Kenshi Nomade.
Chapitre 4 : La graine du chaos et le réseau d'esclaves.
1571 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 22/02/2026 09:14
Chapitre 4 : La graine du chaos et le réseau d'esclaves.
Cette nuit-là, Nomade était seul.
Surin avait été assigné à une autre cabane, de l’autre côté de la cour. Une séparation banale, décidée au hasard. Ici, on ne maintenait pas les liens. On les brisait avant qu’ils ne deviennent dangereux.
La cage était froide. La pierre suintait l’humidité accumulée du jour. Nomade était étendu sur le dos, les bras le long du corps, les yeux ouverts. Le ciel, découpé par les barreaux et les créneaux, lui offrait un carré d’étoiles pâles, trop lointaines pour promettre quoi que ce soit.
Il ne dormait pas.
Son esprit tournait, lentement, méthodiquement.
Fuir seul était possible.
Fuir à deux, déjà plus risqué.
Fuir à plusieurs… c’était une condamnation collective.
Mais Rebirth ne se quittait pas en rampant.
Rebirth devait être brisé.
Il repensait à la statue d’Okran. Immense. Blanche. Visible de presque toute la cour. Là où les gardes aimaient rassembler les esclaves pour prêcher, punir, humilier. Là où la Nation Sacrée aimait rappeler qui commandait… et pourquoi.
Un lieu de contrôle.
Donc un lieu de chaos potentiel.
Nomade inspira lentement.
Pour que cela fonctionne, il fallait attirer tous les gardes au même endroit. Les concentrer. Les rendre prévisibles. Et pour cela, il fallait provoquer ce qu’ils craignaient le plus après le blasphème :
Le vol.
Pas un chiffon.
Pas une ration oubliée.
Quelque chose d’important. De visible.
La punition serait immédiate. Exemplaire.
Ils rassembleraient tout le monde.
Et alors…
Nomade ferma les yeux.
Pas par fatigue.
Par nécessité.
S’ils faisaient cela, beaucoup mourraient.
Des esclaves qu’il connaissait. D’autres dont il ne saurait jamais le nom.
Il n’y avait pas de plan propre à Rebirth.
Seulement des plans moins pires.
À l’aube, le monde reprit son souffle brutal.
Les portes s’ouvrirent. Les ordres tombèrent. Les chaînes claquèrent. Nomade se leva avant le coup. Toujours avant le coup.
Dans la cour, il chercha Surin du regard.
Ils furent affectés ensemble.
Pas un hasard.
Une ironie.
Ils portaient leur charge côte à côte quand Nomade parla, sans tourner la tête, sans ralentir.
Nomade : Cette nuit, j’ai trouvé une sortie… « murmura-t-il. »
Surin ne réagit pas immédiatement.
Surin : Parle.
Nomade : On ne s’évade pas discrètement… On déclenche quelque chose de trop gros pour être ignoré.
Ils marchaient. Trois pas. Dépôt. Recul.
Nomade : Un vol. Important. Nourriture, symbole, relique… peu importe. Quelque chose qui force les gardes à rassembler tout le monde.
Surin ralentit d’un demi-pas. Se reprit aussitôt.
Surin : Ils nous amèneront à la statue. Pour punir.
Nomade : Oui. Et à ce moment-là, les esclaves attaquent. Tous. En même temps.
Le Rucheur resta silencieux longtemps.
Surin : Il y aura des pertes « Dit-il finalement. »
Nomade : Beaucoup… Certains n’auront même pas leurs chaînes ouvertes.
Surin : « Tourna légèrement la tête vers lui. » Alors pourquoi ce plan ?
Nomade : « Fixa la pierre qu’il portait. » Parce que c’est le seul où Rebirth perd le contrôle. Même une minute.
Surin : « Hocha lentement la tête. » Je suis partant. Mais.
Nomade attendait ce mot.
Surin : Les chaînes, « Reprit Surin. » Aux chevilles. Aux poignets. Sans ça, on mourra debout mais enchaînés.
Nomade : C’est pour ça qu’on doit apprendre à crocheter. Vite. Très vite. Et ça prendra du temps.
Surin : Et seuls, on n’y arrivera pas…
Nomade : Non. Il nous faut un réseau. Des esclaves de confiance. Peu. Discrets. Ceux qui savent se taire.
Ils déposèrent leurs charges.
Le reste de la matinée se passa sans un mot de plus. Mais quelque chose avait changé. Chaque geste devenait un test. Chaque regard, une évaluation. Qui observait trop ? Qui baissait la tête au bon moment ? Qui comptait les rondes sans même s’en rendre compte ?
Quand le travail prit fin et que les esclaves furent repoussés vers leurs cages, Surin s’approcha de Nomade. Plus près que d’habitude. À la limite du risque.
Surin : Nomade ?
Il se pencha légèrement.
Surin : Si nous sortons d’ici… Je ne te servirai pas comme un subordonné.
Nomade : « Tourna lentement la tête vers Surin. » Alors comme quoi ?
Surin : Comme un protecteur « Répondit Surin. » Et comme un ami.
Le jeune homme ne répondit pas tout de suite. Puis il hocha la tête.
Nomade : Alors vis assez longtemps pour tenir ce serment.
Deux mois passèrent.
Deux mois arrachés à Rebirth, jour après jour, sous le soleil et les sermons.
Nomade et Surin étaient toujours en vie.
Rien que cela relevait presque du miracle.
Leurs corps avaient changé. Plus secs. Plus durs. Les coups n’avaient pas cessé, mais ils faisaient moins mal. La faim était devenue une compagne constante, plus supportable que l’espoir mal placé.
Le réseau ne s’était pas bâti en une nuit.
Il s’était tissé lentement, comme une toile fragile tendue entre les cages.
Ils ne recrutaient pas les plus forts.
Ni les plus bruyants.
Encore moins les plus désespérés.
Ils cherchaient ceux qui voulaient sortir vivants.
Ceux qui comprenaient que la rage seule menait au bûcher.
Ils étaient neuf. Puis douze. Puis seize.
Un humain édenté qui comptait les rondes sans même y penser.
Une Shek brisée, mais silencieuse comme une tombe.
Un ancien marchand, trop prudent pour parler sans raison.
Le nom vint une nuit sans lune.
Esclave 1 : On ne peut pas continuer sans identité.
Esclave 2 : Si on tombe, il faut qu’il reste quelque chose.
Surin tourna lentement la tête vers Nomade.
Surin : Freedom !
Le mot passa de bouche en bouche. Bas. Précautionneux.
Freedom n’était pas une rébellion. C’était une promesse minimale : Ne pas mourir ici.
Le plus dur ne fut pas le recrutement. Ce fut le crochetage.
Les premières tentatives furent humiliantes.
Nomade avait récupéré un morceau de métal tordu, dissimulé sous la pierre de sa cage. Surin avait façonné un équivalent encore plus grossier, à partir d’un clou arraché à une structure effondrée.
Ils travaillaient la nuit.
Crocheter.
Échouer.
Crocheter.
Blesser un doigt.
Pendant des semaines, rien ne céda.
Les serrures étaient vieilles mais capricieuses. Conçues pour être ouvertes par des clés grossières, pas par des mains tremblantes. Chaque clic manqué faisait monter la sueur froide, chaque bruit trop sec attirait l’angoisse.
Surin : Trop de pression… « Souffla Surin. » Tu forces comme si tu voulais la casser.
Nomade : Parce que je veux la casser…
Surin : Alors elle te résistera.
Ils recommencèrent. Encore et encore.
Les poignets saignaient parfois. Les chevilles aussi. Mais ils refermaient toujours. Toujours. Aucune trace. Aucun doute possible pour les gardes.
Un mois passa avant le premier déclic.
Un son presque inaudible.
Nomade : « Se figea. » Tu as entendu ?
Surin s’approcha, retenant sa respiration.
Surin : Oui !
La chaîne s’ouvrit. Ils ne célébrèrent pas. Ils la refermèrent. Et recommencèrent.
À la fin du deuxième mois, ils pouvaient libérer une cheville en quelques secondes. Les poignets suivaient. Pas parfaitement. Pas sans risque. Mais assez vite pour que cela compte.
Freedom fut entraîné à son tour. Pas tous. Seulement ceux qui avaient les nerfs. Ceux qui acceptaient l’échec sans paniquer. Ceux qui savaient refermer comme s’ils n’avaient jamais touché à la serrure.
Un soir, rassemblés près de la statue d’Okran, à genoux comme l’exigeait la prière, Nomade murmura :
Nomade : On est prêts.
Surin regarda les gardes. Leur arrogance. Leur routine parfaite.
Surin : Alors les vols peuvent commencer.
Nomade : « Hocha lentement la tête. » Pas tous à la fois. Un d’abord. Petit. Pour tester. Puis un autre. Puis quelque chose qu’ils ne pourront pas ignorer.
Freedom était en place. Les chaînes pouvaient tomber.
Et bientôt…
Quelque chose disparaîtrait.
Fin du chapitre 4 : La graine du chaos et le réseau d’esclaves.