Le Royaume d'Orodreth

Chapitre 6

3085 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 08/11/2016 16:37

CHAPITRE 6

 

Aux premières lueurs du jour, elle commença à se préparer. Il lui avait été impossible de trouver le sommeil et depuis de longues minutes, elle observait son armure, posée sur le lit. C’était certain qu’elle la protégerait en cas d'attaque, mais elle pesait son poids. Après moultes réflexions, elle choisit d’ôter la partie métallique qui protégeait les épaules, le dos et la poitrine. Il ne restait plus que le léger pantalon noir, une fine chemise blanche et une longue tunique à manches longues de couleur noire avec des reflets bleu nuit. L'armure retourna dans l'armoire où elle récupéra ses bottes, avant de passer dans la salle de bains pour se changer.

Une fois sa tenue enfilée, elle attrapa ses armes et quitta le pavillon.

Dans sa stalle, Fangorn somnolait mais leva la tête en entendant quelqu'un s'approcher. 

— Bonjour, dit-elle quand il la regarda. On va partir pour un petit voyage, qu'en dis-tu ? 

Le cheval orienta ses oreilles vers l'avant et bailla, dévoilant ses grandes dents jaunes. 

— Tu débordes de courage, sourit-elle en lui grattant le front. 

Suite à cette caresse, elle se dirigea vers la sellerie et en revint les bras chargés de la selle et de la bride. En soutenant l'équipement d'une main, elle ouvrit la porte de la stalle et entra. Elle déposa le tout sur la cloison pour pouvoir s'occuper de Fangorn. Même si elle était pressée de prendre la route, elle prit son temps pour brosser et étriller sa monture tout en lui parlant.

 

Moins d'une heure plus tard, elle ressortit des écuries avec les rênes en main et ses armes calées au niveau de la selle. Elle rejoignit la sortie Nord de la Lórien ou Galadriel et Celeborn l'attendaient.  

— Promettez-nous d'être prudente, demanda Galadriel.

— Je le suis toujours, sourit-elle. 

Derrière son sourire, elle dissimulait son appréhension. Peut-être parce que cette fois, elle voyageait seule, sans pouvoir compter sur son armée. 

— Concernant Smaug, agissez de manière réfléchie, ajouta la Dame de Lórien. 

— Ça prendra le temps qu'il faudra, mais je ne reviendrai pas avant qu'il ne soit mort. 

— Je m'en doute, seulement tâchez de revenir ! dit Galadriel d'un air sévère. 

— Je reviendrai, assura-t-elle toujours en souriant. 

L'expression qu'affichait Galadriel n'avait pas vraiment impressionné Mina, mais c'était bien à elle d'avoir essayé. 

— Mina, commença Celeborn, silencieux jusque-là. 

Il présenta à la reine une épaisse cape avec un capuchon, d'un bleu très foncé presque noir. 

— Ceci est pour vous. Tournez-vous...

Elle obéit pour que le seigneur puisse placer la cape sur ses épaules avant de lui refaire face. Il fit tenir la cape avec une broche en argent à l'effigie de la feuille de Lórien. 

— Puisse cette feuille de Lórien vous porter chance, déclara-t-il. 

— Je promets que jamais elle ne me quittera, répondit elle en la touchant délicatement du bout des doigts. 

Ensuite, elle récupéra ses armes sur sa selle et commença par attacher son carquois et son arc sur son dos, avant de placer son épée au niveau de sa ceinture. 

— Bon voyage Mina, souhaita doucement Galadriel. 

— Je vous remercie du fond du cœur pour tout ce que vous avez fait pour moi. 

Le couple resta humble, ils jugeaient cela normal d’avoir aidé leur amie dans cette épreuve. Celeborn prit les rênes de Fangorn en main pour le tenir le temps que Mina se mette en selle. Ce fut l'occasion de tester son assisse qui était très confortable. Le seigneur de la Lórien rendit les rênes à la cavalière avant de s'écarter d'un pas. Ils se saluèrent longuement avec respect. Après un dernier échange de sourires, elle donna un petit coup de talon dans les flancs de Fangorn qui se mit en marche, les seigneurs de la Lórien les regardant s'éloigner lentement.

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Ça faisait une paire d'heure qu'elle avait quitté Caras Galadhon et déjà elle avait dépassé Orodreth en longeant la frontière Est, pour ainsi éviter de revoir l'état de son royaume. Fangorn marchait au pas depuis moins d'une heure et il montrait des signes de nervosité, car ce qu'il voulait, c'était galoper. Sa fougue et sa puissance faisaient plaisir à voir mais Mina le retenait : elle ne voulait pas le laisser aller pour ne pas qu'il s’épuise trop vite.

Son voyage jusqu'à Erebor ne durerait pas plus de trois jours si tout se passait bien. Le tout n'était pas de s'y rendre mais d'en faire sortir Smaug et pour cela, elle ignorait de quelle façon procéder. Pour le moment, elle se concentrait sur sa route, elle penserait au dragon le moment venu.

Pour rejoindre l'entrée de Mirkwood et pouvoir traverser cette forêt sans trop de difficultés, il fallait d’abord qu’elle rejoigne le Val d'Anduin. Mais bien avant cela, traverser le Champ aux Iris était une prioritée. Ce gigantesque marais ne serait pas une partie de plaisir, elle le savait, et se demandait s’il fallait qu’elle tente le coup ou immédiatement prendre la direction de l'Ouest pour le contourner. 

— Qu'en penses-tu, Fangorn? Tu crois qu'on doit essayer de traverser ce marais ? 

Le cheval inclina les oreilles pour l'écouter et continua de se montrer pressant, lui n'en avait rien à faire de la route qu'ils empruntaient, il voulait juste courir. S’ils passaient par le marais, il ne pourrait pas galoper, alors elle tira un peu sur les rênes du côté gauche pour continuer vers l'Ouest. 

— On passe le col et tu pourras galoper, annonça-t-elle. 

Sa monture souffla fortement par les naseaux, impatiente de pouvoir se dégourdir les pattes.  

 

Le col leur sembla interminable, mais lorsqu'ils arrivèrent au sommet, Mina resserra son emprise sur les rênes. 

— Allez vas-y ! autorisa-t-elle. 

Il n'en fallait pas plus pour Fangorn qui passa, en quelques secondes, d'un pas lent à un galop fougueux. Heureusement que sa cavalière s'y était préparée, sinon elle aurait été désarçonnée. Elle le laissa aller aussi vite qu'il le souhaitait.

Ils passèrent sur une large falaise qui surplombait les marais. Ces lieux semblaient renfermer bien des mystères, qu’il valait mieux ne pas connaître. Une épaisse brume s'élevait des eaux boueuses et des nuages de moucherons et autres moustiques étaient visibles au-dessus de l’eau stagnante. Peut-être qu’en les contournant, elle se rajoutait quelques kilomètres, mais c'était mieux que de mourir embourbés dans ces eaux sales. Fangorn regardait droit devant lui, fendant l'air à vive allure. Bientôt Mina dut le ralentir pour aborder une portion rocheuse délicate. Elle voulait dépasser la Porte des Gobelins avant la nuit, car sinon elle risquait d'être la cible d'une attaque. Elle insista fortement sur les rênes pour calmer l’étalon et retrouver une allure plus adaptée au terrain.

 

Avoir contourné les marais les obligeait à passer par les Monts Brumeux et ils ne pourraient gagner la vallée qu'une fois ce passage franchi. Ils arrivèrent vite face à un mince chemin rocheux, coincé entre un gouffre de plusieurs mètres de profondeur et une paroi de pierre ceignant le royaume des gobelins. Pour emprunter ce passage étroit, elle trouva préférable de poursuivre à pied. Elle sauta et passa les rênes par dessus la tête de Fangorn avant de le devancer pour le guider. 

— On va y aller doucement, d'accord ? Surtout reste calme, expliqua-t-elle en lui caressant le front. 

Si elle lui demandait d'être calme, c'était parce que le sol était instable, très friable et gorgé d’eau.

— Bon allons-y, dit-elle en faisant face au passage. 

En tenant les rênes d'une main, elle s'engagea d'un pas sûr et modéré. Lorsque Fangorn posa son premier sabot, il s'enfonça légèrement dans le sol et des fragments de roche dégringolèrent dans le gouffre. Attiré par le bruit des pierres qui résonnait dans la cavité, le cheval tourna la tête pour en voir l'origine. 

— Fangorn, regarde-moi ! appela Mina d’un ton autoritaire mais calme.

L'animal concentra son attention sur l'elfe et celle-ci continua de marcher à reculons, tout en parlant à sa monture.

— C'est bien… continue, encouragea-t-elle.

A chaque pas que faisait le cheval, des pierres tombaient et le déconcentraient quelques secondes. La reine regardait régulièrement derrière elle, pour voir comment se présentait le chemin et surtout quelle distance il restait à parcourir. 

— On y est presque ! Continue comme ça, c'est parfait. 

Il restait moins d’une dizaine de mètres avant de retrouver un sol plus stable et surtout une route plus large. Ils continuaient de marcher doucement, leurs pas rythmés par l’écho des pierres qui dévalaient le long de la paroi. 

Alors qu'ils étaient presque arrivés, le sol céda sous les pattes postérieures du cheval, le faisant tomber sur le ventre, avec une patte dans le vide. Il paniquait et poussait des hennissements rauques, la voix ou les paroles de sa maîtresse ne suffisant pas à le calmer. Bientôt, ce fut tout le passage qui commença à s'effondrer. Ce n’était pas le moment de traîner. Mina tira de toutes ses forces sur les rênes pour aider son cheval à remonter et ce n'est pas sans peine qu'il finit par se mettre sur ses pattes. La roche continuait de dégringoler, alors Mina jeta les rênes sur l'encolure de Fangorn et avec agilité, elle bondit sur son dos. A peine en selle, elle se tint à ses crins et lui donna un coup de talon. Le cheval n'hésita pas une seconde et fit quelques pas avant de sauter sur la plateforme où ils seraient à l'abri. Derrière eux, un mélange de rochers et de terre s'effondrait au fond du gouffre dans un fracas assourdissant.

Mina sauta et s'approcha du bord pour découvrir à quoi ils avaient échappé. C'était carrément tout le pan de la falaise qui s'était détaché pour aller s'écraser plus bas. 

— Pour le retour, on empruntera la route du Sud, confia-t-elle en se tournant vers l’animal. 

D'ailleurs, elle pensa qu'elle aurait dû emprunter cette route dès son départ, même si ça la faisait frôler les frontières du Mordor. Ça restait moins dangereux d'affronter ou même d'échapper à une horde d'orcs plutôt que de devoir faire face à une montagne qui s'effondrait. La reine s'approcha de son cheval et reprit les rênes en main.

— Tu as été courageux, le félicita-t-elle tout en enlaçant son encolure. 

L'animal profita de cette caresse. Elle s’assura qu’il n’était pas blessé avant de continuer à pied. Ils attaquaient une partie de montagne bien stable et sous les pins centenaires, ce qui était moins stressant.

 

Après cette frayeur, ils marchèrent longuement dans le calme de la forêt, Mina toujours à pied pour laisser Fangorn se reposer. Ils avaient dépassé le royaume des gobelins et une fois descendus de cette montagne, elle établirait son campement pour la nuit, puis dès le lendemain matin, parcourir la vallée de l'Anduin avec célérité.

Ils arrivèrent sur une plateforme qui offrait une vue imprenable sur la vallée jusqu'aux bois de Mirkwood. Vu d'ici, ça semblait être tellement proche ! Des choses s'étaient passées à cet endroit. Une forte odeur de sève s’élevait dans l’air, provenant des sapins qui avaient brûlé et dont les cendres étaient encore fumantes. Ce n'était pas tout, un combat s'était déroulé ici. Beaucoup d'empreintes diverses recouvraient le sol, mais aussi des cadavres d'orcs et de wargs, certains même un peu brûlés pour être tombés près des flammes. Elle lâcha Fangorn qui s'écarta pour brouter de l'herbe rescapée du feu, tandis qu'elle s'approchait du bord. La vue était vraiment incroyable. Elle examina quelques minutes la vallée puis revint sur ses pas pour récupérer Fangorn et amorcer la descente de montagne.

Ils poursuivirent leur route, pour finalement retrouver un terrain plat et entre les arbres, Mina pouvait apercevoir la lisière de la forêt et le commencement de la vallée. Le terrain étant plat et les arbres suffisamment espacés, elle se remit en selle et s'adressa à Fangorn. 

— Allez, fais-toi plaisir, autorisa-t-elle. 

Elle n'eut pas besoin de le motiver avec une pression sur les flancs, que l'étalon s'élança au galop. Avant qu’il ne soit essoufflé, ils étaient déjà dans la vallée, accueillis par la délicate odeur d'herbe fraîche s'élevant de cette prairie infinie.

 

L'objectif était de gagner la vallée et de s’installer pour la nuit, mais elle laissa Fangorn en profiter et ce n'est que lorsqu’ils atteignirent la rivière qu'il décida de s’arrêter pour étancher sa soif.

— Nous avons bien avancé, le complimenta-t-elle en sautant sur la plage de galets.

Pour aujourd’hui, leur marche était terminée. Elle déposa ses armes et retira la selle pour soulager son cheval et alla la poser plus loin. Lorsqu'il eut terminé de boire, elle lui retira son mors et le laissa vagabonder librement pendant qu'elle ramassait du bois pour faire un feu. Alors qu'elle frottait énergiquement deux pierres l'une contre l'autre, produisant des petites étincelles, elle remarqua que Fangorn, qui était dans l'eau jusqu'au ventre, la regardait, incrédule.

— Ne doute pas, je vais y arriver, lui assura-t-elle. Mais forcément avec un dragon, c'est plus simple, ajouta-t-elle en souriant. 

Au bout de quelques minutes, elle parvint à faire naître une petite flamme qu'elle s'empressa d'alimenter d'herbe et de bois bien sec, tout en soufflant doucement dessus. Le cheval avait quitté la rivière pour remonter dans la prairie où il broutait paisiblement.

Le soleil commença doucement à décliner pour laisser place à la lune. Cette nuit, Mina ne dormirait pas, car l’astre du jour n'était pas complètement couché que déjà des cris de gobelins s’élevaient depuis la montagne et parvenaient à ses oreilles. Elle était installée dans l'herbe, près de Fangorn et elle fixait le ciel et les étoiles qui s'installaient doucement, tout en restant à l'affût du moindre bruit. Le feu permettait de la localiser facilement, elle l'avait diminué mais tenait à le conserver. L’étalon était couché sur le flanc et dormait profondément en ronflant parfois.

Les cris et autres couinements des gobelins se firent entendre toute la nuit. Elle perçut également des hurlements de wargs venant de plus loin vers l'Ouest. Elle n'était pas seule dans cette vallée, une raison de plus pour ne pas dormir. 

 

 

OldGirl, encore merci :) 

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