La dernière disciple d'Inu no Taishō

Chapitre 29 : Vacillement

1834 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 21/04/2026 20:02

La forêt de bambous s'éclaircit peu à peu derrière elle.


Mayoiga ne ralentit pas.


Les tiges pâles laissèrent place à des arbres plus anciens, aux troncs larges et noueux.


Elle avança encore.


Ses pas trouvèrent d'eux-mêmes un passage entre les racines.

Son dos rencontra finalement l'écorce froide d'un arbre.


Mayoiga resta debout un instant.


Puis ses jambes plièrent lentement.


Elle se laissa glisser jusqu'au sol, sans bruit. Le mouvement ne relevait ni d'une chute ni d'un choix, mais de l'abandon provisoire de toute direction.


Là, assise contre le tronc, elle ne bougea plus.


Au-dessus d'elle, entre les branches, un bourdonnement léger troubla le silence.


Mayoiga releva les yeux.


Les saimyōshō étaient là.

Leurs silhouettes pâles glissaient entre les feuilles, lentes, suspendues dans l'air sombre. Ils ne s'approchèrent pas.


Ils observaient.


Elle les regarda simplement.

Sa main resta posée sur la garde de Tōkijin.

Mais elle ne tira pas la lame.


Un moment passa.


Puis un autre.


Le bruissement de leurs ailes finit par se fondre dans le reste, jusqu'à n'être plus qu'une vibration ténue dans le silence.


Rien ne changeait autour d'elle. Rien ne venait exiger d'elle un geste, une parole, une décision.


Alors seulement la pensée revint.


Pas d'un seul bloc.


D'abord comme une sensation.


Le contact rêche d'une manche sous ses doigts.

L'élan trop direct.

Sa bouche sur celle de Sesshōmaru.


Elle se figea davantage contre l'arbre.


Le souvenir ne lui revenait pas encore en phrases, mais dans la netteté insupportable des gestes.


Le mouvement de son propre corps.

L'élan trop direct.

La surprise de Sesshōmaru.


Et surtout, cette brève hésitation, qu'elle avait cru percevoir, avant qu'il ne choisisse de ne pas répondre.


Quelle faute.


Elle n'avait pas cherché à se maîtriser.


Elle avait voulu rompre son jugement, l'empêcher de repartir avec cette image d'elle, comme si ce geste pouvait suffire à reprendre ce qu'il venait de voir.


Puis la phrase revint.


Tu salis son nom.


Les mots ne revinrent pas seuls.


Ils ouvrirent derrière eux l'image d'Inu no Taishō.


Les cheveux blancs relevés.

Les yeux d'or, souverains.


L'image bascula brusquement.


Le blanc de ses vêtements fut encore là, mais noyé de sang. Il coulait en nappes épaisses, glissant sur le tissu, sur la cuirasse, jusque dans ses mèches blanches.


Mayoiga ferma les yeux pour chasser la vision.


Comme si ne plus voir pouvait encore suffire.

Mais l'image avait déjà laissé sa trace.


Son souffle resta suspendu un instant.


Ses doigts se resserrèrent sur Tōkijin, comme pour retrouver dans ce contact quelque chose qui ne cédait pas.


Puis la pensée s'interrompit.


---


La lumière du jour filtrait entre les troncs.


Au cœur d'une clairière, six moines formaient un cercle.


Leurs sandales écrasaient la terre avec une précision mesurée, chacun ajustant sa position sans rompre l'alignement. Entre eux, une créature se débattait.


Sa silhouette était vaguement humaine, mais déformée : peau verdâtre, doigts griffus, visage tiré vers quelque chose de plus animal qu'humain.


Un souffle rauque s'échappa de sa gorge.


Les moines levèrent leurs chapelets à l'unisson.


Les perles vibrèrent.


- Maintenant.


La voix du moine au sceptre tomba, nette.


Il planta son bâton devant lui.


L'anneau doré à son sommet se mit à luire, d'abord faiblement, puis avec une intensité croissante. Des filaments de lumière s'en détachèrent, comme tirés vers la créature.


Les autres moines abaissèrent leurs chapelets vers elle.


Les fils lumineux s'entrecroisèrent.


Le yōkai s'embrasa d'un seul coup, disparaissant dans une flamme blanche, pure, sans fumée.


Le silence retomba.


Les moines ne bougèrent pas immédiatement. Leurs bras restèrent levés quelques secondes encore, comme pour s'assurer que rien ne subsistait.


Puis l'un d'eux relâcha son souffle.


- C'est terminé.


Un craquement léger se fit entendre derrière eux.


Tous se retournèrent.


À la lisière des arbres, une enfant se tenait immobile.


Ses cheveux, d'un blanc presque pur, retombaient en une coupe nette autour de son visage. Une petite fleur blanche y était fixée.

Ses grands yeux foncés semblaient posés sur eux sans réellement les regarder, comme s'ils ne faisaient que traverser leur présence.


Dans ses mains, elle tenait un miroir rond.


Un instant passa.


Le plus jeune des moines hésita.


- Une... enfant ?


Le moine au bâton ne répondit pas tout de suite.


Son regard se fixa sur elle.

Puis il parla, plus bas :


- Non.


Le mot tomba avec certitude.


- Reculez.


Les autres obéirent sans discuter.


L'air changea.


- Ce n'est pas une humaine.


La voix s'était faite plus dure.


- C'est un yōkai.


L'enfant ne réagit pas.


Elle ne bougea pas.


Le moine leva son bâton.

L'anneau doré s'illumina de nouveau.


- Meurt, créature !


La lumière jaillit. Un trait d'énergie pur, tendu vers elle.


Kanna leva légèrement le miroir.


Le rayon le toucha, puis se plia.


La lumière glissa à la surface du miroir sans s'y briser, aspirée, déformée, comme happée dans une profondeur qui n'aurait pas dû exister.


Le faisceau disparut.


Il y eut un silence.


Le moine fronça les sourcils.


- Comment...


Il n'eut pas le temps de finir.


Le miroir trembla à peine.


Puis une force invisible se déploya.


Les moines se figèrent.


Leurs corps restèrent droits, mais quelque chose en eux céda d'un seul coup. Une tension invisible, arrachée sans violence apparente.


Le premier tomba.


Puis un second.


Leurs chapelets glissèrent de leurs mains.


Les autres suivirent, un à un, comme si leurs corps perdaient soudain toute cohérence, toute volonté. Il n'y eut aucun cri, aucun combat.


Leurs regards s'étaient vidés avant même qu'ils ne touchent le sol.


Le silence retomba.


Kanna resta immobile.


Le miroir s'assombrit un instant, comme saturé, puis redevint lisse.


Les corps des moines gisaient à ses pieds.


L'un d'eux, celui au bâton, portait encore à son cou un collier. Un fragment de la Perle de Shikon luisait faiblement, pris dans une monture simple.


Un bourdonnement léger traversa l'air.


Des saimyōshō émergèrent des hauteurs, leurs ailes vibrantes à peine visibles dans la lumière. Ils descendirent en spirale et se posèrent près du corps.


L'un d'eux s'approcha du collier.

Ses pattes effleurèrent la pierre.


Puis ils repartirent, emportant le fragment avec eux.


Kanna ne les suivit pas du regard.


Elle resta là encore un instant.


Puis, sans un mot, elle tourna légèrement la tête.

Et s'éloigna entre les arbres.


---


Le jour était maintenant pleinement levé.


Mayoiga n'avait pas bougé.


Elle était restée assise au pied du tronc, une main toujours posée sur Tōkijin. Plus haut, le bruissement des saimyōshō persistait encore entre les branches.


Puis quelque chose changea.


Une pureté inhabituelle traversa l'air, si nette qu'elle rouvrit les yeux soudainement.


Les saimyōshō s'écartaient.


Leurs corps pâles glissaient déjà entre les branches, plus vite maintenant, sans leur ancienne hésitation. Ils cédaient la place.


Mayoiga releva légèrement la tête.


L'aura se précisait.


Elle resta immobile une seconde encore, puis se redressa lentement, avec prudence, une main appuyée contre l'écorce de l'arbre.


Alors la voix s'éleva.


- Ton fragment vacille.


Mayoiga se figea.


La voix était calme. Elle ne portait ni menace ouverte, ni douceur, seulement une certitude froide.


- Il n'est ni pur, ni entièrement perdu.


Mayoiga tourna légèrement la tête, sans encore tirer Tōkijin.


- Es-tu une autre victime de Naraku ?


Les mots tombèrent sans pitié, mais sans cruauté.


Mayoiga ne répondit pas.


Un mouvement passa entre les troncs.

Puis une silhouette apparut enfin.


Kikyō se tenait à quelques pas, droite et immobile. Ses longs cheveux noirs retombaient sur ses épaules, sombres contre le haut blanc de sa tenue de prêtresse. Elle tenait son arc à la main.


La flèche n'était pas encore tirée, mais déjà prête, posée avec une assurance tranquille qui ne laissait aucun doute sur ce qu'elle pourrait faire si Mayoiga bougeait.


Son visage demeurait parfaitement calme.

Trop calme, peut-être, pour appartenir entièrement aux vivants.


Mayoiga sentit ses doigts retrouver la garde de Tōkijin, cette fois avec plus de force.


Kikyō ne baissa pas son arc.


Son regard resta posé sur elle.


Puis ses yeux se plissèrent légèrement, comme pour mieux saisir ce qui lui échappait encore.


Un instant passa.


Alors quelque chose y changea.


Une reconnaissance tardive, mais certaine.


- Toi...


Le mot fut à peine soufflé.

Le silence entre elles se tendit aussitôt.


- La louve.


---


La pièce était plongée dans une pénombre bleuie.

La fenêtre à barreaux découpait dans l'ombre une lueur violette, trouble, presque irréelle, qui glissait en lignes étroites sur le sol de tatamis.


Naraku était assis près de cette lumière.


Un bras posé avec nonchalance sur un genou replié, l'autre encore immobile. Ses longs cheveux noirs tombaient en masses souples sur ses épaules et dans son dos. Le vêtement clair qu'il portait, fermé haut sur la poitrine, retombait en plis amples autour de lui.


Il leva la main et fit glisser la fenêtre sans se lever.


Les barreaux laissèrent entrer un souffle plus froid.


Presque aussitôt, un saimyōshō parut dans l'ouverture.


Son petit corps pâle vibra un instant dans l'air obscur, puis il se posa avec précaution sur la main ouverte de Naraku. À l'une de ses pattes pendait une fine chaîne, au bout de laquelle oscillait un fragment de la Perle de Shikon.


Naraku baissa les yeux et un léger sourire passa sur ses lèvres.


Il referma lentement les doigts sur la pierre, comme pour en sentir le poids exact, puis ramena la main contre lui.


Son épaule trouva la cloison derrière lui avec une aisance presque lasse. Il ferma les yeux.


Un instant passa.


Puis la porte coulissa sans bruit.


Kanna entra.


Elle traversa la pièce avec cette lenteur vide qui n'appartenait qu'à elle et s'arrêta devant lui, le miroir serré contre elle.


Naraku ne rouvrit pas tout de suite les yeux.


- Qu'as-tu à me montrer, Kanna ? demanda-t-il, d'une voix basse.


Kanna ne répondit pas.

Elle inclina légèrement le miroir.

La surface pâle se troubla.

Naraku rouvrit les yeux.


L'image prit forme.


D'abord la forêt. Puis Mayoiga. Et, face à elle... Kikyō.


Le regard de Naraku se fixa.


Quelque chose changea aussitôt dans son visage. Ses yeux s'ouvrirent davantage.


Son corps, jusque-là abandonné contre la cloison, se redressa et ses doigts se resserrèrent sur le fragment de la Perle.


- Kikyō.


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