Parmi mon peuple par

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Deviation / Aventure / Romance

18 Echappée belle de tonneaux

Catégorie: G , 8937 mots
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Amerys et Dwalïn avaient suivi de loin les elfes et leurs compagnons prisonniers en espérant qu’ils retomberaient par hasard sur le chemin de pierres en partant des portes de la demeure du roi Thranduil. Ils étaient maintenant sortis de la noirceur des bois du Sud de la forêt. Dans cette partie, Vertbois semblait plus vivante et plus paisible. La jeune naine perçut immédiatement la lumière du désiré soleil à travers les feuillages chatoyant d’automne, ainsi les troncs étaient marrons et non plus noirs comme les ténèbres. Il n’y avait de même, plus aucunes racines crasseuses ni toiles d’araignées. Ils revivaient tout simplement. Les deux compères avaient bien fait de suivre la trace des elfes malgré leur impossibilité de rentrer dans le royaume. Amerys n’avait plus d’hallucinations, de même que Dwalïn. Dès lors sans la folie il serait plus aisé de retrouver le sentier.

           Toujours en retrait pour ne pas que les elfes des bois les entendent ils s’arrêtèrent lorsque la compagnie et leur geôliers se préparèrent à enjamber un étroit pont surmontant une crevasse dont la cascade d’eau claire rugissait sous le tumulte des rapides. Ce pont permettait d’atteindre ce qui ressemblait à l’entrée de leur royaume caché. Encastrées dans la roche de la falaise de l’autre côté de la rivière, cinq larges portes bleues étaient alignées sous un beau porche d’entrée en pierres parées de décors elfiques ainsi que quatre colonnades. La jeune naine regarda ses amis un par un s’approcher du pont en les comptant, jusqu’à ce que quelque chose frappe soudainement ses yeux. Bilbon n’était pas là !      

           Soudain, Amerys qui était accroupie derrière un buisson entendit un furtif craquement de branche. Un son malvenu qui fit battre immédiatement son cœur. Pourtant, quand elle se retourna elle vit avec surprise le hobbit s’approcher d’eux. D’où était-il sorti ? Elle se remémora soudain son habilité à devenir invisible…

—  Bilbon ! s’exclama-t-elle tout bas. Je vous croyais avec la compagnie… Même si je viens tout juste de voir que vous n’étiez pas avec eux.

—  Non ils ne m’ont pas eu, dit-il en s’abaissant à leur côté d’un air malicieux.

           La naine savait très bien pourquoi Bilbon était passé inaperçu à leurs yeux mais elle ne révéla rien devant le guerrier nain. C’était son secret et elle avait compris qu’il ne souhaitait pas le divulguer.

—  Vous nous avez suivis sans nous le dire ? remarqua Dwalïn d’un air presque méfiant.

—  Désolé pour ma méthode, s’excusa-t-il pour éviter une explication embarrassante. Je vais entrer avec eux sans me faire repérer et je vais tenter de faire mon maximum pour les aider à s’échapper.

—  Ce sont des elfes, fit remarquer Dwalïn plein de bon sens. Vous ne pourrez passer inaperçu…

           Bilbon ignora alors la remarque du guerrier et s’adressa directement à Amerys qui connaissait son secret et qui dès lors ne s’embarrasserait pas de questions gênantes.

—  Ils ne me verront pas, répéta-t-il. Vous devriez trouver le chemin pour sortir d’ici, il ne doit pas être loin. Nous nous retrouverons là-bas, à la sortie des bois. Attendez-nous.

— Etes-vous sûr de vous Bilbon ? demanda alors Amerys soucieuse.

—  Nous n’avons pas le choix. Je dois y aller avant que les portes ne se referment. Vite partez, retrouvez le chemin!

—  Faites attention à vous ! s’exclama alors la demi-naine en regardant Bilbon galoper sur le tapis de feuilles tandis qu’il ne s’était pas encore rendu invisible.

           Celle-ci croisa instantanément le regard ébahit de Dwalïn qui cherchait à comprendre le comportement étrange de Monsieur Sacquet, avant de reporter son attention sur l’entrée qu’ils n’emprunteraient pas. Les nains avaient maintenant disparu et seul restait sur le palier l’elfe blond aux allures de chef. Bilbon était déjà rentré ? Il devait déjà s’être rendu imperceptible à leurs yeux…

           L’elfe fureta un dernier moment les alentours. Amerys sentit brièvement le poids de son regard avant que ce dernier ne fasse volte-face pour pénétrer dans son royaume et que les gardes n’entrent à leur tour avant de fermer la porte derrière sur eux.

—   Nous aurions peut-être dû les rejoindre dans la forêt avec les elfes, fit remarquer Amerys, prise un instant d’un regret. Et rentrer avec eux dans ce royaume… Je n’aime pas être séparée de retour de la compagnie.

—   Non… Mauvaise idée, grommela Dwalïn. Laissons le hobbit se débrouiller, quel que soit le secret de sa si grande discrétion. Il pourrait peut-être venir en aide à nos amis. Et rassurez-vous je suis avec vous cette fois-ci. Vous ne craignez rien.

           Après cet instant, tout redevint subitement calme, alors Amerys et Dwalïn se relevèrent en observant la porte d’entrée du royaume elfique. Le chemin était peut-être tout près il fallait donc qu’ils se mettent activement à sa recherche.

—    Dépêchons-nous, avança alors Dwalïn. Cap au Nord !

—    C’est par où ? demanda alors Amerys qui n’était pas sûre d’elle-même.

           Mais le nain sembla hésiter lui aussi. Il leva la tête pour tenter d’apercevoir le soleil à travers les feuillages ondulant sous une légère brise avant de poser le regard sur les remous de l’eau cristalline qui tombait sous le pont. La rivière…

—  La rivière, murmura alors Amerys.

—  La quoi ? répéta Dwalïn.

—  La rivière Dwalïn, répéta-t-elle en pointant du doigt l’eau rugissante qui glissait le long de la gorge du royaume des elfes. Nous n’avons qu’à la suivre ! C’est bien celle qui rejoint cette ville dont Balïn a parlé n’est-ce pas ? Esgaroth ?Lacville ? Enfin qu’importe son nom, si nous la suivons, nous sortirons à coup sûr de Vertbois.

Le guerrier soupesa avec intérêt sa proposition.

—  Vous êtes plus intelligente qu’il n’y parait jeune naine, sourit le guerrier. Vous avez raison, suivons ce cours d’eau.

           Amerys étira un sourire. Autant pour le compliment de Dwalïn que pour son propre bon sens. En longeant la rivière ils sortiraient de ces bois et atteindraient par la suite Lacville. Pourquoi n’y avait-elle pas pensé plus tôt ? Elle espérait ainsi pourvoir retrouver Bilbon et le reste de la compagnie très bientôt.

           Sans perdre de temps ils empruntèrent la voie escarpée qui longeait la rivière. Les bois étaient devenus si agréables qu’Amerys, si elle n’était pas prise dans une quête des plus importantes, se serait crue à faire une belle balade champêtre. Les feuilles colorées tapissaient le sentier parfois abrupte tandis que l’eau ondoyait sous la clarté de la lumière du soleil. La colline rocheuse de l’autre côté de la rivière devait probablement abriter le royaume de Thranduil et Amerys estimait que ce dit royaume devait s’enfoncer sous terre. Étonnant, n’était-ce pas les nains qui étaient censés vivre sous terre ?

           Cela faisait maintenant plusieurs heures qu’ils marchaient et Amerys se mit soudain à penser à Fili. Si Bilbon échouait dans l’évasion de la compagnie elle risquait de ne jamais le revoir, sauf si elle se rendait elle-même au roi. Absurde idée bien entendu. Mais l’imaginer rester croupir dans ce royaume et ces geôles lui retourna l’estomac. Sans lui, sans la quête, plus rien n’avait de sens…

—  Vous le reverrez, déclara alors Dwalïn comme s’il avait intimement lu dans ses pensées.

—  Que… mais… Non. Vous lisez dans mes pensées maintenant ? bégaya Amerys prise sur le fait.

—  Vous rougissez comme une ingénue amoureuse d’un prince, continua-t-il.

           Amerys écarquilla les yeux, elle sentait le feu lui monter brutalement aux joues. Pourquoi Dwalïn voulait-il explorer ce sujet on ne peut plus gênant ? De quoi se mêlait-il ? Ses échanges avec Fili étaient si flagrants que cela ? Misère…

           Le guerrier éclata d’un rire tonitruant.

—  Tout vous trahit, pas besoin de lire en vous. Cela se voit comme le nez au milieu de la figure.

—  Pourquoi me parlez-vous de ça ?

—  Vous allez l’épouser ? esquiva-t-il.

—  Quoi ?! Non !

—  Mais vous l’aimez.

—  Mais… Que… Dwalïn !

         Elle s’arrêta, offusquée par ce soudain interrogatoire dès plus intrusif. A quoi jouait Dwalïn bon sang ? Cela ne lui ressemblait pas.

—  Si vous ne l’épousez pas et qu’un autre nain vous faisiez une proposition, vous accepteriez ?

—  Pardon ? Je ne vois pas où vous voulez en venir…

           Le bras droit de Thorïn lui fit alors face. Il était tellement imposant qu’il arrivait à sa hauteur, elle soupçonnait même qu’il soit légèrement plus grand. En tout cas il semblait maintenant peser ses mots après ce matraquage de questions.

—  Vous êtes une jolie naine, enfin demi-naine pour être plus précis même si ça n’a pas d’importance. Et… Et je me disais que peut-être vous aimeriez trouver un époux nain.

           Amerys ravala un gémissement, elle n’était pas sûre de comprendre où voulait en venir le guerrier d’ordinaire farouche et grognon. Mais les mots du nain et son attitude inhabituelle lui fit comprendre ce qu’elle aurait préféré ne pas comprendre.

—    Une fois que nous aurons repris Erebor vous voulez que je vous épouse ? devina-t-elle.

           Il souffla en détournant ses yeux bleus gris tout en réajustant son ceinturon pour occuper ses mains. Amerys eut un pincement au cœur et ne sut quoi rajouter. Il l’avait prise totalement au dépourvu. Jamais la voyageuse n’avait remarqué un penchant pour elle chez ce nain fort et fier mais surtout si mature. Il était régulièrement grognon et c’était un vrai guerrier endurci, qui aurait cru qu’il souhaitait secrètement s’unir à une naine. Maintenant elle ne savait plus où ce mettre. A moins qu’il n’était encore sous l’emprise d’un maléfice ou d’une hallucination ?

—    Mais contre un prince que puis-je… ajouta-t-il enfin.

—    Dwalïn, vous… Vous pourriez être mon père.

—    Je sais.

           Il leva soudainement sa main tatouée de rune pour l’approcher du visage de la jeune femme. Un peu effrayée par cet élan inattendu elle recula pour éviter le contact avec lui.

— Fili a beaucoup de chance, avoua-t-il alors avec peine en rabattant sa main près de lui, comprenant le rejet de la jeune naine.

— Dwalïn êtes-vous soumis à un maléfice ? fini-t-elle par demander. Je… Je ne comprends pas.

           Elle ne voulait pas blesser le guerrier qu’elle respectait énormément, surtout en évoquant le fait qu’il soit en proie aux hallucinations. Mais celui-ci avait encore quelque chose à rajouter ignorant par la même occasion son allusion au maléfice.

—  Si je ne puis être votre époux, laissez-moi au moins être votre protecteur tant que mon corps et mon esprit le permettront.

—  Pourquoi tenez-vous à me faire ces faveurs ? demanda-t-elle perplexe.

—  Je vous aime bien et peut-être dans un futur proche pourrez-vous faire perdurer la précieuse lignée de Durin. Je suis dévouée à cette famille et la défendrai jusqu’à la mort. Vous savez, j'ai vu grandir de près les neveux de Thorïn, je leur ai même appris à se battre et à se défendre. Fili et Kili sont chers à mes yeux, ainsi je les protègerai au péril de ma vie. Eux et leur descendance...

          Amerys chassa l’image pour le moment irréelle qui se profila sous ses yeux suite à ses paroles. Cependant le dévouement de Dwalïn la toucha en plein cœur. Seul un nain pouvait avoir autant de loyauté. Hélas, ils n’avaient pas encore repris la montagne, Thorïn n’était toujours pas le roi d’Erebor et Fili… Fili était cloîtré avec toute la compagnie dans le royaume de Thranduil et n’en sortirait peut-être jamais. Pour le moment la lignée de Durin croupissait royalement dans la Forêt Noire.

—  Ne faites pas trop de plans sur la comète mon ami, répliqua alors Amerys. Nous avons encore beaucoup de choses à affronter avant de voir Thorïn sur le trône, ou même un mariage et des bambins princiers rampant dans les salles d’Erebor.

           Il étira néanmoins ses lèvres, un sourire plein d’espoir à travers se barbe brune hirsute, avant de reprendre sa marche sans un mot.

           Plus tard, la jeune femme repensa au moment où elle et Dwalïn s’étaient tapis à l’ombre d’un buisson dans la Forêt Noire pour sa cacher des elfes. La femme elfe avait finalement hésité alors qu’elle les avait bien repérés, mais pourquoi ? Soudain elle se souvint de son pendentif et les explications d’Alwena sur ses pouvoirs. Mais bien sûr, cela coulait de source ! La jeune naine avait instinctivement porté ses doigts à son collier, comme une envie irrésistible de se protéger de la vue de cette elfe. L’artefact l’avait simplement rendue invisible, ainsi que Dwalïn. Les deux compères étaient devenus imperceptibles, c’est pourquoi la grande rouquine ne les avait pas vus et s’était donc résignée. Elle sourit intérieurement à cette malice imprévisible mais non moins agréable.

           Dès lors, elle sortit le collier de sa poche pour l’observer. Ce pendentif pourrait décidément s’avérer bien utile à l’avenir…

           Quand la nuit berça la forêt de son ciel noir scintillant d’éclats de diamant, ils firent une pause pour dormir un peu. Enfin, Amerys se reposa, emmitouflée chaudement dans sa cape près d’un arbre à la mousse moelleuse et eut dès lors un sommeil réparateur qui lui fit le plus grand bien.

           Le lendemain après quelques heures de marche un son bien trop familier résonna dans Vertbois. Cette fois-ci ce n’était pas les araignées mais bien les orques qui les pistaient et se dirigeaient probablement vers eux.

—    Vite courrez Amerys ! s’écria alors Dwalïn en poussant la jeune naine.

 

                                                                      ******

 

           Fili tournait en rond dans sa geôle. Il avait l’impression de se trouver six pieds sous terre parmi le dédale de ces étranges chemins elfiques. Enfin c’était probablement le cas à vrai dire.

           A son arrivée, la compagnie avait traversé une partie du royaume avant que les nains ne soient traînés dans ces cages de pierres encastrées dans le roc. Fili ne pouvait pas taire le fait que c’était un endroit fort admirable. Un nain aimait la vie souterraine et ce royaume avait un charme indéniable. Les fondations étaient bâties à même la roche. De larges troncs serpentaient majestueusement jusqu’au haut plafond naturel duquel quelques trous laissaient percer timidement le soleil, comme dans les Montagnes Bleues. Des sentiers et escaliers de pierres ou de bois, parfois étroits, parcouraient le vide ; seuls chemins menant vers les salles du royaume. Certains enjambaient de petits cours d’eau découlant de fines cascades qui débouchaient de la roche elle-même. D’un autre côté, des voûtes en bois clair décorées finement paraient habilement les larges tunnels et des lustres scintillants en fer forgé se reflétaient chaudement sous la verdure. C’était bien évidemment trop raffiné pour Fili qui préférait la force brute de la pierre plutôt que la douceur du bois mais le royaume de Thranduil n’était pas déplaisant. Il aurait peut-être même été agréable s’il n’avait pas tout bonnement été jeté au cachot comme un ennemi mortel.

             On l’avait bien évidemment délesté de son armure et toutes ses armes. Le jeune guerrier ne portait plus que sa longue tunique grise sur son pantalon et ses bottes, comme tout le reste des nains. Ces elfes avaient l’œil partout, tant est si bien que rien, pas même le plus petit coutelas, ne leur avait échappé, à son plus grand regret. Comment allaient-ils pouvoir s’échapper ? Et son frère qui batifolait maintenant avec l’une d’entre elle... La grande rouquine aux traits angéliques ne cessait de tourner autour de ses barreaux comme un renard à l’affût de sa proie. Que pouvaient-ils donc bien se dire ?

           Mais pouvait-il lui en vouloir ? Non… Parfois un simple regard suffisait pour faire tourner la tête et battre le cœur, même des plus hardis. Ce fut son cas quand il avait posé pour la première fois ses yeux sur Amerys, lorsqu’il l’avait rattrapée de sa chute lors de cet affrontement avec les trolls.

           Où était d’ailleurs la jeune naine ? Il ne cessait de se le demander. Mais surtout, et ce qui n’était pas dans son habitude, il angoissait. Il angoissait pour elle. Il avait peur du danger qu’elle pourrait courir dans cette maudite forêt et n’avait qu’une envie, se retrouver près d’elle. La demi-naine devait sans doute être avec Dwalïn et Bilbon mais la situation avait tourné au vinaigre de manière bien trop encombrante pour la bonne conduite de leur quête. Et si les araignées étaient revenues à la charge ? Il pria pour que ses amis s’en soient sortis vivants…

           Fili souffla en appuyant sa tête sur les barreaux de fer de sa cellule. Une légère musique embaumait l’air lourd du royaume elfique. Une petite fête peut-être? Rien que l’idée d’imaginer de la nourriture et de la bière lui donna une faim de troll. Mais il se rappela le régime alimentaire des elfes et sa faim s’envola vite en fumée. Manger chez les elfes ou rien du tout c’était du pareil au même. Ils n’avaient pas de bière de toute manière…

           En tout cas, depuis leur incarcération, seul Thorïn avait eu l’honneur d’un tête à tête avec Thranduil. Un seigneur elfe qu’il avait déjà rencontré auparavant dans sa jeunesse, du temps où Erebor flamboyait de mille feux. Malheureusement, cette récente entrevue ne s’était pas très bien passée, son oncle l’avait même délibérément insulté. Quel exemple ! Mais ce roi avait l’air fort arrogant, donc ce comportement ne l’étonna guère de la part du futur roi sous la Montagne.

—  Le soleil va bientôt se lever, ça va bientôt être l’aube, grommela soudain Bofur depuis sa cellule, tirant alors Fili de ses songes.

—  Nous n’atteindrons jamais la montagne n’est-ce pas ? rajouta désespérément Ori.

           Fili dépité lui aussi par ses paroles s’adossa sur le mur de sa cellule en proie à la déception. Il avait tant rêvé d’Erebor… Son rêve d’enfant se brisait en mille morceaux. Il se rappelait les incroyables et captivants récits de son oncle quand lui et Kili n’étaient que des marmots. Thorïn s’était beaucoup occupé d’eux et il leur avait transmis tant de passion pour ce lieu magique. Il avait décrit le royaume avec tant de précision en y mettant tout son cœur, en contant les grandes histoires ainsi que les petites anecdotes tant est si bien que Fili savait que ce serait sa maison dès l’instant où il y entrerait. Leur doux rêve était-il en train de partir en fumée ?

—  Vous n’êtes pas piégés ici, non, murmura soudain une voix familière légèrement masquée par un bruit de clés qu’on agitait frénétiquement.

—  Bilbon ! s’exclama alors Balïn qui avait semble-t-il vu le hobbit quelque part.

—  Chut ! Les gardes sont tous près, fit remarquer le semi-homme en retour.

           Fili s’approcha alors de retour de ses barreaux et vit enfin Bilbon qui délivrait ses amis. Quelle joie de voir ce malin petit être qui apparaissait comme par enchantement toujours au bon moment. Leur rêve allait finalement peut-être se réaliser ! Dès lors, quand fut enfin son tour de sortir de sa cellule il ne put s’empêcher de lui poser la question qui le taraudait tant.

—    Amerys ?

—  Elle est avec Dwalïn dans la forêt, expliqua brièvement le hobbit. Ils sont normalement sur le sentier pour en sortir, nous devrons les retrouver une fois sortis d’ici.

           Fili n’eut pas le temps de retenir plus longtemps Bilbon car ce dernier avait encore des nains à délivrer. De même pas le temps de baragouiner plus longtemps car il fallait s’évader sans que les elfes ne les voient.

           Instinctivement, les nains voulurent prendre l’escalier menant à l’étage supérieur mais ils furent évincés par un Bilbon tout excité qui prenait la direction inverse.

—  Pas par là ! En bas, suivez-moi ! ordonna-t-il alors en dévalant un escalier qui descendait à l’étage inférieur.

           Étonnés du chemin emprunté par Monsieur Sacquet, les guerriers nains lui firent néanmoins confiance et emboitèrent discrètement le pas du hobbit à travers le labyrinthe elfique. Mais au plus grand étonnement de Fili ils ne remontèrent pas à la surface, pire ils s’enfoncèrent plus profondément dans le royaume pour finir par déboucher dans la cave à vin.

           Des tonneaux et des étagères en bois trônaient dans tous les coins et recoins de la salle souterraine. Ces dernières étaient élégamment remplies de carafes de vin d’un rouge éclatant, brillant comme les rubis. Ils n’avaient pas de bière mais le vin coulait à foison à priori. Un feu dans l’âtre brulait avec chaleur tandis que deux elfes ivres morts dormaient assis, la tête contre une table, en ronflant comme des nains. Des bouteilles vides étaient posées à leur côté. Fili dut admettre qu’ils avaient quand même moins fière allure que leurs cousins de Fondcombe. Dans le même temps il aperçut dans un vaste recoin de larges tonneaux pour transporter le breuvage, ils étaient entassés les uns sur les autres.

—  Mais c’est pas vrai nous sommes dans les caves ! s’énerva alors Kili en murmurant pour ne pas réveiller les elfes saouls.

—  Vous deviez nous conduire dehors, pas plus loin dedans, rajouta Bofur lui aussi contrarié.

—  Je sais ce que je fais ! se défendit Bilbon un peu agacé avant de montrer de la main une rangée les larges tonneaux empilés les uns sur les autres, ceux que Fili avait déjà remarqués.

—  Tout le monde se glisse dans les tonneaux vite, ordonna alors le hobbit sûr de lui.

          Tous se regardèrent avec étonnement face à la proposition saugrenue de Bilbon. Un silence pesant s’installa.

—  Je vous en prie faites-moi confiance, rassura la hobbit impatient.

           Fili regarda son oncle dans les yeux, perplexe. Thorïn était-il prêt à faire confiance à Monsieur Sacquet ?

—    Faites ce qu’il dit ! ordonna-t-il alors de sa voix de chef.

           Il lui faisait donc confiance, ce qui n’était pas une mauvaise chose, Bilbon avait déjà prouvé par maintes fois sa valeur. Dès lors, sans plus attendre chaque nain de la compagnie s’engouffra dans un tonneau. Fili se glissa agilement dans l’un d’eux, en hauteur. Il ne voyait pas où le hobbit voulait en venir mais prendre place dans cette barrique ne lui disait rien qui vaille.

—  Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Bofur lorsque chacun prit place dans son fier tonneau.

—  Ne respirez plus… déclara simplement Bilbon en actionnant un levier qui instantanément ouvrit la trappe sur laquelle reposaient les tonneaux.

           Ne plus respirez ? Par Durin que voulait-il dire ?

           Soudain, les nains roulèrent brutalement et tombèrent malgré eux dans un cours d’eau souterrain. L’eau gicla en tous sens et les tonneaux se heurtèrent violemment les uns contre les autres mais également contre les parois étroites et rocheuses du tunnel. Fili fut secoué un moment avant de retrouver une position stable quand le tonneau se mit à flotter sur la rivière. Instinctivement il s’accrocha à celui de Kili et s’assura que son petit frère allait bien. Cependant celui-ci riait bêtement.

—  Monsieur Sacquet a de drôles d’idées ! s’exclama-t-il. Où est-il d’ailleurs ?

—  Il ne devrait pas tarder, déclara Thorïn en fixant le dessous de la trappe.

           Le fait que Bilbon soit resté pour activer le levier avait pour conséquence que ce dernier n’étaient pas descendu avec eux. Avait-il la possibilité de les rejoindre ? En dépit de la situation Fili n’eut pas le temps de tergiverser plus longtemps car le malin semi-homme déboucha soudainement de la trappe. Son frêle et petit corps tomba dans l’eau tant est si bien que Nori vint à sa rescousse en l’aidant à sortir la tête de l’eau, après quoi alors le hobbit s’accrocha à son tonneau.

—  Bravo Monsieur Sacquet ! dit alors Thorïn en souriant face à la belle idée de Bilbon pour les faire évader.

         Maintenant alignés sur le cours d’eau souterrain ils avancèrent doucement, porté par la flottaison de leurs tonneaux sur l’eau, avant d’apercevoir avec bonheur la lumière du jour. Ils sortaient enfin de ce satané royaume elfique ! Fili jubila mais ce fut de courte durée quand il remarqua la cascade qui se profilait sous leurs yeux.

—    Attention ! s’écria Thorïn en prévenance.

           En conséquence, ce dernier s’accrocha à son tonneau avant de basculer dangereusement sur les chutes, suivi de près par les autres nains. Lorsqu’ils arrivèrent indemnes après cette légère dégringolade, leurs tonneaux continuèrent leur course dans les rapides en se cognant parfois contre la roche de la tumultueuse rivière. Malheureusement les elfes s’étaient rendu compte de leur fuite et ceux-ci ne tardèrent pas à les rattraper. Une sorte de barrage en pierres grises se profila cette fois-ci sous leurs yeux, droit devant eux. Un cor sonna et les elfes qui se trouvaient à la surveillance de la herse de l’édifice enjambant la rivière, refermèrent les grilles pour empêcher la compagnie de passer. Encore pris au piège !

           Malgré l’embarras de la situation, Fili, qui furetait les alentours à la recherche visuelle d’autres elfes, remarqua soudainement deux silhouettes plus larges et plus petites qui courraient avec panache près du bord. C’était tout bonnement Amerys et Dwalïn qui galopaient comme s’ils avaient des ennemis à leur trousse. Son cœur s’emballa de joie en revoyant la naine saine et sauve.


                                                                       ******

 

           Amerys était presque à bout de souffle et les orques étaient à deux doigts de les rattraper. Elle et Dwalïn longeaient toujours la rivière mais ils semblaient avoir passement dépassé le royaume du seigneur Thranduil. Mais alors qu’elle tentait d’évaluer leur situation géographie un tumulte attira son attention, il y avait de l’agitation autre que celle des orques dans les parages.

—    Amerys ! Dwalïn ! cria alors une vois familière non loin de là.

           Dès cet instant son regard se porta sur la rivière où un édifice, qui ressemblait à un haut barrage, enjambait l’assourdissante rivière. Des elfes se tenaient debout, armes pointées sur l’eau. Non pas sur l’eau… Sur des tonneaux ? Non… dans les tonneaux il y avait la compagnie ! Incroyable ! Les nains étaient encastrés dans les tonneaux qui flottaient sur l’eau. Ils auraient dû continuer leur course mais la grille s’était soudain refermée, les empêchant d’avancer. Par conséquent Amerys estima que c’était le moment propice pour les rejoindre.

—   Dwalïn ! Là-bas vite ! ordonna-t-elle au grand guerrier en pointant du doigt leurs amis entassés les uns sur les autres près de la grille fermée.

           La jeune naine accéléra l’allure pour les rejoindre, Dwalïn sur ses talons. Une flèche d’orque vint alors se ficher près d’un tronc évitant sa carcasse de justesse. Elle l’avait échappé belle !

           Au même moment, alors que les gardes elfes imposaient une allure menaçante envers ses amis, l’un deux reçu une flèche dans la poitrine et tomba brusquement dans l’eau.

Les voici que leurs ennemis orques tuaient les elfes pour venir s’attaquer à eux. D’autres couraient d’ailleurs après Amerys et Dwalïn et ceux-ci étaient maintenant tout proche. Trop proche…

—   Amerys sautez ! s’écria alors Fili en tendant ses bras vers elle pour l’inviter à le rejoindre dans son petit bateau improvisé.

           La jeune naine s’arrêta alors et regarda le tonneau du nain avec perplexité. Il y avait assez de place pour deux mais saurait-elle sauter dedans avec agilité ? Alors qu’elle réfléchissait inutilement Amerys vit Dwalïn sauter dans l’eau sans attendre son reste avant de grimper dans un tonneau vide.

           Plus le temps de réfléchir… Elle sauta à son tour.

           Le choc fut assez brutal et renversa le tonneau mais hormis ce petit détail elle avait bien atterri dans l’embarcation improvisée avec Fili. Ils étaient étroitement collés mais cela ferait fortement l’affaire. Le nain l’enlaça rapidement avant de plonger son regard bleuté dans le sien. A sa plus grande surprise il déposa un furtif baiser sur ses lèvres. La tiédeur de sa bouche réchauffa passionnément la sienne et sa moustache effleura doucement sa peau, tandis que sa main tenait sa nuque et caressait sa joue. Ce bref et plaisant geste mit le feu aux joues d’Amerys qui s’empourpra en le regardant bêtement. Elle ne s’attendait pas à un geste si intime de la part du guerrier surtout dans ce moment de danger imminent. Pourtant elle apprécia plus que de raison l’excitation que cela lui procura.

           Hélas, ce moment presque romantique fut interrompu par le son guttural d’un imposant orque qui cria des ordres comme s’il était le chef de la meute. A son étonnement ce n’était pas l’orque pâle qui menait la troupe maléfique bien que celui-là n’avait pas l’air tendre non plus. Au contraire, les plaques de métal encastrées dans son corps étaient effrayantes et lui donnait une allure malveillante, en tout cas plus qu’il ne l’était déjà...

           La compagnie tentait maintenant de repousser les violentes attaques d’orques qui n’hésitaient pas à se jeter dans l’eau ou tout simplement sur eux pour les embrocher. Ils avaient déjà massacré les elfes qui gardaient la herse. Les nains se défendaient tant bien que mal mais tant que la grille serait fermée ils ne pourraient pas glisser le long de la rivière et fuir le chaos ambiant et destructeur des agents du mal.

           Soudain, porté par son courage, Kili prit l’initiative de sortir de son tonneau avant de sauter sur le bord rocheux de la rivière près de l’escalier qui menait sur le pont. Il allait tenter de lever la herse en baissant le levier qui se trouvait sur la rive gauche ! Malheureusement un orque arriva bien vite à l’improviste pour faire de lui de la chair à pâté. Amerys remarqua que les nains avaient totalement été dépouillés de leurs armures et armes tant est si bien qu’ils devaient maintenant se défendre à main nues ou avec les armes des orques qu’ils arrivaient à subtiliser.

           Fili avait d’ailleurs réussi à s’emparer d’un long couteau lorsqu’un ennemi les avait attaqués. Il l’utilisa instinctivement pour protéger son frère qui tentait maintenant de gravir les marches pour actionner le levier. La dague se ficha dans l’épaule d’un orque qui était apparu en brandissant une lance dentelée, près à éviscérer son cadet. Celui-ci n’eut alors pas le temps de blesser Kili car il vacilla et tomba. Le jeune nain brun coupa peu après la tête de son deuxième ennemi avec une épée et continua sa courageuse ascension. Il allait atteindre le levier quand une large et longue flèche d’orque vint finalement se planter dans son mollet droit. Il tomba à genoux sous la douleur.

—    Kili ! s’écria soudain Fili, inquiet pour lui.

           Mais, même affaibli, Kili porta sa main au levier pour le tirer. Malheureusement la douleur était trop intense et il se laissa tomber à la renverse sans pouvoir finalement activer l’ouverture de la grille.

           De leur côté un orque sauta soudain sur le tonneau de Fili et Amerys. La jeune naine, réactive, eut le temps de dégainer son épée pour embrocher l’ennemi qui allait s’écraser sur eux avec sa lourde épée dentelée. Sa lame le transperça sous les côtes et il laissa échapper un râle sauvage. Alors avec Fili ils le repoussèrent et il tomba dans l’eau maintenant troublée du sang noir des orques.

           Lorsque la demi-naine reporta son attention sur Kili, elle fut horrifiée quand elle vit un ennemi mal avenu s’approcher de lui pour lui assener le coup fatal. Elle lâcha un cri d’effroi. Cependant l’orque s’effondra après avoir reçu à son tour une flèche. Celle-ci n’était pas une flèche d’orque…

           D’autres elfes apparurent inopinément et Amerys reconnu immédiatement la tireuse qui avait sauvé Fili. Elle n’était autre que la gracieuse elfe à la chevelure flamboyante qu’elle avait vue dans la Forêt Noire. Sans attendre une seconde de plus cette dernière se lança agilement dans le combat en tuant d’autres ennemis par sa fine épée. Désormais furieux, le chef des orques ordonna à ses acolytes maléfiques de la tuer, mais c’était sans compter sur l’apparition d’autres elfes des bois venant en renfort. De sorte qu’Amerys distingua dans le flou des flèches dansantes et des épées lancinantes, le bellâtre blond au regard arrogant qu’elle avait observé également dans cette maudite forêt. Ses yeux bleus intenses semblaient enragés et près à déchiqueter tous les orques qu’il pourrait tuer. 

           En tout cas c’était une chance inestimée pour la compagnie car maintenant que les orques étaient affairés à tenter de tuer leurs nouveaux visiteurs ils ne firent plus attention aux nains et Kili eut enfin l’occasion d’abaisser le levier.

           La herse s’ouvrit instantanément et les nains commencèrent à dévaler la cascade. Fili et Amerys étaient encore près du pont, attendant que Kili retourne dans son tonneau. Le jeune nain brun se glissa alors pour retomber dans son étroite embarcation. La flèche plantée dans sa jambe se brisa sec, tant est si bien qu’Amerys eut mal pour lui. Dès lors ils ne s’attardèrent plus et laissèrent leurs tonneaux dévaler le cours d’eau qui remuait férocement sous la puissance du courant. Amerys avala plusieurs fois la tasse avant de se serrer contre Fili en s’agrippant à lui. Elle croisa un instant son regard et tenta malgré tout dans ce tumulte de lui sourire mais le guerrier semblait bien trop inquiet pour lui répondre par la même.

           Malgré la vitesse de leur flottaison les orques couraient maintenant le long de la rivière pour ne pas les perdre de vu, n’hésitant pas à l’occasion de les cribler de leurs perfides flèches. Cependant les elfes continuaient eux aussi de les poursuivre, tuant sans vergogne les puissantes créatures par leur vitesse et leur agilité au combat.

           Dans la cacophonie de cette étrange course poursuite, Fili avait quand même réussi à obtenir une arme que Thorïn avait habilement subtilisé à un ennemi et tandis qu’ils étaient près du bord il leva soudainement l’arme.

—    Baissez-vous Amerys ! ordonna-t-il.

           La naine s’exécuta sans poser de questions et de ce fait Fili déséquilibra un orque posté près du bord et qui avait cherché à les embrocher. Il lui donna un bon coup tant est si bien qu’il s’évapora dans le courant de la rivière.

           Plus loin un tronc d’arbre probablement tombé lors d’une tempête, enjambait la rivière. Au-dessus serpentait une dizaine d’orques voulant profiter de l’occasion pour les transpercer.

—    Couper le tronc ! ordonna alors Thorïn dans un brouhaha.

           Ce dernier donna alors un coup sec de hache, suivi par Dwalïn. Par chance il ne fallut que ces deux coups pour détruire le tronc d’arbre et faire basculer tous les orques dans les eaux violentes de la rivière.

           La course continua ainsi jusqu’à ce que par le plus grand des mystères le tonneau de Bombur soit éjecté hors de la rivière pour atterrir lourdement et rouler sur les bords terreux et rocheux qui dominaient le cours d’eau. Amerys en resta bouche bée et regarda le nain protubérant rebondir et rouler de tous les côtés en renversant un nombre incalculable d’orques. Enfin à l’arrêt il se releva à travers son tonneau maintenant abimé et troué de partout avant de brandir des armes et tournoyer pour éloigner les orques qui venaient à lui. Après quoi il sautilla pour rejoindre la rivière et sauta dans une embarcation vide avec une agilité étonnante pour sa corpulence.

           Hélas, orques et elfes se battaient encore inlassablement. Soudain Amerys regarda derrière elle et s’aperçut que l’elfe blond se tenait maintenant en équilibre sur la tête de Dwalïn et Dori qui grognaient d’insatisfaction. Mais l’elfe s’en fichait, aussi léger qu’un flocon de neige, il dansait agilement sur leurs têtes. Pivotant gracieusement pour diriger ses flèches il jouait là un numéro presque amusant bien qu’il le fit pour tuer des orques. Peu de temps après, il bondit sur les bords pour embrocher de ses épées d’autres créatures malveillantes avant de rebondir sur les têtes des nains pour passer de l’autre côté de la rive dans le but d’en tuer d’autres. Jamais encore Amerys n’avait vu un elfe se battre de cette manière et elle dut admettre que c’était fort impressionnant. Il était totalement déchaîné et n’épargnait personne !

           Mais alors qu’il s’évertuait à se débarrasser d’un de ces êtres repoussants un autre pointa le bout de son nez derrière lui, prêt à le massacrer. Fort heureusement, Thorïn, aillant vu l’infamie de l’ennemi, leva son arme et visa l’orque. La lame vola et alla se ficher dans le cœur de celui-ci qui rendit son dernier soupir, sans que l’elfe lui-même ne se rende compte que le guerrier nain lui avait sauvé la vie. Après quoi l’elfe tira une ultime flèche pour tuer une dernière créature du mal.

           Amerys resta le regarder, seul sur l’amas rocheux près de la rivière il les observait avec insistance, tandis qu’eux s’éloignaient toujours avec leurs tonneaux. La demi-naine constata cependant avec effroi que d’autres orques les poursuivaient mais la force de la rivière accéléra leur allure et la compagnie de tonneaux commença enfin à distancer leurs ennemis.

           Quelques temps après, la rivière dont le courant s’était apaisé les laissèrent dériver lentement dans son eau cristalline. Elle était si belle et si claire qu’Amerys resta l’observer pendant un moment en espérant y apercevoir de beaux poissons. Ils avaient traversé une vallée et étaient maintenant aux pieds d’une falaise abrupte qui se tenait sur leur gauche. Sur leur droite quelques rochers permettaient de débarquer pour enfin mettre pied à terre.

—  Rien derrière nous ? demanda Thorïn tandis que le bout de la rivière maintenant calme les obligeait à pagayer ardemment pour enfin rejoindre la rive sur leur droite.

—  Rien que je ne puisse voir, répondit Balïn quand même à l’affût.

—  Je pense qu’on a semé les orques, s’exclama Bofur, légèrement haletant.

—  Pas pour longtemps, tonna Thorïn, nous ne sommes plus dans le courant. Tout le monde regagne la rive. Dépêchez-vous !

           La compagnie exécuta alors l’ordre de leur chef et chacun dirigea son tonneau vers l’amas de roche grise et lisse. Ameys ramait d’un côté et Fili de l’autre, éclaboussant au passage Dwalïn qui se trouvait derrière eux. Elle l’entendit grogner et ne put réprimer un rire.

—  Ce n’est pas le moment de rire, railla-t-il tout en ramant de ses deux grands bras.

—  Désolée Dwalïn. Je ne voulais pas vous éclabousser.

—  De toute façon on est déjà trempés de la tête aux pieds, grommela-t-il dans sa barbe humide.

          Amerys approuva, c’est vrai qu’ils étaient trempés et l’eau était quand même très froide. La naine commençait à grelotter malgré son contact physique avec Fili. Le nain était tout aussi trempé qu’elle et ses cheveux humides et ébouriffés lui donnaient un charme supplémentaire. Elle avait senti contre elle son corps large et musclé et une étrange sensation avait fait irruption dans tout son être. Elle avait rougi plusieurs fois d’ailleurs. Mais en cet instant ses yeux se posèrent un moment sur les lèvres charnues qui avaient effleurées les siennes dans ce furtif baiser. Au moins c’était aussi clair que l’eau de cette rivière. Il avait des sentiments pour elle.

—    Vous en voulez un autre ? demanda-t-il en la dévisageant d’un air amusé.

           Elle détourna instinctivement ses yeux, honteuse d’avoir été prise sur le fait. Pourquoi avait-il était si direct ?

—    Heu… Bien… Je... Je... bégaya-t-elle un moment pour que finalement rien ne finisse par sortir de sa bouche.

           Elle avala sa salive et détourna le regard sans se rendre compte qu’en fait elle souriait.

—  Je suis ravi que nous ayons partagé ce tonneau qui nous a confrontés à moult dangers Amerys. Il faudra remettre ça un jour.

           La naine savait très bien qu’il plaisantait mais cela la fit sourire de plus belle. Fili voulait subtilement dire qu’il désirait (et avec plaisir) échanger un autre baiser avec elle. Le premier avait dû le satisfaire aussi rapide fut-il dans le tumulte du combat avec les orques. En effet, le contexte n’était pas approprié à des embrassades mais dans l’excitation de la situation Fili avait laissé libre cours à ses sentiments.

           Discrètement, elle lui prit la main pour lui faire comprendre que ses émotions étaient partagées et qu’elle aussi attendait d’autres ambassades. Il lui adressa par la suite un tendre sourire. Ils se comprenaient et partageaient enfin leurs sentiments. Un réel bonheur parmi tant de dangers.

           Une fois à terre Fili et Amerys s’approchèrent en hâte auprès de Kili, en proie à une vive douleur suite à sa blessure à la jambe. Il avait arraché la flèche et tamponnait maintenant avec sa tunique le sang qui coulait. D’un autre côté les nains s’éparpillaient, certains vidaient même leurs bottes de l’eau tandis que d’autres essoraient leurs vêtements trempés.

—  Debout, s’exclama alors Thorïn, pressé de partir.

—  Kili est blessé, il lui faut un bandage, prévint alors Fili à son oncle.

           Le chef de la troupe observa un instant son neveu tandis que les nains répondaient à l’ordre de Thorïn sur fond de brouhaha.

           Un débat s’installa soudainement autour du chemin à prendre car Balïn affirma qu’il fallait traverser le lac pour atteindre la Montagne Solitaire. Il est vrai que les orques allaient la rattraper s’ils contournaient le lac. Ils étaient ainsi dans une irréfutable impasse.

           Mais alors qu’Amerys bandait soigneusement la plaie de Kili, l’ombre menaçante d’un homme brandissant un arc sur Ori vint perturber une fois de plus le cours de leurs échanges et de leur aventure.

           Qui était-il donc ? Et que voulait-il ?


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