D'Eau et de Feu

Chapitre 30 : Un nouveau départ

Chapitre final

2355 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 08/08/2026 11:08

Chapitre 30


Écume rejoignit Cendral en courant, et tous deux passèrent la grande porte du bâtiment. Le soleil éblouit la dragonne quelques secondes, puis elle distingua l’Aile du Ciel qui se tenait auprès de Qibli et Lune-Claire.


Ils s’asseyèrent tous les quatre sur des coussins disposés sur le sable chaud.


— Bon, alors… la vraie question, c'est par où commencer ? dit Lune-Claire, hésitante.


— Des centaines de dragons sont venus nous demander asile il y a six mois, leur peuple était asservi par une reine machiavélique, on est allés là-bas pour l'arrêter, il s’est avéré que c’était une plante, qui était en fait un charo… euh… humain et qui contrôlait la reine et bien d’autres depuis cinquante ans. On les a tous vaincus, et voilà.


Les trois dragons regardaient Qibli, sonnés par la quantité d’informations débitées à plein régime.


— Attends, attends… quoi ? Mais… quoi ? dit Cendral, complètement perdu.


Qibli souriait à Lune-Claire de toutes ses dents.


— Trop rapide ? 


L’Aile de Nuit leva les yeux au ciel d’un air amusé. 


Qu'est-ce que c’est que cette histoire ? Une plante ? Un “humain” ?! Mais c’est quoi un humain ?! 


— Bon, je vais tâcher d’y aller plus doucement, reprit l’Aile de Sable.


Il commença le récit en détail, en commençant par l’arrivée d’une mystérieuse dragonne sur une plage au nord-ouest d’ici.


Quand il eut fini, un grand silence s'installa entre eux, alourdissant davantage l’atmosphère.


Wow… juste… wow. C’est… c’est une histoire de dingue ! Il ne se ficherait pas de nous par hasard ? Non parce que, dans le genre farfelu…


Écume observait Qibli et Lune-Claire, le dragon semblait attendre une réaction de leur part. 


— Vous… quelque chose vous dérange dans ce que je vous ai raconté ?


Cendral, qui s’était assis sous l'effet du choc, releva les yeux vers lui en faisant une grimace.


— Tout ? Enfin, je veux dire… c’est… ça n'a… 


Il se tut, baissant le regard vers ses griffes une nouvelle fois.


— Moi qui pensais qu'on avait déjà vécu des trucs de dingues, je dois dire que là… mais j'ai une question, c’est quoi un humain ? Et cette plante, vous vous en êtes définitivement débarrassés ? demanda Écume.


— Alors, les humains, ce sont les charognards…


Cendral releva les yeux vers Qibli. 


— Les charognards ? Ces trucs ont leur propre nom ? 


— Oui, et ils y tiennent, ils sont bien plus malins qu’on ne le pensait, aussi intelligents que nous ! Et d’ailleurs, tous les clans ont convenu de ne plus en manger. Je pourrais vous présenter un dragon qui est IN-CO-LA-BLE sur le sujet.


Ces espèces de petits singes sont aussi intelligentes ?! J'aimerais tellement en rencontrer ! Je ne les ai vus que dans les parchemins.


L’Aile du Ciel soupira, le museau soudainement un peu plus soulagé.


— Heureusement que je n’en ai jamais mangé alors… je m’en serais voulu, dit Cendral à mi-voix.


— Oui, beaucoup sont dans cette situation aussi… ou regrettent… répondit Qibli, l’air contrit.


Il se tourna vers Écume et lui sourit. 


— Et pour te répondre, oui, nous en sommes débarrassés, c'est certain. Plus aucune crainte à avoir.


Ouf ! Une fichue plante monstrueuse mangeuse de cerveau, très peu pour moi.


— Vous voulez toujours vous y rendre ? Si c’est le cas, on peut vous dire comment faire ! proposa Lune-Claire.


Écume et Cendral se regardèrent dans les yeux. 


— Moi oui, et toi, ça t’intéresse toujours malgré tout ça ? demanda Cendral.


Même si je suis un peu moins enthousiaste, ça reste un nouveau continent, de nouveaux dragons…


Puis, tu seras avec Cendral de toute façon.


— Oui, vu qu’on sera ensemble, ça ne m’impressionne pas.


L’Aile du Ciel lui fit un de ses rares sourires radieux et reconnaissants. 


— Ok, je reviens, dit Qibli en s’éloignant d'un pas rapide.




Lune-Claire les regardait, un peu gênée, fixant particulièrement Cendral.


— Tu… tu sembles aller mieux que lors de notre première rencontre.


Le dragon lui jeta un regard surpris, puis regarda Écume. Il resta silencieux quelques instants, puis détourna les yeux. 


— Oui. Je ne suis plus tout à fait le même. Grâce à Écume et… un peu à Glacier aussi, il faut l'admettre.


L’Aile de Nuit sembla se détendre un peu, jouant de ses griffes dans le sable. 


— Vous avez eu de la chance de vous trouver. 


Cendral esquissa un sourire. 


— Oui, même si ce n'est pas vraiment ce que je me disais au début. 


— Hé ! Pas cool ! répondit Écume en l’aspergeant de sable d’un coup de queue. Je te rappelle que tu n’étais pas franchement le dragon le plus agréable non plus à ce moment-là.


Et même sacrément grognon ! Et irritable ! Et impatient ! Et bien d’autres. Par les trois lunes, il se moque de moi ou quoi.


— Oui, c'est vrai. Heureusement qu’on a persévéré. Je ne sais pas ce que je serais devenu sinon.


— Moi non plus, admit Écume.


Lune-Claire passait de l’un à l’autre de son regard amusé quand Qibli refit son apparition, tenant sous son aile un parchemin enroulé qui réveilla instantanément la curiosité d’Écume.


— Voilà, dit le dragon en tendant le parchemin à Écume.


Elle le déroula et vit une carte : de chaque côté se trouvaient les continents de Pyrrhia et de Pantala. Entre eux, un long chemin d'îles aux tailles diverses et éparses.


L’Aile de Sable fit glisser sa griffe le long du chemin en expliquant. 


— Vous devrez suivre ce chapelet d'îles, elles sont parfois assez éloignées les unes des autres. Mais à terme, vous atteindrez Pantala.


Qibli désigna du menton le pansement de Cendral. 


— Mais… tu ne pourras pas tenir la longueur avec cette blessure. Il va falloir attendre qu’elle guérisse. C'est trop dangereux sinon. 


Cendral soupira en regardant l’amas de terre, l’air furieux. 


— Très bien… je suppose que ça peut attendre un peu. 


C'est pas plus mal, ça va nous laisser assez de temps pour tout préparer. 


Surtout que je dois écrire à Acora, pour lui dire où nous allons. Je ne veux pas qu’elle s’imagine des choses.


Écume donna le parchemin à Cendral, qui le rangea dans sa sacoche sous son aile. 


— Bon, eh bien… on va vous laisser. On doit se rendre au Royaume de Sable avec la Reine Épine, dit Qibli en jouant de sa queue avec celle de Lune-Claire.


— Prenez soin de vous. Et j’espère que vous reviendrez nous voir pour tout nous raconter, ajouta l’Aile de Nuit en leur souriant.


Cendral leur fit un signe de tête pour les saluer. 


— Merci pour votre aide à tous les deux. 


— Oui ! Merci, et… à bientôt j'espère, rajouta Écume en se levant pour leur dire au revoir.



Alors que les deux dragons disparaissaient entre les tentes, Cendral et Écume restèrent seuls.


— Alors… on fait quoi ? demanda la dragonne au bout d’un moment.


Cendral se tourna vers elle, ses yeux brillants. 


— Maintenant, on se repose, et on se prépare. On aura un long voyage à faire.


C'est le moins qu’on puisse dire… c'est normal que j'aie à la fois hâte et peur en même temps ?


Oui, c’est normal. C’est le principe de l’aventure.


Écume s’assit en poussant un grand soupir, comme si ses muscles relâchaient une pression longtemps accumulée.


Elle s’allongea et posa sa tête sur ses pattes avant.


Alors, on se repose…












La matinée était fraîche, Écume marchait le long d’une bâtisse étrange, faite de terre séchée et semblant être sur le point de s’écrouler au moindre coup de vent.


Serrant un message enroulé entre ses griffes, elle marchait d’un pas rapide.


Qu’est-ce qu'elle a répondu ? Elle a dit oui ? Elle est déçue ? Triste ? Elle m’en veut ?


Arrête, marche plus vite si tu veux le savoir. 


Elle accéléra le pas et entra dans le campement. Cela faisait une semaine qu’ils étaient ici, donc elle connaissait les lieux par cœur, même les gardes la saluaient avec gentillesse quand elle revenait de la ville.


Cendral, où est Cendral ?


Elle retrouva son ami assis à discuter avec un garde Aile de Sable. Se précipitant vers lui, elle manqua de le percuter dans sa course folle.


Il se tourna vers elle avec un petit sourire, elle tendit la patte vers lui et lui montra le message, enroulé sur lui-même et fermé d’un ruban d’algue.


— C’est ça ? 


Écume hocha la tête, trop angoissée pour lui répondre. L’Aile du Ciel salua le garde, puis fit signe à Écume de le suivre. 



Ils arrivèrent à leur tente attitrée pour leur séjour, et ils s’asseyèrent. Écume posa le petit parchemin dans le sable et se mit à le fixer.


Je peux pas, je peux pas l'ouvrir. 


Pourtant, il le faudra bien. 


Oui mais, si elle me rejette encore ? 


Tu n’en sais rien. 


C'est bien ÇA le problème ! 


Elle entendit tousser à côté d’elle et releva la tête pour croiser le regard de Cendral.


— Tu sais… je ne crois pas que tu puisses le lire par la pensée en le fixant comme ça.


— Ouais… mais je… je… 


Prenant le bout de papier, elle le tendit à Cendral. 


— Tiens, lis-le, toi.


Cendral referma les griffes d’Écume autour du parchemin, et repoussa sa patte doucement pour la ramener vers elle. 


— Ce n’est pas à moi qu'il est adressé… mais je suis là, alors tout ira bien.


Tout ira bien ? Il se moque de moi ou quoi ? 


Non, il a sûrement raison. Alors arrête de faire ta limace de mer et lis ce fichu bout de papier. 


Elle soupira, puis d’une griffe tremblante, décrocha le ruban et déroula le parchemin. 



Écume,


Je trouve ton idée de voyage excellente, et j'espère que cela te fera du bien. 


Je te remercie sincèrement de m’avoir avertie, car au moins je sais ce qui t’arrive et que tu es en bonne compagnie.


Reviens vite me voir avec plein d’histoires. J'ai hâte de te revoir.


Avec toute mon affection, 


ACORA



Écume, qui avait retenu sa respiration pendant sa lecture mentale, prit une grande bouffée d'air frais. Elle leva ses yeux rougis vers Cendral avec un sourire grimaçant sur le museau.


Elle ne m’a pas rejeté… 


Je te l’avais bien dit.


— Je suis heureux pour toi, Écume, lui dit Cendral en lui donnant un petit coup d’aile.


Un frisson de joie parcourut le corps d’Écume, sentiment qu'elle n’avait plus ressenti depuis longtemps. Cela lui fit comme une chaîne qui pesait sur ses ailes et qui disparaissait d’un seul coup.


— Merci…


Elle vit une grosse sacoche tressée qui semblait remplie à ras bord, posée près de l'entrée de la tente.


— Tu as pu tout prendre ? demanda-t-elle à Cendral.


Il tapota de sa patte le sac et hocha la tête. 


— Oui, des provisions pour nous deux. De quoi tenir facilement une semaine, peut-être même plus si tu arrêtes de manger pour trois.


Elle le fixa d’un air outré, glissant son regard sur le grand dragon. 


— Hum… c'est toi qui dit ça. 


Il sourit en glissant la sacoche en dessous de son aile gauche. Écume remarqua le pansement, et s'approcha de lui.


— Bon, voyons voir ta plaie. Allonge-toi.


Le grand dragon s'exécuta, et leva son aile pour qu’Écume puisse accéder facilement au pansement. Elle retira la terre qui avait durci à cause du climat, et enleva délicatement la couche de feuilles et de plantes.


La plaie s’était bien refermée, laissant place à une couche de peau rugueuse et dure comme de la roche. Elle appuya à divers endroits avec douceur.


— Tu as mal quand je fais ça ?


— Non, du tout. J’ai juste l’impression que c’est plus sensible qu'avant à cet endroit. 


— Normal, tu as la peau à nu. Il faudra plus de temps pour que tes écailles repoussent complètement. Et quand tu voles ? Et ta patte ? Rien ?


— Non, rien. Juste une gêne parfois quand je suis dans certaines positions, mais c’est supportable sans problème.


Écume repoussa les restes du pansement et s'écarta pour que Cendral puisse se relever.


— Bon, alors… tout est bon… dit Écume en se dépoussiérant les griffes.


— On y est. Tu es toujours sûre de vouloir venir ? Je comprendrais, car tu as Acora, tu sais.


Elle le regarda dans les yeux d’un air résolu. 


— Sûre de chez sûre. Et toi ? 


Le dragon se leva puis s’étira en poussant un grognement de satisfaction. 


— Aucun doute. 


— Alors, on est partis. Je préviens juste un garde puis on y va.


Il s’éloigna pour aller discuter avec un des gardes en faction dans le camp. Écume l’observa, souriante à s’en faire mal aux mâchoires. 


Tant de choses ont changé… 


Oui, toi, pour commencer. 


Cendral revint puis, après un signe de tête pour l’inviter à la suivre, il s’envola. 


Écume décolla quelques instants plus tard, et battit des ailes pour rejoindre son ami et voler à ses côtés.


Tous deux regardèrent droit devant eux, en direction de la mer à l’ouest du continent… et en direction de Pantala…


Une nouvelle vie m’attend… une vraie vie…












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