JoJo's Bizarre Adventure : Lost Baby
Chapitre 116 : Crazy on You (partie 4)
2675 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 05/04/2026 00:34
Château de Chambord, 1er décembre, 12h14
Dans les somptueux jardins du Château, une troupe de colosses drapés de costumes noirs assortis attendait patiemment en cercle, sous les regards circonspects des touristes. Au centre, le plus jeune d’entre eux, un éphèbe aux poils de barbe naissants, à peine sorti de l’adolescence, fumait nerveusement tout en secouant énergiquement sa boîte vide. Il portait de fines lunettes de soleil aux verres jaunes qui camouflaient le bleu roi de ses yeux. Contre l’un de ses tympans, une oreillette battait un rythme rapide d’un son de folk. Les hommes autour de lui semblaient s’impatienter mais la seule chose qui préoccupait cette tête brûlée était la tête brûlée de sa cigarette. Chaque fois que ses poumons se vidaient de leur fumée, l’expression sur son visage exprimait la plénitude.
La mine baissée, un de ses sbires avança prudemment vers lui et posa une main sur son épaule. Ses yeux s’ouvrirent en un instant, révulsés, et sa bouche cracha un torrent d’insultes en allemand, sa langue natale. Il attrapa le colosse par le col, le fit basculer et colla la pointe brûlante de sa cigarette à quelques picomètres de son cou.
Sbire : En-Entschuldigung, Chef ! J-je ne voulais pas vous déranger…simplement, l’opération était prévue pour midi…
??? : Dis-moi, mon cher Petry…c’est toi ou moi, le chef de la “Seele” ? Tu as été nommé Général de la Passione à ma place récemment et j’ai pas eu l’info ?
Petry : Chef, je vous prie de me…
??? : Je t’ai posé une question qui se répond par Ja oder Nein !
Petry : N-Nein, Chef !
??? : Sehr Gut.
Il reposa les cent vingt kilos de muscles sur leurs deux pieds et ramassa la boîte de cigarette qui était tombée au sol comme si de rien n’était. Quand le carton toucha sa paume, une petite pièce métallique y tomba, dessinant par la même occasion un immense sourire sur son visage. Dietrich Hebert, le jeune boss de la “Seele”, n’aimait pas grand-chose dans la vie, ni les études, ni les jeux vidéos, ni la cuisine ; mais il y avait quelque chose dont il raffolait plus que tout : savoir que la chance jouait de son côté.
Hebert : Tu vois ça, Petry ?
Petry : Oui, Chef….Qu’est-ce-que-c’est ? Oh, c’est Niedersachsen ! Mon père a de la famille de ce côté-là de l’Allemagne.
Hebert : Exactement, la Basse-Saxe. Autrement dit, le dernier magnet qu’il me fallait pour compléter ma carte de l’Allemagne. Je fume des paquets de clopes bon marché depuis 3 semaines pour finir la collection. C’est un signe du destin, cette journée va être un franc succès ! Même pas besoin de lire mon horoscope pour le savoir !
Le boss leva les deux bras et vida ses poumons de leur air en signe de satisfaction. Après quelques secondes à profiter du vent soufflant contre son visage, il se retourna vers ses subalternes et, d’un regard dédaigneux, leur fit signe de la tête de se dépêcher.
***
Malgré le froid glacial qui régnait sur la France entière, le Château de Chambord demeurait en effervescence comme chaque jour d’ouverture. Cependant, aujourd’hui, un groupe d’individus se détachait du reste, protégé par plusieurs officiers de police et garde du corps, en train de tranquillement siroter du champagne devant un buffet de petit four. Pour accéder au somptueux escalier à double révolution, les autres visiteurs devaient contourner l’attroupement de VIP, attirant bien plus l’attention que les tapisseries accrochées sur les murs et les sculptures à l’entrée de chaque salle.
Une femme en tailleur hors-de-prix et aux cheveux blancs plaqués à la laque s’adressa à la foule en parlant dans un micro mal réglé. Autour d’elle, des banderoles portaient les symboles de différentes collectivités, administrations et partenaires privés. Après quelques secondes à demander le silence, la foule se tourna vers l’oratrice, chacun de leurs visages, assombri de sourire radieux, imprimé et tiré de force sur leurs plastiques inexpressives.
??? : Madame la Secrétaire générale, Monsieur le Président, tous les représentants des entreprises partenaires…
Comme un automate rouillé suivant sa carte perforée, elle faisait un léger mouvement de tête et un sourire mécanique à chaque salutation prévue dans le déroulé de son discours.
??? : Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, bonjour à tous. Pour les personnes que je n’ai pas eu la chance de saluer, je tiens à me présenter à nouveau. Je suis Natacha Larose, première vice-présidente du Conseil régional, chargée de la Culture et de la protection du Patrimoine.
L’élue régionale prit une petite pause pour observer son public qui écoutait attentivement son discours. Son regard se risqua à s’éloigner du script pour se promener sur le visage des personnes au-delà des cordons de sécurité. La plupart des touristes ne portait aucune attention à ce qu’elle racontait à l’exception notable d’un jeune homme au look inhabituel adossé à proximité d’une grande tapisserie.
Larose : Nous sommes réunis ici pour inaugurer le nouvel escalier de ce magnifique Château qui avait été fermé pendant quelques mois en raison de larges travaux de restauration pour lui redonner son allure originale. Comme vous le savez, ces travaux ont mobilisé les fonds de divers partenaires publics et privés que je tiens profondément à remercier pour leur engagement. Je tiens également à remercier l’entreprise…
Hebert : Je pense que cela serait plutôt à l’entreprise de vous remercier…
L’individu au look vulgaire qui avait attiré son regard plus tôt venait de lâcher une réflexion à voix haute, interrompant au même moment son discours si bien calibré et accaparant l’attention qu’elle avait eu tant de mal à obtenir. À rythme régulier, le jeune homme retirait la cigarette qu’il était en train de fumer de sa bouche et la tapotait pour évacuer la cendre.
Larose : Excusez-moi, Monsieur, mais cette réunion est réservée à nos partenaires. De plus, il me semble qu’il est interdit de fumer dans l’enceinte d-
Hebert : L’entreprise de votre mari pour être précis…enfin votre ex-mari vu que vous avez décidé de divorcer juste avant que le dossier de votre conjoint ne soit examiné. C’est étonnant de continuer à vivre plus d’un an sous le même toit que son ancien compagnon, vous ne trouvez pas ? Surtout qu’un contrat à 4 millions d’euros pour une entreprise à la limite de la liquidation, ça ne se présente pas tous les jours…
Dans l’assistance, des chuchotements et des regards inquiets émergèrent du public. Larose perdit patience et fit signe à la sécurité d’intervenir pour expulser du bâtiment ce chienlit qui menaçait la bonne tenue de l’inauguration.
L’intrus écrasa sa cigarette sur la tapisserie à côté de lui. À la vue du précieux trésor en train de lentement prendre feu, les vigiles accélèrent le pas pour se précipiter vers le trouble-fête.
Hebert : Les gars, la fête peut démarrer !
D’un geste de la main du jeune Général, le départ de feu se transforma en une immense flamme qui recouvrit la moitié de la tapisserie, éclairant du même coup les badges de la Passione que chacun de ses hommes accrochait à leur chemise. Hebert plongea sa main dans les flammes et en sortit une sphère incandescente qu’il accueillit entre ses paumes.
Hebert : Dead. Man’s. Party.
Il souffla sur l'œuf qui donna naissance à un petit Phénix. Le vent divin alla s’écraser contre un des vigiles lui faisant prendre feu dans une terrible déflagration. Courant de panique, l’homme s’effondra sur les autres gardes dont les costumes s’allumèrent à leur tour. Les trois molosses se roulèrent à terre pour vainement tenter d’éteindre leurs vestes sous le rire tonitruant d’Hebert.
Larose : Q-qu’est-ce-qui se passe à la fin ? Vite, fuyez tous ! Le Château est en train de prendre feu !
Hebert : Gnagnagna “Fuyez tous ! Le Château est en feu !”... Quelle plaie.
Le manieur de Stand attrapa la tapisserie en flammes à deux mains et la secoua. Le feu, ainsi attisé, libéra un cheval de flammes, fonçant au galop vers le groupe de VIP et les entourant d’un mur de feu infranchissable. Tout en avançant, il fit signe aux membres de la Seele de monter à l’étage.
Hebert : Vérifiez que tous les touristes ont bien évacué… surtout les enfants.
Comme un rideau, le jeune mafieux poussa de sa main les flammes pour libérer un passage vers le cercle des VIP. Il s’installa en tailleur au milieu de ses prisonniers. L’ancienne oratrice fut la seule à avoir le courage de l’interpeller.
Larose : Q-Qui êtes-vous ?
Hebert : Je suis une salamandre, pourquoi ?
Devant le visage complètement perdu de sa captive, le jeune homme serra du poing et s’agaça.
Hebert : Une salamandre ! La créature mythique, le symbole de François 1er…Raaaaah, encore cette foutue malchance, il fallait que je tombe sur une cible avec 0 culture.
Il montra avec énervement l’armoirie qui trônait au-dessus de la cheminée, représentant un lézard cracheur de feu surplombé d’une couronne. Larose y prêta à peine attention avant de continuer son interrogatoire, paniquée.
Larose : Dites-nous juste ce que vous nous voulez ?! C’est de l’argent, c’est ça ? Vous voulez une rançon ?!
Hebert : Hé, du calme, Hexe*. Laisse-moi le temps de me poser un peu.
Il sortit une cigarette de la boîte dépassant de sa poche et la plaça entre ses lèvres. Ses yeux se baladèrent sur la foule terrifiée.
Hebert : À tout hasard, aucun d’entre vous n’aurait du feu ?
Un silence pesant s’installa dans le bâtiment en feu et ne fut rompu que par l’éclat du rire du geôlier. Son amusement sincère et enfantin, à mille lieux de la gravité de la situation, glaçait le sang de toute l’assemblée. Un corbeau de flammes se posa sur son épaule et alluma la cigarette avec la pointe de son aile avant de disparaître en braises virevoltantes.
Hebert : Pour la raison pour laquelle je suis ici, disons simplement que j’ai envie que vous remboursiez votre dette vis-à-vis de la petite affaire que j’ai évoquée tout à l’heure.
Larose : Mais pourquoi vous gardez également toutes ces personnes captives ?
Hebert pouffa de rire.
Hebert : Parce qu’elles étaient toutes au courant de vos petites machinations et vous ont laissé faire, bien sûr !
La détresse se lisait sur le visage de Natacha Larose. Le seul moyen de triompher d’un tel déséquilibré était de l’affronter et de garder la tête haute. C’était le seul moyen d’espérer se sortir de cette prise d’otage vivante.
Larose : En tout cas, vos effets pyrotechniques sont…impressionnants…Comment vous faites tout ça ? Vous avez des projecteurs dissimulés ou un autre truc de magicien du genre ? C’est pathétique…dès que la police arrivera, ils feront sauter tous vos petits effets spéciaux.
Hebert : “Effets spéciaux” ? Vous êtes sacrément culotté de venir me traiter comme un vulgaire charlatan alors que votre boulot est d’arnaquer le contribuable. Je donne la vie avec mes créations.
Il plongea à nouveau la mur dans le mur de flammes et en sortit un poisson incandescent, frétillant dans la paume de sa main.
Hebert : On a tendance à penser que la vie a quelque chose de plus qui la sépare du reste mais ce n’est pas tout à fait vrai… Le feu la rejoint sur beaucoup de points : lui aussi utilise des ressources de son environnement comme l’oxygène pour se maintenir et pour se propager. Cependant, une vraie différence nous sépare…
Hebert se rapprocha de Larose qui, par réflexe, tomba en arrière, terrorisée par l’expression cruelle qui déformait le visage du pyromane. La lumière vacillante des flammes éclairait son sourire froid par intermittence.
Hebert : Le feu vit sa vie à fond. Il est incapable de s’arrêter tant qu’il n’aura pas tout consommé, sans aucune pitié. Amusez-vous bien !
La femme n’arrivait pas à croire que sa vie allait s’achever ainsi. Sa colère essoufflée, la Vice-présidente tenta de rattraper le jeune criminel pour tenter de marchander leur libération. Hebert traversa le mur de flammes sans aucune difficulté, la laissant à ses larmes et à sa résignation.
Hebert : Petry, va chercher les autres. On se tire ! Mes petites créations vont propager l’incendie et tout ce beau monde devra finir asphyxié ou carbonisé dans quelques minutes !
Le pyromane lança un regard par-dessus pour voir le cercle de flammes lentement se rapprocher des aristocrates sans défense. Il se tourna à nouveau vers la sortie pour faire signe à ses hommes de se dépêcher mais il les découvrit à terre, en train d’agoniser de douleur. Quelques secondes plus tard, un autre s’effondra à genoux.
Hebert : Qu’est-ce-qui vous arrive ?! Il n’y a pas assez de fumée pour…
Derrière le voile de fumée gris, une silhouette marchait calmement, semant la mort à mesure qu’elle avançait. Hebert grogna à l’idée que sa chance avait fini par tourner. Il posa sa main sur une flamme qui avait fleuri sur une large sculpture en bois et un immense cerf flamboyant bondit du foyer.
Hebert : Vous avez intérêt à me dire rapidement qui vous êtes ou je vous fais cramer directement ! J’ai horreur qu’on s’en prenne à mes hommes !
??? : Je suis très déçu, Hebert. Te voir trahir l’organisation ainsi alors que c’est moi qui t’ai recruté à l’époque…mais bon, au vu de ton rang et des circonstances…
Un visage familier émergea des flammes et effaça toute la confiance restante sur celui du Général de la Passione. La main tremblante du jeune garçon fouilla rapidement dans sa poche pour retrouver le toucher rassurant de son porte-bonheur magnétique. La silhouette dansait dans la chaleur de l’incendie et à ses côtés, un Stand aux allures cruelles chassait les cendres de ses gestes brusques. Au fur et à mesure que le bruit de ses pas s’approchait, Hebert reconnaissait de mieux en mieux le cigare qu’il tenait entre ses lèvres.
Fugo : Tu comprendras que c’est moi qui vais me charger de ton exécution.
*sorcière en allemand
Wilson Brian, 61 ans - mort
Prince Osbourne, 48 ans - mort
Cass Doherty, 32 ans - morte
Nom du Stand : 『Dead Man’s Party』(デッド・マンズ・パーティー)
Nom du manieur : Dietrich Hebert
“Dead Man’s Party” permet à son manieur de manipuler le temps et la direction de propagation des incendies. Le Stand peut donner vie à des flammes et leur donner forme animale : les “animaux de flammes” obéissent au manieur et sont entièrement dédiés à la propagation du feu. Cependant, le Stand est incapable de générer ses propres flammes et doit s’appuyer sur une source de chaleur préexistante. Selon certains, les êtres ainsi créés seraient constitués des âmes d’animaux péris dans des incendies.