Si Arthur l'avait su.

Chapitre 2 : Emrys

1166 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 30/03/2026 18:34

Merlin et moi voyageons en silence depuis plusieurs heures.

Des images atroces tournent dans ma tête. Guenièvre seule.

J'essaie de rester concentré sur le plus important. Trouver Morgane.


Heureusement, ma sœur a tout prévu.

Depuis que nous avons pénétré la forêt, nos chevaux semblent savoir où aller. Je me laisse guider par cette magie.

Les pas de nos montures nous mènent à l'entrée d'une grotte.

Obligés de continuer à pied, nous nous engouffrons dans l'obscurité la plus totale. Nos torches peinent à éclairer le chemin sous mes pieds.

Résultat, je ne réalise pas tout de suite que j'ai atteint ma destination.

De grands feux jaillissent tout à coup autour de nous. La lumière envahit brutalement la pièce. Je laisse mes yeux s'habituer avant d'observer la scène devant moi.

— Guenièvre ! hurlais-je sans contrôle en la voyant.


Je me précipite vers elle sans réfléchir.

Quand l'air se fait glacial, je me stoppe dans ma course. Morgane se tient non loin de sa prisonnière. Nos regards se croisent et je suis projeté en arrière. Je m'écrase violemment contre un mur. J'attends de toucher le sol, mais rien. A la place, je reste suspendu, collé à la paroi par les lianes qui en sortent. L'une d'elles se glisse sous ma gorge.

— Bienvenue mon frère !


Sa voix suffit à me pétrifier.

— Je suis là, dis-je avec autant d'aplomb que possible. Relâche Guenièvre.

— Tu es si arrogant, s'amuse-t-elle.


En un léger mouvement de main, les liens qui emprisonnent Guenièvre disparurent. Son corps sans vie s'effondre sur le sol.

— Comme toi, elle n'est qu'une victime dans cette histoire, poursuit-elle. Il me fallait une raison pour le faire sortir de son trou.


J'ai du mal à respirer. Plus tout à fait lucide. Qui voulait-elle entrainé ici ?

— Merlin ? compris-je enfin. Personne d'autre que lui ne serait venu jusqu'ici ?

— Emrys, en réalité, corrigea-t-elle.

— Je suis là, Morgane.


La voix est puissante. J'ai presque un doute. Pourtant, s'avançant, il entre dans mon champ de vision.

Je sens mon corps s'engourdir, ainsi privé d'oxygène.

— Emrys !


Impuissant. J'assiste à un spectacle surprenant. Ma sœur trépigne d'excitation telle une enfant. C'est plus terrifiant encore que son agressivité habituelle.

— Laisse-les partir, ordonne calmement Merlin. Tu as ma parole. Je ne chercherai pas à fuir. Je ne te combattrai pas.


Je suffoque et lutte pour rester conscient. Je ne veux rien rater de cette confrontation.

— Ne t'inquiète pas pour eux. Ils ne sont pas en danger. Pour l'instant.

— Que me veux-tu, Morgane ? C'est quoi, le but de tout ça ?

— Te proposer un choix !


Merlin, impassible, attend la suite. Moi aussi.

— Le sorcier le plus puissant de tous les temps, condamné à la servitude par un petit roi arrogant. Dissimulant sa vraie nature, pour survivre. Je suis là pour t'offrir la liberté.

— Je ne suis pas prêt à en payer le prix. Il est trop élevé. Il l'a toujours été Morgane.

— Tu peux décider de partir. Tout simplement.


Le marché est équitable. Ma sœur laisse son interlocuteur en prendre conscience avant de poursuivre.

— Toi et moi sommes pareilles. Nous n'avons aucune raison de nous faire la guerre. Mais Camelot est à moi. Et si tu restes en travers de ma route, je les tuerai tous les deux.

— Je ne partirai pas.

— Je le sais.


Pour la première fois, depuis le début de l'échange, Merlin s'agite. C'est tellement discret que je doute que Morgane s'en soit rendu compte.

Quelque chose va se produire. J'espère juste être vivant pour le voir.

— C'est vraiment ce que tu souhaites ? Après avoir tant lutté pour ta survie ?

— Je veux qu'il te voie tel que tu es. Que son monde s'effondre.

— Je ne suis pas si important. Morgane, tu peux encore changer d'avis. Il n'est pas trop tard.

— Ca fait déjà longtemps qu'il est trop tard pour moi.

— Ne fais pas ça ! Ne m'oblige pas à... Je sais ce que tu ressens ! Mais il n'est pas son père. Laisse-lui le temps de...

— De tous nous tuer ?


Morgane fixe son regard sur moi. Il me transperce, plus puissant qu'un coup de poignard. Toutes ses années de peur accumulées. Toutes mes années d'ignorance.

Le retour en arrière n'est plus possible. Je le vois maintenant. Merlin, également.

— Choisis Emrys, ordonna-t-elle soudain, à bout de patience.


Aucune réaction. Le choix est fait. Elle le comprend comme moi.

Sa main se lève. Une seconde, les lianes se resserrèrent autour de mon cou. La suivante, elles disparaissent. Ma sœur s'effondre en même temps que moi. Elle... ne respire plus.

— Je suis désolé, murmure Merlin.


Je l'observe tremblant. Mes poumons me brulent. Mon corps ne répond pas. Je suis sans défense face à un homme capable de tuer d'un claquement de doigts. Il fixe Morgane devant lui. Immobile.

Puis s'éloigne de moi. Il s'accroupit près d'une autre forme, posée sur le sol.

— Guenièvre ! réussis-je à articuler. Ma voix est rauque, chaque mot sort douloureusement.

— Elle est vivante, Arthur.

— Ne t'approche pas d'elle !

— Arthur...


Sa supplique me brise le cœur, mais la peur est plus forte. J'essaie de me relever. De les rejoindre pour m'interposer, mais après quelques pas trainants, mes jambes cèdent.

— Arthur, si je ne l'aide pas, elle va mourir.

— Non !


Je n'arrive plus à réfléchir correctement. Je me sens épuisé. J'aimerais que tout s'arrête. Repartir en arrière. A une époque où j'avais confiance.

— Qu'est-ce que tu fais ? criais-je, voyant Merlin soulever Guenièvre.

— Ce que j'ai toujours fait.


Il traverse la salle, portant Guenièvre dans ses bras.

Les minutes passent, aussi longues que des heures. Mais je sens mes forces revenir. Un peu. Je parviens à me calmer légèrement. Mon corps tremble moins, je tiens debout. Prudemment, je fais quelques pas. L'équilibre est fragile, mais suffisant pour qu'à l'aide des murs, j'arrive à avancer.

Lorsqu'enfin l'air frais frappe mon visage, la nuit est tombée. La lumière des flammes dans l'obscurité attire mon attention. Je me dirige vers elle et trouve le campement de fortune de Merlin.

Guenièvre est allongée. Inconsciente. Sa poitrine se soulève à un rythme régulier.

— Elle va bien, me confirme le sorcier.


Je ne réponds pas.

— Vous devriez vous reposer, Arthur.

— Nous devons rentrer à Camelot.


Son regard se durcit.

— Faites comme vous voulez. Guenièvre, elle, ne peut pas voyager.


Je fulmine. Plus encore de n'avoir aucun argument à opposer. Comme je reste immobile, indécis, Merlin reprend ses occupations.

— Tu fais quoi ? demandais-je machinalement.

— Le repas.

— J'ai pas faim,


Il lève les yeux au ciel. Soupire.

— Moi si.


Laisser un commentaire ?