La nuit où les étoiles se sont rallumées

Chapitre 17 : NATE

1851 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 09/02/2026 19:01

Attention!


Ce chapitre est destiné à celles et ceux qui ne connaissent pas le fandom et n'ont jamais lu les tomes 1 à 3 de La nuit où les étoiles se sont éteintes.

Pour les autres, rendez-vous au chapitre suivant (que je publierai le 18 février). Il s'agit d'une variante de celui-ci MAIS destiné aux connaisseuses et connaisseurs.

Si je me suis amusée à écrire deux versions des flash forwards (bonds dans le futur), c'est pour mieux travailler l'intrigue et le suspense selon le type de lecteurice, héhé! L'idée m'est venue en cours de route.




- NATE -

7 ans plus tard




Dans le restaurant, Jaeger me regarde d’un air mystérieux.

Puis il lâche :

— Tu me donnes ton numéro, Nate ?

— Non ! Tu triches ! C’est pas ce qui était écrit ! s’écrie aussitôt Kenna.

Hein ? Je suis complètement paumé, jusqu’à ce que Jaeger dévoile le papier de son défi.


« Tu dois repartir avec au moins un numéro de téléphone »

 

— Hé, ça voulait dire le numéro d’un des clients ! Ou des serveurs ! Ou même des cuisiniers ! insiste Kenna.

— L’écoute pas et donnes-moi ton numéro, Nate, réplique Jaeger.

Je ne peux retenir un gloussement quand Kenna me fusille du regard, me mettant au défi d’obéir. D’un côté, regarder Jaeger aborder d’autres clients serait amusant, mais d’un autre, nous avons déjà bien entamé la patience de l’équipe du restaurant. Alors je m’exécute avec un sourire navré en direction de ma meilleure amie.

Les dix minutes suivantes, on les passe à écouter Kenna ensevelir le pauvre serveur de questions. Lui qui était juste passé prendre la commande, il doit détailler tous les ingrédients du joyau du potager cuit à l’âtre et sa farandole de légumes automnaux, avant de citer dix vins rouges pouvant accompagner ce plat. Puis dix vins blancs. Puis dix rosés, en donnant leur cépage et toutes leurs caractéristiques. Oui. Toutes.

— Mais en fait, je crois que je vais juste prendre une carafe d’eau, conclut Kenna avec un grand sourire.

Là, je me promets de verser un très, très gros pourboire au serveur.

Je saisis quand même le défi de Kenna, histoire d’en avoir le cœur net. Et oui, c’est bien ce que je pensais :


« Tu dois garder le plus longtemps le serveur à la table en lui demandant milles conseils de plats »


C’est là que Kurt vide cul sec son verre de vin et lâche un rot sonore.

— UN AUTRE ! clame-t-il. Non, en fait, apportez-moi la bouteille entière.

Sur son bout de papier, je lis :


« Tu dois boire à chaque fois que le serveur intervient »

 

Ce n’est pas particulièrement malin, ni vraiment drôle. On sait tous que Kurt a eu des problèmes d’addiction à l’alcool, même s’il en est sorti aujourd’hui. Kenna s’en rend d’ailleurs compte.

— Tu peux remplacer par du jus de fruits, souffle-t-elle dès que le serveur est parti.

Kurt explique qu’il plaisantait et que la bouteille est plutôt pour nous. J’avoue que j’en suis carrément soulagé. Puis tout le monde se tourne vers moi, parce que je suis le dernier à devoir réaliser mon défi.

Dans ma tête, je rassemble les souvenirs de mes pires hontes, de la plus drôle à la plus mortifiante, en écartant soigneusement les humiliations subies d’intégrer la bande. Je ne tiens pas à gâcher l’ambiance, déjà écornée par le défi malheureux de Kurt.

Mais en fait, j’ai déjà choisi.

Cette histoire, j’ai déjà dû la raconter une bonne dizaine de fois, voire une quinzaine. Le problème, c’est qu’avec notre comportement, nous sommes sûrement à deux doigts de nous faire expulser. Je fais donc durer le suspense, malgré les demandes insistantes de Kenna, qui ne tient plus d’impatience. Elle manque même de s’étouffer avec son banana split, à force de m’encourager en continu.

Juste après avoir réglé l’addition – gros pourboire inclus - je balaie le restaurant du regard pour évaluer mon public. A cette heure avancée, il ne reste plus qu’un couple et trois autres personnes, qui pourraient être des collègues ou des amis. Parfait.

Sans avertissement, je déclame comme si j’étais en pleine pièce de Shakespeare :

— Je m’appelle Nathanaël Adams et je vais vous raconter ce qui m’est arrivé en l’an de grâce 2024, dans la Cité bénie des anges. Par une nuit froide et claire, j’ai connu la pire honte de ma vie.

Je fais une pause afin de jauger l’effet. Le couple me regarde d’un air étonné, tout comme le groupe d’amis, qui a cessé de discuter. A côté, Kenna et Kurt se marrent déjà, tandis que Jaeger semble hésiter à rester ou à s’enfuir.

— Ce soir-là, j’ai eu l’immense honneur de remettre un des prix des Oscars.

Je me souviens du stress qui électrisait chacun de mes nerfs. Je n’ai jamais eu de mal à jouer et à chanter, que ce soit au théâtre ou au cinéma, mais là, c’était différent. On parlait quand même des Oscars. Les Oscars, bon sang ! Même si je n’y recevais pas de prix, pouvoir en remettre un représentait une consécration en soi.

Du coin de l’œil, je perçois du mouvement dans la cuisine, ce qui signifie que les minutes sont peut-être comptées. Alors j’en rajoute, d’une voix dramatique, afin de faire monter la tension plus vite. Comme si j’étais de retour à cette fichue cérémonie, je fais semblant de tirer une lettre de son enveloppe.

Mes dents claquent, mes mains tremblent… Il ne manquerait que de la fausse sueur pour compléter l’effet.

Je lis le contenu de la lettre imaginaire.

Et là, c’est comme si je remontais réellement le temps. Devant moi, ce ne sont plus des convives, mais des centaines de spectateurs, parmi lesquels des stars que je n’aurais jamais cru pouvoir rencontrer.

Le trac commence à paralyser mes pensées. Les lettres sur le carton se brouillent. Les mots jaillissent de ma bouche, comme une gerbe de sang.

Un nom et un prénom.

Le silence, qui étouffe la salle, qui me heurte de plein fouet… Puis des murmures, tant de murmures. Un malaise qui suinte de partout. Des larmes, que je lutte pour ne pas laisser couler.

Quand je regarde à nouveau le carton, tout explose dans ma tête. 

Je viens d’attribuer l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle à Brittany Murphy.

L’actrice qui ressemble énormément à Lili Reinhart, la véritable lauréate.

L’actrice qui est décédée en 2009.

— Par le Saint Suaire, oui ! Oui, j’ai attribué un oscar à… un fantôme, j’achève d’un ton sépulcral.

Comme quand j’ai raconté pour la première fois l’histoire à Kenna, les convives hésitent entre l’horreur, l’effarement et le rire. Même les serveurs, qui venaient de sortir de la cuisine, ne savent plus sur quel pied danser.

C’est le rire qui finit par l’emporter.

Kenna et Kurt son littéralement plié en deux, tandis que Jaeger lâche une sorte d’aboiement. Un doux sentiment m’enveloppe, caressant mon cœur et mon âme.

Rien ne remplacera jamais la bande ; cette sensation de faire partie d’un tout, d’être compris, accepté, bienvenu. D’être à sa place, tout simplement. Et de savoir que les autres seront là, quoiqu’il arrive.

La seule ombre au tableau reste Finn. Mon regard survole l’hilarité et mes yeux sculptent le vide, dessinant des yeux gris, des cheveux rasés et un uniforme d’officier. Mon cœur se serre jusqu’à ce que le doux sentiment se transforme en une bile acide. Même mon sourire a un raté.

Si Finn avait eu une mission à la dernière minute, j’aurais compris.

Mais là, il a préféré faire un détour par La prison d'État d'Avenal en revenant d’une opération, plutôt que de se joindre à nous. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment. Il m’a juste dit qu’il avait une histoire à régler, quelque chose dont il ne voulait pas parler. La seule information qu’il a lâchée, c’est le nom du prisonnier qu’il voulait voir. Enfin, plutôt le surnom…

Parce que quels parents appelleraient leur fils Poison ?

Ah oui, Finn a aussi dit qu’il y avait une justice dans ce monde, comme s’il avait eu des comptes à régler avec ce type.

Je sais qu’il a le droit d’avoir ses secrets, mais c’est plus fort que moi, ça m’angoisse. Qu’a pu lui faire ce « Poison » ?

Quand j’ai cherché des informations sur le Net, j’ai juste trouvé un petit article, indiquant que l’homme avait récemment été condamné pour trafic de drogue et devait purger deux ans de prison.

Enfin, peut-être que Finn m’expliquera tout un jour.

Son odeur, son sourire, sa tendresse, tout me manque ! Il me tarde de le revoir demain, quand on ira à la cérémonie des Emmy Awards.

Et cette fois, je ne serai que spectateur.

Heureusement !

Quoique je n’aurais pas craché sur une nomination.


Note de l’autrice Tadam! Finn n'était donc pas mort. Il était juste allé dire ses quatre vérités à "Poison". ^^

Pour rappel, j’ai écrit les flashforwards après coup, car Kenna, Kurt et Jaeger me manquaient trop. Il s’agit aussi d’un hommage, comme le roman original comprend aussi deux lignes temporelles, dont l’une est parsemée de défis. 😊 Ceux que vous avez lu dans ce chapitre m’ont été soufflés par Ensorceleurisée, BreakFire, Cassiopeia et Aurore Fedelle. Un immense merci à elles ! Comme les deux autrices, j’ai lancé un appel à mes amis auteurices et sur Insta pour trouver les idées. 😉

Et merci à vous, chers lecteurice!! Sans vous, cette fic n’aurait pas la même saveur, et j’espère que l’histoire vous a plu! 😉 N'hésitez pas à me faire des retours en commentaires ou MP par ici, si le cœur vous en dit. Vous trouverez aussi à la Une de mon insta (april.autrice) des mini-vidéos d'intro pour chaque chapitre.

Je remercie aussi Camille Lainé et Anthaus, pour leur précieuse bêta-lecture, ainsi que Leila, ma sensitivy reader au niveau médical. =)



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