JoJo's Bizarre Adventure : Lost Baby
Chapitre 119 : My Brothers in (my) Arms
2242 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 14/06/2026 02:09
La petite assemblée avait déjà quitté le cimetière, laissant Ziggy seul face à la tombe. Layla n’avait pas pu se libérer et travaillait toujours, ne lui accordant même pas une épaule pour fondre en larmes. L’organisation de cet enterrement avait été physiquement et mentalement épuisante.Il avait vidé son carnet d’adresse pour trouver quelqu’un qui pourrait déplacer un cadavre en toute discrétion sans poser de questions ; même chose pour déterrer le nom de pompes funèbres pas trop regardantes sur l’identité du défunt. Comment aurait-il pu savoir que son ami d’enfance serait enterré avec les mêmes méthodes qu’un des mafieux avec lesquels il travaillait ?
La nature de la cérémonie avait également été contrainte par la situation : rapide pour ne pas éveiller les soupçons et en petit comité car personne ne connaissait réellement son ancien ami. Même dans la mort, il demeurait incroyablement seul. Le jeune homme se demandait si son enterrement se serait teinté des mêmes couleurs d’oubli et de solitude. S’éloigner du droit chemin semblait signifier également s’éloigner de l’empathie du monde. Après avoir épousseté les fleurs et essuyé ses larmes, il s’éloigna de la stèle de pierre blême. Salomon, pourquoi avait-il fallu que tu trahisses la promesse qu’ils s’étaient faite ?
En ce triste jour de décembre, Paris entier semblait drapé de couleurs grises, du ciel au trottoir. Ziggy s’arrêta sur son chemin au stand où grillaient quelques épis de maïs sur un grill de fortune. Il en acheta un au vendeur à la sauvette en échange de quelques pièces et d’un sourire triste. En croquant dans l’aliment couleur trahison, le jeune homme endeuillé alluma son téléphone par habitude pour y voir une vingtaine d’appels manqués issus d’une dizaine de destinataires. C’était au-dessus de ses forces. Son téléphone vibra et, parmi la liste de notifications, un message de Layla apparut. L’unique vue de ces cinq lettres suffit à lui apporter un peu de baume au cœur.
“Tu es sûr que tout va bien ? Si c’est trop dûr, on peut toujours décaler le rendez-vous ?”
Après quelques secondes de réflexion, ses doigts écrasèrent les touches pour imprimer leurs caractères sur les cristaux liquides de l’écran et dans l’esprit de l’informateur.
“Tout est OK, ne t’inquiète pas. On se retrouve ce soir.”
Ses habitudes d’informateur finirent par reprendre dessus : Ziggy ravala avec difficulté sa salive. Il ne pouvait pas laisser la situation le chambouler à ce point. Sa mine attristée éveillait beaucoup trop l’attention alors il cacha ses mauvaises pensées derrière son rictus habituel. Enterrer ses émotions faisait aussi partie de son boulot et il avait un travail difficile qui l’attendait. Changer son organisation au dernier moment n’était pas concevable.
En continuant son chemin, les personnes habituelles croisèrent sa route, lui adressant un sourire compatissant, pour ceux remarquant sa tenue inhabituellement sombre. Ziggy s’arrêta quelques instants pour admirer la ville lumière dont les couleurs se faisaient timides. Dans le ciel, les traînées de fumée des cheminées des grands logements haussmanniens se mélangeaient mélancoliquement aux nuages. Tous les humains aimeraient voler mais des boulets bien concrets les clouaient au sol.
Un petit peu de musique pourrait sûrement remettre les cônes de ses yeux en forme. Ziggy fouilla dans son sac pour en sortir des écouteurs qu’il enfonça contre la conque de son oreille. D’un geste nonchalant de la main, il chassa les jaquettes virtuelles les unes après les autres : Nebraska, The Stranger, Abbey Road, Synchronicity, Wish you were here… Aucun classique musical ne trouvait grâce à ses yeux endoloris.
Jeune garçon : Monsieur Stardust !
Pendant qu’il était plongé dans sa recherche de titres, une voix aiguë à la frontière de la mue vint s’infiltrer dans les interstices entre les oreilles et ses oreilles. William, le petit-fils de Madame Yaffa - que Ziggy avait aidé à plusieurs reprises avec ses sacs de course -, se tenait devant lui avec son ballon de foot rapiécé sous son bras.
William : Monsieur Stardust, vous auriez pas des infos compromettantes sur Louni ?! Cet idiot a volé ma carte “Lily Rosemary” ! C’était celle qu’il me manquait pour boucler ma collec’ !
L’innocence et la naïveté du jeune garçon faisaient un peu oublier à Ziggy ses vagues à l'âme en lui rappelant les chamailleries qu’il avait avec ses amis de l’orphelinat. Il se baissa pour se mettre à son niveau et lui sourire.
Ziggy : Je pense que cette terrible affaire dépasse largement mes compétences, Willy… Mais tu peux toujours essayer de lui dire que tu l’as vu voler un paquet de cartes chez N.J.R.R…
Le visage de l’enfant s’éclaira d’un grand sourire au moment où il apprit l’information qu’il pourrait utiliser à son avantage pour récupérer son précieux bien dérobé. En sautillant, le garçon remercia son aîné et se mit à courir vers le parc où les pré-adolescents traînaient les jours d’école buissonnière. Après avoir parcouru quelques mètres, Willy se retourna et rebroussa chemin avec une mine désolée.
William : Et…je suis désolé pour votre ami, Monsieur Stardust…Je vous ai vu revenir du cimetière tout à l’heure…je ne sais pas qui c’était mais, si c’était un de vos amis, c’était forcément un type bien !
Pour unique réponse, Ziggy lui adressa un grand sourire plein de gratitude avant de reprendre son chemin. Il repositionna ses oreillettes et continua son choix musical. Après une nouvelle série de refus, un album remplit enfin les attentes du responsables de casting.
Ziggy : “Starman” et “Moonage Daydream” vont me changer les idées. Bowie est un génie.
Le moral regonflé par son homonyme musical, Ziggy serpenta entre les ruelles presque vides avec aisance. La musique tambourinant dans ses deux oreilles lui permettaient de s’isoler loin de la froideur de la journée. Ses pas le dirigèrent lentement vers l’atmosphère rassurante de sa rue et la sécurité de sa petite boutique. Cependant, en se rapprochant de sa destination, il distingua deux silhouettes d’hommes : l’un était petit et fin avec un air de fouine et l’autre était gros et balourd. Leurs deux corps étaient recouverts de bandages, sûrement liés à une échauffourée quelconque. Bien que le plus grand semblait être le leader, aucun des deux ne respirait l’intelligence.
Monté : Où est-ce-que je l’ai mis ?! Carlo, tu l’as pas vu ?
Carlo : Pour la énième fois, non, Monté, je ne sais pas où tu l’as fourré ! On devrait revenir en arrière et voir si on met la main dessus.
Avec anxiété, Ziggy regarda sa montre. Les aiguilles affichaient 14h13. Il avait presque trois quarts d’heure de retard. Est-ce qu’il était vraiment en capacité de gérer ça aujourd’hui ? Comme dans chaque moment de stress, son étoile lui compressait la boîte crânienne. Il prit une profonde inspiration pour retrouver ses esprits et perfectionner son rôle avant de s’avancer. Ziggy resta à l’abri tandis que Stardust s’incarnait.
Stardust : Barrez-vous, le magasin est fermé. Allez choper vos infos autre part !
Carlo : Nos “infos” ? Y a erreur, mon gars. On est ici parce qu’on cherche un vinyle précis. C’est l’anniv de ce p’tit Monté et je voudrais lui offrir un cadeau.
Monté : Carlo, tu t’en es souvenu, ça me fait super plaisir !
Le plus grand donna une claque à l’arrière de la tête du gringalet. La force de l’impulsion le fit avancer légèrement tout en le sonnant du même coup.
Carlo : Tais-toi un peu sinon t’auras rien du tout ! Ça m'embête vraiment de te demander ça, mon pote mais tu pourrais nous laisser entrer ? T’as des Bowie ?
À l’évocation de ce nom, les yeux de Stardust s’illuminèrent. La voix du Major Tom résonnait encore dans ses oreillettes et l’incitait à accepter la requête de l’homme aux allures patibulaires. Après une hésitation visible sur l’expression de son visage, il se décida à enfoncer ses clés dans la porte du “110” et poussa la porte pour les laisser entrer.
Les deux clients regardèrent avec admiration les étalages remplis de 33 et de 45 tours qui occupaient la totalité de la pièce. La lumière hésitante des néons appuyait l’ambiance 70’s du choix des artistes exposés.
Carlo : Est-ce-que c’est un “Sticky Fingers” original ? L’édition avec la braguette amovible ?
Stardust : Exactement ! J’ai eu un mal fou à la dénicher mais vu qu’aujourd’hui les vinyles n’intéressent plus grand monde, j’ai réussi à le négocier pour pas trop cher. J’ai aussi un original de “Breakfast in America” dédicacé juste sur le mur à droite !
Stardust revivait. Le seul fait de parler de sa passion lui permettait d’éloigner son esprit du l’enterrement. Son étoile ne lui faisait presque plus mal. Dans ses écouteurs, “Suffragette City” accompagnait sa nouvelle euphorie.
Stardust : Alors, qu’est-ce-que ton frère veut pour son anniv’ ? S’il aime Bowie, je dois avoir “Heroes”…Attendez une seconde, je vous l’apporte tout de suite !
Stardust fonça vers le sous-sol en courant et fouilla rapidement les tiroirs de sa réserve. Avec agilité, il sortit le précieux album où figurait son idole dans sa pose si reconnaissable. En chantonnant, il monta les marches deux par deux pour rejoindre ses clients.
Stardust : Oh, Give me your hands ‘cause you are wonderful ! Give me your hands ‘cause you are wonderful ! Give me your hands…Me voilà ! J’espère que vous n’avez pas attendu trop long-
La précieuse collection fut instantanément recouverte d’une pellicule rouge sang. Stardust n’eut pas besoin de baisser les yeux pour comprendre ce qui lui était arrivé. Malgré la situation, il percevait parfaitement le liquide lentement remplir ses poumons et bloquer sa respiration. Devant lui, le canon du revolver tenu par le plus petit était toujours fumant, l’air ingénu sur son visage ne semblait pas correspondre à la gravité de ce qu’il venait de faire. Après avoir boité quelques pas, l’informateur se dirigea instinctivement vers l’étale recouverte de disques et chuta en les renversant. Avant de sombrer dans l’inconscience, le passionné regretta que la jaquette noire et blanche de l’album se teinte progressivement d’encre rouge.
Carlo : Bordel, Monté ! La prochaine fois, préviens-moi quand tu tires, j’ai failli faire une attaque ! Allez, prépare-toi, on doit vite se barrer !
Tandis que le tireur rassemblait toutes leurs affaires, le plus grand écrit à la bombe rouge sur les murs latéraux - en prenant soin d’éviter les pièces de collection - les mots “TRAÎTRE” et “CRAZY ON YOU”. Sans perdre plus de temps, les deux criminels s’enfuirent loin des lieux de leur méfait.
***
Paris, 1er décembre, 23h54
Adam courait à toute vitesse à travers les rues de Paris. Même Batya peinait à suivre le jeune homme paniqué qui se dirigeait en esquivant passants et voitures. Après plusieurs centaines de mètres, ils atteignirent la ruelle où se trouvait le “110”. Autour du magasin, une masse de policiers et de curieux s’étaient attroupés, bloquant totalement l’entrée. Adam se fraya un chemin à travers la foule jusqu’à faire face à un officier, lui bloquant le passage.
Adam : Laissez-moi le voir ! Je vous en supplie, laissez-moi passer !
Officier : Qu’est-ce-qui vous arrive ? Vous êtes un proche de la victime ?
Adam : Évidemment ! Je suis son frère ! Laissez-moi le voir !
Passant : Ce mec ment ! Je connais ce criminel de Stardust et il avait aucune famille ! C’était un mafieux de la pire espèce !
Adam lui asséna un violent coup de poing qui fit chuter l’homme qui venait d’insulter son ami. En jouant des coudes, le jeune homme réussit à entrer dans le périmètre de sécurité pour voir des médecins emporter la silhouette figée de son ami. Quand il vit Ziggy dans cet état, Adam s’écroula au sol en pleurant. Derrière lui, il arrivait à peine à distinguer la voix de Batya et du policier dans le bourdonnement qu’était devenu son esprit. Son visage couvert de larmes se colla contre le bitume. Il n’avait plus la force de crier, de parler ou même de tenir debout. Une seule émotion résonnait dans tout son être : la haine.
Adam : G-Giorno Giovanna…Je vais te buter…Je le jure…Pour tout ce que tu as fait, tu vas CREVER !
Ziggy “Stardust” Dante, 18 ans - mort