Ceux qui survivent

Chapitre 42 : La reconquête du mur Maria (part.1)

3626 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 12/08/2026 16:18

-Tiens, t’as changé de style.

Rosa lança à Jean un regard indéchiffrable. 

-Quoi, ça te plaît pas ? répliqua-t-elle avec un léger rictus, passant machinalement ses doigts dans ses mèches plus courtes.

-J’ai pas dit ça. Mais ça m’étonne. Qu’est-ce qui s’est passé entre hier soir et ce matin pour que t’aies craqué comme ça ?

-Qui dit que j’ai craqué ?

-Je te connais, Rosa. C’est pas ton genre de te préoccuper plus que ça de ta coiffure et t’aurais pas subitement eu une envie de changer de tête sans un bon élément déclencheur.

Un léger rire agita les épaules de la jeune fille : 

-T’es parfois trop intelligent pour ton propre bien, Jean. Te prends pas la tête. J’en ai juste eu besoin… pour me rappeler une promesse faite à moi-même.

Jean ne répondit rien dans un premier temps, se contentant d’un regard posé sur son amie. Il cherchait à savoir s’il y avait dans son acte plus que ce qu’elle disait. Mais il n’insista pas. Si elle ne voulait pas en dire plus, elle n’en dirait pas plus. Et il n’y avait pas de raison de s’inquiéter pour une coupe de cheveux. Alors il se contenta de hocher la tête.


La journée fut rythmée par les derniers préparatifs. Suivant la stratégie d’Armin, le Bataillon avait prévu de partir au coucher du soleil, espérant ainsi se déplacer lorsque les titans seraient inactifs. 

Chaque soldat fut chargé de vérifier une dernière fois la moindre pièce de son équipement et de préparer son cheval. Misant tout sur la capacité de transformation et de durcissement d’Eren, le Bataillon s’épargnait un voyage alourdi de chariots chargés de matériel en tout genre voué à reboucher les deux portes du district. Le jeune homme avait été forcé par Mikasa à rester tranquille, laissant ses amis s’occuper pour lui des préparatifs le concernant. La jeune fille avait été catégorique sur le fait qu’il devait économiser son énergie et ne pas forcer. Après tout, il était leur pièce maîtresse. S’il n’était pas opérationnel au moment voulu, tout tombait à l’eau.


Lorsque le soleil entama sa descente, les monte-charges se mirent en branle le long du mur Rose. Organisés et disciplinés, les soldats les empruntèrent pour grimper à son sommet. Rosa observa la ville de Trost s’étendre à ses pieds. La dernière fois qu’elle avait eu cette vision, Livaï négociait et argumentait avec Dimo Reeves dans l’espoir de rallier le marchand à leur cause. Avec un pincement au cœur, elle songea que cet accord avait malheureusement conduit l’homme à une mort précoce et violente -égorgé par Kenny Ackerman. Mais il n’avait pas disparu sans rien. Il avait laissé derrière lui un fils déterminé qui, malgré sa peur première, avait finalement pris la décision de suivre les pas de son père et soutenir le Bataillon alors même que tout semblait perdu. Ce fils était d’ailleurs là. Rosa remarqua Flegel Reeves, entouré d’autres civils, qui faisaient de grands gestes dans leur direction.

-Hansi ! cria-t-il. Bon courage ! Reprenez le mur Maria ! On compte sur vous !

-Ouais, on compte sur vous ! 

-Vive le Bataillon ! Reprenez nos territoires !

Un flot de hourras et de vivas s’éleva alors, tandis que plusieurs dizaines de personnes se joignaient aux encouragements de Flegel.

-Bah ça alors, murmura Rosa en regardant les silhouettes s’étendant au pied du mur.

Un mince sourire se dessina sur ses lèvres. C’était étrange, d’entendre des encouragements alors qu’un mois plus tôt, le Bataillon était désigné comme l’ennemi numéro un, celui à abattre.

-Comptez sur nous ! On vous décevra pas ! s’écrièrent d’une même voix Conny, Jean et Sasha.

Rosa ne put s’empêcher de rire en regardant l’enthousiasme de ses amis. Elle lança un regard à sa gauche, en direction du major et des autres hauts-gradés. Eux aussi semblaient surpris du au-revoir qui leur était fait. Surpris, mais galvanisés. Car, dans un élan de voix, Erwin répondit aux vivas de la foule par un cri de ralliement et d’encouragement, cri bas et guttural, qui prenait aux tréfonds du ventre pour faire taire la peur et l’angoisse de la bataille à venir.


***

Tenant les rênes de son cheval, Rosa avançait, la capuche rabattue sur sa tête. La nuit était tombée depuis plusieurs heures. Elle avait toujours eu l’impression que l’ambiance nocturne amplifiait chaque bruit, chaque souffle. C’était comme errer dans une maison endormie. Le moindre pas prenait une dimension qu’il n’avait pas en plein jour. 

Avançant au milieu des arbres, elle avait l’impression d’entendre chaque craquement de branche, chaque bruissement de feuille, chaque sabot cognant une pierre.

Ils approchaient de Shiganshina. Elle ne connaissait pas vraiment le coin, ne pouvait pas dire être en train de s’approcher d’un territoire familier. Mais elle pensait à Eren, Mikasa et Armin qui avaient grandi par ici. Qui avaient dû fuir le lieu cinq ans plus tôt. Et qui, enfin, revenaient. Elle se demanda ce qui pouvait les traverser. Étaient-ils impatients ? Inquiets ? Anxieux ? Cinq ans plus tard, Shiganshina ne ressemblait sans doute plus au district qu’il était. C’était devenu une ville fantôme, emplie de souvenirs et de morts. Elle pouvait sans peine se figurer les ruines, témoins de la désolation et de la désertion. 

Elle entendait le souffle de ses camarades et pouvait presque imaginer les battements de cœur tambourinant dans la poitrine. Plus ils approchaient, plus le danger devenait réel. Prégnant.

La stratégie d’Armin avait porté ses fruits : en se déplaçant de nuit, ils n’avaient croisé aucun titan actif. Cela leur avait permis de gagner à la fois du temps mais aussi de l’énergie. Aucune perte à déplorer. Pour autant, tous savaient que ce n’était que le début. Le plus dur était probablement à venir.

Erwin les avait tous avertis qu’il y avait de fortes chances pour que l’ennemi les attende à Shiganshina. Pour qu’il tente à nouveau d’enlever Eren et de l’emmener -où que soit cet ailleurs, probablement au-delà des murs. Ils devaient être à la fois sur leurs gardes et sans pitié si l’ennemi venait à se montrer. 

Certains tremblaient. Le souffle court. La tension montant à chaque pas.

Certains déglutissaient difficilement. Se figurant la mort possible qui pouvait les attendre sans pour autant parvenir à s’y préparer réellement.

Rosa, elle, faisait tout pour conserver son calme. Elle était concentrée sur ce qu’elle faisait : avancer, un pas après l’autre. Tenir fermement les rênes de son cheval. Observer autour d’elle dans la pénombre, des fois qu’un spécimen actif la nuit se présente. Elle faisait tout pour éloigner la pensée de ce qui pouvait l’attendre. Elle l’enterrait tant qu’elle n’en avait pas besoin. 

-Comment tu fais pour rester aussi calme ? murmura la voix de Sasha.

Rosa nota que son amie l’avait rattrapée et calait son pas sur le sien, son épaule effleurant la sienne. 

-Je fais… semblant. Parce qu’en vrai, je suis pas calme du tout. Mais si je me laisse aller, j’ai juste envie de courir en criant un bon coup. Le caporal dit que je dois canaliser mon hyperactivité alors c’est ce que je fais.

-Il a vraiment dit ça ? pouffa Sasha en masquant un sourire derrière sa main.

-Te moque pas, grogna la jeune fille. Je progresse, je trouve.

-Tu fais très bien semblant, en tout cas.

Rosa ne répondit rien. Elle entendait son propre cœur tambouriner dans sa poitrine. Depuis la veille, elle s’était repassé au moins une dizaine de fois dans l’esprit les instructions du major. Chaque geste, chaque déplacement devait être mesuré. Efficace. Deux brèches à combler : la porte extérieure et intérieure. Pour isoler Shiganshina. Se débarrasser des titans à l’intérieur du district. Trouver la cave d’Eren. Enfin ça, c’était bien évidemment le scénario idéal. Celui où aucun ennemi autre que les classiques titans ne les attendait. Erwin comme chaque soldat du Bataillon était persuadé que ce ne serait pas le cas. 

-Au fait, reprit doucement Sasha, j’suis désolée… tu sais, pour la morsure.

-Ah, ça. T’es complètement barge mais je ne t’en veux pas.

-Je suis pas si barge que ça !

-Un peu, quand même. Et tu mords sacrément fort.

-Pas ma faute, je craque complètement quand il y a de la viande.

-C’était pas une raison pour nous prendre nous aussi pour de la viande ! T’as aussi bouffé la main de Jean.

Levant solennellement une main, comme si elle prêtait serment, la jeune fille annonça : 

-T’as raison. Promis, je le referai plus. Même si vous êtes appétissants. 

Rosa étouffa un rire : 

-Appétissants ? C’est comme ça que tu nous décris ?

-Aussi appétissants que la dernière tranche de rôti dans un bon plat en sauce.

-J’imagine que c’est un compliment…

-Absolument ! 

-Eh, concentrez-vous un peu, lança soudainement la voix de Jean dans leur dos. On approche de Shiganshina et l’aube va pas tarder à pointer. On doit se tenir prêts à tout.

-Sache que t’es aussi appétissant qu’une dernière tranche de rôti, se contenta de lui répondre Rosa en tournant la tête vers lui.

-QUOI ?!

Jean afficha un air désarçonné face à la remarque inattendue de son amie. Sans savoir pourquoi, le rouge lui monta aux joues tandis qu'il grommelait :

-Vous êtes impossibles vous deux…

-Ou peut-être qu'il est aussi appétissant que la dernière tranche de saucisson, réfléchit Sasha d'un air extrêmement sérieux.

-C’est mieux ou moins bien ? interrogea Rosa.

-Oh, ça se vaut ! 

-Arrêtez de déblatérer n'importe quoi, grogna Jean. Et arrêtez de dire que je suis appétissant, vous faites peur.


***

Shiganshina était en ruines. La nature avait commencé à reprendre ses droits et certains bâtiments écroulés se voyaient recouverts d’une mousse verte et de lierre. Rosa songea que tout était bien trop calme. Elle s’était attendue à voir plusieurs titans déambuler dans les rues détruites. Mais il n’y avait pas l’ombre d’un spécimen humanoïde. Aucune trace non plus de Reiner ou Bertolt. Tout était trop suspect. Mais elle ne s’arrêta pas dessus. Elle savait qu’Erwin se doutait, lui aussi, qu’il y avait anguille sous roche. C’était son rôle de coordonner les troupes et garder une vue d’ensemble. Sa mission à elle, c’était de suivre le reste de l’escouade Livaï et d’escorter Eren jusqu’à la porte extérieure qu’il devait sceller en premier. Tous les soldats gardaient précautionneusement leur capuche rabattue sur leur tête afin de masquer leur visage. Ainsi, Eren ne serait repérable qu’à la dernière seconde, lorsqu’il se transformerait pour boucher la brèche. En attendant, il n’y avait aucun moyen de savoir qui il était parmi ses camarades. Mais afin que la stratégie ait le plus de chances de réussir, ils devaient aller vite. Être efficace.

Emboîtant le pas de Jean, Rosa courut le long du mur Maria. Elle jeta cependant un regard par-dessus son épaule et nota qu’Armin ne les avait pas suivis. Il semblait en pleine discussion avec Erwin. Elle fronça les sourcils. Son ami n’agissait jamais sans raison. Et connaissant son esprit vif et son côté observateur, elle pariait qu’il avait découvert quelque chose -un indice peut-être- qui valait le coup d’être étudié. Armin avait davantage sa place aux côtés d’Erwin, à réfléchir et superviser tandis qu’elle avait sa place sur le terrain, lames en main, à défendre Eren et ses compagnons. 


Rosa retint sa respiration lorsqu’ils arrivèrent en vue de la porte extérieure. Elle savait que cet instant était crucial et qu’ils devaient redoubler d’attention. Eren s’élança, concentré sur sa tâche. Cette fois-ci, rien ne loupa : un éclair jaune déchira l’air et son titan se réceptionna devant la brèche. Fort de ses entraînements passés, il utilisa son nouveau pouvoir de durcissement pour sceller la porte brisée. 

Tandis qu’il agissait, Rosa et ses camarades restèrent sur leurs gardes, guettant les alentours, prêts à protéger Eren en cas d’une attaque ennemie.

Sans perdre de temps, Mikasa sauta du mur pour récupérer son ami. Le déroulé de l’opération avait été minutieusement préparée par Erwin et chacun se l’était répétée à de nombreuses reprises, comme une sorte de mantra visant à accroître leur efficacité le moment venu.

-Est-ce que ça va ? demanda Rosa à Eren.

-Ton équipement n’est pas abîmé ? ajouta Mikasa.

-Non, tout va bien. Par contre, j’ai perdu ma cape dans l’opération.

Sans hésiter, Mikasa posa son vêtement sur ses épaules et il rabattit la capuche. Rosa jeta un coup d'œil vers ses amis ainsi que vers Hansi qui, avec son escouade, supervisait également l’opération. Sa supérieure eut un hochement de tête les invitant à passer à l’étape suivante.

Les soldats s’élancèrent alors en direction de la porte intérieure. 


Tout à coup, un fumigène rouge fut tiré. Tous s’immobilisèrent.

-Qu’est-ce que c’est ? murmura Jean, les dents serrées. On interrompt l’opération ?

-Mais qu’est-ce qu’il se passe ? renchérit Rosa, les poings crispés.

-Peu importe, clama Hansi d’un ton qui ne souffrait aucune protestation. On suspend l’opération et on rejoint Erwin. Quoi qu’il se passe, il a une bonne raison de nous rapatrier.

Personne ne contredit leur supérieur. Depuis qu’ils avaient intégré le Bataillon, tous avaient appris à faire confiance à la chaîne de commandement. Même si Rosa avait pu se poser de nombreuses questions concernant Erwin -notamment parce qu’il était d’une nature méfiante et ne livrait donc pas facilement d’explications ni d’informations- elle avait appris qu’il était digne de confiance. Elle s’était fiée à son jugement jusque-là, même lorsqu’elle ne comprenait pas et que ça l’énervait. Et il ne l’avait jamais déçue. Ajoutant à cela que Livaï semblait lui aussi croire en Erwin presque les yeux fermés et qu’elle respectait son supérieur et son discernement, elle n’avait aucune raison de remettre en question la décision du major.

D’un même mouvement, les membres des escouades d’Hansi et Livaï se hâtèrent de rejoindre Erwin.

-Est-ce qu’Erwin a enfin débusqué l’ennemi ? marmonna Livaï, les dents serrés, l’air plus que décidé.

Rosa lui lança un regard muet. Elle pouvait sentir son coeur tambouriner dans sa poitrine.

Est-ce qu’ils y étaient ?

A ce moment fatidique.

Celui qu’elle redoutait.

Celui pour lequel elle s’était fait une promesse face au miroir.

Quoi qu’il arrive.

Quoi qu’il se passe.

Livaï avait dit qu’il savait qu’elle ne les laisserait pas tomber. Et elle ne le ferait pas. Même si ça la déchirait en deux. Elle devait organiser ses priorités et puisqu’elle ne pouvait pas tout choisir, puisqu’elle devait sacrifier certaines choses pour en sauver d’autres, elle devait se rattacher à cette idée : son rêve valait tout le reste. Découvrir ce qu’il y avait dans cette foutue cave et aider l’humanité à sortir de son ignorance pour mieux se relever valait de piétiner ses sentiments et enterrer la partie d’elle qui espérait encore.


-Mais qu’est-ce qu’ils font ? interrogea Jean en remarquant plusieurs soldats sondant le mur autour de la porte intérieure.

-Franchement, j’suis pas sûr que ce soit une bonne idée de s’arrêter, renchérit Conny, guettant autour d’eux, cherchant le moindre mouvement suspect.

-Le major n’aurait pas interrompu l’opération sans une très bonne raison, répondit calmement Rosa. Et Armin était avec lui. Je parie qu’il a eu une brillante idée. Erwin est un homme sensé. Il sait qu’on peut se fier au flair d’Armin.

-Mais qu’est-ce qu’ils cherchent sur le mur ? C’est absurde, marmonna Sasha.

Les doigts de Rosa se serrèrent davantage sur ses lames.

Son cœur battait à tout rompre. 


Tout à coup, un soldat poussa une exclamation et tira un fumigène pour attirer l’attention de tous. D’un même mouvement, Jean, Sasha, Conny et Rosa s’approchèrent du bord du mur, intrigués.

Tout se passa très vite.

Si vite que le cerveau de Rosa eut quelques temps de retard pour tout imprimer.

La façade du mur qui cachait une partie creuse bougea et Reiner surgit, armé de lames d’un équipement tridimensionnel. Sans hésiter, il transperça le corps du soldat qui avait donné l’alerte. 

Il y eut une demi-seconde de flottement.

Peut-être que personne ne pensait vraiment qu’Armin avait raison. Que l’ennemi pouvait se trouver à l’intérieur du mur. En tout cas, tout le monde eut un air surpris et leur réaction ne fut pas rapide. Excepté pour Livaï qui se précipita. Honorant encore une fois sa réputation de soldat le plus fort de l’humanité, il fonça sans hésiter, lames sorties. Il était agile et rapide. Personne n’était son égal en termes de compétences de combat.

Sa première lame s’enfonça dans la poitrine de Reiner tandis que la deuxième transperçait sa gorge.

Rosa voulut pousser un cri qui se perdit, le cœur au bord des lèvres.

Tout était allé si vite

Si brusquement

Si subitement

Qu’elle n’avait pas eu le temps de réfléchir.

Instinctivement, elle fit un pas en avant, oubliant qu’elle était au bord du mur. Jean tira sur sa cape pour la ramener en arrière : 

-Eh fais gaffe ! 

Captivée par la scène qui se déroulait sous ses yeux, elle nota rapidement que les lames de Livaï n’avaient pas eu raison de Reiner. Il allait se transformer. C’était sûr.

-Caporal ! s’exclama-t-elle, comprenant le danger.

Elle se laissa tomber, arrimant ses grappins au haut du mur. Elle s’arrêta au niveau de Livaï qui, comprenant lui aussi le danger, n’avait pas suivi Reiner dans sa chute.

-Foutu pouvoir de titan, grogna-t-il. Je l’ai loupé de peu.

Rosa déglutit alors qu’un éclair jaune déchirait le ciel. Bientôt, le Titan Cuirassé se matérialisa au sol. Ce même titan qu’elle avait vu de si près la dernière fois, lorsqu’Ymir l’avait recrachée sur son épaule. Lorsqu’elle s’était demandé si Reiner la voyait, s’il l’écoutait, tandis qu’il courait dans les plaines, fuyant le Bataillon et les titans primaires. 

Sa capuche avait glissé lorsqu’elle s’était précipitée vers Livaï et elle sentit quelques mèches de ses cheveux glisser sur son front. Sans mot, elle fixa le titan en contrebas. Elle se rappela sa promesse devant le miroir. Elle se rappela Historia qui lui avait dit qu’elle était courageuse. Livaï qui avait confiance en le fait qu’elle ne les trahirait pas. Sa mère, qui ne s’inquiétait pas des décisions qu’elle prendrait. 

Elle déglutit encore une fois, le cœur en panique mais le corps immobile, tandis qu’elle regardait le titan qui abritait l’homme qu’elle aimait. Et qu’elle était pourtant prête à sacrifier.


-SURVEILLEZ LES ALENTOURS ! cria Erwin. DEBUSQUEZ NOS ENNEMIS ! 

Cependant, ils n’eurent pas le temps de se mettre en branle car de nombreux autres éclairs jaunes déchirèrent l’air.

Rosa releva la tête en direction du haut du mur. Les éclairs venaient de l’autre côté.

-Qu’est-ce qu’il se passe ? lâcha-t-elle, la voix anxieuse.

Sans attendre, elle rembobina son câble et se hissa à nouveau au sommet du mur. Avec effroi, elle constata qu’ils étaient désormais entourés de nombreux titans surgis de nulle part qui les encerclaient, les privant de tout espoir de fuite. Et au milieu d’eux, il y avait cette créature couverte de fourrure. Elle comprit rapidement qu’il s’agissait de celui qu’ils appelaient Titan Bestial. Celui que ses amis avaient vu à la Forteresse d’Utgard, lorsqu’ils y étaient coincés.

-Ça craint carrément, lâcha-t-elle dans un souffle, ses doigts crispés sur ses lames à en faire blanchir ses jointures.


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