HYDRA'S QUEST
La nuit tombait sur Washington. Natasha, Ward et Coulson étaient assis dans le bureau de ce dernier, silencieux. Les lumières clignotaient étrangement, le courant était instable. Natasha sentait qu’elle perdait son temps. Ward était suspect. Sa présence dans l’entrepôt soulevait un bon nombre de questions, et Natasha ne savait pas par où commencer. Steve entra enfin.
— Stark ne veut répondre à aucune question. On va le garder au moins jusqu’à demain.
— Et Fitz ? demanda Coulson comme un père inquiet pour son fils.
— Il assume. Il sait qu’on va devoir le suspendre. Simmons s’y oppose, elle dit qu’elle a besoin de lui pour le conteneur.
— Excusez-moi, pourquoi exactement je suis ici ? Vankakrov est dehors et on n’a toujours aucune info sur ce qui s’est passé, râla Natasha.
— Agent Romanoff. Vous semblez bien familière avec le nom, remarqua Steve.
— C’est un ancien agent du KGB, déclara-t-elle.
— Avec qui vous avez gardé contact ?
Natasha fronça les sourcils à la question du Captain. Elle n’aimait pas ce qu’il sous-entendait.
— Captain, je suivais la trace de Vankakrov avant que vous débarquiez avec tout le monde…
— Et on vous a retrouvée avec Stark et Ward.
— Stark m’avait fait part de son intention de traquer Vankakrov.
Elle jeta un coup d’œil en coin à Ward, sans aller plus loin. Steve se tourna vers ce dernier.
— Agent Ward ? Que faisiez-vous là ?
— Je traquais également Vankakrov.
— Sur ordre de qui ? Je ne suis pas sûr qu’on ait dépêché des analystes pour cette mission.
— En apprenant l’attaque du Capitole, j’ai jugé bon de mettre mes compétences au service de l’agence, monsieur.
L’expression de Steve était dubitative. Natasha comprenait pourquoi. L’histoire de Ward était tirée par les cheveux. Un bruit sourd se fit légèrement entendre dehors. Steve et Coulson sortirent sur le balcon pour aller voir.
— À quoi tu joues ? lança Natasha à Ward.
— Pourquoi on obéit à ce type ? Le FBI, c’est pas l’armée.
— Il y a une enquête interne pour corruption contre le Directeur.
— Quoi ?
— C’est pour ça que Steve a été décoré. Ils préparent le public en vue de le faire passer Directeur. Alors il prend ses marques.
Ward resta sans parler quelques secondes. Il regarda Steve à travers la fenêtre du bureau. Natasha vit dans ses yeux qu’il se faisait la même réflexion qu’elle.
— Mais Coulson ?
— C’est lui qui dirige l’enquête, il ne peut pas prétendre au poste.
— Coulson et Rogers sont proches.
— Un peu trop, selon certains.
— Toi aussi, tu te rapproches de Steve ?
Natasha se sentit bouillir. C’était le pire moment pour que Grant fasse sa crise de jalousie.
— Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre ?
Ward se pencha vers Natasha pour parler plus bas.
— J’essaie de savoir à quel côté on peut faire le plus confiance.
— Je ne sais pas. J’ai passé les six derniers mois à traquer chaque signe étrange parmi nos agents.
— S’il y a une double conspiration…
— Qu’est-ce que tu faisais dans l’entrepôt ? Comment tu savais pour Vankakrov ?
— Cette opération est plus grande que ce que tu crois.
Natasha donna un coup de pied dans le bureau.
— Grant, arrête de faire tes énigmes avec moi. Je garde tes secrets depuis trop longtemps, alors tu vas me dire ce qui se passe.
— Tu as toujours la capsule ?
Le regard que Natasha lança à Ward n’avait pour but que de lui faire comprendre d’arrêter de poser des questions. Il se redressa.
— Ils vont venir la chercher. Tout ça, c’est le début. Ils voulaient nous affaiblir et nous disperser.
— Est-ce que tu vas finir par me dire d’où tu tiens tes informations ?
— Jamais.
— Pourquoi ?
— Tu serais en danger.
À son tour, Natasha se pencha vers lui.
— Je n’ai pas besoin de ta protection. J’ai besoin de faire mon travail. Tu dois me dire ce que tu sais.
Le bruit sourd dehors s’intensifia.
— C’est peut-être trop tard.
Par la fenêtre, Natasha vit Steve hurler et saisir Coulson. Ils sautèrent à travers la vitre, le bouclier de Steve protégeant le corps de Coulson du verre, pour entrer dans la pièce et restèrent au sol.
— À terre ! cria Steve.
Natasha et Ward n’eurent pas le temps de réagir qu’une énorme explosion fit trembler la ville. La déflagration engloutit plusieurs maisons, et le QG du FBI trembla. Le souffle entra dans la pièce, projetant Natasha et Ward en arrière. La tête de Natasha cogna le mur.
***
Quelques instants plus tôt, Tony regardait Steve partir après que celui-ci l’avait interrogé. Mais Tony ne dirait rien. Pas à Steve, en tout cas. Dans la cellule en face de lui, un vieil homme à lunettes de soleil écrivait sur une feuille.
— J’en ai des belles à raconter, si vous voulez, dit Tony.
— T’inquiète, mon vieux, j’ai de quoi faire !
Tony sourit en regardant le vieil homme. Le bruit sourd commença à se faire entendre.
— Ah. Le jour de l’apocalypse est arrivé, dit le vieillard.
— Non. C’est le Porteur.
— Le quoi ?
— Ouais, c’est le jour de l’apocalypse, en vrai.
L’explosion arriva. Elle les secoua tous les deux. Le vieil homme sortit des clés de ses poches et commença à ouvrir sa cellule. Tony fut autant choqué qu’heureux de voir apparaître l’espoir de sa sortie.
— Qu’est-ce que…
— Ah, mon gars, j’ai pas l’intention de caner ici, amuse-toi bien !
— Hé, attendez, faites-moi sortir aussi !
Le vieil homme partit en courant. Une autre explosion retentit, plus proche cette fois, qui fit violemment trembler tout le bâtiment, et le vieil homme tomba dans sa course, laissant tomber ses feuilles et les fameuses clés. Tony devait absolument les récupérer avant que cette fichue prison ne s’effondre sur lui. Il essaya de tendre le bras à travers les barreaux. Mais le plafond fissuré commença à tomber, et une énorme brique tomba sur les clés. Tony tomba à genoux dans sa cellule. L’agitation se faisait entendre dans le bâtiment. Un agent du FBI arriva en courant. Il ouvrit la cellule de Tony.
— Il ne faut pas rester ici, monsieur Stark.
— J’espère que vous serez très vite promu.
Tony suivit l’agent dans les couloirs du bâtiment tandis qu’une nouvelle explosion commença à fracturer toute la structure du bâtiment. Tony aida l’agent à se relever. C’était un jeune, Tony vit dans ses yeux qu’il était effrayé et probablement dépassé par la situation.
— Vous voulez pas me filer votre arme ?
— Je ne suis pas sûr que ce soit autorisé…
— Si, si, vous inquiétez pas. Je suis Iron Man, je suis un Avenger. Techniquement, votre supérieur.
— Plus maintenant, monsieur Stark…
— Petit, je suis sûr que tu es excellent dans ton job, mais là, la situation est un peu particulière. Il va falloir qu’on se serre les coudes.
Tony vit l’hésitation naître dans les yeux du jeune agent. Mais quand celui-ci sembla se décider à tendre son arme, un bruit de tir se fit entendre et l’agent tomba. Deux hommes en tenues tactiques étaient arrivés derrière et lui avaient tiré dessus.
— J’en crois pas mes yeux. Tony Stark !
— Garde tes bras en l’air, l’homme de fer.
Tony obéit, conscient que tenter de résister face à deux hommes armés au milieu d’une attaque sans armure serait contre-productif.
— Je croyais qu’on saluait en disant Hail HYDRA, dit-il, pour gagner du temps, en attendant que la prochaine secousse lui donne une occasion.
— Vous êtes dépassé, Stark. Vous comprenez rien à ce qui se joue actuellement.
— Je comprends que les nazillons que vous êtes ont réquisitionné le véhicule aérien le mieux armé de l’Histoire de l’humanité pour frapper le FBI, sûrement pour récupérer le même McGuffin que vous traquez depuis cinq ans.
Les deux hommes rigolèrent.
— Vous ne savez rien des nazis, dit l'un des deux hommes avant de tirer dans la jambe de Stark tandis que l’autre récupéra l’arme de l’agent mort.
— On le tue pas ? demanda ce dernier.
— C’est pas les ordres, viens.
Puis ils partirent. Tony était à terre, sans pouvoir marcher, sans moyen de se défendre. Cette journée commençait à se révéler être particulièrement agaçante.
***
Un peu sonnée, Natasha se releva. Son bras lui faisait mal, sa tête saignait. Ces coups à répétition dans le crâne n’allaient probablement pas avoir de jolies conséquences. Elle regarda autour d’elle. Coulson et Ward se relevaient, comme elle, et Steve était dehors en train de regarder le ciel. Elle le rejoignit, mais regretta instantanément. Ce qu’elle vit l’horrifia. Il était là, vraiment cette fois. Le porte-avions. Il envoyait des bombes sur Washington. Natasha ne savait plus ce qui lui faisait mal à la tête. Mais elle voyait la population de la ville hurler, courir, les maisons disparaître dans les flammes.
Des cordes avaient été déployées depuis le porte-avions et des hommes et des femmes descendaient en rappel jusqu’au QG du FBI. Natasha comprit immédiatement. Elle se mit en route, marchant le plus vite qu’elle pouvait. Elle entendait les voix de Steve, Coulson et Ward, mais n’en avait que faire. Elle devait atteindre la capsule, vite. Très vite. Natasha avança parmi les décombres, les cadavres, les agents hurlant avec des membres arrachés. Des flashs la frappaient, elle se revoyait à Moscou, au milieu des mêmes bombardements, des mêmes cadavres et d’un civil que Natasha avait voulu aider, mais dont le sang s’était vidé sur elle. Elle tomba à genoux. Elle se releva rapidement. Elle passa devant Tony, qui rampait en l’appelant, mais elle n’avait pas le temps de l’aider. Elle arriva devant sa chambre. Un homme et une femme, la rage dans les yeux, en tenues tactiques, arrivèrent en même temps. Ils restèrent à se regarder tous les trois.
— Salut, chérie, on peut t’aider ? demanda l’homme avec un ton méprisant.
Natasha sortit son arme et tira dans leur direction, mais elle n’arrivait pas à viser correctement. Elle entra en même temps dans sa chambre. La pièce était ravagée, le meuble à côté de son lit détruit. Paniquée, elle commença à fouiller des yeux la pièce, cherchant la capsule.
— Bobbi, je crois qu’elle cherche la même chose que nous, dit l’homme en souriant à sa collègue.
— Chope-la, ordonna la femme appelée Bobbi.
L’homme avança vers Natasha, mais elle recommença à tirer dans sa direction, sans pouvoir le toucher.
— Ils apprennent pas à viser au FBI ? s’indigna l’homme.
Bobbi, elle, commença à fouiller la pièce. Natasha tomba par terre, mais envoya un coup de pied dans les jambes de l’homme.
— Sale… pesta-t-il avant de braquer son arme vers elle.
— Hunter. Je l’ai, dit Bobbi en tenant la capsule dans sa main.
Natasha avait envie de vomir. Elle était tétanisée. D’habitude, elle aurait agi immédiatement. Là, elle n’arrivait pas à réfléchir.
Hunter sourit à Bobbi et les deux partenaires partirent en courant avec la capsule. Entre ça, les bruits des bombes, les cris des agents, Natasha se sentait acculée. Elle ferma les yeux. Elle respira profondément. Puis elle ramassa le tissu de ses draps, le déchira et pansa chacune de ses blessures. Elle se leva, toujours légèrement titubante, et regarda à la fenêtre. Le porte-avions avait envoyé des sortes de canots métalliques pour déposer des soldats au sol. Elle vit Bobbi et Hunter monter dans l’un d’eux. Elle enjamba la fenêtre. Elle vit une des cordes pendre plus loin. Elle sauta, s’accrocha à la corde et se laissa glisser jusqu’au sol. Ses jambes lui faisaient terriblement mal. Elle vit Ward se battre contre des soldats du porte-avions. Il lui adressa un regard et fit « non » de la tête. Il avait très probablement compris ce qu’elle comptait faire. Mais l’avis de Ward lui importait peu, lui qui lui cachait tout, lui qui l’avait mise dans cette situation. Il commença à s’avancer vers elle, mais se prit un coup de crosse dans la tête et tomba. Natasha continua sa route, boîtant, et elle entra discrètement dans un des canots vides. Elle alla se cacher dans un coin près des réacteurs, fit en sorte de ralentir sa respiration et attendit. Une fois qu’elle serait dans le porte-avions, elle ne savait pas encore comment elle allait faire, mais elle devait récupérer cette capsule. Ward ne l’avait pas cachée tout ce temps pour rien.
Il finit par y avoir du mouvement. Le canot démarra. Natasha vit les pieds des soldats monter à bord, s’asseoir. Pendant tout le vol, il y eut un silence de mort. Personne ne parlait. Quand le canot arriva à l’intérieur du porte-avions, ils descendirent tout aussi silencieusement. Ça y est. Elle était à l’intérieur. Après tout ce temps, Natasha allait devoir faire face. Elle attendit que tout le monde soit bien parti pour sortir de sa cachette. Elle était dans un immense hangar, rempli de canots et de quinjets. Ce genre d’appareils n’était plus utilisé depuis longtemps. Peut-être était-elle en train d’halluciner à cause de son traumatisme crânien.
Elle sortit du hangar, se retrouva dans un grand couloir sombre dans lequel marchaient plusieurs soldats. Elle entendit des cris plus loin. Cela ressemblait à des cris de joie. Elle avança. Elle s’arrêta net lorsqu’elle vit passer dans le couloir une silhouette effrayante : un être qui lévitait, derrière lequel flottait une large cape de soie jaune. Natasha n’en était pas sûre, mais l’être avait l’air d’être rouge. Ou vert. Ou les deux, Natasha ne savait plus ce qu’elle devait croire ou non. Une fois l’être parti, elle continua sa route et arriva dans un grand centre de commandes, des ordinateurs partout, et au centre, plusieurs soldats étaient réunis. Hunter et Bobbi étaient là et tendaient la capsule à un homme qui portait un long manteau de cuir noir. Cette fois, Natasha était certaine d’être atteinte par la commotion. Car l’homme qu’elle crut reconnaître, ce ne pouvait pas être lui. Elle plissa les yeux. Il fallait qu’elle découvre ce qui se passait ici, il fallait qu’elle se concentre.
— Vous êtes blessée, soldat ? demanda une voix féminine derrière elle.
Natasha se retourna. Elle eut un haut-le-cœur. C’était l’agente du FBI qu’elle avait croisée le matin même. La prisonnière qu’elle avait sauvée trois ans auparavant. La femme ouvrit grand les yeux et envoya un coup de poing à Natasha, le genre de coup que Natasha encaissait très bien d’habitude, mais là, elle perdit instantanément connaissance.
Quand elle rouvrit les yeux, elle était allongée dans un lit, dans une pièce qui ressemblait fortement à une infirmerie. L’homme au manteau noir se tenait debout plus loin avec Bobbi et Hunter. Natasha prit du temps à reprendre vraiment connaissance, mais finit par y arriver. Quand elle fixa l’homme au manteau, elle en arriva à en être pratiquement sûre : Nick Fury. L’ancien Directeur du SHIELD était célèbre et avait disparu après la chute de son organisation. Quand il la vit éveillée, Fury s’approcha de Natasha. Ses deux yeux noirs se posèrent sur Natasha avec une expression qu’elle ne savait pas décrypter : de la colère, de la bienveillance, de la haine…
— Excusez les manières de l’agent Hill. Elle n’a pas apprécié de découvrir que vous nous aviez infiltrés, dit Fury, calme.
— C’est vraiment du foutage de gueule venant d’elle, non ? répondit Natasha, qui avait perdu toute patience.
Fury ricana.
— Vous êtes plutôt abîmée. Nous sommes en train de vous soigner.
— Vous êtes bien Nick Fury ?
— Oui.
— Mais qu’est-ce que vous faites ?
— C’est une histoire pour un autre jour. Que faites-vous à bord ?
— Si je vous racontais, la situation serait très déséquilibrée.
— Je crois que la réponse à ma question est également celle à la vôtre.
— La capsule.
— La capsule.
— Vous la cherchez depuis des années. Comment vous l’avez trouvée ?
— Vous savez, le plus amusant, c’est que ce n’est pas la capsule qu’on est directement venus chercher. Une ancienne armure Stark s’est réactivée et a lancé un signal, on l’a suivi.
— Cet imbécile de Stark.
— Je serais curieux de savoir ce qu’un objet d’une telle importance faisait dans la chambre d’une agente du FBI, en revanche.
— Je devais l’analyser. Je… je suis analyste.
— Oh. Alors ? Analyses concluantes ?
— Non.
Natasha tenta de se relever, mais Fury l’en empêcha.
— Ni moi ni vous ne souhaitons que vous fassiez ça.
— Je dois rentrer. Mes collègues vont s’inquiéter.
— Ils s’inquiéteront de toute façon, nous avons la capsule. Tâchez de rester calme, agent ?
— Rushman. Natalie Rushman.
— Agent Rushman, tout ira bien du moment que vous ferez ce que l’agent Hill ou moi vous dirons.
— Depuis quand avez-vous rejoint HYDRA ?
— HYDRA ?
— J’ai vu ce porte-avions il y a trois ans à Moscou. Avec leur symbole dessus.
— HYDRA n’a pas le monopole des porte-avions.
— Donc vous ne travaillez pas pour eux ?
— Je les ai combattus toute ma vie. Pourquoi je les rejoindrais ?
— Mais vous venez de bombarder Washington.
— Une ville aussi corrompue que ses institutions. Demain, vous verrez que les morts de Washington ne vaudront pas plus que ceux de Moscou, ou de n’importe quelle autre ville que vous avez vue se faire détruire.
— Mais comment vous dormez en sachant que c’est vous qui provoquez ces morts ?
— Ne me dites pas que le FBI est devenu anti-meurtre-pour-la-bonne-cause ?
— Quel genre de cause justifierait de bombarder une ville entière ?
— Demandez à votre gouvernement en 45.
— Moi, je suis russe.
— Cet argument ne vous aide pas vraiment, vous vous en rendez compte ?
Natasha resta silencieuse. Elle ne comprenait pas comment un homme autrefois considéré comme le plus grand protecteur de la planète était devenu aussi sombre. Fury enchaîna :
— Le monde se trouve toujours un bouclier. Un jour, c’est nous, le lendemain, c’est un bouclier aux couleurs de l’Amérique avec une étoile au centre, tout change très vite. Mais les grands du monde font ce qu’ils veulent de ces symboles. Votre agence le sait aussi bien que la mienne. N’essayez pas de m’inonder de votre morale, mademoiselle « Rushman ». Depuis que vous êtes ici, vous n’avez fait que me mentir et vous travaillez pour une organisation qui a cessé d’être éthique depuis longtemps. Soyez plutôt reconnaissante du fait d’être en vie !
Fury se leva et sortit de la pièce, le pas furieux, tandis que des infirmiers se rapprochèrent de Natasha.
***
Dans une autre infirmerie, Ward ouvrit les yeux. Il ne mit pas longtemps à reconnaître les murs du FBI. Pourtant, la pièce était à moitié en ruines, les médecins faisaient ce qu’ils pouvaient avec le matériel qu’il leur restait. Simmons était à côté de Ward, elle changeait ses bandages.
— Jemma ?
— Essaie de ne pas trop bouger, tu as une sacrée commotion.
En effet, c’était comme si sa tête contenait plusieurs bombes explosant simultanément.
— Où est…
— Natasha a disparu, anticipa Simmons. Entre ça, Fitz suspendu, la base ravagée, tous ces morts… c’est un désastre, finit-elle en essuyant la larme qui coulait sur sa joue.
Au même moment, Steve et Coulson passèrent.
— Captain ! appela Ward en se levant, malgré les gestes de Simmons pour tenter de l’en empêcher.
Steve et Coulson s’arrêtèrent.
— L’agent Romanoff a disparu, signala Ward.
— Comme vous le voyez, il y a eu beaucoup de dégâts. Agent Simmons, surveillez votre patient.
Simmons s’approcha, mais Ward la stoppa :
— L’agent Romanoff est en possession d’informations sensibles concernant une opération d’extrême importance…
— Et comment pourriez-vous avoir des informations que nous n’ayons pas déjà ? demanda Coulson, visiblement agacé.
— Est-ce que ça a un lien avec le danger HYDRA dont parlait Tony Stark ? Fitz a dû vous en parler, ajouta Simmons.
— Stark peut nous être utile, s’il a…
— J’ai interrogé Stark. Il n’a rien voulu dire, il préfère garder ses secrets, comme toujours. Mais ça vous dépasse. C’est peut-être à votre tour de parler, agent Ward. Vous semblez avoir des informations, dit Steve, très sérieux, en se rapprochant de Ward, qui sentit la rage monter en lui.
— Je ne réponds pas à vos ordres, dit-il simplement.
— Vous n’êtes ni dans la chaîne de commandement ni agent de terrain. Vous êtes analyste. Faites votre travail et n’empiétez pas sur celui des autres. Si vous avez des informations sur la disparition de Natasha, vous feriez mieux de nous les donner maintenant, dans son intérêt et le vôtre.
Ward laissa échapper un souffle de rire quand le Captain eut fini sa phrase.
— « Natasha ». Vous vous intégrez bien au FBI, Captain.
— Le Captain Rogers prend en charge cette affaire et est placé hiérarchiquement au-dessus du FBI tant que l’enquête sera en cours. Restez dans les rangs, agent Ward, ordonna Coulson.
Steve tendit un dossier à Ward.
— Le débriefing de l’attaque. Faites-nous un rapport rapidement.
— Vous m’écartez du problème…
— Non. Je donne un os au chien.
Ward regarda Steve. Il était naïf, arriéré, ne savait pas ce qu’il faisait. Un super-soldat à la tête du FBI ne présageait rien de bon. Mais c’était un super-soldat, alors le mettre hors de l’équation serait compliqué, du moins physiquement. Il lança un dernier regard noir avant de partir. Mais en avançant, il vit Stark allongé sur un brancard. L’infirmerie dédiée aux prisonniers avait sûrement été détruite dans l’attaque. Il attendit d’être hors du champ de vision de Steve et Coulson et se dirigea vers Tony. C’était étrange de voir Iron Man aussi diminué. Un héros aussi déchu ne pourrait que sauter sur une occasion de retrouver sa gloire.
— Monsieur Stark.
— Agent. Fier de votre coup ?
— Mon coup ?
— Si vous m’aviez laissé gérer Vankakrov, l’attaque n’aurait pas eu lieu.
— Qu’est-ce qui vous dit que Vankakrov et l’attaque du porte-avions sont liés ?
Tony plissa les yeux en regardant Ward.
— Qu’est-ce qui vous dit qu’ils ne le sont pas ?
Ward savait ce que Tony se disait sur lui. Probablement qu’il était allié à Vankakrov à cause de ce qui s’était passé dans l’entrepôt.
— Ils ont Romanoff, balança Ward pour ramener le sujet dans une zone confortable.
— Non, ils ont la capsule. C’est ça qui vous embête.
Ward fut pris de court. C’était rare.
— Vous savez pour la capsule ?
Tony rigola.
— C’est quoi votre nom ?
— Grant Ward.
— Ward ? Comme le sénateur Christian Ward ? Comme le cinéaste Thomas Ward ? Comme la plus grande…
— Oui, c’est ça, et j’ai besoin qu’on zappe mon historique familial pour décider comment on récupère cette capsule des mains d’HYDRA, l’interrompit
Ward.
— HYDRA ? Ce n’est pas HYDRA qui a la capsule.
Ward fut pris de court, à nouveau.
— Croyez-moi, je reconnais ce porte-avions.
— Visiblement, non. C’était l’Héliporteur. La plus grande réussite technologique du SHIELD. J’ai contribué à le créer.
— Le SHIELD est tombé.
— HYDRA aussi, officiellement, depuis 1945.
Ward baissa la voix.
— Alors quoi, le SHIELD a récupéré la capsule ? Ça n’a aucun sens… Pourquoi bombarder Washington ? Ce sont des experts en infiltration…
— Nick Fury a un peu mal tourné après la chute de son boy band. On était sa plus grande fierté. Mais vous tenez vraiment à ce qu’on continue à
parler de tout ça dans le repaire du Captain FBI ou vous allez m’aider à sortir d’ici ?
Ward regarda tout autour de lui. L’idée de Stark était extrêmement risquée. Mais en même temps, c’était le seul moyen d’espérer récupérer la capsule. Il y avait des agents à chaque sortie. Et des sorties, il y en avait plus que d’habitude étant donné le nombre de trous béants dans les murs. Donc chaque sortie était à la vue des autres.
— On ne peut pas sortir d’ici sans se faire abattre, conclut Ward.
— OK, alors faites diversion pendant que je récupère mon armure.
— Dans ce scénario, je me fais toujours abattre. Et vous pouvez être sûr que votre armure ne sera pas aussi facilement accessible que la première fois.
— Alors on reste là. La capsule est perdue, HYDRA va finir par tomber sur tout le monde et Romanoff va mourir dans d’atroces souffrances.
Ward était agacé par Stark, mais il tâchait de réfléchir. Aucune des options actuelles n’était viable : aucune sortie proche n’était accessible, et déplacer Stark maintenant soulèverait bien trop de questions. Il fallait quelque chose de radical.
— Je connais quelqu’un qui peut nous aider, lâcha Ward.