Le Revers de L'Infini - Tome 4 : Infini
Chapitre 12 : L’échiquier vivant
1689 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 11/01/2026 20:31
Gojo reste perché au sommet de son pilier, seul point fixe à la lisière du Néant d’Ébène. Autour de lui, rien n’est réellement immobile : le vide respire, le décor hésite, la géométrie se reprend puis se renie. Lui seul ne vacille pas. Les bras croisés, les yeux mi-clos, il observe. Son aura blanche pulse lentement, régulière, comme un cœur artificiel qui impose son rythme à un monde qui n’en a plus.
—{Bon… Décor type Ghibli sous crack, pense-t-il, un éclat d’ironie fendant la tension.
Manquent plus que les violons à l’envers et une chèvre qui récite du latin}
Mais derrière la plaisanterie, son regard est chirurgical. Ce qu’il voit n’a rien de poétique. Les lignes d’énergie autour de lui dansent faux. Elles ne suivent aucune logique stable : elles se croisent, se dédoublent, s’effacent pour réapparaître ailleurs, comme si le domaine refusait délibérément d’être compris. Chaque tentative de lecture modifie aussitôt la structure. Le territoire réagit à l’observation.
—{Intéressant… Donc même regarder, c’est déjà jouer.}
Une onde traverse soudain le pilier. Au début, ce n’est qu’une vibration sourde. Un malaise diffus. Puis quelque chose de plus intime, plus viscéral, comme si la pierre elle-même frissonnait sous sa peau. Le béton gémit. Une fissure serpente lentement, puis une autre. Un œil s’ouvre sous lui. Puis un second. Puis quinze.
Des pupilles sans sclère, luisantes, noyées dans une ombre huileuse, clignotent à des rythmes différents. Elles ne le regardent pas toutes, certaines observent le vide, d’autres semblent fixer des souvenirs qui ne sont pas les siens.
Et alors, la main surgit. Noire. Démesurée. Trop longue. Des griffes qui raclent la pierre comme des ongles sur un cercueil. Elle jaillit du pilier lui-même et s’enroule autour de sa cheville, lourde, insistante, presque affectueuse. Une voix s’insinue aussitôt dans son crâne. Pas criée. Pas chuchotée. Murmurée, comme une vérité qu’on n’ose pas dire à voix haute.
— {Tu l’as laissée mourir, toi aussi…}
Un fragment. Une tentative. Une piqûre précise. Gojo grimace. Pas de douleur, d’agacement.
— Sérieusement ? souffle-t-il. Même pas original.
Il claque des doigts. L’espace implose. La lumière inversée se referme sur elle-même, aspirant matière, ombre et intention. Les yeux sont broyés avant même de pouvoir cligner. La main est déchirée, arrachée, dissoute dans une compression impossible. Le pilier cède dans un rugissement muet.
Gojo chute. Le monde bascule autour de lui, mais lui reste parfaitement orienté. Il pivote en plein air et atterrit plus loin sur une dalle mouvante. Le sol ondule, se fissure, change de teinte sous ses pieds, blanc, noir, cendre, comme s’il hésitait à l’accepter.
Il se redresse, ajuste légèrement sa posture. Aucun souffle précipité. Aucun signe de panique. Un soupir.
— Ok…
Il regarde autour de lui, les yeux brillants d’une lucidité dangereuse.
— Bienvenue dans l’antichambre de Lovecraft.
Les Six Yeux continuent de fournir des données. Trop de données. Sans priorité. Sans hiérarchie. Parfois contradictoires. Certaines réponses arrivent avant même qu’il n’ait posé la question. Gojo inspire lentement.
— Intéressant… Vraiment...
Il n’est pas encore inquiet. Juste… surchargé.
Son aura s’étend d’un cran. Pas agressive. Déclarative.
—{Très bien, Raku. Tu veux jouer avec les souvenirs ?}
Un sourire mince, sans humour.
—{Alors voyons jusqu’où tu peux aller… avant que ce soit moi qui réécrive ton décor}
---
Ailleurs, au cœur d’un dédale suspendu dans la brume, Souta reste accroupi, une main plaquée contre le sol. Sous sa paume, la surface réagit. Un craquement sourd, organique. Puis un râle, long, étouffé, comme si quelque chose respirait sous la matière. Il relève lentement la tête, les sourcils froncés.
— …C’était pas du béton, ça.
Le sol tangue. La texture se délite sous leurs yeux : le métal se liquéfie, devient verre noir, strié de reflets huileux. Les lignes se dessinent, nettes, géométriques. Un plateau d'échecs mouvant émerge, case par case, comme une pensée qui se structure. Les cases vibrent. Pas ensemble. Certaines respirent. D’autres palpitent. Chaque déplacement semble répondre à leur présence. Pas un écho. Une interaction. Vivant. Hostile.
Megumi se redresse lentement, chaque muscle tendu, les sens en alerte maximale. Il cligne des yeux, et le décor met une fraction de seconde à suivre. Comme si la réalité elle-même avait du retard sur lui. Ici, tout est désynchronisé. Décalé d’un souffle. D’un battement. Un mur les observe. Pas une illusion. Pas une métaphore. Le mur les regarde.
Des aspérités s’ouvrent, se referment. Des ombres s’y déplacent comme des paupières.
À côté, un escalier se révèle… mais il monte en descendant, chaque marche défiant la logique la plus élémentaire. Quelque part, très loin, ou très près, une voix chuchote un nom.
Un nom qu’aucune langue humaine ne devrait pouvoir prononcer sans se fissurer.
Souta baisse les yeux. La case sous lui passe du blanc au noir. Puis… au vide. Mais ce vide n’engloutit pas. Il soulève. Comme si le néant cherchait à le mettre à sa place.
— C’est quoi ce délire… marmonne-t-il. On est dans une putain d’énigme mouvante…
Megumi resserre les doigts. Ses ongles crissent contre sa paume.
— Le terrain est devenu un échiquier.
Il relève lentement la tête, les yeux sombres.
— Mais c’est elle qui déplace les pièces.
Un bruit sec. Une main noire jaillit de la case sous Souta et lui agrippe la cheville. Sa peau brûle au contact, glacée et poisseuse à la fois. Une autre main, suintante de deuil, émerge du plateau et tente de lui saisir l’épaule. Les doigts sont trop longs. Les jointures trop nombreuses.
Souta tord son corps en arrière, pivote malgré la traction, et lance un kunai d'ombre vers le mur. L’impact est net. Le mur saigne. Mais ce n’est pas du sang. C’est du sable noir, qui s’écoule en silence, comme le temps lui-même.
— Ça suffit maintenant, Raku.
Sa voix claque, rauque.
— T’as voulu jouer ?
Il frappe violemment le sol blanc du pied. Une traînée d’énergie jaillit, se répand comme de l’encre renversée, et prend la forme d’un serpent d’ombre, ondulant, sifflant sans bouche.
— Alors joue avec nous.
Megumi lève les mains, prêt. Son regard est dur, concentré.
— Le changement les a fait partir… Double invocation ?
Souta acquiesce sans hésiter.
— Ouais.
Un rictus nerveux fend son visage.
— Et si ça fait tout péter… tant pis.
Mais au moment exact où Megumi entame le mudra de Mahoraga, une main noire jaillit et lui enroule la cheville. Une seconde surgit aussitôt, lui saisissant le poignet opposé.
— Putain…
Souta commence le mudra de Kagenryū, mais un bras noir sort brutalement d’une case et lui agrippe les doigts, les forçant à s’écarter. Une autre main lui saisit l’épaule et l’enfonce à moitié dans la dalle mouvante, qui se referme autour de lui comme une mâchoire.
Megumi grogne, lutte. Ses muscles tremblent sous la contrainte.
— …Je peux pas… bouger.
Souta force, les veines gonflées sur ses bras, la mâchoire serrée jusqu’à la douleur.
— Elles…
Il halète.
— Elles nous empêchent d’invoquer…
Le sol vibre. Pas sous leurs pieds. En eux. Une voix s’insinue sous leur peau, glisse le long de leurs nerfs, murmure directement dans leurs os.
— Pas de pièces sur l’échiquier… si le joueur n’a pas le droit de jouer.
Megumi lève les yeux. Au loin, dominant le plateau, le palais de l’échiquier se dresse. Planté sur une montagne d’escaliers inversés, impossible à atteindre, impossible à ignorer.
— Elle veut nous garder figés…
Sa voix est basse, froide.
— Comme des pions.
Souta relève la tête malgré la pression, le regard brûlant d’une colère lucide.
— Alors va falloir casser le plateau.
Et soudain, la voix douce de Raku résonne partout à la fois. Moqueuse. Sucrée. Mais affûtée comme une lame sous du velours.
— Vous avancez déjà vous deux ?
Un rire glisse entre les cases, se faufile dans les fissures.
— Quelle impatience…
Les mains resserrent leur prise.
— Les deux petits invocateurs d’ombre ont cru pouvoir avancer… sans ma permission…
Le sol tremble. Les cases frémissent, presque ravies. Le damier semble savourer leur immobilité.
— On ne triche pas avec la Reine.
À l’opposé du plateau, une case s’illumine. Blanche. Aveuglante. Blanche comme la mort.
— L’ancien roi est tombé. L’échiquier a changé.
Un silence. Lourd. Écrasant.
— À moi… la première danse.
Le rire s’éteint. Et alors, lentement, inexorablement… l’échiquier commence à se refermer...
Fin de l'arc 4
Ouverture de l'Arc 5 vendredi 16 janvier... Arc final de cette fanfiction.
D'ici là, prenez soin de vous...
[Evidemment ça râle au fond de la pièce ... Toujours le même... Gojo Satoru]
Ah.
Donc elle vous a dit qu’elle revenait le 16 janvier...
Intéressant...
Pendant ce temps, je suis ici, dans un endroit qui n’obéit à aucune règle décente, face à quelqu’un qui joue avec le néant comme si c’était un puzzle.
Mais apparemment, ça peut attendre.
Profitez-en. Parce que quand elle revient… quelqu’un va regretter d’avoir prolongé ça.