Les Sims: La Famille Duchamps.
Le matin se lève dans la petite ville de Sunset Valley et, dans ce calme magnifique, la famille Duchamps est prête à entamer le début de ce week-end.
Hélène, dans le salon, corrige les copies de ses élèves et regarde sa jauge de compétence au travail, notée par le principal. Elle a un petit sourire ; la barre est plutôt haute, au vu de leur relation.
Elle pousse un long soupir et termine de corriger sa dernière copie, celle de Sarah, la plus rebelle de sa classe. Heureusement pour elle, ses résultats sont plutôt bons, voire très bons dans le dernier exercice… Une voix masculine :
« Alors, Hélène, ces copies ? »
Hélène se retourne et aperçoit Éric et Cynthia levés en même temps, les mains pleines de terre. Ils viennent de commencer le jardin et les buissons afin d’aménager leur lotissement.
« Le niveau de la classe est plutôt élevé… » soupire Hélène, mettant son crayon devant sa bouche. « Et vous deux ? »
« Tout va bien. On compte aménager quelques nouveaux bouquets. »
« Puis ça permet à Papa de tester pour l’enclos de la licorne... »
« Toujours là-dessus ? » demande la mère Duchamps.
« Toujours », soupire le père.
Un bruit de porte qui claque interrompt leur conversation : c’est Maryline, sortant de sa chambre, son portable à la main et ses écouteurs aux oreilles. Cynthia la pointe immédiatement du doigt :
« Ah ah ! Tu as enfin mis les écouteurs que je t’ai offerts ! »
Maryline, entrant dans le salon, enlève un de ses écouteurs : « Oui ? »
« Tu t’es enfin mise à utiliser mon cadeau ! »
« Hein… » Maryline regarde son écouteur dans la main. « Ah oui ! J’écoute des livres audio grâce à ça ! »
« Et qu’est-ce que tu écoutes, ma grande ? » demande Hélène, rangeant son paquet de copies.
« Une Pièce. »
« Une pièce de théâtre ? » questionne la mère.
Maryline fait un « non » de la tête. « Non, “Une Pièce”, c’est une saga littéraire sur une pirate et son équipage. On nous a demandé de lire le premier roman, et comme ce n’est pas trop mon truc, je l’ai mis en audio. »
« Pas bête », lance Cynthia.
« Ça pourra te servir. Je suis sûre que tu pourrais écouter des livres pendant que tu travailles. »
« Désolée, je ne suis pas multitâche », réplique Cynthia en haussant les épaules avec un large sourire.
Le sourire de Cynthia s’étend au reste des membres de la famille. Maryline part se poser sur le canapé, tandis que Cynthia et Éric prennent un café, quand Hélène questionne :
« Au fait, l’un d’entre vous a-t-il vu, Paul ? »
« Je crois qu’il est toujours dans sa chambre », explique Maryline.
« Je vois. » Hélène se lève, traverse le couloir et se dirige vers la chambre deson fils.
---------
Paul regarde sur son ordinateur portable les nouveaux épisodes de TrekSims sur Simsflix. Depuis quelques jours, il a la tête ailleurs, pensant de plus en plus souvent à Florence et à son impatience de parler des nouveaux épisodes avec elle.
Mais aujourd’hui, c’est à son camarade Porto Galles qu’il pense. Il aimerait l’inviter à la maison un jour. Paul aimerait bien le connaître.
Il entend frapper à la porte.
Paul ouvre et aperçoit sa mère demandant en langue des signes : « Je peux entrer ? »
Paul signe positivement, et Hélène se penche vers lui.
« Écoute. Tu sais qu’il y a le nouveau TrekSims au cinéma ? Ça te dirait qu’on y aille tous les deux ensemble ? »
« Il y a un nouveau TrekSims ? »
« Oui, il y a un nouveau TrekSims. C’est sur une nouvelle génération. Je peux payer les tickets en ligne si tu veux… »
Hélène s’arrête et s’assoit sur le lit de Paul, en face de son bureau. Son fils semble perturbé par quelque chose.
« Quelque chose ne va pas ? »
Paul prend une grande inspiration avant d’expirer et de répondre : « Si il y a un nouveau film, j’aimerais… » Il hésite deux petites secondes.
« … inviter Florence. Elle adore TrekSims… »
Il détourne le regard, gêné, vers son écran.
« Ah, d’accord, j’ai compris. Je peux vous payer les places à tous les deux si vous voulez. »
Paul écarquille les yeux. « Tu ferais ça ? »
Hélène hoche la tête : « Tu n’as qu’à me dire quand tu veux inviter Florence. Je vous emmène si tu veux. »
Paul se lève de sa chaise, sautillant presque, à la grande joie de sa mère, qui l’aperçoit prendre son téléphone sur la commode, envoyant probablement un SMS à Florence.
Hélène sourit, secouant légèrement la tête, et se lève de son lit.
« J’espère que tu passeras une bonne séance, Paul. »
À peine termine-t-elle sa phrase qu’un bruit de moteur retentit sur le pavillon…
---------
Maryline passe directement par la porte d’entrée, ayant entendu cet énorme bruit de moteur approcher de la maison, ses écouteurs dans les mains. Qui peut bien arriver ainsi ?
Et c’est qu’elle la voit : une petite voiture orange pimpante, reflétée par les rayons du soleil aveuglant, se gare derrière celle de la famille. Maryline se frotte les yeux.
Cynthia et Eric, dans le jardin, s’approchent d’elle, regardant avec perplexité le véhicule s’arrêter.
Une femme âgée, peut-être soixante-dix ans ou plus, descend du siège passager en premier, portant une simple robe à fleurs et des lunettes de soleil. Quand elle aperçoit Maryline, elle se précipite vers elle.
« Maryline, ma chérie ! »
« Ma… mamie Rosa ? » répond Maryline, presque sous le choc.
Un homme portant un costume sort du siège conducteur avec un nœud papillon à pois.
« Eric, Cynthia, Maryline, comment allez-vous ? »
« Papy, mais qu’est-ce que vous faites là ? » demande Cynthia, perturbée.
« Charles, Rosa ? Vous ne nous aviez pas prévenus… » tente d’intervenir Eric, mais il est immédiatement coupé par Charles.
« Depuis quand faut-il prévenir pour voir nos adorables petits-enfants, Eric ? »
Rosa réplique, ayant terminé de faire la bise à Cynthia et Maryline, qui se regardent, mal à l’aise.
« Où est notre fille ? » demande Rosa, impatiente, en joignant les mains.
« Je suis là, Maman », intervient Hélène, la voix presque glaciale, fronçant les sourcils devant la porte d’entrée. Elle est suivie rapidement de Paul.
« Ma chérie ! Tu as une si belle petite maison ! Et Sunset Valley est si divertissante ! Mes chéries, vous devriez tester leurs boîtes de nuit ! »
Les grands-parents rentrent à l’intérieur de la maison, guidés par Hélène, pendant que Maryline murmure à son père :
« Ils sont toujours aussi… »
« Vifs ? » demande son père.
« Particuliers. »
Le reste de la famille suit les grands-parents à l’intérieur du salon, où la Simbox trône fièrement près du canapé. Rosa regarde tout autour d’elle, puis s’adresse à Paul.
« Et comment vas-tu, Paul ? Comment se passe ta terminale ? »
« Ça se passe bien. J’ai deux nouveaux am... »
« Mon chéri, je ne comprends pas pourquoi tu fais ces signes bizarres avec ta main. Tu n’as pas une jolie ardoise ? »
Paul se vexe et détourne le regard, en colère, serrant les poings.
« C’est la langues des signes, maman… » gronde Hélène.
Charles s’assoit sur le canapé et s’adresse à Cynthia :
« Alors, tes études d’architecture, ma petite ? »
Cynthia lève les yeux. « Tu sais bien que j’ai abandonné mes études d’architecte. Je suis apprentie apicultrice… »
« Tu n’es pas encore sortie de ta passion enfantine ? » demande le grand-père, surpris.
« Allons, Charles », coupe Rosa. « Nous aussi, quand on était jeunes, on investissait dans nos passions enfantines. »
« Tu as raison, Rosa. C’est vrai qu’elle aime ces trucs d’écolo. Ah, la jeunesse… »
Cynthia grince des dents et serre les poings, lançant un regard assassin en direction de son grand-père.
« Et vous, Eric ? » demande Charles. « Avez-vous un travail ? »
« Hum… » Eric se gratte la joue. « Je travaille pour la famille Gothik. Je m’occupe de leur jardin. »
« Je vois… » répond Charles, pendant que Rosa se met a table dans le salon. « …Vous n’êtes plus patron. »
« J’ai dû tout vendre », tente de dire machinalement Eric. « Sinon, pas de déménagement, mais on a déjà parlé de ça. »
La famille se met tout autour de la table, désormais garnie de plusieurs tasses posées par Hélène. Cette dernière se place à côté d’Eric, Cynthia à côté de Paul, et enfin, Maryline à côté de ses grands-parents, qui la regardent soudain avec un intérêt redoublé.
« Et toi, ma petite ? »
Maryline passe une main dans ses cheveux, légèrement gênée. « J’ai… commencé mes études de littérature, je suis à FemmeFik… »
Les yeux de Rosa s’illuminent. « Oh, ma petite… Avec ton grand-père, nous sommes si fiers de toi. Un membre de notre famille à FemmeFik, quel prestige ! Tu as haussé le niveau de ta mère ! »
« C’est vrai », confirme Charles. « Nous sommes fiers d’avoir une petite-fille qui vise l’excellence. »
Hélène pousse un long soupir et se sert du café, regardant avec dédain ses parents, pendant que Paul et Cynthia se regardent mutuellement.
« Vous le saviez déjà, pas vrai ? » questionne Maryline, de plus en plus gênée.
« Oui, ma chérie, et nous avons un cadeau pour fêter ça… »
Charles pose sa main sur l’épaule de Maryline. « Dis-moi. Tu as le permis, n’est-ce pas ? »
« Heu… » Maryline le fixe dans les yeux. « Oui, pourquoi ? »
« Tends ta main. »
« Mais… »
« Tends ta main et ferme les yeux, ma chérie », coupe Rosa, enjouée.
Maryline s’exécute, fermant les yeux. Elle peut entendre les murmures de sa famille avant de sentir un petit objet froid dans sa main, et Cynthia crier : « VOUS N’ÊTES PAS SÉRIEUX ? »
Maryline ouvre les yeux et aperçoit, dans le creux de sa main, une clé de voiture.
« Pour fêter ton entrée à l’université, Maryline. Nous t’offrons cette Simsnaud orange ! »
« Je… je… je… » Les yeux de Maryline commencent à s’embuer.
« Ça… ça roule », commente Eric, presque estomaqué. Paul ouvre grand les yeux, Cynthia met les deux mains sur sa tête, et le visage d’Hélène dessine un sourire gêné en direction de ses parents.
« Pour une fois que vous vous intéressez à autrui… »
« Garde tes commentaires pour toi, Hélène », intervient Rosa de manière glaciale.
Eric hausse un sourcil : « Dites-moi, si vous offrez la voiture à Maryline, comment allez-vous rentrer ? »
« Nous avons une seconde voiture. »
« Une… seconde voiture ? » s’étonne Cynthia. « Et où est-elle ? »
Charles tapote sa poche. « Nous l’avons miniaturisée. »
« Vous avez pu acheter cette option ? » demande Hélène.
« Et oui ! Et bien évidemment, c’est aussi le cas de la voiture de notre petite Maryline ! »
« MAIS NON ? » Maryline se met à crier et se lève, profondément incapable de contenir sa joie, se tournant vers sa mère. « Je peux aller l’essayer ? »
Hélène soupire, croisant les bras. « Tu as vingt-trois ans, je pense que tu n’as plus besoin de mon autorisation. »
« MERCI, MAMAN ! CYNTHIA , PAUL ! VOUS VENEZ ? »
Cynthia se lève, s’étirant légèrement, peu enthousiaste à l’idée. « Bien sûr. On va tester ta nouvelle voiture. Je veux surtout voir si elle peut être miniaturisée. »
Paul, quant à lui, fronce les sourcils et fait un « non » ferme de la tête.
« Mais Paul… » Maryline baisse les yeux, un peu déçue. « Allez, ça sera sympa. On ira au parc si tu veux. »
Il la regarde dans les yeux et pousse un soupir de capitulation, semblant dire « d’accord ».
« Oui, merci, Paul ! »
Maryline se dirige immédiatement vers la sortie, les clés en main, suivie de Cynthia, les siennes dans les poches, et de Paul, qui lance un regard noir en direction de ses grands-parents.
« Prenez soin du petit », s’inquiète Rosa. « Il est fragile. »
Hélène serre les poings, et Eric lui prend la main, celle-ci se retrouvant serrée par sa femme.
Les deux sœurs claquent la porte, suivies de leur frère, ne regardant même pas leurs grands-parents.
Le salon s’emplit soudain d’un lourd silence, brisé uniquement par le démarrage de la voiture au loin…
-----------
Maryline est assise sur le siège conducteur de la Simsnaud, passant ses doigts sur le volant et le tableau de bord, écoutant avec émerveillement le ronronnement du moteur.
« Je ne pensais pas en avoir une avant la fin de mes études ! »
« Bah, tu vois, comme quoi le hasard… » commente Cynthia, assise sur le siège avant à côté d’elle.
« Je suis content pour toi, Maryline », signe Paul, qui regarde ensuite son téléphone, toujours en colère.
L’aînée regarde son petit frère à partir du rétroviseur intérieur.
« Paul... Tu sais, ils ne comprennent pas. »
Cynthia s’affale sur son siège et commence à se tourner les pouces. « Ça a toujours été des trous du cul, Paul, t’en fais pas. »
« Ne dis pas ça ! Ils sont gentils, Cynthia ! »
« Gentils pour toi, oui. Mais pour nous et Papa... »
« Mamie Nadine est bien plus gentille que ces deux-là ! » signe Paul avec véhémence.
Maryline baisse les yeux : « Cynthia… »
Cynthia pousse un soupir et change de sujet. « Bon... Au moins, quelqu’un reconnaît ta réussite. On l’essaie, cette voiture ? »
L’aînée hoche la tête et enclenche la marche arrière très doucement, de peur de faire une bêtise. La cadette lui tapote l’épaule.
« Détends-toi, c’est une automatique, la vitesse se régule toute seule. »
« C’est... confortable », constate Maryline.
La voiture s’engage dans la ruelle principale.
« On va au parc ? Qu’est-ce que tu en dis, Paul ? »
Paul hoche la tête et signe : « Si tu veux. »
Maryline commence à rouler et heurte un ralentisseur. « Ça fait bizarre ! J’arrive pas y croire... Cynthia, je pourrais t’emmener, et imagine le nombre de sorties ciné et sport qu’on pourrait se faire ! »
« J’imagine, oui… Ça soulagera maman », répond la cadette, posant sa main sur le menton, regardant par la fenêtre et apercevant une affiche du film Treksims.
« Dis, Paul... ça te dirait qu’on aille le voir ensemble ? » Cynthia se tourne vers Paul.
« Non. Je veux aller le voir avec Florence. »
« Florence, c’est qui ? » demande Maryline, tournant à droite et apercevant enfin le parc central.
« Une amie que je veux inviter au cinéma. » Paul commence à rougir, par peur des questions que ses deux sœurs vont lui poser. Il pose immédiatement son regard sur Cynthia, qui le fixe d’un air exagéré, presque suspicieux.
« Hum hum », murmure-t-elle en sa direction. Maryline donne immédiatement une tape sur son épaule, puis s’adresse à Paul.
« Mais c’est génial, Paul ! Tu craignais de ne pas avoir d’amis ! »
« Oui, je sais », sourit-il. « J’ai eu de la chance. »
« Tant mieux pour toi ! Elle aime Treksims, au moins ? »
« Oui, elle adore ! »
« Ah, au moins ça vous fait une passion commune. Plutôt nouvelle génération ou ancienne ? » intervient Cynthia.
« Ancienne, comme moi. »
« Chanceux », lui répond Cynthia avec un clin d’œil
La voiture poursuit sa route et les enfants Duchamps arrivent à l’entrée du parc..
-----------
Cela fait dix minutes que les enfants sont partis faire un tour dans la nouvelle voiture de Maryline. Entre-temps, Eric a servi le café et quelques petits biscuits à toute la table. Rosa et Charles, assis côte à côte, fixent leur fille avec une certaine insistance, et celle-ci boit son café sans même les regarder.
Eric décide de détendre l’atmosphère. « J’espère qu’on ne vous a pas roulé quand on vous a vendu la voiture… »
Le vieux couple le fixe avec dédain, et Rosa prend la parole en direction d’Hélène. « La voiture est déjà assurée, il n’y aura plus qu’à inscrire le nom de Maryline. C’est dommage que cette petite ait eu un véhicule aussi tard… »
Hélène serre sa tasse. « Nous n’avons pas les moyens d’acheter une nouvelle voiture. On comptait en payer une après une année. »
« De mon temps, les parents offraient un véhicule à dix-huit ans », lance Charles. « Cela permet aux enfants de s’autonomiser, c’est essentiel, surtout pour une jeune fille aussi brillante qu’elle. Nous t’avons toujours laissé t’autonomiser, Hélène », complète Rosa en ne quittant pas sa fille des yeux.
« Laisser une petite fille faire ses devoirs seule pendant que vous étiez en boîte, ce n’est pas de l’autonomie, non », rétorque Hélène, glaciale. « Ne vous méprenez pas, je suis heureuse pour Maryline… »
« Mais tu n’as fait aucun effort pour elle », coupe Charles.
« Pardon ? » Hélène fronce les sourcils. « Je n’ai pas souvenir que vous étiez présents pour son éducation. »
« Ce n’est pas notre rôle, mais nous sommes inquiets, avec ton père, pour l’avenir de cette famille », dit Rosa.
« Inquiets, comment ça ? » Eric lâche sa tasse et lance un regard anxieux à Hélène.
« Vos décisions nous inquiètent… Surtout pour les enfants », s’attriste Rosa. « Eric, vous avez perdu votre entreprise, vous êtes un… »
« Domestique ? » répond Eric, remarquant le dédain de sa belle-mère.
« Employé », corrige Rosa d’un ton mielleux.
« Oui, Hélène, tu as déménagé et demandé ta mutation… Ton mari a perdu son entreprise. Et tu as laissé ta seconde fille quitter des études prestigieuses », explique Charles.
« Je croyais que vous étiez pour l’autonomie », demande Hélène d’un ton sarcastique.
« Nous sommes pour l’autonomie », explique Rosa. « Mais tu as mis en danger ta famille pour satisfaire ta carrière personnelle. À cause de cela, tu n’as même pas pu acheter de voiture à cette pauvre petite. Et puis le petit Paul… »
« C’est un adolescent, et depuis qu’on a déménagé, Maryline a pu s’inscrire à l’université, Cynthia devenir apicultrice, et Paul se faire de nouveaux amis. Je suis plutôt fière de ce déménagement. »
« Ma pauvre petite… Quand tu avais l’âge de Maryline, tu avais ton véhicule, ton propre appartement. Tu aurais dû en payer un à tes deux aînées ; elles auraient commencé à découvrir le monde adulte. Tu aurais pu t’occuper du petit, mais tu as préféré ta carrière personnelle à celle de tes enfants, et tu as pensé à l’entreprise de ton mari ? » Charles pointe Eric. « Tu as demandé son avis ? »
« Oui, elle me l’a demandé », coupe Eric. « C’est un choix à deux. » Il tourne son regard vers sa femme, qui se lève.
« Je n’ai pas de leçons à recevoir de vous deux », dit-elle calmement. « Vous ne savez rien de notre famille. Si vous voulez la connaître, c’est bien, mais gardez vos sermons putrides pour vous. Vous ne savez pas ce que c’est d’élever des enfants. Je me passerai de vos leçons. »
Rosa et Charles Duchamps hochent la tête de désapprobation, presque outrés.
« Réaction typique de défense. Hélène, ce n’est pas bon. Nous sommes venus aider… »
« Aider ? Apprenez à connaître les enfants si vous voulez aider. Il faut aller plus loin que le cadeau matériel ! »
Charles s’affale sur sa chaise, poussant un long soupir en direction de Rosa. « Excellente proposition. Nous viendrons plus souvent. Je crois que c’est nécessaire. Qu’en dis-tu, Rosa ? Il faut guider Maryline. »
« Je crois que c’est nécessaire », affirme-t-elle, puis elle regarde en direction d’Eric. « J’espère qu’en grandissant, elle trouvera un meilleur parti que toi, Hélène. »
« En parlant de parti, si vous continuez, oui, vous partirez », tonne de plus en plus fort Hélène. « Nous n’avons pas à nous faire salir dans notre maison ! »
Rosa et Charles se lèvent, s’adressant un dernier regard. « Nous souhaiterions au moins dire au revoir aux enfants quand ils reviendront. »
Hélène croise les bras. « Bien, mais parlez-nous encore une fois de cette manière, et je vous renvoie chez vous ! »
--------
Les trois enfants Duchamps sont assis côte à côte sur le banc dans le parc, éclairés par un soleil rasant malgré la brise qui caresse leurs visages. Ils fixent les enfants jouant avec leurs parents, les retraités et autres adultes jouant à la pétanque et différents jeux.
Maryline ne cesse de fixer ses yeux sur sa voiture, heureuse de sa maniabilité et la trouvant très pratique. Elle s’imagine déjà inviter Salma dedans et rouler pendant des heures avec elle ou aller en vacances.
Cynthia, quant à elle, fixe le sol, serrant les poings, pensant à son métier d’apicultrice et surtout à la remarque de son grand-père.
Paul, quant à lui, pense à Florence. Il s’imagine déjà en train de débattre du film avec elle. Il regarde actuellement sur son téléphone les horaires de séance au cinéma.
Cynthia s’affale sur le banc : « Ils ne plaisantent vraiment pas, les grands-parents. Ils ont beaucoup d’attente sur toi, on dirait. »
Maryline cligne des yeux et se tourne vers Cynthia : « Je sais… Mais ne t’en fais pas, je n’ai pas besoin d’eux pour ça ! »
« Eux, par contre, te le feront savoir. »
Maryline cligne à nouveau des yeux, gênée. « Cynthia, ils sont gentils avec moi. Je sais qu’ils sont injustes... »
« Je ne te juge pas », Cynthia est presque vexée. « Je signale que Papy Charles et Mamie Rosa te rappelleront ce cadeau très longtemps et vont te mettre la pression. »
« Je n’ai pas besoin d’eux pour ça », explique Maryline. « J’ai déjà beaucoup de pression avec mon groupe. »
Cynthia et Paul se regardent brièvement, puis Paul signe : « Ils sont pas sympa ? »
« Non, Paul... » Maryline passe ses mains sur sa tête. « ...Salma est très gentille, Marc aussi, bien qu’un peu timide. Hal, heu... il est pompeux mais pas méchant. Quant à Annie… »
Elle marque une pause.
« ...Trop têtue. »
« Têtue ? »
« Chiante, si tu préfères. »
Paul et Cynthia éclatent de rire, suivis rapidement de Maryline. « Ça se voit que tu es à l’université », signe Paul. « Tu n’oses même pas dire d’insultes ! »
Maryline écarquille les yeux, continue de rire. « Oh mon Dieu, Paul, si tu savais pour les gros mots... »
« Je dirais même qu’ils font pire, je le vois », complète Cynthia avec un lourd sous-entendu, suivi d’un regard faussement pesant.
« Mais plus sérieusement... » poursuit-elle, mettant ses mains sur son visage, fixant la fontaine centrale. « ...Elle est comment, cette Annie ? »
« Elle veut décider de tout. » Maryline ramasse un petit bout de bois par terre et se met à jouer avec. « Tu vois le genre : si ça ne passe pas comme elle veut, elle s’énerve avec les autres. On a bien du mal à lui imposer la décision collective. »
« Ça viendra », argumente Cynthia. « Je suis sûr que si vous apprenez à la connaître, ça pourrait aller mieux. C’est comme les abeilles, il faut bien connaître leurs tâches. »
Maryline pousse un ricanement. « Attends, tu viens de nous comparer à des abeilles ? »
« Oui », sourit Cynthia.
Paul mime avec ses mains une abeille, riant silencieusement.
« Enfin, tu vois ce que je veux dire ? » demande Cynthia.
Maryline regarde le ciel, serrant son bâton.
« Oui… Mais nous ne sommes pas des abeilles. »
« Tant que tu ne tends pas le BÂTON pour te faire battre ! »
Maryline réagit avec une expression faussement horrifiée, tout comme Paul.
« Papa déteint beaucoup trop sur toi ! »
« Mais toi, Maryline, tu es comme Maman » signe Paul. « Tu te soucies de tout. »
« Hé ! Il marque un point », s’enjaille Cynthia.
Mais Paul, malicieux, complète : « Mais contrairement à maman, t’aimes pas TrekSims, tu es nulle. »
Maryline lance son bâton à côté de Paul, simulant la colère. « COMMENT OSES-TU ? PUISQUE C’EST COMME ÇA, TU VAS RENTRER À PIED ! »
Paul esquive de manière très théâtrale et la pointe du doigt, continuant de rire.
Cynthia regarde l’heure sur son téléphone. « On devrait rentrer. On a déjà passé une heure dans ce parc. Les parents vont s’inquiéter... Puis comme ça, Maryline, tu pourras continuer d’essayer la voiture. »
« Oui, bonne idée. Tu viens, Paul ? »
Ce dernier réalise un pouce en l’air et commence à suivre ses sœurs vers la voiture, avant de regarder une dernière fois derrière lui, remarquant un couple d’oiseaux nichés dans un arbre.
---------
Hélène, Eric, Charles et Rosa entendent enfin la voiture de Maryline se garer devant la maison ainsi que les enfants sortir. Cela fait maintenant une heure qu’ils attendaient leur retour des enfants sans rien dire, l’air lourd profondément chargé de tension.
Regardant les enfants sortir de la voiture et le sourire radieux de Maryline, Hélène prend la main d’Eric, lui adressant un regard doux, pour une fois apaisé.
Une fois sortie de la voiture, Maryline sort la clé et active la miniaturisation , qui devient toute petite, suffisamment petite pour qu’elle puisse la mettre dans la poche de son blouson.
« Décidément, on n’arrête pas le progrès », commente Cynthia.
« Tu n’as pas intérêt à la faire tomber », signe Paul.
Les enfants se dirigent vers la porte, et Rosa avance vers Maryline, ignorant le reste de la fratrie.
« Alors, ma petite, elle te plaît ? »
« Oui, Mamie, elle est géniale ! » confirme celle-ci. « Merci pour tout. »
Charles sort sa voiture de sa poche et demande aux enfants : « Si vous permettez. »
Il lance une petite voiture de sport jaune miniaturisée qui apparaît soudain à taille normale, faisant sursauter le reste de la famille.
« Vous partez déjà ? » demande Cynthia, haussant les sourcils.
Charles réalise un clin d’œil. « Oui, nous allons en soirée avec ta grand-mère, il faut bien satisfaire ses besoins. Nous souhaitions vous dire au revoir. »
Rosa enlace Maryline. « Au revoir, ma petite. » Elle se tourne vers Paul et Cynthia. « J’espère que vous trouverez aussi votre voie. »
Cynthia ouvre la bouche, mais se retient de répliquer. Paul, quant à lui, ne fait même plus attention à ses grands-parents alors qu’ils démarrent déjà la voiture de sport, le vent faisant flotter leurs cheveux.
Ils quittent rapidement la ruelle sans se retourner une seule fois vers le reste de la famille, qui reste à les regarder partir.
Hélène pousse un immense soupir de soulagement, détendant tous ses muscles et posant sa tête sur l’épaule d’Eric, et regarde en direction de Maryline.
« J’espère que ta voiture te plaît, car désormais tu vas rouler par toi-même. Tu remercieras tes grands-parents. »
« Ne t’en fais pas, Maman », réplique Maryline, le regard posé sur sa mère. « Je sais déjà comment les remercier », conclut-elle, malicieuse.