Gambit Tome 3

Chapitre 7 : Ses premiers pas dans la jungle

1861 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 13/08/2026 11:51

Je ne sais par quel miracle je réussis à retrouver mon chemin en pleine nuit. Dunn m’a dit de l’appeler si un pépin se produit, mais tout se déroule comme sur des roulettes, et nous voici devant le groupe de Maryse.

Je lance un regard de biais en direction de Lucy qui m’adresse une tonne de questions du regard. Je réponds à son inquiétude :  



  • Fais tout ce qu’ils te disent. S’ils font des commentaires, laisse-les passer. Ton arme, ici, c’est ton silence.


 

La petite acquiesce. Une fois la voiture immobile, Maryse nous fait signe de sortir, la mine sombre. Lucy se place à mes côtés et garde la tête basse ; elle est intimidée comme je ne l’ai encore jamais vue. 

 

Martin me regarde de biais : il semble me redouter. Sa main n’a pas fini de pousser, de ce que je vois : elle n’est encore qu’un petit moignon de chair qui confirme, toutefois, qu’elle repousse bel et bien. C’est dégueulasse, mais pratique. À côté de lui, celui aux commentaires salaces exécute les ordres sans broncher. Pas de spectacle avec l’épée magique, pas de cri ou d’engueulade. 



  • Fouille-les. demande Maryse à celui aux commentaires salaces. 


 

Cette fois-ci, un malaise passe sur son visage. Il s’approche de sa supérieure et demande à voix basse : 



  • La petite aussi?
  • Qu’est-ce que je viens de te demander?


 

L’homme hoche la tête et paraît moins sûr de lui. Il vient d’abord vers moi. J’écarte les bras et la petite ouvre la bouche d’indignation : 



  • Sérieux? Comme au centre?
  • Oui. je réponds. Tu sais pourquoi?


 

Aucun commentaire ne sort de celui qui me fouille. Lucy hausse les épaules en répondant : 



  • Certainement pas pour de la drogue et de l’alcool. Explosifs?
  • Et micro, et caméra. ajoute l’homme. Si quelque chose passe et que les défenses sont ébranlées, tout le monde à l’intérieur va en payer le prix. 


 

La réponse la satisfait. Lorsqu’il en a fini avec moi, il me glisse à l’oreille : 



  • Oh que je te croquerais une fesse…
  • Tu tiens trop à tes dents pour ça. 


 

Il semble aimer se faire répondre, au sourire qu’il affiche. Au tour de Lucy, l’attitude change du tout au tout. Il ne la touche pas, lui fait vider ses poches, retirer elle-même son manteau… Il est d’un respect et d’un savoir-vivre exemplaire. Bref, il la traite comme une adolescente. 

 

C’est quelque chose que je redoutais, à savoir si elle serait malmenée à cause de sa condition vampirique. Ça aurait pu… 

 

À la fin, il s’incline solennellement devant Lucy : 



  • Voilà, mademoiselle. Merci de laisser un commentaire positif à votre gardienne à propos de votre humble serviteur, Louis. Les pourboires ne sont pas acceptés.


 

Lucy sourit malgré elle en lui répondant d’un signe de la tête. Maryse valide nos noms et dates de naissance, puis nous laisse remonter en voiture. 



  • Ils ont l’air sympas… non? me demande-t-elle.
  • Je sais pas encore. 
  • Pourquoi le tunnel est aussi long?


 

Mes réponses lui sont patiemment données, et nous roulons jusqu’au bout où Jack-Dunn nous attend. Nous nous saluons et je fais les présentations. J’ignore si la couverture de “Jack” va tenir bien longtemps pour Lucy dans l’Élysée, mais je respecte ma promesse. 



  • Laissez vos valises dans la voiture : quelqu’un va les amener à votre chambre. Comme vous allez rester un peu dans l’Élysée, vous allez avoir une pièce pour vous deux. En temps normal, vous auriez été dans le secteur des vampires, à cause de mademoiselle, mais puisque le but de l’opération c’est de s’entraîner, vous allez demeurer dans le secteur des goules. 


 

Dunn s’adresse ensuite directement à Lucy :



  • Le Russe a fait venir une bibliothèque et des consoles dans ta chambre, pour que t’évites de t’emmerder pendant qu’on s’entraîne avec ton parent.
  • Je peux pas m’entraîner avec vous? 


 

Je suis si fière de ma fille… 

 

Le serviteur agrandit les yeux et a un énorme sourire : 



  • Ça peut se faire ! Pas toute, ça c’est certain, mais y’a des affaires qui se partagent. Le Russe vient aussi, des fois. Il aime ça, nous malmener. 
  • Est-ce qu’il a un accent?
  • Non. 
  • Est-ce qu’il faut qu’on l’appelle tout le temps “Le Russe”?
  • Oui.


 

Voilà, c’est le tour de Dunn. Je profite de cette petite vacance de questions pour observer Dahlia, celle qui, selon Oman, va vouloir ma mort. 

 

À notre approche, un malaise palpable gagne son visage. Lorsqu’elle regarde Lucy, j’ai l’impression qu’elle lui en veut. Cela ne dure que quelques secondes avant qu’elle ne présente son sourire le plus professionnel et ne nous demande nos armes. 

 

Et cette fois-ci, dame Lanceford est prête. Déjà dans l’entrée, elle nous toise toutes les deux, toujours suivie par son soldat. Cette fois-ci, la blonde demoiselle a une robe d’un jaune éclatant qui la met merveilleusement en valeur. Un pas dans notre direction avant de déclarer : 



  • Mademoiselle Fiset, bienvenue. Passons outre le baise-main, cette fois encore, pour vous éviter un plus ample malaise. 


 

Est-ce une pique ou une tentative de blague maladroite? À défaut de pouvoir le déterminer, j’ai un très vague sourire. Elle s’incline légèrement à l’endroit de ma protégée : 



  • Mademoiselle Dufour, bienvenue à l’Élysée de la métropole. Notre majesté vous présente ses respects et déclare votre présence Tolérée en son Élysée. 


 

Lucy fronce les sourcils, me regarde, regarde Dunn qui lui murmure quelque chose à l’oreille. L’adolescente s’incline à son tour, un peu maladroitement, et déclare : 



  • Merci, madame. 


 

Cela semble plaire à la jeune femme qui lui présente, maintenant, un doux sourire : 



  • Dame Abigael a émis le souhait de pouvoir s’entretenir avec vous, lorsque vous serez installées convenablement. Elle passera un peu plus tard dans vos appartements, cette nuit. Puisse votre nuitée vous être agréable !


 

Heureuse d’avoir pu observer ses si chères traditions, dame Lanceford s’incline à nouveau et s’éloigne avec son soldat. 

 

Lucy se penche un peu vers Dunn : 



  • Elle ressemble à Barbie, non?


 

Pour toute réponse, le serviteur me regarde avec des yeux ahuris et me déclare en nous faisant signe de le suivre : 



  • C’est MA fille, maintenant.


 

Il nous fait passer par les passages réservés aux goules en ajoutant : 



  • C’est la dernière fois que vous passez par ici. Il va falloir que toi, tu t’habitues à passer parmi les autres vampires. 


 

Ces mots vont à Lucy. Il continue : 



  • Tu peux garder Jessie avec toi, si ça te rassure. Lanceford a toujours son mari avec elle. Fais comme si elle était ta goule.


 

La mine dégoutée de l’adolescente me fait bien rire. Elle déclare sur un ton autoritaire loin d’être crédible : 



  • … Je t’ordonne de m’acheter une paire de Louboutin. 
  • Tu peux toujours rêver… 


 

Cette fois-ci, nous restons un peu plus longtemps à marcher dans le couloir des goules. Nous croisons une jeune femme aux cheveux foncés et courts, vêtue d’une jolie robe à pois noirs et blancs et d’un noeud rouge dans les cheveux. Fébrile, en voyant Lucy, elle se cache dans un couloir. Dunn sourit : 



  • C’est Audrey, la servante à Paty Vulin. Elle est super fine, mais elle est timide, un peu. 


 

Malgré sa timidité, elle adresse un “coucou” de la main à Lucy qui lui renvoie en souriant. Audrey semble un peu plus jeune que moi de quelques années, probablement au début de la vingtaine. Ses grands yeux fixent ma protégée avec une émotion que je suis incapable de décrypter, et elle ne dit mot lorsque nous passons devant elle.

 

Nous débouchons sur une immense cuisine qui semble commune où un chef s’affaire à préparer un repas. Un peu plus loin, une salle de repos, avec des tables pour manger, des consoles, une boîte de chocolat à peine entamée… Dunn nous brief pendant la marche : 



  • C’est ici que les goules vivent. Soyez pas surprises : on a sécurisé un peu plus la porte de votre chambre pour éviter des dérapages. 
  • Qu’est-ce que tu veux dire?
  • Qu’une goule en manque est imprévisible, comme un vampire en manque. me répond-il. Donc quand vous dormez, vous gardez votre porte barrée. Y’a juste Audrey qui a les clés pour remplir ton frigo. On est sur un horaire de nuit, pour la plupart. Sois dans la salle d’entraînement à 18h tapant. On a Juan, l'entraîneur personnel du Russe, qui nous est gracieusement prêté pour une heure, à chaque début de nuit. Faque on gaspille pas le temps avec lui : chaque minute compte. 
  • C’est un vampire? 
  • Ouaip. Il se lève tôt, l'enfoiré… Lucy, tu te lèves à quelle heure?
  • Vers 19H30… 
  • Tu viendras nous rejoindre quand tu en auras envie. On fait beaucoup de muscu et de cardio en salle. L’une des choses qui faut pratiquer et maintenir, parce que c’est fucking pratique, c’est tout ce qui ressemble à de la course à obstacles ou du parcours. On passe souvent par les toits pour rejoindre une cible. 


 

J’acquiesce, en me disant que ça fait du sens. Il continue : 



  • On a des modules déplaçables dans le bois autour pour se pratiquer. Après, ça dépend : escrime, tir, tir à l’arc, arts martiaux… On veut que tout le monde ait une base pour se déprendre en cas de bad luck. Tu vas tenir le coup?
  • Je tâcherai. 
  • Good. On a moins besoin de dormir que les personnes normales, faque le jour est adressé à des demandes de vampires. Toutes les goules ne s’entraînent pas avec nous, pis ça arrive que des vamps se glissent parmi nous. Ça se pourrait que tu croises Ferguson. Je sais pas quel genre de lien vous avez gardé après votre combat, mais c’est intéressant de savoir qu’il s’est fait pas mal moquer pour avoir perdu contre toi. 
  • Ben voyons… 
  • Ah non, c’est comme ça. Il y a toute sorte de monde… 
  • C’est quoi, le combat contre Ferguson? demande Lucy.
  • Je te montrerai tout à l’heure. je réponds.


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