Si Arthur l'avait su.

Chapitre 3 : La route sera longue...

1163 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 31/03/2026 17:51

Je fixe le bucher devant moi.

La sorcière a mérité son sort. Même ses cris ne parviennent pas à m'attendrir.

Les flammes montent lentement, comme mon regard, le long de la condamnée.

— Non, attendez ! m'époumoné-je, reconnaissant la femme attachée.


Ma mère, aussi jeune que sur les tableaux qui la représentent.

Je cours vers elle. L'odeur âcre dans l'air me donne des haut-le-cœur. J'accélère de plus en plus sans jamais parvenir à la rejoindre. Le feu l'entoure à présent totalement. Je hurle à pleins poumons. Sans effet.

Finalement, j'atteins le brasier, à l'instant même où il disparait. Le corps de ma mère git sur le sol. Je m'agenouille, les joues trempées de larmes. Face contre terre. Je veux la voir une dernière fois. 

Je me relève d'un bond et recule en découvrant Morgane.

— La magie l'a corrompu.


Je fais volte-face. Mon père est devant moi.

— Tu aurais dû m'écouter.

— Je...


Je fais un pas vers lui. Il me prend dans ses bras. Puis m'écarte un peu pour m'observer.

Autour de nous, la scène change. Nous sommes maintenant au château.

Je reste à le regarder mélancolique, jusqu'à ce que du sang commence à sortir de sa bouche. La lame d'une épée le transperce.

— Non !


J'ouvre grand les yeux.

— Arthur ?


Je sursaute. Où suis-je ?

Paniqué. Mes yeux vont et viennent autour de moi. Finissent par croiser ceux de Merlin.

Lentement, je reprends pied. Je me redresse en serrant les dents. J'attends le moment où mes muscles fatigués vont me faire souffrir.

Rien. A dire vrai, je me sens même mieux. Peut-être trop justement.

— Qu'est-ce que tu as fait ?

— Rien Arthur ! Vous vous êtes endormi...

— Je sais, le coupé-je. Qu'est-ce que tu m'as fait ?

— Rien ! De quoi parlez-vous ?

— Je me sens mieux.


Le sorcier ouvre la bouche, la referme. Je vois un léger sourire se dessiner sur ses lèvres, qu'il efface aussitôt.

— Je n'y suis pour rien, finit-il par répondre. Les lianes qui vous ont retenu étaient ensorcelées. Elles vous ont vidé de vos forces. Mais... Morgane est morte. Sa magie a disparu avec elle.


Je ne trouve rien à redire. Je n'y connais rien en sorcellerie. Et je ne veux pas savoir.

— Toujours pas faim ?


Sans attendre de réponse, il s'affaire. Attise le feu, ajoute du bois et, tout à coup, je craque.

— Arrête Merlin ! Arrête de faire semblant !


Il lève un sourcil interrogateur.

— Pourquoi tu ne pars pas ? Pourquoi tu continues à faire ça ?

— Quoi ça ?

— Me servir !


Ma question le trouble. J'ignore. De toute façon, maintenant que j'ai commencé, je suis incapable de me stopper.

— Toutes ces années à me mentir. Depuis... Depuis quand es-tu... ça ?

— Je ne suis pas sur que...

— Réponds !

— Depuis toujours, Arthur ! Je suis né comme ça !

— Pourquoi ?

— Pourquoi je suis comme je suis ? s'amuse-t-il malgré la situation.


Je serre les poings de frustration.

— Pourquoi avoir caché la vérité ?

— Pour survivre.


L'évidence me blesse.

— Ca ne valait donc rien...


Je fixe le sol, sentant son regard peser sur moi. Incapable de l'affronter.

— Vous êtes mon roi... mon ami.

— Un ami ? répétais-je, en secouant la tête. Non. Un imbécile.

— Arthur...

— Arrête de faire ça ! me remis-je à crier, me surprenant moi-même. Arrête de me ménager. C'est trop tard pour ça ! La facilité avec laquelle tu as exécuté Morgane... Combien de temps te faudrait-il pour anéantir Camelot ?

— Pourquoi ferais-je cela ?

— J'en sais rien ! Par envie ou... ou... j'en sais rien, mais tu pourrais.


Le silence s'installe, puis s'étire. Je me tortille mal à l'aise.

— Ca n'a pas été « facile » de tuer Morgane, reprend-il la voix basse. C'est même de loin la chose la plus dure que j'ai eu à faire. J'ai essayé de l'aider.

— Tu savais ? réalisais-je soudain. Tu savais et tu n'as rien fait ! A chaque fois qu'elle a tenté de détruire Camelot ! De tous nous anéantir ! Tu étais le seul à pouvoir... et tu n'as rien fait !


Je tremble de tout mon corps. Les mots sortent en flot ininterrompu.

— J'ai envoyé des hommes mourir sur le champ de bataille ! Des gens bien ! Des gens que j'aimais ! Des gens que tu aurais pu sauver. Finalement, le seul que tu as protégé, c'est toi, crachais-je amer.

— Vous n'avez aucune idée de ce que j'ai sacrifié pour vous.


Encore une évidence. Un sentiment d'urgence me prend brutalement. Soudainement privé de ma colère, je suis sans défense. Je veux fuir.

— Pourquoi Guenièvre ne c'est-elle pas encore réveillée ?


L'inquiétude est réelle. L'échappatoire évidente.

— Elle a été soumise à la magie de Morgane plus longtemps que vous. Il vous faudra être patient, mais elle ira bien.

— Nous devons rentrer, me contentais-je de dire.

— Rentrer ou me fuir ?


La peur remonte d'un coup. Je ne parviens plus à la cacher.

— Arthur ?

— Est-ce que tu... tu es dans ma tête ?

— Non ! répond-il trop vite avant de reprendre un peu plus calme. Bien sûr que non. Vous savez... vous avez raison, achève-t-il, résigné.


Il se lève et commence à réunir nos affaires.

— Vous devriez vous préparer à partir.

— Partir ? dis-je sceptique. Je croyais que Guenièvre ne pouvait pas faire la route.

— Je ne pouvais pas vous surveiller tous les deux. Maintenant que vous avez la force de monter, inutile de faire trainer.


Le ton de Merlin est sans appel.

Je ne saurais dire depuis combien de temps nous chevauchons. Au pas.

J'ai suffisamment d'énergie pour me maintenir sur ma selle. Pas assez cependant pour rester éveillé. Le mouvement du cheval me berce.

La nuit, comme le chemin, semble sans fin. Lentement, je dérive. Merlin hante mes pensées. Une ombre dans chaque souvenir, chaque décision. Une influence.

Je m'imaginais chanceux. Protégé par ma bonne étoile. Quand c'était lui.

Les éboulements soudains, les armes enflammées, les tempêtes. C'était lui.

Mon cheval ralentit l'allure. Je le laisse faire.

Les détails étaient évidents. Grossiers même. J'étais simplement passé à côté. Par bêtise ou arrogance. Qu'avais-je accompli finalement ?

— Vous allez bien ?

— Hum ? est la seule réponse qui me vienne.


Je ne suis plus là. Chacune de mes réussites. Les victoires durement acquises. Plus rien ne m'appartient. Plus vraiment.

— Souhaitez-vous vous arrêter ?

— Je veux que tu me dises la vérité, murmurais-je.

— Vous la connaissez, Arthur.

— Suis-je encore légitime... si je te dois tout ?


Merlin reste silencieux. Pensif.

Et pour la première fois, je doute.

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