Spectres

Chapitre 8

3000 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 20/02/2022 20:41

-Vous auriez pu vous tuer, toutes les deux !

Moira était folle de rage. Ces dernières semaines, Dani et Illyana avaient été témoins des sautes d’humeur de leur professeure et amie à plusieurs reprises, mais jamais elles n’avaient un tant soit peu assisté à un niveau de colère semblable à ce qu’elle exprimait à cet instant précis.

Toutes les trois étaient assises dans la petite mais bien équipée infirmerie. Le docteur MacTaggert était occupée à panser les blessures des filles que ces dernières s’étaient infligées durant le combat. Même si la plupart de leurs coupures et écorchures s'avéraient superficielles et avaient simplement besoin d’être minutieusement nettoyées et bandées, Dani avait tout de même une profonde entaille occupant presque toute la longueur de l’avant-bras gauche qui nécessitait des points de suture. La jeune Amérindienne aurait une cicatrice une fois sa blessure guérie. Il en était de même pour la grosse balafre au-dessus de l’œil gauche d’Illyana.

Dani grimaça pendant que Moira enfilait les points.

-Au moins, vous avez récolté des informations sur mon pouvoir. Pas vrai ?

Moira s’arrêta dans ce qu’elle faisait.

-Dani, est-ce que tu es capable de comprendre que tu comptes beaucoup plus à mes yeux que des données sur ta mutation ? répliqua-t-elle en bouillonnant intérieurement. Nous aurions fini par trouver des moyens beaucoup plus sûrs de mener des tests qui nous auraient permis d’arriver au même résultat, à la place de ce… ce combat ridicule que vous avez tant insisté à organiser ! Franchement, c’est le genre d’idée que je me serais attendue à entendre de la bouche des garçons, pas de la tienne.

-On est désolées, docteur MacTaggert, répondit Dani à voix basse, calmée par cette réprimande.

-Toutes les deux, vous êtes confinées dans vos chambres pour le reste de la semaine. Autorisation d’en sortir uniquement pour les cours et les repas. Le reste du temps, je ne veux pas vous voir mettre le nez dans le couloir. Suis-je bien claire ?

-Mais, docteur MacTaggert…, commença Illyana.

-Quant à toi, Illy. J’ignore où tu te procures de l’alcool et je m’en contrefouts. Mais ici, c’est une école, pas un bar. Alors tu t’en débarrasses, et que je ne trouve plus de bouteilles ici ! Plus jamais ! Compris ?

-Oui, madame, répondit Illyana d’une voix à peine audible.

Moira finit par sortir une seringue remplie du sérum destiné à neutraliser les pouvoir de Dani. Voyant cela, cette dernière gémit de désarroi.

-Oh, docteur MacTaggert, s’il vous plaît, non…

-Pas un mot de plus, Dani, la coupa fermement la scientifique. Avant que le professeur McCoy et moi-même ayons examiné les données collectées, il est hors de question de courir le risque que ton pouvoir se manifeste sans que tu ne le saches. À l’avenir, tant qu’aucune session de pratique n’est envisagée, le sujet est clos jusqu’à ce que vous soyez parfaitement rétablies. Parfaitement et pas avant !

-Mais, docteur MacTaggert…

-Et si l’une de vous a encore le culot de me répondre, je vous jure que je vous injecte un sédatif avant de vous enfermer à double tour dans vos chambres pendant un mois tout entier ! Est-ce bien clair ?

Les deux élèves échangèrent un regard nerveux. Pour l’heure, toute tentative de discuter avec leur professeure était vaine. La chercheuse était dans une colère noire.

-Oui, madame, répondirent-elles docilement.

Après qu’elle eut fini de traiter toutes leurs blessures, Moira tourna les talons puis sortit de l’infirmerie avec fracas, le rythme énervé et saccadé de ses chaussures raisonnant dans le couloir tandis qu’elle s’éloignait à grands pas.

-Ouf…, laissa échapper Dani en expirant lentement.

-Eh bé, acquiesça Illyana.

-J’ai l’impression qu’on lui a vraiment fait peur cette fois.

-On a intérêt à se comporter en élèves modèles pendant les six prochains mois.

-Elle tient énormément à vous, vous savez, leur dit Hank McCoy en entrant dans la pièce.

-Professeur, fit Dani en soupirant, rassurée.

-Vous n’allez pas nous crier dessus vous aussi, si ?

Hank laissa échapper un petit rire :

-Vous êtes venues vers moi afin que je vous donne mon aval pour cet exercice. Je vous l’ai accordée. Cela dit, je ne m’attendais pas à ce que vous essayez de vous hacher menu.

-On voulait seulement voir ce dont on était capables, protesta gentiment Illyana. Pour une fois qu’on avait le droit de se lâcher un peu.

-Oui. En effet. Je suis d'ailleurs ravi de constater que c’est ce que vous avez fait. Vous allez bien ? demanda-t-il, visiblement inquiet en contemplant tous leurs pansements.

-On a une nouvelle collection d’hématomes et d’écorchures, et aussi quelques coupures, mais ça va ; plus de peur que de mal, lui assura Dani.

-On ne va quand même pas rester cloîtrées dans nos chambres toute la semaine, hein, professeur ? gémit Illyana.

-Pour le moment, si. En fait, je crois qu’il serait dorénavant très sage que vous fassiez exactement tout ce que le docteur MacTaggert vous dit de faire. Je vais aller lui parler. Mais je vous conseille de faire profil bas. Dès le début, cette idée ne la réjouissait pas. À l’avenir, il serait sage de trouver des méthodes qui s’avéreront moins… stressantes pour elle.

-On n’avait absolument pas l’intention de la mettre en colère, protesta Dani.

-Ni de lui faire peur, ajouta Illyana.

Hank les considéra toutes les deux avec attention.

-Je voulais simplement m’assurer que cet exercice ne cachait pas une certaine animosité personnelle.

Les deux mutantes échangèrent un regard perplexe.

-Oh, vous voulez dire… si on se déteste ? Non, non. Pas du tout, s’exclama la blonde.

-Illy m’a aidée, professeur, ajouta Dani. Et pas qu’un peu. Vous ne pouvez pas savoir à quel point ce qu’elle a fait est important. Aujourd’hui, j’ai réussi à contrôler l’Ours. Même si j’ai perdu, j’ai pu contrôler mon pouvoir. Jamais je n’avais réussi à faire ça.

-C’est un énorme progrès, je te l’accorde, acquiesça le mutant à fourrure bleue.

-Si j’ai demandé à Illy de ne pas retenir ses coups, c’est parce que je voulais tester mes limites, même quand les choses se sont corsées. Et, ouais, j’avais envie de lui rendre la pareille. Mais ça n’avait rien à voir avec de la haine. En fait, je n’aurais jamais pu lui demander de m’affronter si elle n’avait pas toute ma confiance.

-On se cherche un peu toutes les deux. Mais ça, vous risquez de le voir souvent, ajouta Illyana. Je sais que j’ai tendance à être un peu… insupportable. Mais c’est mon caractère, j’ai besoin de faire un peu chier le monde de temps en temps. Mais j’suis pas contre que Dani me rende la pareille. À cause de nos pouvoirs, il y a très peu de gens qui sont capables de faire ça pour nous. Dani m’aide comme personne le pourrait.

Pour appuyer sa phrase, les deux jeunes femmes serrèrent fermement leurs mains l’une dans l’autre dans un geste de solidarité.

-S'il vous plaît, professeur, reprit Dani. La seule chose qui me fait peur, c’est de revenir en arrière. J’ai réussi à utiliser mon pouvoir ! Je peux vous dire que ça fait du bien. Je ne veux plus être constamment droguée. Je veux travailler avec vous et le docteur MacTaggert pour trouver un moyen qui fera que mon pouvoir ne causera plus de problème. Je vous jure de faire tout ce que vous me direz, du moment que ça marche. J’emprunterai le chemin où vous me direz d’aller.

-Oui, eh bien, le seul chemin qu’il vous faut emprunter pour l’instant, c’est celui qui mène à vos chambres, répondit Hank. Vous en avez suffisamment bavé pour la journée. Alors, accordez-vous du temps pour vous reposer. Vous en avez plus besoin que vous ne le pensez.

Il avait atteint l’entrebâillement de la porte lorsqu’il se retourna :

-Une dernière chose : ce que j’ai vu de vos compétences était tout à fait impressionnant. Vous pouvoirs sont extraordinaires. Soyez assurées que je mettrai au point des alternatives afin que vous puissiez… vous lâcher en toute sécurité.

Il leur sourit, puis quitta la pièce.

Dani se tourna vers Illyana et lui sourit tristement :

-T’as encore des ennuis. Je suis désolée, Illy.

-Hé, je commence à avoir l’habitude, plaisanta la jeune élève. « Ennuis », c’est mon deuxième prénom. Un jour, ils vont même installer une plaque en or avec mon nom gravé dessus dans l’entrée pour commémorer mes exploits.

Dani parvint à afficher un sourire, malgré la sensation de piqure sur sa joue qui était salement éraflée.

-Je suis aussi désolée pour avoir été aussi nulle. J’espérais vraiment qu’on aille au bout des quatre manches, toutes les deux. Mais je n’ai même pas réussi à finir la seconde.

-Tu te fous de moi ? répliqua Illyana. Dani, t’as été incroyable. Tu m’as tenu tête dans un combat, un vrai, et t’as rien lâché. Je dois être honnête : je pensais pas une seule seconde que t’avais cette force en toi. Tu m’as vraiment scotchée.

-Oh ! Euh, merci, répondit Dani en rougissant face à ce compliment inattendu. Et je te remercie pour ce que t’as fait aujourd’hui. Ce que j’ai dit au professeur, je le pense vraiment. Ce que t’as fait, ça compte énormément pour moi. J’aurais jamais cru qu’une journée comme celle-là m’arriverait. Mais j’ai réussi à contrôler mon pouvoir, même si c’était un court instant. Je te dois beaucoup, Illy. J’aurais jamais pu faire ça sans toi.

Dani s’attendait à ce que la jeune Russe détourne son commentaire, ou le prenne à la légère, mais ce que cette dernière lui dit la surprit.

-Je sais que tu t’attends à ce que je dise quelque chose pour me la péter, fit-elle en affichant un sourire sombre. Mais… on peut se faire un mini Cercle de Vérité, rien que toi et moi ? Tu es mon amie. Je t’adore, sincèrement. Tu n'imagines pas à quel point j’en ai rien à foutre de qui a gagné ce match. Maintenant, je sais que, si jamais on devait en arriver là, tu te battrais pour moi. Tu ne t’enfuirais pas en courant. Ça compte beaucoup pour moi.

Elle s’arrêta de parler un moment pour ne pas se laisser aller à la soudaine et inattendue vague d’émotion.

-T’es mon alpha, poursuivit-elle. Tu nous diriges. Et moi, je te suis. Je te remercie. Pas seulement pour avoir vu du bon en moi, mais pour m’avoir aidée à ce que moi, je vois le bon au fond de moi. C’est un endroit où je n’aurais jamais cru aller non plus.

Illyana glissa ensuite hors de la table d’examen avec précaution. Elle grimaça car ses gestes tirèrent sur ses pansements.

-Ok. J’arrête de faire du sentimentalisme. Y a Roberto qui m’attend et quand je vais débarquer toute en sueur et écorchée de partout, il va m’en faire toute une montagne. Je crois que ça l’excite, confia-t-elle en affichant un sourire. Il va sûrement me prescrire un traitement à base de caresses et de câlins et... tu sais quoi ? Je crois que j'vais vite me retaper. Tu devrais laisser la petite louve de thérapie faire pareil avec toi. On se voit au dîner, Moonstar.

La jeune blonde quitta l’infirmerie en boitant et Dani ne put que la contempler, bouche-bée de stupéfaction.

* * *

Peu après vingt et une heure, Moira MacTaggert, penchée sur son poste de travail, examinait attentivement les lignes de données affichées sur l’écran de son ordinateur. Elle leva la tête, se rendant soudainement compte qu’elle était observée, pour voir Hank McCoy lui sourire depuis l’embrasure de la porte de son bureau. Il portait un service à thé contenant deux tasses et une théière remplie de tisane.

-Ces données seront encore là demain matin, vous savez, lui rappela-t-il.

-Hank ! fit Moira en se penchant péniblement en arrière pour étirer son dos courbaturé. Oh, je sais bien. C’est seulement que… c’est la première fois que nous récoltons des données conséquentes sur la mutation de Dani. Ce que nous avons enregistré aujourd’hui est une véritable caverne d’Ali Baba. C’est inestimable ! Ça nous sera d’une grande utilité.

-Vous êtes comme moi : une fois que vous mettez le nez dans un problème, vous ne pouvez pas vous reposer avant d’avoir trouvé la solution. Je vous ai apporté du thé.

-Ça sent très bon. Je vous en prie, entrez.

Hank pénétra dans la pièce, posa le plateau sur le coin du bureau et remplit précautionneusement une tasse pour sa collègue et une autre pour lui. Il prit place en face de Moira.

-Me voilà soulagé. J’avais peur que vous n’ayez vu cette expérience que comme une perte de temps, lui confia-t-il.

La chercheuse poussa un soupir.

-Je sais que je n’y suis pas du tout allée de main morte avec les filles, reconnut-elle en affichant un sourire triste. J’aurais dû leur dire non dès le départ mais, ensuite, je me suis dit que ce ne serait qu’une bagarre sans grande conséquence. Quand j’ai commencé à voir du sang gicler sur la neige, je… enfin… Disons juste qu’ensuite, j’étais moins enthousiaste.

-Elles jouent les dures, admit Hank. Mais elles le sont, Moira. Elles repoussent les limites, c’est vrai, mais elles sont tout à fait conscientes de là où elles leur sont imposées. Je suis tout de même heureux de constater qu’elles ont au moins le bon sens de nous informer de ce qu’elles prévoient de faire. Croyez-moi : à leur âge, j’étais loin d’être aussi franc avec les adultes qui m’entouraient.

-C’est simplement dommage que le seul moyen qui nous ait permis de réunir ces informations consistait manifestement à les autoriser à se battre entre elles.

Hank posa sa tasse.

-Est-ce vraiment tout ce que vous avez vu ? Un combat ? Ça me surprend de vous, Moira.

Cette dernière fronça les sourcils sans comprendre.

-Pourquoi ? Il y avait autre chose que j’étais supposée voir ?

Son collègue lui sourit.

-Vous savez… vous ne pouvez pas le voir à cause de toute cette fourrure, mais mon menton carré est assez salement scarifié, confessa-t-il. La plupart de ces cicatrices, ce ne sont pas des ennemis qui me les ont infligées. Elles viennent de camarades avec qui j’ai grandi et étudié ; des gens qui sont devenus des amis très chers : Scott, Warren, Bobby et même Jean. Tous m'ont laissé un souvenir indélébile au visage. Et toutes ces marques sont le prix d’une amitié éternelle. Aujourd’hui, nous n’avons pas simplement assisté à un combat, Moira. Nous avons été témoins d’une amitié en train de se forger pour devenir indestructible. Dani et Illyana savent désormais qu’elles peuvent compter l’une sur l’autre et cela peu importe ce qu’il leur arrivera au cours de leur vie. Elles seront là pour se tendre la main et se soutenir dans les bons comme dans les mauvais moments. Plus jamais elles ne se méfieront ni ne douteront l’une de l’autre. Elles ont créé un lien qui durera éternellement. En tout franchise…

Il reprit sa tasse de thé.

-C’était un événement exaltant à regarder.

Moira considéra un long moment les mots de son acolyte.

-Je n’ai jamais envisagé ça sous cet angle, avoua-t-elle enfin. Mais c’est vrai que j’ai remarqué à quel point Illy va mieux depuis qu’elle et Dani sont devenues amies. C’est vraiment une relation salutaire pour toutes les deux.

-Pour nous aussi, dit Hank. Vous et moi, nous sommes des scientifiques. Ce n’est jamais agréable de se prendre des coups de poing au visage pour qu’une expérience s’avère enrichissante. Mais au fil des années, j’ai appris à ne pas négliger ce genre de méthode. Je ne crois pas me tromper en disant que les pires jours d’Illy sont maintenant derrière elle. Les filles m’ont dit, mot pour mot, qu’elles seraient prêtes à tout faire pour nous aider dans nos prochaines recherches. Je ne pensais pas que venir travailler ici aux côtés de ces élèves serait si… gratifiant.

Moira considéra Hank un long moment et un sourire chaleureux se dessina lentement sur son visage. Elle leva sa tasse pour porter un toast.

-Je suis vraiment heureuse d’avoir la chance de travailler avec vous, Hank.

-Et c’est un honneur et un privilège de travailler à vos côtés, Moira, lui répondit Moira.

Ils trinquèrent et prirent une longue gorgée de leur thé dans un paisible silence.


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