La dernière disciple d'Inu no Taishō
Sesshōmaru avançait devant elle.
Il ne disait rien.
Mayoiga le suivait à quelques pas.
Les branches se refermaient derrière eux, effaçant peu à peu la plaine nue où s’était tenu le village enneigé.
— Tu n’aurais pas dû me suivre, finit-elle par dire.
Sesshōmaru ne ralentit pas. Il parla sans se retourner.
— Il t’a appelée. Et tu es venue.
— Je ne savais pas que…
— Tu lui as obéi.
Mayoiga se raidit.
— Je ne pensais pas qu’il te prendrait pour cible.
Sesshōmaru continua d’avancer.
— Il voulait te montrer Onigumo.
Un silence.
— Et tu es restée à regarder.
Mayoiga serra les dents.
Il tourna légèrement la tête vers elle. Ses yeux dorés glissèrent sur son visage, froids, attentifs, sans qu’il ralentisse.
— Aimais-tu ce brigand ?
La question la prit de court.
Quelque chose en elle se referma aussitôt.
— Voilà donc ce que tu veux savoir.
— Réponds.
Mayoiga releva le menton.
— Tu es jaloux.
— Non.
La réponse fut immédiate.
Sa voix resta basse.
— Je cherche le levier qu’il utilise encore sur toi.
Le silence tomba entre eux.
Mayoiga détourna les yeux.
Longtemps, elle ne dit rien.
Leurs pas continuaient de froisser les feuilles humides. Une branche basse effleura l’épaule de Mayoiga avant de glisser derrière elle.
Puis sa voix se fit plus basse.
— Tu as raison. Je n’aurais pas dû suivre ce chien.
Sesshōmaru ne répondit pas.
Il continua d’avancer.
Mayoiga le suivit.
Les branches craquaient faiblement sous leurs pas.
Puis elle ajouta, presque malgré elle :
— Lorsque tu étais pris au piège…
Sesshōmaru ne ralentit pas.
— Naraku a pris tes yeux.
Cette fois, son regard glissa vers elle, de biais.
Mayoiga ne le regardait plus. Ses yeux étaient fixés quelque part entre les troncs, comme si l’image s’y tenait encore.
— Le même doré.
Sa voix baissa encore.
— Sur son visage.
Une mèche noire vola contre sa joue rayée.
Sesshōmaru la regarda encore une seconde.
Il ne répondit pas.
Puis ses yeux revinrent devant lui.
Il n’avait pas fait trois pas qu’une douleur fulgurante traversa son dos.
Ses yeux s'écarquillèrent. Une fraction de seconde seulement.
Puis il disparut de l'endroit où il se trouvait.
Il réapparut plusieurs pas plus loin, tourné vers Mayoiga.
Une entaille profonde traversait l'arrière de son armure. Le tissu clair sous la plaque se teintait déjà de rouge.
Il regarda Mayoiga. Elle se tenait immobile entre les troncs, Tōkijin levée.
Son visage n'exprimait rien, pas de colère, pas même cette tension froide qui précédait d'ordinaire ses attaques.
Ses yeux étaient entièrement verts.
Sesshōmaru comprit.
Naraku.
Il ne dégaina pas.
Mayoiga fondit sur lui.
Tōkijin fendit l'air à hauteur de sa gorge. Sesshōmaru esquiva. La lame passa et trancha l'écorce d'un arbre derrière lui dans un craquement lourd.
Mayoiga revint aussitôt.
Seulement ce regard vert, lisse, ouvert sur rien.
Il la laissa venir encore, reculant à peine, comme s'il attendait qu'elle se reprenne d'elle-même.
Elle ne le fit pas.
Tōkijin remonta en biais.
La lame ouvrit le haut de sa manche et traça une entaille nette sous son épaule droite.
Sesshōmaru ne baissa pas les yeux.
Mayoiga leva Tōkijin.
Cette fois, il tira Bakusaiga.
Elle ne lui laissa pas le temps d'asseoir sa garde qu'elle frappait déjà.
Sesshōmaru disparut dans un éclat de yōki blanc. Mayoiga le poursuivit, traçant une ligne pâle entre les troncs. Ils se heurtèrent au-dessus d'un talus couvert de racines, puis retombèrent dans une clairière étroite.
Sesshōmaru retoucha le sol le premier.
La plaie dans son dos venait de se rouvrir sous l'impact. Le sang glissa plus bas sous l'armure éventrée, chaud contre le tissu clair.
Mayoiga attaqua encore.
Le choc des deux épées éclata entre eux. Tōkijin vibra contre Bakusaiga. Le yōki bleu se tordit au contact du vert.
— Résiste-lui, Mayoiga.
Sesshōmaru repoussa l'attaque.
Il ne riposta pas.
Chaque parade s'arrêtait à la stricte mesure nécessaire : détourner la lame, briser l'angle, ouvrir l'espace sans entamer son corps.
C'était là que Naraku l'enfermait.
Non dans l'écart de puissance.
Dans la retenue.
Tōkijin s'abattit de nouveau.
Bakusaiga para.
Le choc remonta dans son bras gauche, traversa son épaule, puis se répercuta dans la blessure ouverte de son dos.
Sa mâchoire se crispa.
À peine.
Mais assez pour que la douleur existe.
Mayoiga le vit.
Quelque chose vacilla dans son visage.
Le vert de son regard se troubla.
— Sesshōmaru…
Le nom sortit bas, arraché à une gorge qui ne lui appartenait presque plus.
Son bras se leva de nouveau malgré elle.
— Tue-moi.
La phrase ne tremblait pas.
Elle claqua entre eux avec dureté.
Son regard était redevenu le sien.
Pas entièrement.
Pas longtemps.
Mais assez.
Sesshōmaru ne répondit pas.
La lame ouvrit le sol à l'endroit où il se tenait une fraction de seconde plus tôt.
Les yeux de Mayoiga redevinrent entièrement verts.
Son visage se vida.
Elle bondit.
Bakusaiga para Tōkijin.
Encore.
Le métal cria.
Sesshōmaru aurait pu trancher.
Il ne le fit pas.
Tōkijin trouva l'ouverture qu'il avait lui-même laissée et fendit son flanc.
Une seule seconde de vacillement.
Mayoiga força contre sa lame.
Son corps entier obéissait à Naraku, mais son visage se tendit comme sous une douleur venue de l'intérieur.
Le vert de ses yeux se brisa.
— Respecte mon choix !
Ce n'était pas une demande.
C'était un ordre.
Un reste de souveraineté arraché à ce qui la tenait.
La lumière verte de Bakusaiga courait le long de la lame.
Mayoiga soutint son regard.
— Fais-le.
Bakusaiga demeura immobile entre eux.
Puis le vert recommença à envahir ses yeux.
Ses doigts se refermèrent malgré elle sur Tōkijin.
La lame remonta d'un pouce.
Mayoiga serra les dents, luttant contre son propre bras.
— Maintenant.
Alors Sesshōmaru fut devant elle.
Sa main gauche se referma dans ses cheveux noirs, contre sa nuque. Le geste fut sec, précis, presque brutal. Pas pour la retenir à lui. Pour l'empêcher de dévier.
Sa mâchoire se crispa.
Ce fut la seule faille.
Bakusaiga entra dans son ventre, juste sous les côtes.
Mayoiga ne cria pas.
Ses doigts se desserrèrent autour de Tōkijin. La lame tomba dans l'herbe humide.
Le vert de Bakusaiga pulsa une fois sous sa peau, puis commença à s'étendre depuis la blessure, lentement, comme une fissure lumineuse ouverte au centre de son corps.
Sesshōmaru retira la lame.
Il recula d'un pas.
Mayoiga chancela.
Son visage, pourtant, ne portait pas seulement la douleur.
Quelque chose s'y était défait.
Une tension ancienne.
Une lutte tenue trop longtemps.
Presque un soulagement.
Un battement passa.
Rien d'autre que cela : le silence, la lumière verte qui s'élargissait encore, et ce visage enfin rendu à lui-même.
Alors le miasme s'éleva derrière elle.
Une immense tentacule sombre jaillit et se referma autour de sa taille.
Sesshōmaru leva aussitôt Bakusaiga.
Il frappa.
La lame verte s'abattit vers Naraku.
Mais une paroi translucide surgit devant lui, pâle, tendue comme une membrane vivante. L'attaque y éclata dans un grondement sourd. Le bouclier se fissura sans céder.
Naraku recula d'un demi-pas seulement.
Mayoiga fut tirée contre lui.
La lumière verte continuait de ramper autour de la plaie.
Le calme de Naraku se fendit réellement.
Il posa une main sur la blessure.
Le miasme se referma aussitôt autour du vert de Bakusaiga, non pour guérir, mais pour contenir.
La destruction ne s'éteignit pas.
Elle ralentit.
Naraku releva les yeux vers Sesshōmaru.
Il n'y avait plus de sourire sur son visage.
— Non.
Un seul mot.
Puis le miasme les enveloppa tous les deux.
Sesshōmaru frappa encore.
La lumière verte fendit la brume, mais ne rencontra que le vide.
Naraku avait disparu.
Mayoiga aussi.
Le silence retomba sur la forêt éventrée.
Sesshōmaru resta debout un instant.
Puis son genou toucha lentement le sol.
Pas comme une chute.
Comme si son corps, enfin, lui rappelait ce qu'il venait de traverser.
Bakusaiga resta serrée dans sa main.
Son visage demeurait froid.
Mais ses doigts s'étaient crispés autour de la garde au point d'en blanchir.
— Sesshōmaru-sama !
La voix de Jaken déchira le silence.
Il apparut entre les arbres, le Nintōjō serré contre lui, Rin derrière lui sur Ah-Un.
Il s'arrêta net.
Son regard passa sur les troncs fendus, sur l'herbe noircie par le miasme, puis sur Sesshōmaru agenouillé au milieu des débris.
Pour une fois, aucune plainte ne sortit de sa bouche.
— Sesshōmaru-sama…
Sesshōmaru ne tourna pas la tête.
Rin ne dit rien.
Elle regardait seulement les mains du daiyōkai, ses doigts encore fermés sur la garde, la lame verte tenue trop fort, comme si la lâcher maintenant risquait de faire exister tout ce qui venait d'avoir lieu.