Avant que tu ne changes: Akashi X reader

Chapitre 10 : La fissure

1038 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 04/11/2025 11:52

PDV Akashi


Je continue à marcher dans le couloir, sans me retourner. Pas besoin. Je sais déjà ce que je verrais.

Elle, figée. Lui, confus.

Et moi, trop lucide.


Chaque pas résonne comme un rappel. J'ai agi sans réfléchir, ce qui ne m'arrive jamais. Mes mots ont dépassé ce que j'étais censé dire.

Ne me fais pas regretter de t'avoir laissée revenir.

Pourquoi ?


Je monte les escaliers, lentement cette fois. Je croise deux élèves, ils s'inclinent rapidement avant de poursuivre leur chemin. L'un d'eux glisse un mot à l'autre, un commentaire à voix basse. Je n'écoute pas.


J'ouvre une porte dérobée qui mène à l'un des balcons surplombant la cour. Peu de gens connaissent cet accès. J'y vais quand j'ai besoin d'espace, pas de bruit.


Le vent est frais. Je m'avance jusqu'à la rambarde. De là, je vois les bâtiments, les arbres, les élèves qui retournent en cours.

Parmi eux, elle.

Elle est revenue dans ma vie, et rien n'est comme avant.


Je sors mon téléphone, sans raison réelle. Aucun message. Évidemment..

Je le verrouille aussitôt.

Je passe une main dans mes cheveux, cherchant à remettre de l'ordre. Autour. En moi. Partout.

Mais une chose est claire.


Je ne supporte pas de la voir avec lui.

Même si je n'ai aucun droit. Même si je l'ai enterrée dans mes souvenirs comme on range une boîte qu'on n'ouvre plus.


Elle me bouleverse encore.


Je l'ai vue sourire à un autre.

Elle riait, comme elle riait avec moi, avant.

Avant qu'elle parte.


J'ai vu sa lumière briller pour un autre. Et j'ai haï ça.

Je ferme les yeux. L'image revient, encore et encore. Son visage, illuminé par ce rire. Le regard qu'elle a lancé à ce Daisuke. Ce regard-là... je le croyais à moi. Même si je n'ai jamais eu le courage de le demander.


Je me redresse. Mon uniforme est impeccable. Mon expression, parfaitement calme. Personne ne devinerait.

Et pourtant, il y a une faille.


Une infime fissure qui s'élargit.

Je le sens.


Je quitte le balcon. Il est temps de redevenir Akashi Seijuro. Le capitaine. Le président.

Pas le garçon qu'elle a laissé derrière elle.


Je descends d'un étage et entre dans la salle du comité disciplinaire. Quelques membres sont déjà là. Ils me saluent, certains avec nervosité, d'autres avec l'assurance d'avoir appris à me connaître. Je ne réponds que d'un signe de tête bref.


Je m'assois à ma place, les mains croisées sur la table. L'un d'eux commence à lire un rapport d'incident. Je l'écoute à moitié. Mon regard reste fixé sur la vitre, dehors, sur les arbres qui dansent au vent.


— Akashi?

La voix me tire de mes pensées.

Je tourne lentement la tête vers le garçon qui m'a interpellé. Il semble mal à l'aise. Il sait qu'il vient de m'interrompre sans réfléchir.


— Répète, dis-je simplement.

Il s'exécute, plus lentement cette fois. J'acquiesce, comme si j'avais tout suivi. Mais mes pensées sont ailleurs.

Elles sont toujours avec elle.


Je sens encore son parfum. La légère hésitation dans sa voix quand elle m'a répondu. Ce soupçon de colère dans ses yeux.

Et pourtant, elle m'a suivi. Elle m'écoute encore. Elle me voit encore.


Quand la réunion s'achève, je me lève en silence. Un membre du comité m'interpelle encore — une question idiote, une procédure sans importance — je réponds avec froideur et quitte la pièce.


Je descends au gymnase. J'attrape un ballon de basket, le fais rebondir une fois, deux fois.


Je vise. Je tire. Parfait.

Encore. Encore.

Je frappe, je dribble, je fais taire mes pensées dans le mouvement.

Mais rien n'y fait.


Quand je m'arrête enfin, les mains posées sur mes genoux, le souffle court, son prénom s'impose malgré moi dans un murmure :

— T/p...


Je récupère le ballon, recommence. Encore. Encore. Le bruit couvre mes pensées. Presque.


— T'as toujours été aussi bon au basket ?


Je me fige brièvement.


Je sais reconnaître une voix, même derrière un ton faussement léger.


Je me retourne.

Daisuke.


Il se tient à l'entrée du gymnase, les mains dans les poches, l'air plus tendu qu'il ne veut le montrer.


— Tu veux jouer ? je demande, le regard fixe.


— Non. J'suis pas venu pour ça.


Je fais rebondir le ballon une fois, puis le garde sous ma main. Il me regarde approcher, sans bouger.


— Alors pourquoi tu es là ?


— Je voulais juste comprendre, dit-il. Pourquoi t'as tiré t/p à l'écart tout à l'heure ? Pourquoi t'agis comme si elle t'appartenait ?


Je m'arrête à deux pas de lui. Mon regard se plante dans le sien.


— Ce n'est pas ce que j'ai fait.


— Ah non ? Parce que vu de l'extérieur, on dirait exactement ça.


Un silence tendu s'installe. Le ballon roule doucement jusqu'à mon pied.


— Ce que tu vois de l'extérieur ne t'autorise pas à tirer des conclusions, dis-je froidement.


— Et toi, t'as l'air d'avoir déjà décidé de ce qu'elle ressent.

Je le fixe. Une part de moi admire presque son audace.


— Je la connais, Daisuke.


Il fronce légèrement les sourcils. C'est subtil. Mais je le vois.


— Peut-être, dit-il, mais c'était y a longtemps. Les gens changent.


Je me penche un peu vers lui. Pas pour intimider. Juste pour qu'il entende bien.


— Justement. Je veux savoir ce qui a changé. Et ce qui est resté.

Il recule d'un pas.


— Fais ce que tu veux. Mais si tu veux juste rejouer au passé sans penser à ce que ça lui fait, alors t'es pas aussi intelligent que tout le monde le croit.


Il tourne les talons, prêt à partir.


— Tu tiens beaucoup à elle, je murmure.


Il s'arrête. Ne se retourne pas.


— Ouais. Et elle mérite mieux que d'être coincée entre ton ego et ton silence.


Il sort du gymnase sans un bruit.


Je reste là, immobile. Le ballon à mes pieds.

La tension retombe doucement, mais quelque chose en moi se resserre.


Il n'a pas tort.


Mais il n'a pas raison non plus.


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