Si Arthur l'avait su.

Chapitre 1 : Les choses changent.

1383 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 29/03/2026 19:53

C'est mon moment préféré de la journée. Ces quelques minutes où tout est encore calme. Les serviteurs s'affairent déjà, en toute discrétion. Les autres sont entre les bras de Morphée. J'en profite pour flâner un peu dans les couloirs. Laisser mes pensées divaguer.


Camelot est aujourd'hui une référence. Un royaume paisible, où chacun peut trouver sa place.

C'est un véritable changement par rapport au règne de mon père.

— Sir, me salue un homme que je croise.


Je lui retourne la politesse et continue mon chemin.

Merlin passe son temps à me mettre en garde. Tout n'a pas été oublié. 

Je sais qu'il a raison. Uther Pendragon était un homme dur et froid avec tout le monde. Y compris moi.

Pourtant, je reste convaincu que le temps finira par apaiser les blessures.

D'autant que j'ai une annonce à faire. Importante. Qui modifiera en profondeur notre société.

Enfin ! Après de longues années d'attente, je vais épouser la femme que j'aime.


Il y a eu de nombreuses embûches sur la route vers notre union. Mon père, en premier lieu. Un mariage royal avec une femme de chambre, c'est... compliqué à faire accepter. Impossible du temps d'Uther.

Depuis sa mort, les choses ont tellement changé.

Aujourd'hui, mes meilleurs et plus fidèles chevaliers sont, eux-mêmes, issus du peuple. Ils ont su prouver leur valeur, mériter leur place.

Pourquoi n'en irait-il pas de même pour Guenièvre ? Mon soutien silencieux. Dans l'ombre depuis si longtemps.

— Sir.


Cette fois, je m'arrête pour laisser passer une femme de chambre. Elle sort d'une pièce sur ma droite. Par curiosité, je jette un œil à la porte.

Un courant d'air glacé passe dans le couloir, me faisant frissonner.

Le destin est injuste parfois et toute ma sérénité s'envole soudain. Je me tiens devant la chambre de Morgane. Le dernier obstacle à mon bonheur.

On peut continuer à aimer quelqu'un. Même quand il vous a blessé.


Je me force à reprendre mon chemin, le cœur lourd. Je secoue la tête. Morgane ne peut pas nous nuire. Plus maintenant. Sa mort nous a été annoncée il y a peu.

Une nouvelle aussi réjouissante que dévastatrice. Ma... sœur était morte ce jour-là.

Malgré toute la haine, la rancœur qu'elle me vouait, je l'aimais.


Elle a emporté avec elle, la dernière menace qui planait sur le royaume. Nous permettant de profiter, enfin, d'une paix chèrement acquise.

— Arthur !


Ce cri dans mon dos rompt la quiétude ambiante et me force à m'arrêter. Des bruits de pas précipités me parviennent. Je fais volte-face. Gauvain court dans le couloir. Avant qu'il ne m'atteigne, le tocsin résonne dans tout le château. Mon cœur se met à taper fort dans ma poitrine.

— Que se passe-t-il ?

— Arthur, essaie d'articuler le chevalier à bout de souffle. Guenièvre... a disparu !


La scène autour de moi me parait soudain irréelle. Tout le monde s'agite, court partout. Pendant que je reste incapable de bouger.

— Guenièvre n'a pas disparu. Elle a été enlevée.


J'entends Merlin parler, mais j'ai l'impression de ne pas arriver à reprendre pied.

— Enlevée ! répéta Gauvain, mais par qui ? interrogea-t-il à ma place.

— C'est Morgane !


Le bruit de fond s'amplifie. Tous expriment à voix haute une confusion que je ne parviens pas à formuler. Ils mettent des mots sur des dangers auxquels je refuse de penser.

Morgane est morte. Ma sœur est morte. On nous l'a annoncé. On nous l'a confirmé.

Je me sens bouger. C'est comme si mon corps se déplaçait tout seul. J'ai besoin d'une seconde pour comprendre que je suis trainé par le bras. Merlin devant moi avance d'un pas déterminé, jusqu'à mes appartements et m'y fait entrer. Une fois la porte fermée, un calme partiel revient.

— C'est impossible, murmurais-je alors.

— Je vous jure Arthur, que je préférerai me tromper, mais... tenez, dit il me tendant un morceau de papier.


Je l'ouvre. Mes mains tremblent.

« Tu as beaucoup de serviteurs. Celle-ci est à moi. »

— Je dois partir, est la seule chose que j'arrive à penser ou a formuler.

— Je le sais. J'ai pris la liberté de faire préparer le nécessaire. Les chevaux seront sellés, prêts à partir sous peu.

— Un seul suffira, réalisai-je soudain. Toi, tu restes ici.

— Comme vous voudrez, me répond Merlin d'un ton léger.


Je sais ce que ça veut dire. Il compte n'en faire qu'à sa tête, comme souvent.

— Je ne plaisante pas.

— Je sais. C'est pas votre qualité principale.

— Merlin ! m'agaçai-je.

— Oui ?


Mon ami détourne les yeux de ses occupations pour me regarder.

— Morgane me veut moi et personne d'autre. Ce n'est pas une mission de sauvetage c'est...

— Du suicide, acheva Merlin sans un tremblement dans la voix. Dans ce cas... je vous souhaite bonne chance.


Je lève les yeux au ciel. Ce côté détaché, c'est tout lui.

Je l'observe alors qu'il achève son rangement.

— Ca y est tout est prêt, ici. Je vais voir où en sont les provisions et je vous rejoins aux écuries.


Je hoche la tête. Merlin s'apprête à quitter la pièce quand une idée me vient.

— Avant d'aller aux cuisines, demande à ce qu'on réunisse mes chevaliers. Je dois leur parler. Au cas où, murmurais-je pour moi-même.

— Je m'en occupe et Arthur je...


Le voir hésiter à parler est si rare que, même dans une telle situation, ça m'amuse un peu. Je lève un sourcil, curieux.

— Je n'irai pas jusqu'à dire qu'être à votre service était un plaisir, mais... de toutes les grosses têtes vides, vous étiez de loin mon préféré.


Merlin s'éclipse juste à temps. La coupe que j'ai jetée dans sa direction s'est écrasée sur l'embrasure de la porte.

Je reste à observer, à écouter la vie qui continue autour de moi. Je ne reverrai jamais cet endroit. Je laisse ma main courir sur mon bureau. Tous mes espoirs... Je ferme les yeux et souffle un bon coup avant de les rouvrir.

Peu importe. D'autres que moi réaliseront mes rêves pour le royaume. Tout ce qui compte est de ramener Guenièvre. Pour le reste...

La réunion avec les chevaliers a été brève. Tous voulaient m'accompagner, mais, pour le futur de Camelot, j'ai besoin d'avoir des hommes de confiance. Ils prendront ma relève le temps que je revienne ou qu'un autre roi soit choisi. J'aimerais tant que Guenièvre puisse être la reine que je l'imagine devenir. J'ai glissé une lettre en ce sens dans mes affaires. J'ai peu d'espoir qu'une femme soit autorisée à régner seule. Mes chevaliers la soutiendront, j'en ai la certitude. Alors, qui sait ?

J'accélère le pas. J'ai déjà perdu suffisamment de temps.

Arrivé aux écuries, je constate que deux chevaux ont été sellés. Je m'apprête à faire la leçon à ce serviteur qui n'écoute, décidément jamais rien.

— Ah vous voilà ! me dit-il, en sortant de derrière sa monture. Je commençais à croire que vous aviez changé d'avis !


Merlin se tient devant moi comme si tout aller bien. Comme si cette mission était semblable à toutes les autres. Sans s'en rendre compte, il me fait espérer.

— Je t'ai dit que tu ne venais pas...

— Je sais, je sais et ne vous inquiétez pas ! Je ne vous accompagne pas.


Je reste sans voix, ne comprenant plus rien.

— Je viens pour récupérer votre armure. Après avoir passé tant d'années à l'astiquer, je préférerais qu'elle ne reste pas à rouiller en pleine nature. De plus, insista-t-il pour m'empêcher de répliquer. Si, par miracle, vous parvenez à sortir Guenièvre de là, il faudra bien la ramener en sécurité au château.

— Merlin tu...

— Si vous préférez, je vous suivrai de loin. Ainsi, je ne vous entendrai pas parler.


Il n'attend aucune réponse de ma part. Il enfourche son cheval et se met en mouvement.

J'emboite le pas, un sourire aux lèvres. Je suis fier d'avoir eu un ami comme lui. A mes côtés, jusqu'à la fin.


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