La dernière disciple d'Inu no Taishō
Chapitre 26 : Qu'une réponse incomplète
1743 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 19/04/2026 12:18
La nuit tombait entre les arbres.
La lumière déclinait vite, avalée par les feuillages, ne laissant au sol qu'une pénombre mouvante.
Mayoiga courait, ses pas trouvant leur chemin sans hésiter.
Elle suivait toujours l'odeur de Kagura.
Par moments, celle-ci se dissipait complètement, comme emportée par le vent. Puis elle revenait, plus faible, plus diffuse. Mayoiga ajustait sa trajectoire sans ralentir.
Elle ne reprendrait pas les fragments à Kagura. Les lui arracher ne ferait que raccourcir le chemin jusqu'à Naraku.
Ce qu'il fallait, c'était s'assurer que Kagura les garde hors de sa portée.
Tant que cette fuite tenait, Naraku ne pouvait pas refermer complètement son plan.
Pour l'instant, le reste importait peu.
Elle franchit un tronc abattu sans ralentir.
Quelque chose troubla brièvement l'air.
Une lueur pâle apparut entre les troncs, puis disparut presque aussitôt.
Sesshōmaru se tenait à quelques pas devant elle, immobile.
La lumière mourante accrochait encore le blanc de ses vêtements et la ligne pâle de son visage.
Mayoiga s'arrêta.
- Que veux-tu, Sesshōmaru ?
- Tu poursuis l'odeur de Kagura.
Un très léger temps passa.
- Oui...
Le silence s'installa, tendu, sans qu'aucun des deux ne cherche à le rompre.
Sesshōmaru reprit la parole.
- Elle est venue à moi avec des fragments de la Perle de Shikon.
Le regard de Mayoiga se fixa sur lui, plus attentif.
- Tu l'as laissée repartir, j'imagine.
Il ne releva pas la remarque.
- Elle avait retrouvé son cœur... et elle fuyait Naraku. Pourquoi est-ce que tu la suis ?
Mayoiga détourna légèrement le visage, pour rompre l'alignement de leurs regards.
- Kagura a obtenu les fragments grâce à moi. Je ne sais pas ce qui m'a prise. Elle était vulnérable... et j'ai agi.
Elle marqua une très légère pause.
- Il ne faut pas que Naraku s'en empare.
Le vent glissa entre eux, soulevant à une mèche sombre contre la joue rayée de Mayoiga.
Elle reprit, plus bas cette fois :
- Il a déjà obtenu trop de moi...
Son regard s'assombrit légèrement, sans qu'elle cherche à le masquer.
Sesshōmaru ne détourna pas les yeux.
Son attention demeura posée sur elle, plus précise, comme s'il en retenait quelque chose.
- Ton odeur change. Elle lui ressemble moins.
Un bref éclat de surprise traversa les traits de Mayoiga.
Ses doigts se resserrèrent imperceptiblement sur la garde de Tōkijin.
Puis elle rompit son regard.
- Ça ne change rien, dit-elle.
Sa voix resta stable, mais plus sèche.
Elle se détourna presque aussitôt et reprit sa course sans se retourner.
Sesshōmaru resta immobile.
Il la regarda s'éloigner entre les troncs, sa silhouette se découpant un instant dans la pénombre avant de disparaître.
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La plume filait toujours très haut au-dessus des cimes.
Le soleil s'était presque entièrement retiré derrière l'horizon. L'air se refroidissait. Bientôt, il ferait nuit.
Kagura continuait sa fuite.
Une main gardait l'éventail fermé contre sa hanche. L'autre se refermait toujours sur les fragments de la Perle de Shikon.
Son cœur battait dans sa poitrine avec une insistance étrangère.
Chaque pulsation s'imposait à elle, trop nette, trop présente.
Elle ne parvenait plus à l'accepter.
Il y avait quelque chose de profondément déplacé dans ces battements revenus non pour la sauver, mais pour lui rappeler, à chaque instant, qu'elle pouvait mourir.
Ses doigts se resserrèrent sur les fragments.
L'image de Sesshōmaru lui revint.
Un sourire mince, sans joie, effleura ses lèvres.
Quelle idiote.
Avoir cru, ne serait-ce qu'un instant, qu'il accepterait de l'aider.
La colère s'était déjà vidée. Il n'en restait qu'une lucidité sèche, tournée contre elle-même.
Il l'avait laissée parler, puis rejetée avec cette froideur qui lui tenait lieu de réponse à tout.
Kagura baissa légèrement les yeux.
Il était resté exactement ce qu'il paraissait être.
Insupportable.
Et fascinant.
Cette manière qu'il avait de ne pas être atteint.
Elle se pinça les lèvres.
Elle aussi savait feindre l'indifférence. Sourire, détourner, mépriser, comme si rien n'avait d'importance.
Mais elle savait ce qu'il y avait dessous.
La peur. Le manque. L'attente.
Lui, non.
Il n'avait rien à masquer.
Son indifférence n'était pas un masque. Elle était pleine. Complète. Sans fissure.
Elle regarda les fragments dans sa main.
Ils pulsaient faiblement dans la lumière mourante.
Les utiliser elle-même.
Sesshōmaru l'avait dit comme si la chose allait de soi. Comme s'il suffisait de le vouloir pour s'arracher à Naraku. Comme s'il n'y avait entre une volonté et sa réalisation qu'un pas à faire.
Elle esquissa un sourire triste.
Lui pouvait penser ainsi.
Mais elle connaissait trop bien Naraku et trop mal la Perle pour s'abandonner à ce genre d'évidence.
Le vent vacilla légèrement sous la plume.
Kagura releva la tête.
Le ciel s'assombrissait vite à présent. L'espace devant elle se noyait peu à peu dans ce bleu presque noir qui précède la nuit complète.
Une voix monta soudainement depuis la forêt.
- Inuyasha, je sens des fragments de la Perle ! Là-haut !
Kagura se figea.
Kagome.
Une seconde voix s'éleva presque aussitôt, plus vive, plus rude :
- C'est la plume de Kagura !
Son regard s'abaissa brusquement vers les trouées sombres des arbres.
Cette fois, son sourire disparut tout à fait. Son instinct lui ordonna presque aussitôt de fuir avant qu'ils n'aient le temps de l'atteindre. Inuyasha restait un ennemi. Kagome aussi.
Mais ses doigts se refermèrent plus fort sur les fragments.
Et si c'était la seule chance qui lui restait ?
Eux, au moins, voulaient réellement la chute de Naraku. Et Kagome pouvait, peut-être, protéger ces fragments d'une manière qu'elle-même ne pouvait pas.
Kagura hésita encore une seconde.
Le vent vacilla sous la plume.
Puis elle souffla entre ses dents, avec une irritation presque rageuse :
- Tch... ma dernière chance.
D'un mouvement sec de l'éventail, elle infléchit sa trajectoire.
La plume plongea.
Elle descendit entre les cimes, plus vite maintenant, le regard fixé vers le feuillage d'où les voix avaient surgi.
Elle n'eut pas le temps d'atteindre le sol.
Quelque chose traversa l'air.
Un trait noir, fulgurant, puis un second.
Ils la percutèrent de plein fouet.
Deux bras d'insecte, longs et luisants, jaillirent de l'obscurité et traversèrent son corps sans ralentir.
Le choc lui coupa le souffle.
La plume vacilla.
Ses doigts s'ouvrirent.
Les fragments glissèrent hors de sa main et chutèrent dans l'herbe en contrebas.
Le vent se brisa.
La plume se dissipa.
Kagura resta suspendue dans les airs, maintenue par les membres monstrueux qui l'avaient traversée, le sang s'écoulant lentement le long des carapaces lisses.
Son regard s'abaissa.
Naraku se tenait au milieu des herbes, immobile.
Ses longs cheveux noirs ondulés glissaient sur son kimono sombre aux motifs pâles. Une épaisse fourrure blanche enveloppait presque entièrement sa tenue, retombant autour de lui, tranchant avec l'obscurité qui l'entourait.
Dans son dos, six pattes d'insecte s'étaient déployées, massives, démesurées. Deux d'entre elles restaient tendues vers elle, ancrées dans son corps.
Kagura serra les dents.
- ...toi...
Naraku releva à peine les yeux vers elle.
- Ne t'en fais pas. J'ai évité ton précieux cœur.
Les pattes se rétractèrent lentement.
Pas pour la libérer.
Pour la rapprocher.
Le corps de Kagura fut tiré vers lui, suspendu, ramené à quelques pas à peine, comme un objet que l'on examine.
Dans l'herbe, les fragments de la Perle luisaient encore faiblement.
L'une des pattes se déplia, se glissa jusqu'au sol et ramassa les fragments avec précision. Puis elle revint vers Naraku et les déposa dans sa main ouverte.
Il referma les doigts sur eux, puis leva de nouveau les yeux vers Kagura, sans hâte, sans colère, comme si tout cela n'était que la suite attendue des choses.
Un silence passa.
Kagura laissa échapper un souffle bref, presque un rire étouffé.
-Bâtard...
Sa voix était plus basse, brisée par la douleur, mais le mépris y restait intact.
- Tu me tues parce que tu as compris que je finirai par m'enfuir ?
Le sang coulait, plus abondement encore, le long des membres qui la maintenaient, mais son regard restait fixé sur lui, dur, intact.
Naraku ne répondit pas immédiatement.
Ses doigts se refermèrent lentement sur les fragments.
- Tu te trompes.
Il y eut une courte pause.
- J'ai toujours su que tu voulais être libre.
Son regard resta posé sur elle, inchangé.
- La Sorcière du Vent... c'est moi qui t'ai faite ainsi.
Le vent sembla se figer autour d'eux.
- Pour que tu me serves... en croyant m'échapper.
Kagura serra les dents.
Naraku poursuivit, de la même voix égale :
- Tu n'étais qu'une réponse incomplète. Une forme conçue pour répondre à un besoin qu'Onigumo a laissé en moi.
Son regard ne vacilla pas.
- Mais tu ne suffisais pas.
Il y eut de nouveau un court silence.
- Ma nouvelle création répond à cette exigence avec plus de précision.
Les mots tombèrent sans emphase.
- Je ne te punie pas pour avoir voulu m'échapper, Kagura. Je me débarrasse simplement de ce qui ne m'est plus utile.
Un silence suivit.
Puis les pattes d'insecte se retirèrent lentement.
Le corps de Kagura chuta.
Elle heurta le sol dans un souffle brisé, incapable cette fois de se soutenir avec le vent.
Naraku ne la regardait déjà plus.
Il se détourna.
Ses pas s'engagèrent dans l'herbe, calmes, réguliers.
Kagura resta immobile une seconde.
Puis ses doigts se crispèrent.
Elle se redressa à peine, le souffle court, le regard accroché à sa silhouette qui s'éloignait.
- ...tch...
Sa main trembla en saisissant son éventail.
Elle l'ouvrit.
Les lames de vent jaillirent, fines, tranchantes, projetées droit vers Naraku.
Un sphère se forma autour de lui, une barrière lisse, presque invisible.
Les projectiles s'y brisèrent aussitôt, sans l'atteindre.
Naraku ne ralentit pas.
Sa silhouette s'éloigna entre les arbres, absorbée peu à peu par l'obscurité.