Le Remède d'un Amour Interdit - Tome I
Chapitre 2 : CHAPITRE 2 : Madame & Suiren
1872 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 12/05/2026 15:15
- « Hé la souillon ! »
Perdue dans mes pensées, ne sachant pas où aller, je continuais d’avancer et n’entendis pas qu’on m’appelait. Je sursautai lorsque je sentis une main sur mon épaule.
Je me retournai et fis face à une jeune femme de grande taille et d’une grande beauté. Un instant, je regardai sa coiffure sophistiquée mise en valeur par des ornements dorés, puis sa robe qui épousait parfaitement ses formes voluptueuses. Je me sentis ridicule devant ce physique et cet air sûr d’elle.
- « Tu m’as entendue, la souillon ? » demanda-t-elle en me secouant l’épaule.
- « Euh… oui… je… » bégayai-je.
- « Je t’observe depuis un moment. Tu cherches du travail, c’est bien ça ? »
J’affirmai d’un timide signe de tête tandis qu’elle prenait une bouffée de son élégante pipe, dont elle recracha la fumée sur le côté.
- « Il a raison, l’aubergiste. Habillée comme ça, avec un marmot, tu ne trouveras jamais de travail », me dit-elle avec franchise.
- « Je le sais très bien. Si vous voulez bien m’excuser », dis-je poliment.
Je me retournai. Il fallait que je quitte ce quartier, cette ville et que je tente ma chance ailleurs. J’allais bien trouver un point d’eau à l’abri des regards où débarbouiller ma fille et moi. Ensuite, j’improviserais. Je l’avais bien fait jusqu’ici. J’avançais lentement. Une douleur lancinante sous la plante des pieds me rappelait que je n’irais pas loin. Mais, persévérante, je continuai mon chemin lorsque quelqu’un m’attrapa le poignet, m’obligeant à me retourner. Je fis à nouveau face à cette femme extravagante qui m’avait adressé la parole quelques minutes plus tôt et qui me regardait d’un air sévère.
- « Tu crois que tu vas aller loin comme ça ? » me dit-elle sans me lâcher.
Je n’eus pas le temps de dire quoi que ce soit qu’elle m’emmenait déjà de force avec elle. Assez vite, nous nous retrouvâmes dans une entrée grandiose qui menait tout droit à un bâtiment dont l’architecture raffinée et les couleurs attiraient l’œil des passants. Comment ai-je pu passer devant ça sans le voir ? Tandis que nous continuions d’avancer, je levai les yeux vers un grand écriteau où je pus lire :
« Le Palais Vert-de-Gris ».
Le Palais Vert-de-Gris ? J’ai déjà entendu ce nom quelque part… Elle m’emmène dans une maison close ? Je voulais protester, ne plus la suivre, mais il était trop tard. Nous venions de pénétrer à l’intérieur. Nous nous arrêtâmes de marcher. Sa main tenant toujours mon poignet, les yeux grands ouverts, je scrutai la salle principale, gigantesque. Je pouvais voir des jeunes filles balayer et lustrer le parquet. Des escaliers à chaque extrémité donnaient sur un étage ouvert où des femmes devaient se donner en spectacle. Je ne savais plus où poser le regard.
- « Bienvenue au Palais Vert-de-Gris », me dit la jeune femme, visiblement fière d’elle.
Je me gardai bien de lui dire que j’avais pu lire le panneau. Je ne connaissais pas cette personne et je ne savais pas ce qu’elle me voulait. Qui est-elle ? Une courtisane ? Ou quelqu’un de plus important ?
- « Allez, suis-moi », m’ordonna-t-elle tout en me lâchant la main.
- « Je peux savoir où vous m’emmenez ? » demandai-je, inquiète.
J’eus pour réponse un froncement de sourcils qui signifiait clairement : ne pose pas de questions. Je grimaçai intérieurement et la suivis jusqu’à une pièce que je trouvai assez sobre. Il n’y avait aucune fenêtre. Seuls quelques lampions, ici et là, apportaient une douce lumière. Il y avait quelques étagères en bois sur lesquelles étaient disposées des jarres, et des sachets pendus dont l’odeur me rappelait celle des fleurs et des herbes séchées.
Un grand meuble fait de petits tiroirs était collé au mur. Très vite, je me retrouvai devant une table et deux chaises. La jeune femme me montra l’un des sièges d’un signe de tête. Je m’assis en regardant autour de moi lorsqu’on toussota. Je tournai la tête et la vis, assise de manière élégante, me toiser d’un regard curieux, un petit sourire au coin des lèvres. Je déglutis.
- « Est-ce qu’elle a mangé ? » me demanda-t-elle en posant un instant les yeux sur mon bébé qui gazouillait.
- « Je lui ai donné le sein tôt ce matin », répondis-je, gênée, en caressant les cheveux de mon enfant.
-« Je vois. Et toi ? Depuis quand as-tu le ventre vide ? » ajouta-t-elle en me fixant.
Je n’osais répondre, mais mon estomac le fit pour moi. Je détournai la tête puis entendis la jeune femme appeler une adolescente qui passait le plumeau. Elle abandonna ses poussières et vint à notre rencontre. Elle me salua, ce que je fis en retour.
- « Va me chercher des gâteaux. Les secs, pas les gâteaux de lune ! Et du thé bas de gamme ! Et prépare un biberon de lait aussi », ordonna-t-elle.
- « Bien, Madame. »
La jeune fille, joliment coiffée et habillée, quitta alors la pièce. Un silence pesant s’installa entre cette femme et moi. Tout en dégustant ce qui restait dans sa fine pipe, elle m’observait sans rien dire. Mal à l’aise, je baissai les yeux et caressai la joue de ma fille du bout de l’index.
- « Tu sais que tu as un joli minois ? »
Je relevai immédiatement la tête et posai un regard surpris sur la jeune femme, qui ne put retenir un petit rire en me voyant rougir. Quelqu’un toqua à la porte. La même adolescente entra dans la pièce, un plateau à la main. Elle le déposa délicatement sur la table et nous laissa seules.
La porte fermée, la jeune femme m’invita à me servir. Plus inquiète pour ma fille que pour moi, je pris le biberon de lait. Par réflexe, je testai la température du lait sur l’intérieur de mon poignet. La température était parfaite. Je mis la tétine dans la bouche de ma fille, qui tira immédiatement dessus et tint la bouteille de verre entre ses petites mains.
- « Alors, comment dois-je vous appeler toutes les deux ? Et d’où venez-vous ? Car tu n’es pas du coin, c’est certain ! »
Je ne savais pas quoi répondre à cette jeune femme qui portait un grand intérêt à ma situation. Je ne savais pas si je pouvais lui faire confiance. Mais le geste qu’elle avait eu pour mon enfant me fit ouvrir la bouche.
- « Je m’appelle Suiren, et ma fille Ah-Duo », répondis-je timidement en posant le biberon vide sur la table. « Et… vous ? » me risquai-je.
- « C’est moi qui pose les questions ! » dit-elle en fronçant les sourcils. « Mais tu peux m’appeler Madame. »
Devant son sérieux, je ne répondis pas. Je me contentai d’approuver d’un signe de tête. Elle posa sa belle pipe sur la table puis s’assit correctement. Elle mit un coude sur la table et posa son menton sur le revers de sa main. Elle me scruta un moment, me mettant de plus en plus mal à l’aise.
- « Alors, d’où viens-tu ? » demanda-t-elle à nouveau.
Je n’avais pas envie de lui dire ce que j’avais fui, ce que j’avais perdu.
- « Bon, ma cocotte, il va falloir que tu parles. On ne me la fait pas à moi ! Tu sais, je suis le genre de personne qui voit tout, qui sait tout, mais qui ne dit rien. Ce n’est pas pour rien que je tiens un bordel de luxe et que l’on m’appelle Madame ! »
Alors c’est la gérante de cet établissement. Il va falloir que je parle, sinon je risque de passer un sale quart d’heure. Je levai doucement les yeux et ouvris la bouche.
- « Des barbares sont venus piller et brûler le village où je vivais. J’ai… j’ai… »
- « Parle plus fort, j’entends rien !!! » s’exclama-t-elle en frappant la table de sa main, me faisant sursauter. « On dirait que tu as un chat dans la gorge ! Donc recommence ! Et parle plus fort ! »
- « Des barbares sont venus piller et brûler le village où je vivais. J’ai dû fuir à la demande de mon mari pour protéger ma fille et moi », expliquai-je en jouant avec les doigts de mon bébé. « Mais je pense que je ne le reverrai plus jamais… »
L’attaque me revint à l’esprit. J’entendis les cris, vis les flammes, puis le regard suppliant de mon mari. Je ne pus retenir les larmes qui coulaient le long de mes joues. Gênée, je les essuyai rapidement d’un revers de main, étalant un peu plus la crasse présente sur mon visage.
- « C’est bon, c’est bon. J’ai compris. Vous êtes des réfugiées », dit la gérante d’une voix plus calme.
Je relevai la tête et la vis me fixer, un léger sourire au coin des lèvres.
- « Oui… c’est ce que nous sommes. Et je vous demande l’asile si cela est possible. »
En entendant ma requête, la jeune femme haussa un sourcil. Je déglutis, mais continuai.
- « Je peux faire tout ce que vous me demanderez si vous me permettez de nourrir ma fille et moi. Je sais cuisiner, faire le ménage, servir des boissons et des repas s’il le faut… »
- « Vraiment tout ? » me coupa-t-elle, intéressée.
J’acquiesçai.
- « Ça devient intéressant tout ça », dit-elle d’un air malicieux. « Mais avant tout, je vais demander à ce que l’apothicaire vienne vous ausculter, toi et ton bébé. Vous êtes dans un de ces états… »
Elle se leva et marcha vers la porte avec une assurance pleine de grâce. Elle passa la tête dans le couloir et cria :
- « Toi, là ! Va chercher l’apothicaire et dis-lui que c’est pour une affaire d’une extrême urgence ! Et insiste bien sur l’urgence !! »
J’entendis une petite voix répondre, puis des bruits de pas qui s’éloignaient rapidement. La jeune femme revint vers moi et reprit sa place. Elle me fixa un instant puis m’invita à me servir en gâteaux secs et en thé bas de gamme. Je ne me fis pas prier.
J’avais un peu honte, mais la faim tiraillait tellement mon estomac que je finis presque toute l’assiette et bus deux tasses de sa boisson chaude, qui apportait à mon corps ce qui lui manquait. En attendant l’apothicaire, cette femme qui venait de nous sortir de la rue continua son interrogatoire.
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Merci pour votre lecture 📖 Comment vas se passer l'arrivée de l'Apothicaire, selon-vous ? 🌿