JoJo's Bizarre Adventure : Lost Baby
Chapitre 114 : Crazy on You (partie 2)
1811 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 18/02/2026 16:17
Monaco, 1er décembre, 9h47.
L’homme pressé regardait anxieusement son téléphone en attendant qu’il sonne enfin. Son regard prenait la peine de se balader sur les visages des passants peuplant les abords du port. Leur pauvreté de chair et d’esprit transpirait de chacun de leurs pores. Le businessman essuya son front dégoulinant de sueur et tira légèrement le col de sa chemise pour laisser passer un peu d'air frais automnal dans son costume trop serré. Quand l’écran d’appel s’afficha enfin, il prit une inspiration et cria de tous ses faibles poumons dans le petit téléphone.
Homme pressé : Qu’est-ce-que tu foutais à pas répondre, Alberto ?! Tu crois que je te paye pour te prélasser en Thaïlande ?! Bon, est-ce-que t’as pu voir ce dont on avait parlé ? Comment ça, tu peux pas ?!
Il arracha violemment un morceau du hamburger qu’il tenait dans son autre main, projetant négligemment de la mayonnaise et du ketchup sur le sol et sur sa veste. Le garde du corps qui le suivait de près reçut également quelques gouttes qu’il essuya prestement avant de regarder sa montre avec détachement. L’homme d’affaires continuait sa réprimande, la bouche pleine.
Homme pressé : Écoute-moi bien. Il est hors de question que la Righteous Brothers paye 33% d’impôt pour s’installer dans ce pays de socialistes ! Passe par Malte, les Seychelles ou…tiens, encore mieux, débrouille-toi pour domicilier l’entreprise à Monaco, je vais en glisser un mot au Prince à son gala de ce soir !
En longeant le port et en continuant sa diatribe téléphonique, Charles Righteous regarda à nouveau - mais plus attentivement - les passants qu’il bousculait. Un enfant - qui se gavait de sucreries aux couleurs artificielles - lui lança un regard noir en farfouillant au fond de son sac. Par réflexe, le “monstre de la finance” se réfugia derrière le mètre quatre-vingt quinze et les cent dix kilos de son garde du corps, toujours plus obnubilé par l’heure que par son propre client. Il badigeonnea à nouveau son visage de sauce BBQ.
C. Righteous : Non, bien sûr que non, je ne mange pas leur saloperie ! Tu ne sais pas le mal que j’ai eu à trouver un burger convenable sans Wendy’s ou Bojangles. Bon, je te laisse. Bosse bien et te laisse pas distraire par les gonzesses locales !
Il rangea son téléphone dernier cri et le fourra dans la poche de sa veste. Après quelques pas, le regard du businessman s’enfuit vers le balcon d’un bâtiment adjacent où une jeune femme étendait son linge en sifflotant, éclipsant à moitié le soleil. Quand ses yeux s’habituèrent à l’éclat matinal, ils distinguèrent une ombre dansante derrière le linge. Il s’arrêta quelques instants pour laisser le colosse qui l’accompagnait le protéger du Pi Ying de revolver. Quand ils eurent enfin passé la zone de danger, le tempérament du frère Righteous se déchaîna à nouveau mais cette fois-ci sur une victime en chair et en os.
C. Righteous : Je peux savoir ce que tu fais ?! Tu te rends compte que je te paye un sacré paquet de fric pour assurer ma protection…et toi, tu regardes ta montre…like a schoolboy on a Friday afternoon ! Ce gamin qu’on a croisé, il aurait pu planquer un couteau au fond de son sac et cette femme a son balcon pouvait avoir un flingue derrière son drap. Dis-moi au moins l’heure tant que tu y es.
Le garde du corps ne prit même pas la peine de lever les yeux de son cadran et lui répondit avec détachement comme s’il ne s’adressait pas réellement à son employeur.
Garde du corps : 56…57…58…59…10 heures.
Il sortit son arme et tira dans le genou du banquier. L’homme s’effondra et se mit à se rouler à terre en hurlant de douleur et en se tenant le tibia. Quand il entendit le bruit de rechargement de l’arme, il se mit à crier à pleins poumons comme une bête blessée.
C. Righteous : A-à l’aide ! I-il a un flingue, il veut me buter ! Appelez les secours, je vous en prie !!
Les yeux couverts de verres teintés, les rides du front légèrement effacées derrière ses cheveux grisonnants et la moue camouflée par sa barbe foisonnante ne laissait transparaître aucune émotion. L’atmosphère était glacée par le métal froid de son révolver.
Garde du corps : Monsieur Charles Righteous, vous avez volontairement octroyé des crédits à des personnes en incapacité totale de les rembourser à des taux d’intérêts phénoménaux. De plus, vous avez incité vos employés à proposer ces offres à des publics vulnérables…
C. Righteous : Attendez, tout ça, ce sont des rumeurs et des inventions pour me faire tomber ! j-je ne sais pas d’où tu tires tes informations mais…
Garde du corps : Silence. Je n’avalerai pas les mêmes conneries que celles que t’as balancées au tribunal.
Tandis que ses dents se serraient de douleur, Charles Righteous fouilla rapidement à l'intérieur de sa poche pour en sortir un portefeuille en cuir. Ses mains tremblantes l’écartelèrent pour en faire sortir plusieurs billets qui volèrent sur le sol. Il en ramassa quelques-uns à genoux et les tendit, chiffonné, à son bourreau.
C. Righteous : T-tenez ! Prenez tout ! Et je pourrai vous faire un virement quand je serai rentré à l’hôtel.
Quand il leva la tête, il s’attendait à voir une étincelle d’intérêt naître dans les orbites éteints mais la seule réponse qu’il obtint fut l’abysse du canon de l’arme. Sa bouche s’écarta mais n’eut le temps que de pousser un léger hoquetement avant que la balle de cuivre ne lui arrache la mâchoire.
Garde du corps: Lehman est tombée, bouffon. Tes bouts de papier m’intéressent plus.
Il commençait à ranger son arme quand une voix derrière lui brisa sa quiétude. Il pivota sur sa jambe droite pour se retourner vers les deux imprévus, les deux mains en l’air.
Policier : Lâchez votre arme tout de suite ! Vous êtes en état d’arrestation !
La main couverte de bagues du faux garde du corps restait solidement accrochée à son revolver. En signe de provocation, ses doigts ondulaient comme la Ola d’une foule silencieuse. Deux officiers de la Police de la ville au Rocher lui faisait face, leur bande à damier caractéristique leur enserrant le corps, bombant leur torse et guindant leur posture. Au vu de leurs uniformes, l’un était capitaine et l’autre était une simple gardienne de la paix.
Garde du corps : Hé oh, on se calme, les poulets. On est pas obligés de sortir les gros arguments directement, si ? Tenez, comment vous vous appelez, moi c’est Mara, et vous ? Vous n’étiez pas de la famille du corps qui gît à mes pieds, pas vrai ?
Le plus gradé lui lança un regard noir et agita son arme avec mépris pour désigner le bras du suspect. Il décrocha le talkie-walkie de sa ceinture et commença à parler dans le microphone tout en gardant son pistolet braqué sur sa cible.
Capitaine : Ici le capitaine Djuna, j’ai appréhendé un individu armé à proximité du port…oui tout à fait.
Quand il vit la diode du microphone s’allumer, Mara soupira et baissa l’index de sa main libre. La voix s’échappant de l’appareil se mit soudainement à grésiller.
Capitaine : Vous m’entendez ? Quoi ?! Mais je n’ai jamais dit ça ! Ne raccrochez pas !
La diode du talkie-walkie s’éteignit sous les yeux circonspects de l’officier de police. Après une demi-seconde d’incompréhension, il reprit son calme et s’adressa à sa jeune collègue.
Capitaine : Gonin, sortez-moi les menottes !
Gonin : O-oui, chef !
D’un geste inexpérimenté, la jeune policière tenta d’extirper les menottes de sa ceinture tout en maintenant le contact visuel avec le suspect. Après plusieurs mouvements de main malhabiles, elle descendit prudemment ses yeux vers sa ceinture pour se saisir de l’outil tant convoité.
Capitaine : Toi, tu vas nous suivre ! Et jette cette foutue arme. M’oblige pas à me répéter encore une fois !
Mara soupira encore une fois.
Mara : C’est vous qui devriez lâcher vos armes. Vous risquez de vous blesser avec ça. Elles pourraient être dysfonctionnelles comme votre talkie-walkie…
Gonin : “Dysfonctionnelles”...?
Le criminel et le gardien de l’ordre se défièrent du regard. Leurs deux poignes se resserrèrent sur la crosse de leurs armes respectives. Les phalanges du policier s’actionnèrent pour frôler la gâchette de métal.
Capitaine : Lâche. Ce. Putain. De. Flingue.
Mara : Va te faire foutre, je recevrai aucun ordre de toi, saleté de flic !
La balle traversa le pistolet de part en part et frappa son propre tireur à la poitrine. Avant de s’écrouler, l’officier Djuna n’eut que le temps de laisser échapper un léger hoquetement. La gardienne de la paix, quant à elle, restait immobile, crispée sur son arme en tremblant. Son regard se baissa lentement vers le sol en tremblant et se noya dans la mare de sang qui s’échappait de l’abdomen de son mentor. Le criminel marcha d’un pas tranquille vers la statue humaine et lui tapota gentiment l’épaule.
Mara : Ne t’inquiète pas, il va s’en sortir. Dépêche-toi simplement d’aller chercher du secours.
Gonin : Le p-pistolet, c-comment vous avez pu…?
Mara : Il ne voulait pas me tuer…c’est un bon flic. Mais si tu ne veux pas que je conjugue ma phrase au passé, t’as intérêt à courir. Maintenant.
Après quelques secondes de malaise, la jeune femme se retourna et manqua de trébucher. Elle prit une grande inspiration et se mit à courir vers le bout de la rue.
Mara : Je ne sais pas si c’est sa peur ou son instinct mais cette fille a sauvé la vie de son boss en ne tirant pas. Tant mieux.
Mara sortit une bombe de peinture de sa poche et, d’un rouge sang, écrivit “CRAZY ON YOU” affublé du symbole de la Passione sur le mur blanc.
Juliette Davies, 27 ans - morte
Charles Righteous, 73 ans - mort
William Djuna, 45 ans - blessé