La nuit où les étoiles se sont rallumées

Chapitre 18 : FINN

Chapitre final

1804 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 18/02/2026 17:51


Attention!


Cet ultime chapitre est destiné à celles et ceux qui connaissent le fandom et qui ont lu les tomes 1 à 3 de La nuit où les étoiles se sont éteintes.

Pour les autres, rendez-vous au chapitre précédent. Il s'agit d'une variante de celui-ci MAIS destiné aux non-connaisseuses et non-connaisseurs.



- 7 ans plus tard –

- Finn -

 

Dans le restaurant, Jaeger garde son sourire mystérieux.

Puis il lâche :

— Tu me donnes ton numéro, Nate ?

— Non ! Tu triches ! C’est pas ce qui était écrit ! s’écrie aussitôt Kenna.

— L’écoute pas, réplique Jaeger.

Ça y est, c’est reparti. Ce pauvre Jaeger devait sans doute aborder un autre client, mais il s’est montré plus malin. Tant mieux pour lui.

L’embrouille est interrompue quand Kenna harponne le serveur, disant vouloir revenir sur son choix de menu, sûrement à cause de son foutu défi. Le pauvre doit détailler tous les ingrédients du joyau du potager cuit à l’âtre et sa farandole de légumes automnaux. Avant de citer dix vins rouges pouvant accompagner ce plat. Puis dix vins blancs. Puis dix rosés en donnant leur cépage et toutes leurs caractéristiques. Putain. Il va bientôt faire une crise cardiaque.

— Mais en fait, je crois que je vais juste prendre une carafe d’eau, conclut Kenna avec un grand sourire.

Son défi consistait sûrement à jouer la reloue de service, et elle s’en donne à cœur joie.

Je réussis à attendre la fin du dessert, mais soudain, je craque. Il me faut vraiment une clope, même si ça implique d’affronter la traversée du restaurant. Je me lève comme un condamné à mort, et à chaque pas, les murs aveugles semblent se refermer sur moi. Les gens mangent, discutent, sourient. Leur bonne humeur m’arrache les yeux. J’aimerais… J’aimerais qu’ils la ferment ! Qu’ils arrêtent de postillonner leur bonne humeur !

Le pire, c’est que je n’ai aucune raison d’être dans cet état.

Je devrais être content de passer une soirée avec mes amis aux côtés de Nate.

Mais je n’y arrive pas.

L’image de Poison et de la cave où il m’a torturé se superpose à celle du restaurant. Je revois son sourire de connard. Ses mots qui s’enfoncent en moi. Moi, plaqué par terre. Ma terreur. 

Mon cœur remonte dans ma gorge, mes pieds s’emballent. Le cri, à l’intérieur de moi, me bousille les entrailles. Mes mains tressaillent, alors je les fourre dans mes poches.

Enfin, enfin, la nuit m’enlace, l’air froid se blottit dans mes poumons.

Les étoiles. Où sont les étoiles ?

J’ai beau lever les yeux, le ciel semble trop nuageux.

Putain de merde.

Je ne suis qu’un trou noir que le destin peut s’amuser à assombrir.

Assombrir. Tuer à petit feu. Raviver... Avant de recommencer, encore et encore.

« J’aurais dû te retrouver. Finir ce que j’ai commencé. »

Les mots de Poison dans la prison d'État d'Avenal, la veille, me font claquer des dents. Mes mains s’enroulent autour de mes bras, mes pieds se balancent d’avant en arrière. Et les larmes, elles, luttent pour sortir.

A une époque, la rage aurait pris le dessus. Elle aurait explosé, incontrôlable, jusqu’à balayer tout le reste. J’ai mûri, mais malgré tout, je sens qu’elle reste tapie à attendre son heure.

Alors je compte jusqu’à dix dans ma tête, en inspirant et en expirant lentement. Puis je m’interroge moi-même, parce que comprendre, c’est commencer à guérir. Pourquoi j’avais besoin de voir Poison ?

Je… Je suppose que je voulais voir ce connard en tôle et m’assurer qu’il expie enfin pour tous ses crimes. Tourner une page restée trop longtemps ouverte. Un truc comme ça.

Dans le ciel, une faible clarté apparaît. Une étoile. Puis une deuxième. Chaque inspiration devient plus facile et enfin, le nœud dans mon estomac se relâche.

La page est tournée.

Poison ne me fera plus jamais de mal.

Je suis en sécurité.

Quand je reviens dans le resto, je laisse l’atmosphère joyeuse se mêler à ma tristesse et je me force à sourire jusqu’à heurter le regard de Nate.

— Tout va bien ? souffle-t-il.

— Ouais. J’avais juste besoin de prendre l’air.

— T’es sûr ? T’as… T’as pas l’air dans ton assiette.

Je lâche un sourire que j’espère convaincant.

— Bah si, tu vois bien que je l’ai finie.

Hélas, ma blague tombe à plat. Nate me connaît trop bien : il sait que j’ai horreur de mentir, spécialement à lui.

— Je te raconterai peut-être un jour, mais tout va bien. Promis, je souffle.

Nate lâche l’affaire, parce que s’il insiste, Kenna va se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond. Mais il passe quand même le reste de la soirée à me remonter le moral. Et parce que c’est Nate, il y arrive.

Surtout quand il relève son défi.

Il se lance sans prévenir, alors qu’on est en train d’enfiler nos manteaux.

— Je m’appelle Nathanaël Adams et je vais vous raconter ce qui m’est arrivé en l’an de grâce 2024, dans la Cité bénie des anges. Par une nuit froide et claire, j’ai connu la pire honte de ma vie, déclame-t-il d’une voix forte.

C’est malin. Il a attendu que nous soyons sur le départ, au cas où son défi se finirait sur notre expulsion, parce que la patience du personnel a ses limites. Qui sont déjà bien entamées.

— Ce soir-là, j’ai eu l’immense honneur de remettre un des prix des Oscars. Celui de la meilleure actrice pour un second rôle, poursuit Nate.

Son défi consiste sûrement à raconter sa pire honte aux clients, désormais clairsemés. Malgré moi, je me surprends à sourire, alors que Kenna et Kurt sont déjà morts de rire. Même Jaeger semble hésiter entre la fuite et l’amusement.

J’avoue que sur le moment, ce qu’a vécu Nate n’a pas été drôle, mais alors, pas drôle du tout. Ce fameux soir, je suivais la cérémonie depuis la télévision. Ouais, contrairement à mon petit ami, je ne suis pas une star, donc pas d’invitation pour moi. Je me souviens de mon cœur qui s’est emballé dès que Nate est monté sur scène. Lui, d’habitude à l’aise, transpirait à grosses gouttes. La pression, sans doute. Remporter un Oscar a toujours été un de ses rêves, et en remettre un signifiait déjà beaucoup.

Dans le restaurant, les ultimes clients semblent suspendus aux lèvres de mon petit ami, qui raconte son histoire comme s’il jouait du Shakespeare. J’avoue, il m’impressionne toujours autant. Son talent à se glisser dans n’importe quel rôle ressemble presque à de la magie.

Quand il mime le moment fatidique, où il sort le nom de la lauréate du prix, ses mains tremblent si fort que je dois me rappeler qu’il joue la comédie. Malgré tout, ma bouche s’assèche quand j’entends le nom qu’il prononce.

En gros, il s’est trompé d’actrice.

Il a donné le nom d’une autre, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la vraie lauréate, sauf qu’il existe une différence entre les deux. Une très grosse différence.

Nate a remis le prix à une actrice décédée.

J’ai bien cru que mon petit ami allait mourir de honte sur scène. Quant à moi, vaut mieux que je ne décrive pas mon état à ce moment-là. Disons que j’aurais tout donné pour traverser l’écran et l’arracher à cette foutue cérémonie.

Dans le restaurant, les gens hésitent entre l’horreur et le rire. C’est finalement une sorte de rire nerveux qui l’emporte, juste avant que les serveurs se dirigent vers nous d’un pas décidé.

Nate fait une petite révérence.

Kenna, Kurt et Jaeger détalent, les deux premiers riant comme des abrutis.

Je les suis en m’apercevant que moi aussi, je rigole comme un abruti.

Parce qu’au fond, ce sont eux qui m’ont tiré du gouffre dans lequel je sombrais, dix ans plus tôt. Et ils continuent à le faire, là tout de suite. Kurt, Kenna, Jaeger et Nate, ma famille, ma constellation, mon pilier.

Et au fond, c’est tout ce qui compte.

Je glisse ma main dans celle de Nate, profitant de la pénombre, tandis qu’au-dessus, les étoiles me font un clin-d ’œil.




Note de l’autrice Merci à toutes et à tous pour avoir lu cette fanfiction ! À la base, il devait s’agir d’un petit one shot pour un défi du Forum de fanfiction.fr, puis… Je me suis emballée. XD J’ai rarement eu autant de plaisir à écrire, et voir autant de lectures et de téléchargements au fur et à mesure que je postais les chapitres reste le plus beau cadeau qui soit. 😉Donc encore une fois, MERCI !

Et n’hésitez pas à m’écrire sur le Forum ou mon Insta (april.autrice), si vous voulez papoter ou me faire un retour. D’ailleurs, j’ai aussi rassemblé les mini-teasings des chapitres à la Une de mon Insta. 😉

Et sinon, vous vous demandez certainement pourquoi j’ai écrit des versions parallèles des flashforwards… J’ai réalisé que laisser un flou sur le sort de Finn 7 ans plus tard pouvait générer un chouette suspense. Seulement, les personnes qui connaissent le fandom SAVENT que le perso est en vie et toujours en couple avec Nate. Mais ceux qui ne connaissent pas les romans ne sont pas au courant…

Voilààà. J’espère avoir été claire. ^^

Je remercie aussi toutes les autrices qui m’ont soufflé les défis, via Insta, Discord ou en live. Les mettre en scène m’a bien fait rire. Je remercie aussi mon cher et tendre, qui m’a beaucoup inspirée pour certains passages. 😉

Et sinon, j’ai tellement aimé écrire en « je » + présent dans le style de Nine Gorman et de Marie Alhinho que je vais peut-être poursuivre sur cette voie concernant ma dystopie en cours d’écriture, La Cité temporelle. 😉


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