

Le vent passa entre les herbes.

Elle reprit, après une très légère pause :


- Et il a récupéré les fragments.


Il n'y eut aucune émotion dans ses mots, seulement une organisation.

Une mise à distance.

Comme si cela suffisait à remettre les choses en ordre.

Elle ne le regardait toujours pas.


Sesshōmaru resta immobile un instant.

Son regard ne suivit ni le mouvement du vent, ni celui des herbes.

Il resta posé sur elle, sans dévier.


- Il n'est pas venu pour la Perle.


Le silence qui suivit ne chercha pas à s'imposer.

Il était simplement là.

Mayoiga ne répondit pas.

Elle se détourna.


Le mouvement fut simple, sans brusquerie, presque dépourvu d'intention apparente.

Puis elle s'éloigna, sans un regard.


Ses pas reprirent à travers l'herbe sombre, ni pressés, ni hésitants. Elle ne fuyait pas.

Elle mettait seulement de la distance entre elle et ce qui venait d'avoir lieu, entre elle et ce qu'il en avait vu.

Elle ne se retourna pas.


Derrière elle, Sesshōmaru demeura immobile un court instant encore.

Puis il s'avança à son tour.

Sans chercher à réduire l'écart.

Il la suivait de loin, assez pour ne pas s'imposer.


Aucun mot ne passa entre eux.

Seuls le vent et le froissement de l'herbe accompagnaient leurs pas, tandis qu'ils s'enfonçaient dans la nuit.


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