Annexes : D'Eau et de Feu
Chapitre 8 : Glacier : Dernière partie
2361 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 27/09/2026 13:05
Chapitre 7
La chaleur était étouffante pour Glacier, le soleil était haut dans le ciel et semblait le narguer.
Où est-il ? Ce n’est vraiment pas le moment de partir faire n’importe quoi !
L’Aile de Sable était assis sur une petite bande de sable, au bord du canal séparant les deux parties de Possible-Ville. Il guettait l’arrivée de Venin, ses yeux inspectant chaque dragon qui volait dans le ciel dégagé. Il tapotait une pierre de sa griffe, impatient.
Pourtant, il le sait, que je n'aime pas rester à découvert ! Il fait exprès pour m’agacer ou quoi ?
Il poussa un soupir de colère, ses naseaux projetant un petit nuage de glace qui s’évapora presque instantanément.
Derrière lui, il entendit quelques pas discrets suivis d’un bruit de pierre roulant sur la roche. Le dragon se retourna vivement, tendu, et reconnut Venin qui s’approchait en boitant.
- Qu’est-ce qui t’est arrivé ? demanda Glacier.
- On a un problème. Une fouineuse nous a entendus, Fennec et moi, on l’a suivie pour la faire taire quand un grand Aile du Ciel s’en est mêlé.
- Ils vous ont vus et vous les avez laissés partir ?
L’Aile de Sable cracha un filet de sang au sol en posant une patte sur sa poitrine.
- Cette foutue Aile de Mer a dû me briser une côte ou deux. On n’a pas eu le choix. Si je les revois tous les deux…
Glacier s'assit, le regard perdu dans l’eau qui s’écoulait à une longueur de queue. Après un moment à rester silencieux, il leva les yeux vers Venin.
- Alors il faut accélérer les choses. Le bruit va courir très vite… où en sont les préparatifs ?
- Saumure est allé récupérer les Flammes-de-dragon… et Fennec est prêt pour les mettre en place, je l’aiderai avec ça vu qu’ils ne t'ont toujours pas rencontré…
- Et la cible ? demanda Glacier.
- Le marché… c'est plein de monde le matin, si on veut se faire entendre et frapper fort… c'est le meilleur endroit.
Glacier leva sa patte et la fixa, la mine résolue, puis hocha la tête.
- Combien de… de victimes tu penses ?
- Beaucoup. On n'a pas le choix… c'est le seul moyen pour que tout le monde nous écoute. Regarde la situation actuelle, la guerre est finie depuis un an et absolument rien n’a changé pour nous. Ils sont tous pareils, soit ils nous ignorent, soit ils nous méprisent. Après ça, au moins, ils ne pourront plus faire comme si on n’existait pas.
L’Aile de Glace acquiesça.
- Je sais bien.
Venin s’approcha de Glacier et posa une patte sur son épaule.
- Il faut faire ce qu'il faut pour notre avenir. Tous les hybrides, tous ceux qui souffrent à cause de ceux qui les méprisent, ils comptent sur nous.
Les deux dragons échangèrent un regard, puis Glacier se redressa.
- Très bien… mais Venin, tu dois me promettre une chose. Fais attention à ce qu’aucun dragonnet ne soit présent… je… je ne veux pas qu’un petit soit blessé.
Venin détourna le regard, la queue battante, mais ne répondit pas.
- Venin… promets-le-moi, insista Glacier.
- Bien ! Bien… je ferai attention, céda le dragon avec agacement.
- Quand est-ce que tu veux faire ça ?
- J’avais prévu d’attendre l’arrivée de la Reine des Ailes de Sable et sa visite de la ville, mais pas le choix, on fera sans. Donc demain matin ?
Glacier hocha la tête en silence.
- D’accord. Répétons le plan pour être sûr qu’on soit opérationnels.
Venin balaya de sa patte le sol entre eux pour l’aplanir, puis, à l’aide de sa griffe, se mit à creuser dans le sable différentes formes tout en expliquant toutes les étapes :
- Ça, c'est le marché. On utilise les Flammes-de-dragon ici, c'est l’endroit le plus fréquenté de ce que j'ai vu ces derniers jours. Fennec et moi serons déjà loin, on rejoindra Saumure à l’endroit qu’on aura prévu. Toi, après la panique, tu entres en scène et aides les survivants. Une fois que tu seras dans le cercle proche des Reines grâce à tes actes héroïques… tu pourras commencer à changer les choses de l’intérieur… tout est bon ?
L’Aile de Glace resta un moment à observer les dessins qu’il avait faits, son cœur battait à toute vitesse comme s’il avait volé sans s’arrêter depuis des jours…
Il le faut… c'est le seul moyen pour que les choses changent…
- Glacier ? Ça fait depuis l’attaque qu’on prépare ça, deux ans à tout préparer… on ne peut plus reculer, pour ceux qu’on a perdus, dit Venin, l’air résolu.
- J’en ai conscience… pour les autres… mais j’ignore comment ils vont réagir…
- Mal, sûrement. Mais je les ai éloignés. Ardente est avec les autres au refuge, il n'y a que Gerboise qui est en mission de recrutement à Refuge-City depuis quelques semaines, mais elle sait se faire discrète. Seuls nous deux, Saumure et Fennec sommes au courant… et vu qu’aucun d’entre eux ne te connaît.
Glacier soupira, et posa sa griffe sur le lieu de l’explosion dessiné dans le sable.
- Tout se jouera demain… bon. Reste caché en attendant, au cas où on te reconnaîtrait. On se retrouve là-bas.
Venin effaça le croquis, puis après un hochement de tête, s’éloigna discrètement vers la ruelle profonde de la ville, laissant l’Aile de Glace assis en silence.
Il s’allongea en boule au sol en regardant l’eau s’écouler tranquillement. Ses yeux furent attirés par un morceau de bois flottant suivant le courant, il le suivit du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière un rocher.
Nous n’avons plus le choix, plus d’alternative… c'est la seule solution.
Le soleil finissait sa course dans le ciel, ses rayons distribuant les dernières chaleurs de la journée. La température incommodait Glacier, mais la fatigue physique et mentale prit le pas sur le reste, et il finit par fermer les yeux et tomber dans un sommeil profond.
Soudainement, il ressentit une vague de fraîcheur qui le submergea, accompagnée par des odeurs familières mais qui lui soulevèrent le cœur.
Quand il ouvrit les yeux, il se trouvait dans une forêt couverte de neige. Une vive douleur lui arracha un grognement, il sentait comme des griffes s’enfoncer dans sa poitrine et lui arracher le cœur.
Pas encore, pitié, pas encore !
Devant lui, dans la neige d’un blanc éclatant se trouvait un long chemin de gouttes de sang qui s'enfonçait entre les troncs.
Son corps se mit à avancer mais sans qu'il ne bouge les pattes, c’était comme s’il glissait vers l’avant. Il déploya ses griffes et les enfonça dans le sol pour s’accrocher, pour arrêter d’avancer, mais c’était inefficace. En levant les yeux, il vit un grand panache de fumée apparaître entre les branches dépourvues de feuilles.
Non ! Non !
Après quelques instants, il arriva dans une clairière où trônait son ancienne maison qui brûlait avec intensité. Un frisson de terreur le submergea totalement. Et au pied de cette dernière se trouvaient trois formes étendues sur le sol boueux.
Glacier essaya de détourner le regard, de fermer les yeux, d’hurler de toutes ses forces, mais tous ses muscles étaient paralysés et refusaient de lui obéir. Il s’arrêta juste à côté de sa famille, obligé de regarder leur corps immobile et les yeux éteints le fixer avec intensité.
Je suis désolé, tellement désolé !
Le dragon sentit ses larmes geler sur son museau, incapable de détourner le regard de cette vision atroce.
Après un temps interminable, la lumière se mit à faiblir progressivement jusqu'à ce qu'il fasse nuit noire… seules quelques braises dans ce qu'il restait de la maison lui permettaient de comprendre que ses yeux étaient encore ouverts alors qu’elles faiblissaient doucement.
Quand la dernière braise s’éteignit, Glacier sentit le sol disparaître, il ne perçut plus les odeurs de la forêt, du sang et de la fumée, plus rien, comme aspiré dans le néant.
Ses muscles se déverrouillèrent et il s’écroula au sol, comme privé d’énergie, la respiration rapide et saccadée, les yeux clos.
Quand il les rouvrit, il se trouvait à nouveau à Possible-Ville, sous le pont, alors que le soleil levant colorait le ciel. Mais il resta immobile, incapable de bouger le moindre muscle pendant un moment, les yeux bougeant dans toutes les directions.
Il sentit des picotements au bout de sa queue et de ses ailes, signe qu’il reprenait petit à petit le contrôle.
Encore ce cauchemar…
Quand il put enfin relever la tête, il chercha du regard si un dragon l’avait vu, mais rien ne laissa paraître que quelqu'un avait prêté attention à un Aile de Glace endormi.
Il leva les yeux vers le ciel, et crispa ses griffes qui s’enfoncèrent dans le sable encore frais.
Je finirai par te trouver, Cactus, quoi qu’il m’en coûte.
Lentement, il se leva, chavirant quelques instants à cause de ses muscles encore engourdis. Il fit quelques pas maladroits et sortit de sous le pont, pour se diriger vers le marché.
Glacier s'assit au pied d’un mur de la place centrale, c’était un endroit qu’ils avaient choisi, car il permettait d'être assez loin de l’explosion pour ne rien craindre, d'être assez proche pour que Glacier puisse suivre ce qu'il se passait, et permettait de rester relativement inaperçu.
Il regardait les dragons de tous clans passer devant lui et se diriger vers l’Oasis située au centre de la place. L’attroupement commença à grandir, jusqu'à ce qu'ils soient tellement nombreux qu'ils bouchaient la vue derrière eux.
C’est le moment…
L’Aile de Glace plissa les yeux pour tenter de distinguer Venin. Après un long moment, il finit par reconnaître la silhouette plus petite que les autres de l’Aile de Sable se faufiler vers l’Oasis. Puis, soudainement, s’arrêter et regarder dans la direction des étals.
Qu’est-ce qui lui prend ?!
Venin baissa les yeux vers sa sacoche, puis se tourna vers Glacier au loin. Après un moment d’hésitation, il s’éloigna de la foule rassemblée et se dirigea vers les stands des marchands d'un pas résolu.
Arrête ! C'est maintenant ! Pourquoi cet idiot s'en va ??
Après l’avoir suivi du regard pendant quelques pas, l’Aile de Sable disparut derrière les stands, en dehors de son champ de vision.
Glacier resta immobile, ses yeux allant et venant dans tous les sens dans l’espoir de voir où était passé l’Aile de Sable… puis ses yeux se posèrent sur un grand Aile du Ciel parlant à une jeune Aile de Mer.
C’est… non ! J’espère qu’il ne ve…
Il aperçut enfin l’Aile de Sable, caché derrière un stand de fruits.
Et au même instant… il aperçut du mouvement sur sa droite. Quand ses yeux virent ceux qui s'approchaient en courant entre les stands, son sang se glaça instantanément dans ses veines.
- Non !! hurla l’Aile de Glace en accourant vers l’endroit alors qu'il voyait Venin courir dans l'autre sens.
Soudainement, une gigantesque explosion déchira l’air, provoquant une onde de choc brûlante. Glacier baissa la tête et tomba sur le côté, soufflé par l’explosion.
Un sifflement strident résonnait dans la tête de Glacier alors qu'il tentait de se relever en repoussant une grande planche de bois qui le bloquait. Il se secoua la tête pour se remettre les idées en place, puis réussit à se remettre sur ses pattes.
Tout autour de lui se trouvait une scène de chaos total, des corps et du sang gisaient entre les débris et la cendre. Il fit quelques pas en avant, puis s'arrêta net… à quelques longueurs de queue de lui, il voyait l’Aile de Mer assise en pleurant auprès d’une masse informe et en partie brûlée, et à côté d'elle, l’Aile du Ciel semblait hagard.
Il fallut quelques instants à Glacier pour reconnaître un des dragonnets qu'il avait vu approcher, et son cerveau s’arrêta net, les yeux braqués sur le corps sans vie.
Sa poitrine était douloureuse, et sa respiration brutale, puis il vit Venin s’approcher des deux dragons. Une bouffée de rage submergea Glacier tandis que Venin esquissait un sourire moqueur en fixant les deux dragons tout en tendant ses griffes vers sa sacoche.
L’Aile de Glace s’approcha d’un pas décidé, puis sauta sur le dos de son ami.
Tu m’as trahi !
Puis il trancha la gorge de Venin qui le regardait d’un air surpris. Il s’écarta, et resta sans bouger à regarder le corps du dragon au milieu d’une flaque de sang qui s’agrandissait doucement, un frisson parcourant sa colonne vertébrale.
Il leva les yeux et échangea un regard avec l’Aile du Ciel qui l’observait avec consternation. Glacier tentait encore de reprendre le contrôle de ses nerfs à vif.
Je… je n'avais pas le choix… c’était la seule chose à faire… pour le groupe…
Glacier entendit des battements d’ailes s’approcher de toutes directions, signifiant l’arrivée des secours. Il s’assit, et essaya de paraître calme malgré son sang qui bouillonnait de l’intérieur. Il jeta un dernier regard au dragonnet, puis détourna le regard, le cœur serré.