Mon journal intime 2
Le terrain est vague, c’est en pleine campagne, dans un village pas loin de Paris. Je me gèle sous la pluie fine posé sur la moto pendant qu’il discute avec l’agent immobilier. Il ne se rend pas compte que je vais être en retard pour emmener mes loustic à Disneyland. Je cherche à me calmer puis je décide d’aller le chercher.
— Mon cœur, ils m’attendent.
— Oui, deux minutes. Donc, vous me confirmez que je peux construire ici ?
— La mairie autorise bien sûr. Seulement votre idée doit être validé, histoire de rester cohérent avec…
— Il y a-t-il d’autre acheteurs ?
— Pas pour le moment, mais ça peut vite arriver.
— On va vous laissez, ma copine à rendez-vous, merci pour la visite, j’ai tout ce qu’il faut. On reviendra vers vous assez vite.
Je remercie aussi et il me raccompagne pour se préparer à repartir.
— Tu ne te sembles pas trop emballé par le terrain, je me trompe ?
— C’est la météo qui me glace le sang et j’ai menti, juste pour revenir au chaud. Ils sont chez ma grand-mère. Tu sais, j’ai beau avoir eu de justesse le diplôme, on l’a fêté un peu puis tu es revenu obsédé par l’achat.
— C’est pour chez nous, je te ne suis plus.
— L’argent, tu commences à travailler avec ma mère et moi, tu t’en fiches ! Tu passes comme elle sur des plans, des chiffres et compter les euros.
Son silence en dit long, il semble désolé. Je prends le casque tendu pour éviter qu’il garde son bras tendu comme un chiot en quête d’attention.
— Lola, je ne te mets pas à l’écart, la preuve, à nous deux, on a dix mille euros d’apport, ta mère peut nous apporter quarante milles euros. En fait, j’ai calculé tout et l’idéal en budget, deux cent dix mille euro.
— Je penses que c’est très risqué et ton entreprise aussi.
— Lola, la galère je connais et c’est normal, ça nous renforce. On va voir l’avis de tes parents sur ce terrain et comparer aux deux autres que je trouve plus cher. Si on signe, on aura déjà de quoi poser n’importe quel autre maison si notre projet ne plait pas. Et pardonnes moi si tu penses que je ne m’occupe pas assez de toi.
— Tu es pardonné et merci. Tu sais, je me sens seule et tout ça me dépasse, va trop vite a vrai dire. Si on échoue hein ? On ne va pas dormir éternellement chez ma mère.
— J’ai un petit boulot et je trouverais un autre et toi ? Tu veux aller travailler où ?
— Aucune idée, je pense qu’il faut rapidement mettre en place notre entreprise.
— Notre ? Tu veux être avec moi ?
— Tu ne veux pas ?
— Bé si ! Je n’osais pas te le demander. Aller vient au chaud, on va se réchauffer avec un bon bain.
Il m’enlace de toute sa chaleur, moi qui suis encore frêle. Un an et trois mois de relation. Je repense à mes ex devenu amis, eux qui vivent leurs rêves à fond. Stéphane qui est vendeuse dans une boutique de fringues et Charlotte, s’est surprise en disant vouloir être sage-femme. Paul-Henri lui, est contraint par son père de bosser dans une administration.
Octobre rose, tout le monde à trouver chaussure à son pied et oui, même le fils à papa qui se dit qu’avoir un travail stable, pistonné et tranquille (il est assistant archiviste), bé c’est top.
— Tu crois que je peux aussi faire un truc pour ma mère ?
— Poses toi tranquille ma belle. Tu es aidé financièrement, on va s’en sortir, fais moi confiance.
Le soir, je n’arrive pas à dormir et visiblement Théo et Louise non plus. Discrètement, je vais murmurer une demande d’avis. Les petits ont toujours de bonnes idées.
— Tu crois que des maisons cabanes coussins c’est possible ?
— N’importe quoi Théo ! Non, Matthias veut des trucs des bateaux !
— Chut, moins fort, ils dorment.
Ils partagent la chambre et mon cœur se sert quand je sais que la mienne sera pour l’un deux. Qui l’a prendra ? Quelle déco ?
— Mes loulous, je ne vous demande pas pour le projet commun mais pour moi. En quoi vous voyait votre grande sœur ?
Je me balance en tailleur entre leurs deux petits lits. Ils s’observent à deux doigts de rire, de vrais jumeaux ! Nos parents ont mis des années à me donner le rôle d’une grande sœur. Cet été, j’avais le sentiment de rattraper milles choses.
— Tu as vu ta déco ? me dit Théo
— Un bordel petit frère et alors ?
— Tu pourrais décorer les gens !
— Théo, on ne dit pas les gens mais chez les gens.
Je me retiens de rire aussi.
— Ouai pourquoi pas, c’est vrai que je suis assez bonne. Et puis, à votre naissance, maman m’a fait confiance sur la déco.
— Comment on créer une entreprise ? me demande Louise
— Vous allez vraiment partir après avoir acheté ? s’inquiète Théo
Les questions s’enchainent, je rassure comme je peux.
— Théo, Louise. TL, ton logement ? Louthé. Lou…
— Tu fais quoi Lola ?
— Je cherche à intégrer vos prénoms dans l’entreprise Louise. Bon, je n’ai pas de pistes, je fatigue et il faut dormir.
Ils râlent mais acceptent quand je les recouvre bien sous la couette, la veilleuse en marche. Je les observe avant de me coucher aussi. La nuit sera agitée et dès qu’il ouvre ses beaux yeux, je lui annonce en massant son torse magnifique :
— Je veux devenir décoratrice d’intérieur.
— C’est vrai que tu as l’œil pour ça.
— J’ai dû effectivement redécorer ta chambre qui était trop simpliste. Tu sais d’où me vient cette étincelle après mon humeur de ragondin sous la pluie ?
— Hum…une cigarette ? Non, tu me dis non. Alors, je ne sais pas, c’est magique je pense non ? Tu ne dors pas, tu as dû écrire dans ton journal pour être inspiré ? Un sms à tes potes ?
— Non mon ange. J’ai parlé à Théo et Louise, l’idée vienne d’eux. Et toi ? Tu m’aurais vu en quoi ?
— Franchement ? Mannequin, je revois souvent les photos du shooting. Oui, je sais, tu ne veux plus les revoir avant un moment. En fait, tu peux être pilote de chasse, infirmière, bouchère, éboueuse, je m’en fiche du salaire, des études ou non. Je veux revoir celle qui me souriait, une ados amoureuse, insouciante et tu le redeviens. Même si tu peux être ailleurs et c’est normal, je t’aime dans toute tes facettes.
Il cherche mon nez et je le taquine aussi avant que les baiser s’emparent de nous. Voilà longtemps qu’on n’a pas couché et je me sens libéré après l’acte. Il a une force en lui qui me ferait déplacer des montagnes. J’ai trouvé celui qui me faut.
— Le PACS ou le mariage ?
— Hum, pressé toi hein ? Je croyais que tu me disais de ralentir.
— Ouai, une envie pour le futur.
Au petit déjeuner, j’annonce mon métier du moment. Ma mère accepte de m’accompagner et elle a déjà en tête quelques noms de son réseau pour que je découvre le milieu. Soudain ça sonne, on est tous surpris sauf Matthias qui part ouvrir.
— J’ai fais venir ma mère et ma sœur pour le week-end. Ça te dérange Lola qu’on dorme chez ton père ?
— Eu non. Bien sûr.
— Aucun problème, enchanté, je suis Anne la mère de Lola et voici Théo et Louise.
La femme est voilé et sa fille sont timides. Matthias les rassure pour les faire rentrés.
— Fatima ma mère et Sarah ma sœur de dix ans. Entrez, je sais ça peut faire peur tout ce luxe mais il est acquis légalement contrairement à connard de père.
L’insulte les a fait sourire et Sarah est emmène par mes petits génies pour faire connaissance dans le salon. Je n’ai pas bougé, je m’y mets quand ma futur belle mère arrive.
— Un café ? Sarah peut aussi déjeuner.
— Je veux bien merci et puis juste ça, nous avons pris des forces depuis Nantes avec le train. Je suis heureux pour mon fils d’avoir su trouver une voie. Il n’arrête pas de parler de vous ! On pourrait croire que je suis jalouse mais…
— Maman, tu as le droit, tu as dû quitté Paris pour élevé Sarah dans de meilleurs conditions, payé un loyer, les charges et tout avec ton salaire de femme de ménage. Cependant même les gens aisées peuvent jalouser les ultras riches. Ou même les SDF qui rêve d’un simple toit. L’argent surtout ne fait pas que le bonheur, il y contribue.
— C’est un bon fils.
Elle lui pince la joue, il est gêné.
— Son père m’avait épousé et il m’a détruite. J’ai fui dès sa mort avec mes deux enfants pour vivre auprès d’Antonio, mon beau-frère. Il m’avait promis de nous aider, il l’a faillit le détruire aussi en promettant de reprendre le flambeau ! Non, toute ma vie entière, je la consacre à mes enfants.
— C’est magnifique comme discours Madame. Moi aussi, même divorcé et ils voient quand même leur père, ils sont tous mes petits.
— Vous vous entendez donc bien avec votre ancien mari ?
— Oui, l’amour n’y était plus à cause de ses tromperies mais je sais qu’il reste un homme bien pour nos enfants. S’il était violent, j’aurais la garde. En tout cas, j’avais peur pour ma fille, par à cause de la différence d’âge mais…
Elles échangent pendant au moins une heure, passant de nous, les amoureux au Mexique, la religion et revenir à :
— Une visite de la Tours Eiffel, ça vous dirait ? Je vous invite, nous, ça me fait très plaisir.
— J’ai économiser aussi pour vous invitez quelque part. Je connais un très bon restaurant indien, c’est un bon ami, il nous fera un bon prix.
— Alors ça marche ! Les enfants ? Aller vous changez, ranger tout et on y va. Ne discutez pas, ça va être chouette, plusieurs années que nous ne sommes pas allé tout en haut.
J’invite mon homme à me suivre et me dépêche de trouver la bonne tenue pour ce mois pluvieux.
— Je suis heureuse de voir que ta famille s’intègre bien avec la mienne. Je vois d’où vient tes belles valeurs d’un monde idéal mon chat !
— La tienne est surtout très ouverte, une chance aussi. On va montrer au monde que la fusion de deux univers opposés peut révolution le monde !
— Aller mon super héros des briques, en route. Tu n’as jamais froid toi ! Un blouson te suffit ? Je vais te donner un bonnet, non mais ! Tu m’écoutes !
Il râle comme un enfant et je lui réussis à lui caler un jusqu’à ses yeux. La journée va très vite passer et tout le monde passe un bon moment. Le soir, je surprends mon père qui…
— Lola ?!
— Je repasserais !
Je sors de l’immeuble tandis que Matthias attendait de savoir si on pouvait dormir. Il n’aime pas non plus être à l’improviste, moi, j’ose.
— Ok, qu’il voit des femmes ok. Mais…
— Mais quoi ? Cette fois, on ne peut pas ? Il veut rester tranquille ? Lola ? Tu es blanche.
— Il tourne du porno !
Je ne le murmure pas trop fort à cause des passants avant de m’assoir sur les marches. Il m’imite sans émotion, moi, l’image de mon père s’est fissuré à jamais. Parlé à ma mère ? Elle risquerait de lui dire aussi et là, je serais gêné d’en parler….
— Eu…Tu…enfin, comment ça ?
— Plus jamais je ne rentre comme ça ! C’est finit ! J’ai entendu de bruit, je pensais dans la chambre, il fait ce qu’il veut mais…la fille contre le plan de travail et…Non ! Mon père, ok, je le redis il fait ce qu’il veut mais, non, je sonne, j’appel point !
— Désolé alors…tu vas en parler à ta mère ?
— Non…bon, on revient dormir dans le vieux hangar ?
Il accepte et je me remets de mes émotions. Le matin, j’aurais un message de mon père qui s’excuse et je lui ai répondu que moi aussi, j’aurais dû prévenir en avance, ça aurait évité des complications. Le week-end suivant, j’en parle quand même à mes amies, car ça m’aura hanté.