SNK : La Guerre des Fantômes
Pas un cri. Pas une panique. Juste l’information.
Sur la ligne voisine, quelqu’un ouvrit le feu. Puis deux autres. Les balles frappèrent la chair de l’Affamé, éclatèrent de petits pans de viande sombre, firent jaillir des éclaboussures noires et rouges.
Les Valdériens ne regardaient plus les uniformes.
Quand ces choses sortaient, tout le monde tirait d’abord sur elles.
Il ralentit.
Une demi-seconde.
Puis il repartit.
Le soldat karsien blessé, celui qui gisait entre les lignes, n’avait pas cessé de supplier.
L’Affamé fut sur lui presque sans accélérer, dans ce mouvement boiteux, horrible, comme s’il n’obéissait à rien d’autre qu’à une faim ancienne et malade.
Le garçon au sol leva un bras.
Kairo entendit sa voix se casser.
Puis l’Affamé se pencha.
Il n’y eut pas de grande lutte.
Pas de scène héroïque.
Pas de dernier geste glorieux.
Juste un bruit humide.
La tête disparut dans la mâchoire.
Un craquement sec traversa l’air.
Le corps continua de trembler une seconde après.
Pendant une seconde, plus rien n’eut de nom.
Quelqu’un vomit plus loin dans la tranchée.
Kairo resta figé.
Plus de stratégie.
Plus de nation.
Plus de front.
Juste ça.
Une bouche.
Un crâne écrasé.
Un corps qui tremblait encore.
Lior lui attrapa l’épaule.
— Kairo !
Il cligna des yeux.
L’Affamé relevait déjà la tête. Du sang, des lambeaux, une partie du visage du soldat lui pendaient encore à la bouche.
Il se remit à avancer vers leur ligne.
— Le tir à la nuque ! hurla quelqu’un à gauche.
Derrière eux, la pièce anti-nuque avait répondu trop tard.
Un canon court sur affût, fixé derrière la ligne pour casser les cervicales des Affamés quand ils approchaient trop près.
Le coup était parti de travers.
Mauvais angle.
L’impact arracha une partie de l’épaule de la créature, pas la bonne zone.
— Recharge !
— Ça bloque !
— Remettez-moi ce canon !
La voix venait de l’arrière, noyée dans la confusion.
Soren comprit avant les autres.
Kairo le vit sans vraiment le voir. Juste ce mouvement net. Cette décision prise d’un seul bloc.
Soren grimpa sur le parapet éventré avant que Lior puisse le retenir.
— Soren !
Il n’écouta pas.
Il courut penché dans la boue, glissa presque, rattrapa sa course d’un geste brutal et se jeta jusqu’à la pièce secondaire, à moitié renversée sur son pivot derrière la ligne avancée. Un servant mort était couché dessus, la poitrine ouverte.
L’Affamé se rapprochait.
Chaque pas faisait tressaillir sa masse tordue.
Kairo sentit sa gorge se serrer.
Pas seulement par peur de la créature.
Par peur pour Soren.
Ilia se leva à son tour, plus basse, plus sèche.
— Couverture.
Ils ouvrirent le feu ensemble.
Lior vida une rafale courte pour ralentir l’Affamé. Ilia visa les appuis, les articulations, tout ce qui pouvait casser son rythme. Kairo tira aussi, trop vite d’abord, puis corrigea.
Soren arracha le corps du servant, attrapa les poignées de visée, remit la pièce en ligne d’un coup d’épaule.
Un éclat métallique sauta.
Il jura.
Remit la main dans la culasse.
Força encore.
L’Affamé n’était plus qu’à quelques secondes.
Kairo vit sa bouche.
Il vit ce qui restait coincé entre ses dents.
Il tira encore.
— Soren ! cria Lior.
Le mécanisme repartit enfin dans un râle métallique.
Soren releva la tête une seule fois, prit l’angle, corrigea presque à l’instinct et ralluma le tir à la nuque.
Le coup partit.
Cette fois, l’impact prit la créature au bon endroit.
Le haut du cou éclata dans une gerbe sombre.
Le corps fit encore deux pas absurdes, comme s’il refusait lui-même d’avoir été tué.
Puis il s’effondra en avant dans la boue.
Mais dans la tranchée, plus personne ne respirait comme avant.