La femme de ménage 2 : Quand la maison dort
Je traverse le hall de l’immeuble, pressée de rentrer chez moi. Les clés tintent dans ma main, un peu trop bruyantes pour mon goût. J’ai l’impression que tout le monde m’observe aujourd’hui, même si c’est absurde. Je sais que ce n'est pas le cas. Qui m'observerait ? Et pour quelle raison ?
C’est alors que je la vois. Maddie. Pas un mot, juste là, appuyée contre le mur. Avant même que je n'ai le temps de dire quoi que ce soit, elle disparait derrière les portes de l'ascenseur qui se referment sur elle, comme si elle n’avait jamais été là.
Je reste figée un instant, à me demander si j’ai rêvé.
Tout semble normal autour de moi.
Pourtant, quelque chose dans sa posture, dans la rapidité de son mouvement, m’a glacé. Comme si elle savait quelque chose que je ne sais pas.
Je secoue la tête et reprends mon chemin. J'ai pour habitude de prendre les escaliers, étant donné que j'habite au premier étage. Je me demande encore si j'ai rêvé. Non. J'ai rêvé. C'est sûr. Que ferait-elle là ?
Arrivée à l’ascenseur, je tapote légèrement sur la paroi métallique. Pas un bruit suspect. Juste le léger grincement des portes qui finit par s'ouvrir, au bout de deux longues minutes.
Le soir venu, je suis encore une fois au travail. Les tâches à l’appartement de la famille Fowler ne vont pas se faire toutes seules. Ça va me faire du bien, de pensée à autre chose. Mais au moment où je tourne la clé dans la serrure, je remarque que quelque chose cloche : le tapis du salon est retourné sur un bord. Comme si quelqu'un s'était pris les pieds dedans.
Mon cœur s’accélère. Peut-être une simple coïncidence. Peut-être pas.
Je décide de ranger rapidement quelques affaires, histoire de me donner un semblant de contrôle. Mais je ne peux m'empêcher de me sentir mal à l'aise. Cette villa qui me paraissait ordonnée et rassurante la première fois, semble chaque jour plus inquiétante. Un frisson me parcourt l’échine.
Je ferme doucement les yeux, respire un coup, et me dis que je me fais peut-être des films. Après tout, j’ai assez de choses à gérer pour ne pas commencer à imaginer des scénarios impossibles.
Et pourtant, je n’arrive pas à chasser cette sensation. L'inconfort. Et l'incompréhension. Je n'arrive pas à ne plus y penser. La dernière fois que j'ai aperçu Maddie.
Isobel se déplace dans la cuisine avec un pas hésitant. Son visage est fatigué, ses gestes moins précis que d’habitude. Elle renverse un peu de café sur le comptoir, laisse tomber une cuillère, puis la ramasse presque machinalement.
— Tout va bien ?
Elle me jette un regard rapide, presque absent, et hoche la tête.
— Oui, oui… juste un peu fatiguée, répond-elle d’une voix plus faible que d’habitude.
Je continue mes tâches, mais mes yeux ne peuvent s’empêcher de la suivre du coin de l’œil. Elle ouvre le frigo, regarde à l’intérieur, puis referme la porte comme si elle avait oublié ce qu’elle cherchait. Un frisson me parcourt.
À chaque fois que si je lui demande si ça va, elle me répond toujours que oui. En même temps, c'est ce que tout le monde fait. Mais je me demande si elle ne dirait pas autre chose à quelqu'un de plus proche que moi.
Journal de Millie
Comme Lucas Bennett me l'a demandé, j'écris ces notes.
Isobel a renversé son café. Elle a laissé tomber une cuillère. Ses gestes sont lents. Je me sens… mal à l’aise. Un peu nerveuse, les mains moites. Maddie était là ce matin. Puis elle est partie.