Les Sims: La Famille Duchamps.
Little Town, il y a 28 ans. Appartement de Nadine, troisième étage.
Les cartons sont empilés les uns sur les autres, Nadine Moulin range soigneusement chacune de ses affaires, peu nombreuses aux demeurant, à l’exception de ses DVD et de ses livres qu’elle a soigneusement rangés dans un carton, elle ne compte pas emmener beaucoup de choses.
Elle regarde autour d’elle, ce petit appartement qui les a accueillis pendant tant d’années avec son fils.
C’était leur refuge, leurs foyer…
Mais aujourd’hui elle est prête à partir, à emménager dans son nouvel logement à l’autre bout de la ville.
« Raoul ? Tu as fini de ranger les produits d’hygiène ? »
Un homme chauve muni d’une légère moustache grisonnante apparaît, sortant de la salle de bain muni d’un t-shirt « SimsNes » .
« Bien sûr, Nadine. Tout est prêt. Le camion que j’ai loué arrivera d’ici quelques minutes. Je pensais que ton fils viendrait. »
Nadine regarde par la fenêtre, apercevant au loin les gratte-ciel et les bâtiments administratifs. Les parcs mis en place par la ville cassent le ton monocolore de la métropole.
« Il a un contrat avec un lycée en ville. Il doit dessiner un nouveau parc. Ce travail l’occupe beaucoup. »
« Hum... » Raoul se mord la lèvre, laissant s’échapper une pointe de mépris. « Tu es sa mère et au vu de tout ce que tu as sacrifié pour ce petit, ça aurait été la moindre des choses. »
« Je préfère qu’il fasse sa vie. »
Raoul se gratte la tête. « Mouais... »
Puis il prend la main de Nadine.
« Ne t’en fais pas ma chérie, ça va aller. »
Sunset Valley, retour au présent.
La famille était réunie en ce midi, dans son entièreté autour de la table. Hélène en bout de table, Eric en face, Cynthia et Maryline côte à côte sur le côté droit en face de Nadine et de Paul.
« Donc Nadine, vous déménagez ? »
Nadine serre son verre d’eau. « Bientôt… Il n’y a plus rien qui me retient à Little Town. »
« Je pourrais vous aider à choisir, en particulier la ville, j’ai encore des offres que j’ai enregistrées lorsque nous avons nous-mêmes quitté Little Town. »
« Je te remercie, Hélène » sourit Nadine. « Mais je préfère passer du temps ici à profiter de ma famille plutôt que de vous embêter avec mes histoires. »
Hélène la regarde, plutôt sceptique, et se tourne vers Eric qui semble tout aussi sceptique qu’elle.
« N’hésitez pas à demander, Nadine, nous avons tout le temps. »
« Non non ça ira, vous avez tous beaucoup de travail », dit-elle en regardant l’entièreté de sa famille.
« Si tu veux, Mamie, je pourrai t’amener aux courses ou on pourra faire des balades, même au cinéma. Je suis libre après l’université. »
« Non ma petite, tu ferais mieux de passer du temps avec tes amis plutôt qu'avec ta grand-mère… »
Maryline s’apprête à ouvrir la bouche puis se ravise, retournant à son repas : « Comme tu voudras, Mamie. »
Cynthia lui adresse un sourire d’encouragement en constatant la déception de Maryline.
« Nous pourrions faire une sortie commune » propose Hélène. « Pour toute la famille. Est-ce que la mairie organise des événements ? »
« Pas que je sache », dit Eric mangeant son repas et mâchant bruyamment son petit pois. « Puis je ne pourrai pas trop être présent. C’est demain que je dois présenter la première partie de l’enclos à Madame Gothik pour la licorne. »
Nadine écarquille les yeux. « Une licorne ? »
« Oui une licorne, celle des Gothik » soupire Eric. « Tu as vu le manoir en haut ? Impossible de le manquer. C’est là que je travaille. »
Nadine continue de répéter. « Une licorne ? Je croyais qu’il n'y avait pas d’extension ici. »
« Ça dépend de quelle version du jeu on a », précise Hélène.
Nadine regarde son repas, tournant sa fourchette dans la nourriture, plongée dans une intense réflexion, murmurant quelques mots puis quelques soupirs.
Hélène s’aperçoit que Paul la regarde et, sans qu’il ait besoin de faire un signe, Hélène réplique.
« Quand as-tu ton rendez-vous avec tes amis Florence et Porto ? »
Paul fait un signe : « jJai rendez-vous à 14h00, on aimerait aller au bar ensemble. »
Cynthia hausse un sourcil de manière malicieuse : « Un bar ? Pourquoi faire ? »
« Bah pour boire » signe Paul décontenancé.
« Ne fais pas semblant de ne pas avoir compris la question, Paul. » poursuit Cynthia en insistant.
Hélène intervient : « Ça suffit, ma puce, il a le droit à sa vie. »
« Et j’ai le droit de poser des questions sur sa vie » complète Cynthia souriante.
« Paul. Je t’emmènerai. J’espère que tu passeras un bon moment. »
« Il n’y a pas de raison qu’il se BAR ! » rit Eric à gorge déployée.
Nadine lève les yeux sans réussir à réprimer son propre sourire et Maryline se tourne vers Cynthia. « Toi, qu’est-ce que tu comptes faire de ta journée ? »
« Retournez à FemmeFik, m’occuper de la maison à abeille. »
« Chanceuse » soupire Eric. « Moi je dois voir Madame Gothik. »
« Elle n’est pas agréable ? » demande Nadine.
« C’est une… personne qui a toutes les extensions. Son fils est plus humble. »
Hélène regarde l’horloge accrochée au mur et s’adresse a Paul. « Mets tes affaires Paul. On va commencer à y aller. »
« Je peux l’emmener si tu veux » propose Maryline, regardant les yeux fatigués de sa mère et ressentant le besoin de se dégourdir les jambes, sa meilleure amie Salma n’étant plus disponible.
Hélène se tourne vers elle, commençant à ranger son assiette. « Ne t’en fais pas Maryline, ça me fait plaisir de l’emmener. »
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Hélène roule depuis une dizaine de minutes en direction de l’établissement « Au jus juteux » situé à l’entrée de Sunset Valley et prêt à accueillir les voyageurs, les touristes et la jeunesse de la ville.
Paul regarde par la vitre, il semble légèrement angoissé. Sa mère sait qu’il va voir ses deux amis, Florence et Porto Galles, devine certains sentiments de Paul à son égard. Mais cela ne la regarde pas, du moins pas encore.
« Comment tu te sens Paul ? »
Paul hausse les épaules et signe : « Je ne sais pas. »
« Ça va aller, ne t’en fais pas. »
Elle roule pendant plusieurs minutes encore, s’approchant de plus en plus et apercevant quelques personnes en train de ramasser des collectibles par terre dans l’espoir de ne pas payer l’extension.
S’arrêtant à un feu rouge, elle entend son fils souffler fort, ce qui indique qu’il veut parler.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Maman. J’ai une question. »
« Laquelle ? »
« Est-ce que ta première rencontre avec Papa était dans un bar ? »
Hélène éclate de rire, mettant immédiatement la main devant sa bouche. « Oh non, Paul ! Non ! C’était la seconde fois ! »
Paul hausse les sourcils, presque interrogatif.
Hélène regarde l’heure sur la voiture. « Je vais pouvoir te raconter. Mais rapidement. »
Paul hoche la tête, tout ouïe.
« Alors, c’était au lycée où je travaillais à Little Town... »
Lycée de LittleTown , il y a 28 ans.
La jeune professeure de mathématiques Hélène Duchamps regarde par la fenêtre de sa salle de classe, apercevant dans la cour de récréation un camion paysagiste avec un petit logo de fleurs souriantes marqué « Une Pétale de possibilité ! ».
Kayla la collègue de physique-chimie d’Hélène, entre dans sa salle de classe, interpellant cette dernière.
« Madame Duchamps, Prête pour votre nouvelle classe ? »
« Ça ne devrait pas être difficile. »
« Je suis leur professeure principale. Croyez-moi, elle est un peu difficile. Il suffit de la prendre en main. »
Hélène commence à essuyer le tableau. « Il suffit de faire une démonstration. »
« Si c’était aussi simple… »
Kayla regarde par la fenêtre. « Ah, le paysagiste embauché par le principal pour refaire la cour. »
« Hmmm. » dit Hélène, faisant semblant de s’intéresser au sujet.
« C’était l’un des moins chers. »
« Hmmmm. »
« Puis ce slogan franchement… »
« Hmmmmm. »
« Vous écoutez ce que je raconte ? »
« Non. »
Kayla lève les yeux au ciel. « Ce n’est pas la politesse qui vous dérange ! »
« Et ce n’est pas un banal paysagiste qui va changer mon existence. »
«Kayla pousse un long soupir. « Au moins ayez la politesse de le saluer . »
« Si je le croise. »
Sa collègue se dirige vers le pas de la porte, vexée. « Bien Madame Duchamps , les cours vont commencer. Bon courage avec cette classe. »
Hélène la regarde partir, plus que cinq minutes avant la sonnerie. Cette femme peut se garder ses leçons de politesse. Elle se plonge dans ses problèmes géométriques à présenter aux élèves.
Poussant un long soupir, tremblant légèrement, se rappelant de la première fois de ses premiers problèmes de mathématiques d'enfant, à tout faire toute seule car ses stupides parents étaient occupés à se peloter on ne sait où.
Elle chasse ses pensées de la main, elle doit se reconcentrer immédiatement.
DRIIIIINNNG !
La sonnerie retentit et une flopée d’élèves s’installent sur les tables, certains le font en silence, d’autres plus bruyamment, d’autres cherchent désespérément à prolonger leur conversation avant qu’Hélène ne tape des mains.
Cela continue et, agacée, elle tape des mains.
Cette fois le silence vient. Les élèves la regardent.
« Bonjour. » « Asseyez-vous. »
Ils s’assoient.
« Pour notre premier cours, nous allons nous attaquer à la trigonométrie. Veuillez sortir vos cahiers. »
Elle regarde par la fenêtre, apercevant le paysagiste commencer ses mesures et anticipant une des questions de ses élèves avec une question classique. « À quoi ça sert ? »
Elle y voit un moyen de démonstration concrète et pointe par la fenêtre.
« Vous voyez cet homme.Il se sert de la trigonométrie pour faire ces mesures et pouvoir faire son travail. »
Certains élèves regardent par la fenêtre, elle y devine le scepticisme – ou plutôt l’indifférence – de certains de ses élèves.
Le problème qu’elle a déjà rencontré avec certains élèves est que pour beaucoup cela est trop théorique. Une approche concrète est plus efficace…
Elle réfléchit rapidement devant des élèves décontenancés.
Hélène commence à distribuer les copies et jette de temps en temps des coups d’œil à la fenêtre et ne cesse de regarder le paysagiste puis ses élèves. Elle tapote ses doigts sur la bouche.
« Continuez l’exercice. Je reviens dans cinq minutes. »
Hélène descend rapidement les escaliers menant à la cour, enjambant des chewing-gums jetés par terre et croisant quelques agents d’entretien.
Elle arrive dans la cour, légèrement essoufflée, il ne faut pas laisser sa classe trop longtemps seule, mais elle prend le risque. Elle va leur faire une démonstration !
« Bon sang, où est-ce qu’il est passé ? » maugrée-t-elle en regardant tout autour de la cour, il était en train de faire des mesures et son camion est toujours là.
« Je peux vous aider ?», demande une voix masculine.
Hélène manque de sursauter et se retourne, appercevant d’ou émane la voix. Un homme aux cheveux courts, presque du brun qui vire au roux, en simple salopette.
Hélène se retient d’éternuer et poursuit. « C’est vous que je cherchais. Je me suis dit que vous auriez pu m’aider. »
L’homme hausse un sourcil. « Vous aider ? »
« Je suis Hélène Duchamps, professeure de mathématiques, j’enseigne dans la classe plus haut. » Elle pointe vers les fenêtres du second étage.
« Je me disais qu’en tant que paysagiste vous auriez pu démontrer l’utilité de la trigonométrie. »
« Attendez… » L'homme se gratte la tête. « Vous êtes venu me chercher pour ça ? »
« Vous êtes disponible ? »
L’homme regarde vers son camion. « Heu… Oui. Je peux apporter les mesures de la cour. »
Hélène tape dans ses mains. « Parfait ! »
L’homme s’apprête à chercher ses mesures.
« Attendez. Comment vous appelez-vous ? »
« Eric… » répond l’homme. « Eric Meunier. »
« Enchantée, Eric. »
Eric la regarde un instant. « Dois-je expliquer les règles ? »
« Les… règles ? » demande Hélène, interloquée.
« Bah oui les RÈGLES pour faire la trigonométrie », sourit-il.
« C’est... »
« …une blague, oui. »
« Vous en faites souvent ? »
« Tout le temps. »
« Ne recommencez pas. »
« Je vous le promets pour les cinq prochaines minutes. »
Retour au présent. Sunset Valley.
La voiture était garée devant le « Au jus juteux » et Paul écoutait sa mère raconter sa première rencontre avec son père.
Il signe. « Et comment s’est passé le cours ? »
« Assez bien… Il s’est attiré les moqueries des élèves pour ses jeux de mots, mais ils ont écouté et j’ai eu ma démonstration », claironne fièrement sa mère en tapotant le volant.
« Et comment tu as pu sortir avec lui ? »
Hélène lui donne une tape sur le nez. « C’est pour une prochaine fois, petit curieux ! D’ailleurs c’est l’heure pour toi d’y aller. Tes amis doivent d’attendre. »
Paul regarde l’heure, il panique légèrement et ouvre la portière.
« Bonne journée, Paul. »
Il signe : « Bonne journée Maman ! »
Paul marche rapidement en direction de l’entrée du bar, humant déjà les différentes odeurs des cocktails et des jus de ce dernier. Si l'on en croit Florence, c’est le meilleur bar à cocktails du coin.
Mais comment le saura-t-il ? Il n’en a jamais essayé et il rougit déjà en pensant aux questions de Cynthia.
Il pousse la porte du bar et aperçoit plusieurs groupes de personnes discutant entre elles.
Paul tient son téléphone en main comme à son habitude pour pouvoir communiquer avec autrui. Mais il n’en a pas le temps.
« PAULY ! »
Il se retourne, apercevant son ami Porto Galles assis près d’une table ronde représentant un jus d’orange aux côtés de Florence, ce qui a pour effet de faire battre immédiatement le cœur de Paul.
Il se précipite vers ses deux amis.
« Bonjour Paul ! » sourit Florence.
« Pauly ! Mon pote, comment ça va ? »
Paul écrit sur son téléphone. « Je vais bien. »
« Nickel ! » dit Porto. « Prêt à te bourrer la gueule ? »
Florence fronce les sourcils et Paul adresse un regard inquiet.
Porto pousse un soupir d’exaspération. « Oh là là, vous n’avez pas d’humour. »
« Ce n’est pas drôle », objecte Florence.
« Dans tous les cas : on va se détendre ! » Il tape sa main sur la table de manière quasi théâtrale. « Il y a un flipper, des jeux d’arcade, tout pour plaire. »
« Sauf à mon porte-monnaie », se lamente Paul par écrit.
« Tu as bien payé pour voir TrekSims ! »
« Mais ça, Porto. » dit Florence. « C’est un investissement émotionnel. »
« Les cocktails aussi, c’est un investissement émotionnel. »
« Un investissement calorique. » écrit Paul en souriant.
« Vrai ! Mais c’est avec les calories que l’on gagne au flipper ! »
« Tant que tu ne dépenses pas mon argent », soupire Florence.
« Je ne te savais pas si radine. »
« Que veux-tu ? Dans la famille Venise, on aime économiser l’argent. »
« Je comprends pourquoi tu as choisi les loyalistes lors du débat. »
« Ça n’a aucun rapport. »
Paul écrit, amusé : « Techniquement elle aurait pu choisir indépendantiste, les conditions de la couronne bloquaient l’expansion du commerce et la conquête de l’Ouest, ce qui a poussé beaucoup de colons à rejoindre le parti de la révolution. »
« Tu vois vraiment Florence en fermière ? »
Paul hausse les épaules.
« Moi je la vois plutôt en aristocrate à la tête de navire négrier. »
« Hey ! Porto, c’est sérieux ! »
« Exactement ce que disent tous les marchands d’esclaves » sourit Porto avant de poursuivre : « Mademoiselle Venise, avez-vous des choses à cacher ? »
« Oui, comme tout le monde. »
Paul penche la tête et Porto poursuit. « Oh oh ! Comme tout le monde ? »
« Tu n’as pas tes petits secrets ? » taquine Florence.
Un long silence s’ensuit pendant lequel on n’entend que les bruits de verre et le rire de la clientèle. Porto regardant brièvement ses mains et c’est Paul qui décide de le briser, écrivant « Moi je peux rien dire. » tout en riant.
« Chanceux. » sourit Florence. « Chanceux. »
Porto tape sur la table. « Ce n’est pas tout. Mais il faut commander. Pauly, tu veux quoi ? »
« Un gin tonic. »
« Florence ? »
« Old Fashioned »
« Et moi une margarita ! »
Porto lève le doigt et un serveur passe prendre la commande, Porto parlant de manière un peu théâtrale.
Paul pose son regard sur Florence, ses cheveux blonds tombant en cascade sur ses épaules et ses yeux bruns qui semblent en permanence analyser son environnement. Il adore discuter avec elle de treksims et il…
« Paul, qu’est-ce qu’il y a ? » dit Florence en le fixant soudainement.
Paul jette un coup d’œil rougissant en direction de Porto. Il écrit rapidement : « Je me disais que je suis content de prendre un verre avec vous. »
« Moi aussi, Paul. »
« Prendre un verre ? Et le flipper ? Et la borne d’arcade ? »
« Tu ne seras pas content quand avec Paul on t’aura vaincu sur ton propre argent. »
« Nous verrons ça ! »
Ils sont interrompus par le serveur qui leur sert leurs trois cocktails et, humant pour la première fois l’étrange odeur de l’alcool , Paul sent une excitation monter de plus en plus , ravi d’être ici. Il se précipite pour boire son verre avant d’être interrompu par Porto.
« Nan Pauly… D'abord on trinque ! »
« À notre après-midi », cria Florence !
« À notre amitié ! »
28 ans plus tôt. Près de la camionnette d’Eric.
« Boire un verre ? » Eric Meunier rangeait ses outils à l’intérieur de sa camionnette, ayant fini la plupart des mesures qu’ils comptent placer.
Hélène est venue rapidement à la fin de sa journée, elle a presque couru craignant qu’il parte avec sa camionnette. Elle culpabilisait beaucoup d’avoir emmené ce pauvre homme devant une classe d’élèves, même s'ils s’étaient un peu moqués de lui, mais surtout de ses jeux de mots.
« Oui, boire un verre », déglutit Hélène. « Vous méritez de vous détendre avec ce que je vous ai fait faire. »
« Oh ça ! C’est rien ! Ravi de vous avoir aidé, Madame Duchamps. Je vais pas vous déranger. »
« Tu parles. » pense-t-elle. Elle n’a jamais eu personne à la maison ou quoi que ce soit avec elle, si ce n’est de rares amis, et puis pour une fois qu’elle sympathise avec quelqu’un…
« J’insiste », tente-t-elle, pour une fois peu assurée.
Eric se gratte la tête puis vérifie son portable.
Quelque chose le tracasse.
« Tout va bien ? » demande Hélène.
« Oui… tout va bien, affaire personnelle. »
Hélène se pince les lèvres, elle hésite à partir, à reporter sa demande. Après tout, c’est juste pour se rattraper. Mais ses jambes refusent.
Eric prend les devants, légèrement timide. « Mais c’est d’accord pour le verre… Si vous insistez. »
Il hésite : « Vous êtes… sûr que vous allez me supporter ? Vous sembliez fâchée lors du cours… »
Hélène détourne le regard. « Agacée, pas fâchée… Et puis c’est pour ça que je vous invite. Je m’entraîne. »
« Vous ne savez pas dans quoi vous vous embarquez. »
« Au moins nous serons deux. » sourit-elle.
Bar « Au jus Juteux » retour au présent.
Un immense rot retentit dans la pièce, attirant l’attention de tous le monde. Les personnes ne se retournant pas. Porto met la main devant sa bouche, complètement décontenancé, et Florence rougit, détournant le regard.
Et Paul, qui ressemble instantanément à une véritable tomate car il est l’auteur du rot, regarde autour de lui, honteux. Il n’aurait pas dû boire aussi vite son cocktail.
« Ça alors, mon vieux ! » s’exclame Porto. « Pauly, t'es une véritable machine. »
Paul baisse la tête, honteux.
« Ce n’est pas grave, Paul. Tu as bu trop vite, ça arrive. »
Il s’est tapé la honte devant Florence et il la regarde de manière dévastée. Comment a il pu aussi être imprudent ?
« Paul, ce n’est pas grave. Tu t’habitueras. »
« Mais oui, Pauly. » Porto lui donne une tape dans le dos. » On sait quel grand guerrier tu es ! »
« Un aventurier spatial plutôt », explique Florence.
« Ouais, mieux ! »
« J’aimerais être le docteur de TrekSims. »
« Hmm. » Florence semblait déçue. « Le docteur n’est pas aussi charmeur avec son rot. »
Paul sent un petit électrochoc dans sa poitrine et tourne immédiatement le regard vers Porto qui lui réalise un clin d'œil si fort qu’il manque de perdre l’équilibre.
Porto se lève immédiatement. « Je vais partir jouer au flipper.Rejoignez-moi quand vous voudrez » suggère-t-il en direction de Paul et de Florence.
Ils le regardent partir en direction du flipper, laissé étrangement vide sous l’œil vigilant des personnes au bar, et Porto se lance une partie comme s'il n’attendait que ça.
Florence soupire. « Je vais devoir payer la note. »
Paul hoche la tête, ravi de rester avec elle.
« Ça te fait plaisir que je paye. »
Paul fait non de la tête, un peu paniqué.
« Dis Paul… Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? »
Paul met la main sur son menton, c’est une question importante, il n’y a jamais réfléchi. S'il a son bac, il serait déjà le plus heureux au monde. Il se contente de hausser les épaules.
« Ah je vois… Tu n’en es pas là. »
« Tu as déjà une idée, Florence ? »
« Ouais… Je voudrais être réalisatrice. »
Paul a un regard interrogateur.
« Mais il faut passer par des écoles et j’espère avoir d’assez bons résultats pour aller en école de cinéma. Tu imagines, Paul, je pourrais faire vivre mes histoires avec de vrais gens. »
« Les gens peuvent être terribles. »
« C’est bien vrai… » soupire Florence avant de reprendre. « Mais tu sais ce qui est magique dans le cinéma, Paul ? »
Il fait non de la tête.
« C’est que le scénario n’a pas besoin d’être si important, l’important c’est que tu racontes avec ta mise en scène l’émotion transmise. Pas besoin de dialogue interminable pour ça. Regarde Treksims, on sait que le capitaine analyse – et en plus il est très beau – la situation. »
Paul hoche la tête. « Comme cet établissement. »
Florence rit : « Ouais, comme cet établissement ! »
Paul regarde l’intérieur et du côté des flippers pour voir si Porto s’en so…
Il ne l’aperçoit pas. Il fronce soudainement les sourcils.
Où est-ce qu’il est passé ?
Paul pointe le flipper à Florence.
Celle-ci s’aperçoit aussi de la disparition de Porto mais ne s'en inquiète pas.
« Il doit être aux toilettes. »
Paul est sceptique et une inquiétude sourde grandit. Il se lève soudainement . « Je vais le chercher. »
28 ans plus tôt. Bar de Little Town.
Hélène a terminé de se garer devant le petit bar en face du lycée. « Bulle Vaporeuse ».C’est un petit établissement où la plupart des professeurs et des élèves vont boire, il est idéalement situé.
La nuit commence à tomber et Hélène se tapote les joues devant le miroir dans la voiture et sort, peu à l’aise avec sa posture. Elle n’a pas l’habitude des robes et encore moins des talons, même petits.
Elle pousse la porte d’entrée et aperçoit Eric en chemise blanche, qui semble aussi à l’aise qu’elle avec son apparence, mais cela la touche. Il semble qu’il n’ait pas juste accepté son invitation par politesse.
Elle ne le sait pas encore mais ça lui réchauffe le cœur.
« Madame Duchamps… »
« Appelez-moi Hélène. »
« Hélène… Vous… » Il la regarde de la tête aux pieds, peu sûr de lui. « Vous êtes bien ENROBÉ ce soir ! »
Hélène hausse un sourcil avant de comprendre en regardant sa robe et de pousser un soupir de résignation. « Décidémment Eric… »
« Je vous avais dit de me supporter », dit-il, peu sûr de lui.
« Voyons si la réciproque sera vraie. Je vous conseille de ne pas venir à bout de ma patience. »
Ils s’installent près de la fenêtre où l’on peut apercevoir le lycée en face, malgré les reflets du soleil couchant. Eric regarde la carte. « J’imagine que vous payez ? »
« Très galant », commente Hélène.
Eric pose la carte. « Vous m’avez invité et vu votre caractère en classe, je doute que vous m’auriez laissé. »
Hélène grommelle, un peu déçue. « Bien vu. »
« Vous vouliez me moucher ? » sourit Eric.
« Évidemment. C’est toujours amusant de couper les hommes dans ce genre de choses. »
« Je plains les précédents. »
Hélène lève les yeux au ciel. « Il n’y en a pas tant que ça, je vous rassure. À l’université, c’est tout. »
Ils passent commande, chacun prenant une bière légère qui est rapidement distribuée. Elle n’est pas très bonne, mais aucun des deux n’y prête attention.
Eric relance la conversation. « Vous avez de bonnes méthodes de pédagogie. On sent que vous travaillez beaucoup. »
« Merci », répond Hélène, buvant son verre et le regardant.
Elle a un faible sourire. « J’aurais aimé les apprendre autrement. »
« Que voulez-vous dire ? » demande Eric intrigué.
« Je suis autodidacte… »
« C’est une bonne chose. »
« Pas quand vos parents ne sont jamais là et vous laissent vous occuper de choses toute seule… »
Un nuage de souvenirs se passe dans la tête d'Hélène. Elle se revoit a attendre ses parents toute seule devant l’école primaire… Avant de comprendre qu’elle doit rentrer à pied et faire ses devoirs.
Chaque soir.
Le scénario se répétait.
Chaque soit. Elle pleurait.
« … mais en autodidacte on n'apprend pas les choses essentielles. « Le contact humain et la motivation sont nécessaires. »
Eric termine son verre, l’air inquiet. « Vous êtes devenue professeure pour ça… Je comprends mieux. Au moins vous savez ce que c’est… »
« Je sais ce qu’il ne faut pas faire », affirme Hélène. « Et ce qu’il faut surveiller. »
Eric pose la main sur sa joue. Quelque chose l’embête. Hélène le sent.
« Quelque chose ne va pas. J’ai senti la même attitude tout à l’heure. »
Eric bouge sa narine droite, hésitant.
«Ma mère déménage aujourd’hui. Elle a trouvé un nouvel appartement en ville. »
« Et cela vous inquiète ? »
Eric pousse un soupir. « Je devrais être avec elle à l’aider… Mais j’ai eu le contrat avec le lycée. Elle m’a dit de le faire. »
Hélène regarde dans ses yeux, sentant la culpabilité dans son regard. « Et vous auriez aimé l’aider. »
« Oui. Elle a beaucoup fait pour moi. »
Hélène sourit tristement. « Vous avez de la chance. »
« Oui et non. »
« Oui et non ? »
« Oui… car elle a beaucoup sacrifié et non car… »
Hélène l’arrête. « Eric, vous n’êtes pas obligé de… »
« À qui le dire de toute façon ? »
Hélène ferme la bouche. Eric poursuit. « Et non… car si elle a fait tout ça, c’est pour qu’on puisse fuir mon père. »
Il tape deux fois sur la table. « …il nous traitait comme ça. Il s’appelle Hugo.»
Hélène regarde son poing se serrer et certains spasmes.
« Un jour… J’avais trois ans. J’avais atterri sur le mur et elle par terre. Elle m’a pris, on s’est enfui. On est arrivés ici. On s’est reconstruit ici. »
Sa mâchoire est serrée, comme s'il crachait chaque mot. Comme il se forçait à lui parler.
Hélène n’a qu’une envie : qu’il se taise pour qu’il arrête de se faire mal, mais elle ne se s’en sent pas le droit.
28 ans plus tard, Parking du bar « Au jus Juteux »
Paul aperçoit Porto sur le parking, réalisant des va-et-vient autour de ce dernier, son téléphone en main. Il semble triste, le visage quasiment décomposé.
Porto se mit à un endroit bien isolé comme pour éviter qu’on ne le remarque.
Paul se précipite vers lui, zigazaguant entre plusieurs voitures pour arriver au niveau de Porto, toujours le nez sur son téléphone.
Paul tape des mains.
Il se retourne, surpris. « PAULY ?! Tu n’es pas avec Florence. »
Paul écrit sur son téléphone. « Et toi tu n’es pas au flipper ? »
« Au flipper ? Non, j’ai eu un appel. Ma mère. »
Porto détourne le regard, se grattant légèrement les cheveux, son ton de voix étant différent , moins affirmé, moins jovial. Paul ose « Quelque chose ne va pas ? »
« Non, la chose habituelle… » dit-il tristement.
« Je ne comprends pas. » écrit Paul, inquiet.
Porto regarde autour de lui comme s'il craignait qu’il y ait des oreilles indiscrètes.
« Il n’y a rien à comprendre, Pauly. C’est la vie, c’est tout. »
« Qu’est-ce qui se passe ? »
Porto a un ricanement sardonique. « Il se passe rien justement, Pauly… C’est ma mère. Elle est pas contente. »
Paul ouvre la bouche pour marquer son interrogation, il sent son cœur battre.
« ...Pauly... Tu répéteras à personne, hein ? Je veux dire même par signe ou par écrit. »
Paul hoche la tête, inquiet de ce qu’il s’apprête à entendre. Il n’a jamais vu Porto aussi sérieux et pour une fois c’est lui qui fuit son regard.
« Ma mère, elle est pas du genre patiente, tu vois. Je crois que je vais jouer au flipper très longtemps car quand je vais rentrer… »
Il déglutit. « Je crois qu’elle va encore me frapper. »
28 ans plus tôt, au bar « Bulle Vaporeuse. »
« Quand je suis devenu paysagiste, ma mère a trouvé un nouveau compagnon, c’est Raoul. Un vendeur d’électronique… » poursuit Eric, continuant de tapoter sur la table.
« Qu’est-ce que je fais ici ? » se plaint-il avant de se raviser en regardant Hélène.
« Je… Ce n’est pas contre… »
« Je sais. » dit Hélène. « Vous voulez voir votre mère. »
« Elle n'a jamais pris soin… d’elle-même. Elle a vu un thérapeute… »
Eric s’arrête, ne disant plus rien et hochant la tête comme pour s’excuser auprès d’Hélène.
Elle n’est pas dupe.
Elle sent sa culpabilité.
Elle sait ce qu’il veut dire.
« Eric... Ce n’est pas votre faute… Votre mère a eu un grand courage. Vous étiez un bambin… »
« Elle a surtout gâché sa vie pour moi… »
Hélène écarquille les yeux, ces mots la frappant en plein cœur. Elle ouvre la bouche dans un gros « O » comme pour protester.
« N’essayez pas de me consoler. Je sais qu’elle fait ça pour moi. Elle a préféré que je me consacre à mon travail. Je ne comprendrais jamais ces raisons… »
Retour au présent au parking « Au jus juteux ».
Porto sent sa gorge se serrer. « Mais il n’y a pas de raison, Pauly. C’est comme ça. Certains parents se défoulent sur leurs gosses. »
Il hausse les épaules.
« C’est la vie. »
Paul ouvre la bouche dans un grand « O » fixant Porto, son camarade devine facilement ses pensées.
« Ta sœur ainée écrit des fanfics ? »
Paul hoche légèrement la tête, ne comprenant pas où il veut en venir.
Porto serre les poings de rage et tonne plus à lui-même qu’à Paul. « J’aime pas les fanfics et même les livres. »
Il renifle, tentant de se retenir, et frappe dans une pierre.
« Parce que c’est des menteurs ! »
28 ans plus tot, au bar « Bulle Vaporeuse ».
« J’ai jamais su pourquoi. » dit Eric. « Pourquoi il était comme ça avec elle et avec moi… »
« Il n’y a pas de raison à cela, Eric. C’était juste un connard qui abusait de sa position. » lui explique Hélène, ne sachant pas trop où se placer mais refusant d’interrompre cet homme qui en a besoin.
Mais elle ajoute : « Mais votre mère a été courageuse. Et elle l’est, ne culpabilisez pas. Je suis sûre qu’elle est heureuse de votre métier. Et la dernière chose que souhaite un parent attentif, c'est que son enfant se ronge pour lui. J’en sais quelque chose… ou plutôt je sais ce qu’est un parent insouciant. »
Eric regarde Hélène et cette dernière prend l’initiative de commander deux nouvelles bières. « Et son nouveau compagnon ? J’espère qu’elle se plait avec lui. »
« Hmpf. » Eric grommelle. « C’est un trouduc acceptable. »
« Acceptable ? »
« Il la frappe pas, l’insulte pas, il la prend de haut et comme elle a besoin de réconfort, il a enfin une femme qui accepte de le baiser » crache-t-il sur la table, ce qui fait reculer Hélène légèrement.
Les deux nouvelles bières sont posées sur la table et Hélène trinque avec lui.
« Votre mère l’aime et si elle l’aime , il y a de bonnes raisons », ose supposer Hélène.
« Je pense pas qu’il y ait de raisons dans ces choses-là… »
Retour au Présent, parking « Au jus juteux »
« Les livres, ils veulent toujours trouver des raisons à tout. » renifle Porto, laissant s’échapper une rage de plus en plus forte. « Combien de fois j’ai lu ces fans ou ces auteurs expliquer des choses horribles, par le contexte, par l’univers ou je sais QUELLE CONNERIE. »
Il continue de frapper une pierre, les larmes coulant enfin.
« Je voulais être un enfant adopté, Pauly ! Un enfant non désiré ! « PARCE QUE ÇA AURAIT FAIT SENS ! » crache-t-il.
Paul s’approche de lui.
Porto se met à sangloter. « Mais… on est pas dans un livre… C’est la vie… Et même si c’était ça… ça aurait pas de sens… C’est juste la vie, Pauly… La putain de vie réelle. Ces mêmes personnes s’en fichent s'ils voyaient ça arriver… Ils s’en fichent. »
Paul met sa main sur son épaule et pour la première fois, prend la décision d’utiliser le synthétiseur vocal pour se faire entendre. Il écrit sa réponse pour qu’elle soit transmise à voix haute par le téléphone.
« Tous les livres ne sont pas comme ça. Certains en parlent… »
« Ouais mais… la vie n’est pas un livre. » Il lève soudain les yeux, réalisant que c’est la voix artificielle du téléphone qui vient de parler.
« Ça n’est pas le sujet. »
« Pau… Paul….Pauly je croyais que tu détestais ce truc. »
« Je déteste » confirme tristement Paul. « Mais c’est plus pratique en la circonstance, je crois. »
Paul fixe Porto, le regardant essuyer ses larmes et commençant à rougir, d’une honte profonde, une honte d’avoir craqué. Mais Paul n’en tient pas compte.
« Tu sais, certaines œuvres peuvent comprendre comme Treksims… Tu sais comment je l’ai découvert ? »
« Non… À la télévision ? »
« Dans le grenier de ma grand-mère. » dit synthétiquement le mode vocal, mais les yeux de Paul trahissaient son émotion.
Porto écoute attentivement.
« La cassette, je ne savais pas ce qu’elle contenait. L’étiquette était arrachée. Et mamie Nadine a dégluti quand elle l’a vu. Elle avait oublié son existence, elle a voulu le jeter mais j’ai insisté pour regarder avec maman. C’était TrekSims, j’ai adoré des explorateurs de différents horizons cherchant à comprendre… Mais mamie détestait ça. J’ai compris plus tard pourquoi. »
Porto regarde vers l’horizon où l’on aperçoit la mairie trôner au loin.
Paul renifle et continue sur le synthétiseur malgré son aversion : « C’était à mon grand-père Hugo Meunier. Tout ce que je sais, c’est qu’il tapait Mamie Nadine. C'est pour ça qu’elle a arraché l’étiquette. »
« Pourquoi elle l’a gardé alors ? » dit Porto.
Paul a un clin d’œil ironique. « J’ai entendu Maman et Papa en parler à la maison. Mamie avait volé la voiture de Papy pour fuir avec Papa, elle avait pas pensé à ce que Papy avait laissé dans le coffre et elle l'a enterrée dans son nouvel appartement, puis dans le suivant jusqu'à ce que je la trouve. »
Porto renifle, essuyant à nouveau son visage. « Je savais pas, Pauly… Je suis désolé pour ta mamie et ton père… Mais que veux-tu dire ? »
« Je veux dire que pour moi TrekSims a été une évasion et une découverte, j’ai fait plein de choses avec maman… »
Paula arrête le vocal et reprend.
« Grâce à ça, j'ai rencontré Florence. »
Porto regarde sur le sol.
« Je veux te dire qu’on est là… Et que les livres et les fanfictions n’ont pas pour but de décrire forcément la réalité. Mais ce qui est sûr, c’est que les émotions qu’ils génèrent le sont ! Et je pense que c’est ça la vraie raison… »
28 ans plus tard, Bar « Au Bulles Vaporeuses ».
« Eric Je ne pense pas que la vraie raison soit ça. Je pense qu’à sa manière ce Raoul réconforte votre mère, peut-être pour de mauvaises raisons, mais c’est son choix. » insiste Hélène.
« Mais… ça m’énerve. »
« Je sais. » dit Hélène. « Mais si votre mère l’a choisi. C’est peut-être qu’il remplit sa mission. Ce n’est peut-être pas de l’amour, ni de l’un ni de l’autre… Mais c’est… peut-être nécessaire. »
Hélène regarde d’un coup d’œil les lampadaires allumés dehors maintenant que la nuit est tombée.
Puis elle plonge ses yeux dans ceux d’Eric trahissant une certaine timidité inhabituelle.
« Peut-être que la véritable raison est qu’on a tous besoin de sa petite lumière. »
Eric plonge ses yeux dans ceux d’Hélène lui aussi. « Peut-être. »
Retour au Présent, parking de « Au jus juteux »
« Une lumière ? »
« Oui, c’est ce qu’a été Treksims pour moi. Et on peut t’aider, Porto. »
Porto plonge ses yeux dans ceux de Paul et il lui adresse un sourire, mélancolique certes, mais un sourire, ce qui réchauffe le cœur de Paul. C'est la première fois qu’il sourit depuis qu’il l’a recroisé sur le parking.
« Arrête d’utiliser ce truc si ça t’embête, Pauly. » dit-il en pointant son téléphone.
Ils sont interrompus par des pas qui courent en leur direction, une Florence au regard inquiet mais presque colérique, ne les voyant pas.
« PAUL ! PORTO ! Ça fait vingt minutes ! Qu’est-ce qui vous faites !»
Paul s’apprête à expliquer à l’écrit mais il se rappelle de sa promesse à Porto.
« J’avais besoin de me détendre. Pauly me parlait de Treksims. »
« Sans moi ? » se vexe Florence, croisant les bras, mais ce dernier sent néanmoins qu’elle n’est pas dupe, leurs visages les trahit.
« Vous me raconterez plus tard, j’espère », demande Florence avec insistance.
Paul hoche la tête et Porto l’air grave, promet : « Je te le dirai, c’est promis. »
Florence entendant le ton très grave de Porto n’insiste pas plus que ça.
Porto se tapote l’épaule. « Je me disais Florence… »
« Quoi donc ? »
« Pauly… Un de ces quatre, il faudrait que tu m’apprennes la langue des signes. Tu dois avoir mal aux doigts à force d’écrire sur ton téléphone. »
Paul le regarde puis il regarde brièvement Florence avant d’écrire.
« C’est pas grave, je t’apprendrai. Et si Florence allait te battre au flipper ? »
Porto hurle : « QUOI ? »
Florence ricane. « Il n’y a que la vérité qui blesse. »
28 ans plus tôt, sortie du Bar « Au Bulle Vaporeuse. »
Hélène et Eric sortent du bar après leur troisième bière, il est déjà vingt-trois heures et leur rendez-vous ne devait durer qu’une petite heure, mais cela est déjà oublié.
Ils s’attendent mutuellement à la sortie et Hélène pense déjà aux copies qu’elle aura à corriger demain au vu du retard qu’elle a pris. Mais il n’y a pas de regret.
Elle se met sous le lampadaire, regardant sa voiture, et attend Eric qui sort après être passé aux toilettes. Il arrive à côté d’elle près du lampadaire.
« Hélène je vous souhaite une bonne soirée. J’espère ne pas vous avoir dérangée. »
Hélène murmure discrètement, détournant son visage pour pas qu’il s’aperçoive qu’elle hésite. « Je vous l’ai dit...Je m’entraine. »
« Hélène… »
Elle se tourne vers lui.
« Oui ? »
« Si jamais vous avez besoin de parler ou d’avoir quelqu’un ou de tester vos méthodes pédagogiques… Je suis là. C’est pas drôle d’être seul. Vous pouvez compter sur moi. Il y a des choses qu’on ne doit pas porter seul. »
Hélène entend un battement dans son cœur, un battement de plus en plus intense.
« On peut se tutoyer, Eric. »
« Ah ouais… Ça ne nous tuera pas ! » plaisante avec un rire profondément gêné.
Hélène le regarde , presque abasourdie, puis elle s’élance….
Retour au présent, Parking de « Au jus juteux ».
La soirée débutait et Paul, avec ses amis Florence et Porto sortaient de deux longues heures de partie de flipper. Un soulagement pour Porto et ça, Paul le savait, même si le porte-monnaie de celui-ci pourrait lui adresser quelques plaintes.
Porto et Florence partent en direction de l’arrêt de bus. Paul adresse un regard à Porto, lui ayant écrit par message qu’il faut qu’il parle de sa situation à Florence.
Porto a promis de le faire et il espère qu’il tiendra parole.
Paul, quant à lui, aperçoit déjà la voiture de sa mère. Celle-ci, à son habitude, est en avance et tape sur le volant, l’attendant impatiemment, ce qu’il aperçoit très vite.
HONK ! HONK !
Hélène klaxonne à sa vue et Paul lui fait un coucou et se dirige vers elle avant de se retourner en direction de Porto et de Florence.
Ils les regardent une dernière fois.
Puis il cours vers lui, tendant sa main, ce qui surprend ses deux amis.
« Un tope-lâ Pauly ? » comprend Porto. « Avec Florence bien sûr. »
Paul hoche la tête et Florence plaisante : « Porto déteint sur toi ! »
TAP !
28 ans plus tot. Sorti de « Au Bulle Vaporeuse. »
TAP !
Hélène enlace Eric dans la pénombre, celui-ci décontenancé tremble légèrement avant de mettre ses bras sur ses hanches.
« C’est... »
« …rapide. » Je sais, dit Hélène. « Mais on sait que si ça ne va pas, on sera là l’un pour l’autre. »
Ils se relâchent immédiatement, détournant le regard comme des enfants que l’on aurait attrapés en pleine bêtise.
« Alors… à demain Hélène. »
« À demain, Eric. »
Elle s’en va puis se retourne. Il a fait la même chose.
Quoi qu’il se passe maintenant.
Elle a le sentiment qu’elle sait maintenant ou se retourner.
Et au fond d’elle.
Elle sait que c’est pareil pour lui.
Retour au présent. Voiture d’Hélène.
CLAP !
Paul ferme la portière. Hélène adresse un grand sourire.
« Alors Paul, comment ça s’est passé avec Florence ? »
Paul rougit et signe : « Il y avait Porto aussi. »
Hélène démarre et met la main devant sa bouche. « Oui, pardon. »
« Ta grand-mère est partie faire les courses avec ton père. Quant à Cynthia elle est retournée voir sa ruche au travail et Maryline est partie réviser à la bibliothèque. »
« Je vois. Et toi ? »
Hélène regarde devant, rêveuse. « J’ai eu une soudaine envie de retravailler la trigonométrie. »
Elle se tourne vers lui. « Au fait, je peux te raconter la suite de ma rencontre avec ton père si tu veux. »
« Avec plaisir ! »
Hélène commence son récit de la rencontre, elle omet bien sûr les détails de la vie intime d’Eric. Tout ce que Paul voit, c’est qu’elle veut raconter ce qu’elle ressent, et c’est peut-être la leçon que Paul retient de plus important de sa mère.
Pour elle, le plus important n’est pas d’avoir les détails de la rencontre.
Mais il sent l’émotion dans la voix de celle-ci.
Paul l’interrompt en pensant à Porto. « Finalement Maman. »
« Oui ? »
« Je crois que vous vous êtes trouvés avec Papa. Tu crois que c’est pareil pour l’amitié ? »
« Oui mon garçon », dit Hélène doucement. « Oui, je le crois. »