L'Ombre de Séoul

Chapitre 15 : Les Papiers Brûlés et la Lignée du Voile Noir

3645 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/06/2026 10:24

Le dojo, baigné par les derniers éclats rougeoyants du crépuscule, se transforme en une salle de conseil improvisée. L'odeur familière de l'antiseptique de la clinique flotte encore dans les souvenirs de Megumi, mais ici, c'est le parfum du vieux bois et de l'énergie résiduelle de Mukya qui sature l'air. La fraîcheur spirituelle que l'entité laisse derrière elle en refluant dans le sol tarde à se dissiper, collant aux tatamis comme une fine pellicule de givre invisible. Le pas nonchalant de Satoru Gojo sur les lattes de bois viennent de scander la fin de leur tête-à-tête.


La haute silhouette du professeur brise la géométrie des rayons orangés alors qu'il s'avance vers eux, un immense sourire aux lèvres.


— Alors déjà, commence Gojo avec un petit geste de la main théâtral vers la Coréenne. Félicitations pour avoir établi un dialogue spirituel avec une potentielle entité antique de Heian ! C’est une validation administrative majeure pour ton dossier de transfert !


Puis il abaisse son regard bleu ciel vers Megumi, qui n'a toujours pas lâché les doigts de sa partenaire.


— Et toi, arrête de faire cette tête d'inspecteur des impôts au bout du rouleau. J’allais intervenir si les ombres commençaient véritablement à manger des gens ou à altérer l'intégrité physique du dojo. Mon sens de l'éducation est impeccable.


Megumi affiche un visage parfaitement neutre, impassible et blasé, n'essayant même plus de masquer son agacement.


— Arrêtez votre cirque… Vous espionniez depuis combien de temps, exactement, Sensei ?


Gojo pose un index doctoral sur son menton, faisant mine de réfléchir intensément en prenant une pose pensive.


— Hm… « Attention Zenin » à peu près. Juste au moment où l'ambiance devient dramatique et intéressante.


Puis, son éternel sourire de provocation disparaît légèrement de ses lèvres minces. Pas totalement, car Satoru Gojo reste incapable de perdre son masque d'invincibilité, mais assez pour montrer à ses deux élèves qu’il prend réellement la situation au sérieux maintenant. L'éclat de ses Six Yeux se fait plus acéré derrière ses verres sombres.


— … Mukya, hein. Ce nom-là n’est vraiment pas censé exister encore dans nos registres contemporains. Il est biffé à l'encre lourde.

— Ah… En tout cas, elle était bien en Corée… Visiblement cachée sous une barrière depuis des siècles…, note Ye-ji en se massant doucement les tempes pour dissiper le reste de sa migraine spirituelle.


Gojo garde ses yeux bleus fixés sur elle pendant quelques secondes, assimilant cette précision géographique. Puis il pousse un léger soupir par le nez, un bruit mat qui trahit une profonde réflexion interne.


— … Ça expliquerait effectivement pas mal de zones d'ombre dans mon esprit. Les archives japonaises officielles de l’ère Heian sont totalement incomplètes, vous savez. Beaucoup de documents majeurs ont disparu au fil des guerres de clans. Et tout ce qui concerne directement Ryomen Sukuna a été soit méthodiquement détruit par peur de son culte… soit volontairement caché par les hautes instances pour éviter que des illuminés ne tentent de reproduire ses rituels.


Il relève légèrement ses lunettes de soleil d'un coup de pouce horizontal, dévoilant l'éclat cristallin de ses pupilles divines.


— Mais les frontières géopolitiques actuelles n'existent pas vraiment à l’époque. Le flux de l'énergie occulte ne s'arrête pas aux côtes. Donc une entité ancienne et puissante, viscéralement liée au Voile Noir, peut très bien avoir traversé toute la région asiatique pour se terrer, avant de finir… sagement accrochée à une jeune exorciste coréenne qui a simplement fouillé là où il ne faut pas lors d'une mission de routine.


Megumi soupire légèrement, massant son front de sa main libre, exaspéré par la légèreté de la métaphore.


— Vous dites ça avec un détachement incroyable, Sensei. Comme si elle avait bêtement ramassé un chat abandonné dans une ruelle de Séoul.


Gojo tourne aussitôt la tête vers son protégé, un sourire immense et exagérément enjoué barrant ses traits fins.


— Franchement, Megumi, vu la manière dont ils cohabitent tous les deux et dont elle défend ton honneur au réfectoire, on n’est vraiment pas si loin du comportement d'un félin territorial !

— Mukya a réagi aussi avec une étrange curiosité et de la méfiance auprès de Tsumiki à la clinique…, rappelle Ye-ji d'une voix blanche, ramenant fermement la discussion sur un terrain nettement plus brûlant et personnel.


Le sourire de façade de Gojo disparaît presque totalement en un éclair, ses lèvres se pinçant. L’ambiance générale du dojo redevient immédiatement plus sérieuse, plus lourde, indexée sur la sécurité de la jeune fille endormie.


— … Racontez-moi exactement et dans le détail ce qu’il s’est passé là-bas.


Cette fois, son ton théâtral et provocateur de professeur s'efface complètement pour laisser place à l'autorité de l’exorciste le plus fort du monde. Les deux adolescents prennent le relais et lui expliquent l’agitation discrète mais puissante de Mukya sous le sommier, l’attention presque chirurgicale portée à Tsumiki, l’absence totale d’hostilité envers sa personne, puis cette sensation très nette : quelque chose de néfaste gravite autour d’elle et inquiète l’entité de Heian. Et surtout, ils décrivent cette chair de poule soudaine et glacée qui a parcouru le bras de la malade en réponse à l'auscultation de l'ombre.


Le regard de Gojo se fait de plus en plus aiguisé, froid et analytique au fur et à mesure de leur récit à deux voix. Il reste totalement silencieux pendant quelques secondes, les yeux perdus sur les tatamis orangés par le crépuscule.


— Hm. Donc si je résume bien vos impressions, Mukya n’a pas du tout réagi à Tsumiki elle-même. Mais bel et bien à ce qui est sournoisement accroché à son âme.


Megumi croise les bras sur sa poitrine, les jointures de ses doigts blanchissant sous la pression de sa frustration.


— C’est aussi ce qu’on a tous les deux compris en analysant le flux. L'ombre faisait une distinction nette entre ma sœur et le parasite.


Gojo baisse les yeux un instant, plongé dans des calculs occultes que lui seul peut mener grâce à sa perception absolue. Quand il relève finalement la tête vers le jeune couple, son expression est entièrement dépouillée de son habituelle et agaçante légèreté. Un pli soucieux barre son front.


— … Ça veut peut-être dire une chose très grave, mes enfants. Ça veut dire que la malédiction qui maintient Tsumiki dans cet état de léthargie est beaucoup plus ancienne, complexe et d'une tout autre envergure qu’on ne le pense au lycée. Ce n'est pas le fait d'un fléau moderne. Et si Mukya l’a immédiatement reconnue au premier coup d'œil… alors Sukuna peut la reconnaître aussi à la moindre occasion.


— Il n'y a vraiment pas des parchemins cachés ou des archives secrètes ici où on pourrait dégoter des infos concrètes sur Mukya ?, demande Ye-ji, refusant de se laisser abattre par ce constat.


Gojo réfléchit quelques secondes, ses yeux bleus effectuant de micro-mouvements derrière ses verres sombres, puis il finit par hocher doucement la tête pour valider la demande de la jeune fille.


— … Probablement, oui. Le grand problème de notre belle société Jujutsu, c’est que les clans majeurs adorent cacher et conserver précieusement les trucs hautement dangereux dans des coffres et des bibliothèques privées ultra-sécurisées, au lieu de tout détruire et de passer à autre chose comme le feraient des gens normaux.


— Vous faites techniquement partie du problème, Gojo-sensei, lui rappelle immédiatement Megumi, le visage totalement impassible. Votre propre domaine familial est un musée d'anomalies.


— Absolument, et j'en suis particulièrement fier !


Gojo reprend aussitôt un ton beaucoup plus sérieux, redressant son buste pour faire peser sa stature sur les tatamis.


— Plus sérieusement, si Mukya est réellement une entité pure et intacte de l’ère Heian… Et si elle connaît déjà historiquement les agissements des Zenin et les patterns de Sukuna… Alors il y a de très fortes chances pour qu’elle apparaisse sous une forme ou une autre quelque part dans les archives scellées des Zenin, dans certains vieux registres secrets des Gojo, ou dans des documents hautement confidentiels liés à la structure même des techniques d’ombres.


Megumi se tend imperceptiblement à la simple mention des archives et des rouleaux de sa lignée biologique, ses poings se serrant dans les poches de son pantalon d'uniforme.


— Le gros souci, c’est que les vieux clans écrivent tous comme des psychopathes élitistes et paranoïaques, continue Gojo en agitant un index pour illustrer son propos. Donc même lorsque l’information existe noir sur blanc, elle est souvent incomplète, lourdement codée pour ne pas être comprise des profanes, ou totalement noyée dans du symbolisme poétique et incompréhensible. Mais honnêtement ? Un titre poétique comme « L’ombre qui survit aux flammes destructrices de Sukuna », ça ressemble précisément au genre de phrase dramatique, ronflante et pleine d'orgueil qu’un ancêtre Zenin aurait pris la peine d'écrire dans un rouleau maudit après une guerre.


— Ouais… Et puis vu la nature actuelle de vos rapports diplomatiques avec le clan Zenin, autant dire qu'ils ne vous souhaiteront pas vraiment la bienvenue pour vos recherches…, remarque Ye-ji en lui jetant un regard en coin plein d'ironie.


Gojo éclate immédiatement d’un rire franc, sonore et beaucoup trop honnête pour le lieu sacré qu'est le dojo.


— « Pas la bienvenue » est une formulation d'une diplomatie extraordinaire, Ye-ji-chan ! La vérité pure, c'est que les dirigeants du clan Zenin me laisseraient probablement franchir leur domaine uniquement pour essayer de m’empoisonner discrètement avec le thé de bienvenue !


— Et en ce qui me concerne, ils me laisseraient entrer uniquement pour m’insulter sur ma condition et mes choix de vie avant même de m'avoir proposé le thé, ajoute Megumi, affichant un visage de marbre absolu qui trahit son habitude de leur mépris.


L'adolescent pousse un long soupir las par le nez, se sentant déjà profondément fatigué par les perspectives d'avenir complexes qui se dessinent pour son couple.


— Donc si je résume bien la situation, votre plan d'action officiel, c’est quoi exactement ? Aller cambrioler de nuit des documents familiaux maudits et interdits, en étant escorté par une jeune exorciste coréenne de première année hantée par une entité millénaire de Heian ?


Gojo croise les bras sur sa poitrine sombre, arborant un sourire immense, éclatant et parfaitement ravi de la tournure chaotique des événements.


— Oui ! Tout à fait ! Parce qu’entre Sukuna qui reconnaît potentiellement Mukya au réfectoire, la réaction physique et inquiétante de la malédiction de Tsumiki à la clinique, et une entité antique non identifiée qui prend la peine d'avertir directement un héritier Zenin des dangers qui le guettent… on est tous les trois probablement assis sur quelque chose de beaucoup plus gros, de beaucoup plus lourd et de bien plus excitant qu’on ne le pensait au départ. La récréation est terminée.


Ye-ji plante ses yeux gris, calmes et défiants, directement dans ceux azur du mentor.


— On fait quoi du coup ? Concrètement ?


Gojo s'accorde un temps de silence particulièrement inhabituel pour lui, pesant méticuleusement le pour et le contre dans sa tête. Il pousse un long soupir par le nez avant de remonter légèrement ses lunettes de soleil d'un index fluide.


— … On évite déjà de paniquer ou de lancer des rituels interdits dans les dortoirs. Ce serait une excellente première étape pour la sécurité du mobilier. Pour l’instant, on sait pertinemment plusieurs choses factuelles : Mukya connaît Sukuna. Mukya connaît intimement la lignée des Zenin. Et quelque chose lié à la structure du sort de Tsumiki réagit violemment à sa seule présence. Donc, on manque encore cruellement de contexte historique pour lier le tout.


— Et pour ce qui est des archives de Heian ?, insiste Megumi, sa voix se faisant plus pressante.


Gojo sourit de toutes ses dents blanches, un éclair de pure malice brillant derrière ses verres fumés.


— Ah. Là, mes chers enfants, on entre officiellement dans la partie totalement illégale, hautement répréhensible et hautement amusante de notre programme de première année !


— J’ai regretté cette phrase et cette question dès qu’elle a commencé à sortir de ma bouche, murmure Megumi en fermant à moitié les paupières, dépité.


— Je vais d'abord essayer d’obtenir des accès officiels et administratifs auprès des autorités, reprend Gojo d'un ton plus calme et posé. Ça échouera probablement dans les grandes largeurs parce que les vieux du clan Zenin sont des fossiles paranoïaques et poussiéreux qui me détestent. Et si ça échoue comme prévu… eh bien, on improvisera sur le tas.


Le sourire carnassier qui accompagne sa déclaration est des plus inquiétants pour la suite des événements. Il jette un œil perçant à la nappe d'ombre immobile aux pieds de la jeune fille.


— En attendant cette réjouissante perspective… Ye-ji, si jamais Mukya essaie encore de communiquer à travers toi, note absolument tout ce qui se passe. Même les détails, les mots ou les sons qui te semblent complètement absurdes ou dénués de sens. Les vieilles entités archaïques parlent rarement de manière rectiligne ou logique. Elles fonctionnent souvent par symboles, fragments de phrases, sensations physiques ou résidus de souvenirs.


Un fin sourire espiègle se dessine lentement sur le visage de Ye-ji. Elle pivote doucement son buste vers son voisin de tatami.


— Megumi ?


Megumi capte immédiatement l'expression de sa compagne et la lueur grise qui anime ses pupilles. Il y reconnaît sans peine la mine caractéristique de celle qui vient de concevoir une idée potentiellement catastrophique pour sa tranquillité d'esprit et sa carrière de sorcier.


— … Quoi encore ?, soupire-t-il, la main déjà prête à masser ses tempes.


Gojo, quant à lui, exulte déjà en arrière-plan, sautillant presque sur ses talons, toujours friand des mauvaises idées terriblement brillantes.


— On sait parfaitement voyager et déplacer de la matière à travers les ombres, non ?, expose Ye-ji avec un calme désarmant. Du coup… a-t-on vraiment besoin d'un pass officiel pour entrer chez eux ?


Le silence le plus complet s'établit pendant une fraction de seconde dans l'immensité du dojo, le temps exact que la proposition de cambriolage occulte percute les esprits. Puis Gojo lâche un applaudissement lent, sonore et ravi, le regard brillant de mille feux.


— Oooooh. J’aime énormément, j'adore cette jeune transfuge coréenne ! Quelle efficacité !


Megumi ferme les yeux une seconde entière, visualisant sans peine l'impasse juridique, le conseil de discipline et l'incident diplomatique majeur vers lesquels ils foncent tous les trois tête baissée.


— … Tu réalises au moins ce que tu viens littéralement de proposer, Ye-ji ? Une infiltration criminelle du domaine privé et sacré du clan Zenin, lâche-t-il en rouvrant les paupières, fixant sa partenaire. Et ce avec une équipe composée d'un utilisateur renégat des Dix Ombres, d'une exorciste étrangère hantée par une entité de Heian, et de Satoru Gojo. C’est objectivement et statistiquement une équipe catastrophique pour la discrétion.


— Correction mon cher Megumi : catastrophiquement efficace !, intervient Gojo en levant un doigt triomphant. Mais techniquement… elle a parfaitement raison. Les propriétés de déplacement des Dix Ombres permettent des incursions physiques extrêmement difficiles à détecter par les barrières classiques, si on reste prudents et fluides.


Megumi croise les bras sur son torse, une partie interne de son esprit de tacticien détestant viscéralement le fait que la manœuvre possède de réelles et sérieuses chances de réussite.


— Et pendant ce temps, Sensei sera sagement au portail principal pour les distraire avec ses absurdités habituelles…, ajoute Ye-ji, complétant le tableau avec un aplomb remarquable.


Gojo éclate d'un rire tonitruant, presque hystérique, totalement ravi du rôle stratégique et sur mesure qu'on lui attribue.


— ELLE ME COMPREND TELLEMENT BIEN ! C'est un pur bonheur pédagogique !


— C’est précisément ça, le gros problème, bougonne Megumi entre ses dents. Vous vous alimentez mutuellement.


— Pendant que vous infiltrerez discrètement la bibliothèque et les archives interdites sous forme liquide, pose dramatiquement Gojo, plaquant une main théâtrale sur son torse. Moi, Satoru Gojo, le plus grand fléau social et administratif du Japon moderne, je retiendrai personnellement toute l'attention des vieux Zenin avec des provocations gratuites, des remarques hautement insultantes, et probablement un débat totalement absurde et sans fin sur l’éducation de la jeunesse !


— Vous allez simplement les énerver volontairement pour faire diversion, résume platement Megumi.


— Évidemment. Les vieux cons énervés et outrés remarquent beaucoup moins les mouvements de l'encre sur le sol. C'est une règle de base de la psychologie humaine.


Gojo pointe ensuite l'adolescent du doigt avec un sourire provocateur.


— Et toi, mon petit Zenin tragique préféré, tu vas tout de suite arrêter de faire cette tête de victime. Honnêtement, votre plan d'attaque à l'ombre a environ 70% de chances de fonctionner sans accroc.


— Et les 30% restants ?, interroge froidement Megumi, s'attendant au pire.


— Une guerre civile familiale mineure et un nettoyage de printemps chez les Zenin ! Rien de bien méchant pour ton CV !


Ye-ji souffle un rire discret, s'appuyant confortablement contre un lourd pilier en bois du dojo, croisant à son tour les bras.


— C'est pas là-bas, dans ton clan, qu'il y a une grosse vibe misogne et ringarde à mourir, d'ailleurs ?


Les deux hommes répondent exactement à la même micro-seconde, une synchronisation rare qui témoigne d'un consensus absolu sur le sujet :


— Si.


Megumi laisse échapper un nouveau soupir fatigué par le nez, ses épaules s'affaissant sous le poids de cet héritage rétrograde.


— Le clan Zenin considère encore aujourd'hui, et de manière quasi obsessionnelle, la valeur intrinsèque des gens selon trois critères bien précis : leur technique innée, leur statut politique, et… leur genre. Si tu n'as pas la bonne combinaison, tu n'es rien à leurs yeux.


Gojo croise ses longs bras sur son torse, grimaçant d'un dégoût non feint qui tranche avec son exubérance habituelle.


— Les vieux débris qui dirigent les instances là-bas ont environ trois siècles de retard social et humain. C’est précisément pour cette raison que Maki claque la porte et décide de s'installer ici. Et c'est aussi pourquoi ils n’ont jamais véritablement accepté Megumi non plus, malgré le fait qu'il possède la technique héréditaire reine des Dix Ombres.


Car au-delà de son héritage, Megumi n'a tout simplement jamais consenti à s'incliner ou à jouer selon leurs règles féodales. Gojo jette un regard en coin à Ye-ji, un sourire de prédateur carnassier étirant ses lèvres minces.


— Donc toi, Ye-ji-chan, en tant qu'exorciste étrangère totalement indépendante, dotée d'une technique d’ombres complètement anormale ET possédant un caractère bien trempé qui répond directement aux autorités… tu vas probablement leur déclencher une crise d’urticaire carabinée en moins de cinq minutes de présence active sur leurs terres.


— Ce qui est honnêtement un risque secondaire tout à fait réaliste et mesurable, approuve Megumi d'un signe de tête pragmatique.


— Et ça serait quoi, le nom du pire d'entre eux ? Celui qu'il faut cibler

en priorité ? demande la Coréenne, ses yeux gris brillant déjà d'une lueur de défi.


— Naoya, répond IMMÉDIATEMENT Gojo, sans l'ombre d'une seule fraction de seconde d'hésitation.


La réplique a fusé à la vitesse de l'éclair, coupante comme une lame. Gojo prend aussitôt une posture théâtrale, adoptant le ton solennel et monocorde d'un narrateur de documentaire animalier de la NHK :


— Naoya Zenin : un spécimen rare. Extrêmement talentueux sur le plan du Jujutsu, extrêmement arrogant avec tout ce qui ne porte pas son nom, et probablement convaincu au plus profond de son petit être que les femmes existent sur cette Terre uniquement pour servir et admirer les hommes de son clan. Un vrai fossile de l'évolution !


Gojo couve Ye-ji d’un regard étincelant de malice, anticipant déjà le feu d'artifice.


— Honnêtement, je pense que si on vous enferme, toi et Naoya, dans la même pièce pendant dix minutes, vous créeriez une anomalie spatiale sans précédent de sarcasme, de mépris et de violence passive-agressive.


— Passive au début de la conversation seulement, rectifie immédiatement Megumi en observant attentivement les ombres de Ye-ji, qui recommencent déjà à frémir et à s'étirer nerveusement sur le tatami au sol.


Ye-ji s’accorde un sourire féroce en observant sa propre pénombre onduler à ses pieds, prête à en découdre.


— Dans ce cas, conclut la Coréenne d'un ton de défi, on va s'assurer que notre infiltration lui donne une excellente raison de se taire.



À suivre...

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