Si Arthur l'avait su.
Chapitre 4 : ... et incertaine.
1329 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 31/03/2026 17:52
— J'étais prêt à mourir pour vous et... je le suis toujours.
Je frissonne. Je suis fatigué. L'air en cette fin de nuit est frais. C'est irréel.
_ Loyal. Jusqu'au bout.
— Oui, répond-il simplement dans un bref mouvement d'épaules.
— Je ne mérite pas...
— Un aussi bon serviteur ? C'est certain, lance-t-il, fidèle à lui-même. Avant d'ajouter, plus sérieux. En revanche... le reste vous appartient.
Je médite ses paroles. Il n'y a là-dedans aucune justification. Rien de suffisant en tout cas.
— Nous devrions repartir, si vous voulez atteindre Camelot au matin.
Je hoche la tête. Il a raison. Guenièvre est toujours inconsciente. N'ayant pas la force de la maintenir, j'ai dû accepter que Merlin la transporte sur son cheval. Elle semble paisible, malgré tout.
Nous reprenons notre route sans que rien n'ait changé. Les craintes, les doutes, tout se confond. J'ai besoin de savoir.
— Combien de fois as-tu sauvé mon règne ? Ma vie ?
Il sourit
— Trop pour pouvoir les compter. Mais vous avez fait la même chose pour moi. Plus d'une fois.
— Je ne serai qu'un roi parmi d'autres, sans toi.
Je n'attends ni contradiction ni démenti. C'est vrai. Simplement, tragiquement vrai.
— Je suis resté, pour une raison évidente pour tous, aujourd'hui. Vous étiez destiné à devenir un grand roi Arthur. Le meilleur que le royaume n'a jamais eu.
— Et toi dans tout ça ? N'as-tu jamais eu d'autres aspirations ?
— A part vous protéger, vous voulez dire ? elude t 'il. Je me contente de le fixer d'un regard trop dur, l'obligeant à poursuivre. Il soupire. Ma vie avec vous est loin d'être aussi terrible. Il vous arrive d'être supportable.
— Pourquoi ne peux-tu pas être sérieux, Merlin ?
La réponse se fait attendre.
— J'essaie de... vous faciliter la tâche.
Je ne comprends pas... puis si. C'est pire.
— Tu me crois vraiment capable d'une chose pareille ? T'exécuter. Comme ça.
— Je m'y suis préparé, vous savez... Du jour où je suis entré à votre service. Il le fallait, achève-t-il dans un murmure.
Evidemment qu'il l'avait fait. Ca ne le rend pas plus acceptable pour autant. Pas plus juste non plus. Une image s'impose à moi... j'ai froid.
— Je ne pourrai pas te tuer... même si je le voulais.
Cette pensée m'apaise un peu, étrangement.
— Tu as balayé Morgane comme... si elle n'était rien. Comment suis-je censé rivaliser ?
— Rivaliser ? Encore un soupir frustré. Vous ne comprenez pas. Mon destin est lié au vôtre. Jamais je ne vous combattrai.
— Tu as raison, avoué-je, je ne comprends pas. Tu es si puissant. Tu aurais pu devenir tellement plus.
— Plus que quoi ? Je n'ai pas d'ambition démesurée. Ma vie me suffit. Être votre ami me suffit.
A-t-il toujours été aussi calme ? Aussi grand ? Le couard me semble si loin à présent.
— Tu n'es pas un lâche...
— Je le sais, confirme-t-il sèchement, blessé.
— C'est moi qui l'ignorais.
- « Ah », est la seule réponse que j'obtiens.
J'ai manqué de gratitude. Je le vois maintenant.
— Tu n'as jamais recherché... je ne sais pas, la reconnaissance ou le respect.
— C'est une question ?
— Oui... Non...
Un simple constat.
— Je ne vous en veux pas. Vous ne saviez pas.
Vrai. Encore. Je ne me sens pas mieux pour autant.
— Merlin ?
— Oui ?
— Si... enfin, si Morgane ne t'y avait pas obligé... tu me l'aurais dit ? Un jour. Tu m'aurais dit la vérité ?
Il me fixe. Je vois dans ses yeux, le conflit interne qui se joue.
— Je ne sais pas, Arthur, avoue-t-il finalement.
— Tu n'as donc jamais eu confiance en moi ?
— Bien sûr que si !
— Visiblement pas assez, contrai-je, amer.
Je m'accroche au silence qui suit. Salvateur. La tension accumulée des dernières heures me pèse. Depuis quand n'ai-je pas dormi ? Je jette un œil autour de moi. L'obscurité s'estompe lentement. Nous ne tarderons plus à arriver.
— Je ne voulais pas vous mettre dans cette situation.
— J'ai parfois l'impression que tu lis en moi...
— Comme dans un livre ouvert ? achève-t-il à ma place.
Le doute revient. Merlin peut se montrer si clairvoyant. C'est... magique.
— Non ! répond-il, une fois de plus, à une inquiétude silencieuse. C'est pas ce que je voulais dire !
— Que veux-tu dire alors ?
— Que je vous connais ! C'est aussi simple que ça. Je vous connais très bien. Vous n'êtes pas du genre à fuir vos responsabilités.
— Et maintenant que je sais...
— Vous êtes obligé de prendre une décision.
Aucune trahison derrière ce mensonge. Rien que la loyauté. Une immense loyauté.
— Te condamner à mort... ça n'est pas juste. Ou... je ne veux pas que ça le soit.
— Vous ne voulez pas ?
— Non ! Je ne veux pas devenir mon père ! Je ne veux pas avoir peur au point de... de ne pas faire la différence entre toi et ma sœur.
Je tourne mon regard vers Merlin. Lui le fuit.
— Tu n'es pas Morgane, insisté-je, comme s'il avait besoin d'en être convaincu.
Moi... peut-être.
— Non, admet-il. Malgré tout, vous avez peur de moi.
Inutile de répondre. Nous le savons.
— De toutes vos réactions... celle-ci est la pire.
Evidemment. Une seconde a suffi à me faire douter de lui. Toutes ces années d'amitié. De sacrifices ignorés. Ma peur avait tout balayé.
— Arthur ?
Merlin fixe quelque chose devant lui. Camelot. Magnifique à l'aurore. Je ralentis, laissant le magicien me devancer. L'heure fatidique approche.
— Attends !
Il se stoppe, ne se retourne pas, préférant se perdre dans l'horizon. Je lui en suis reconnaissant.
— Je ne sais que faire de toi.
Vrai.
Je m'autorise à le voir... surement pour la première fois.
Jusque-là, il n'était que Merlin. Un bon ami. Trop honnête pour son propre bien, mais surtout maladroit... parfois, lâche. L'un des plus mauvais serviteurs du royaume. Terriblement attachant. Loyal à l'excès
A présent, je ne peux plus ignorer Emrys. Le magicien dissimulé dans l'ombre depuis toujours. Insaisissable. Trop puissant pour être arrêté ou contrôler. Inquiétant. Le dernier rempart de Camelot.
— Je ne peux pas te tuer. Enfin non, me repris-je. Je ne veux pas te tuer.
Le soulagement est instantané. Je souris. J'avais besoin de me l'entendre dire.
— Te bannir du royaume ne résoudrait rien.
Garder ses amis près de soi. Ses ennemis encore plus. Y'a pas de règle pour l'entre deux. Petit pincement au cœur... Ennemi ?
Je jette un dernier regard sur Camelot. Puis je talonne doucement mon cheval. Je me porte à la hauteur de Merlin. Contemplatif.
— C'est magnifique, n'est-ce pas ?
Absolument magnifique.
— On devrait y aller, dis-je simplement. Tout le monde doit s'inquiéter.
— Arthur... Vous êtes sûr ?
— Sous mon règne, on n'exécute plus les innocents.
Soudain, un doute me vient.
— Merlin ? Est-ce que j'ai condamné des...
— Non, Arthur ! Ils étaient tous coupables, me rassure-t-il convaincu.
C'est déjà ça.
— Nous rentrons ?
— Oui, sourit-il enfin.
— Arthur ! lance Perceval euphorique. Les dieux soient loués ! Vous êtes tous vivants !
— Vous n'auriez pas dû partir seul ! me reproche Gauvain.
— J'avais besoin de vous ici. Vous êtes les chevaliers du royaume. Et je n'étais pas complètement seul.
Je n'ai pas vraiment réfléchi à ma dernière remarque. Les deux hommes tournent leur attention vers Merlin. Surpris.
— Non pas Merlin ! les détrompé-je immédiatement. Il surveillait les chevaux. Non... c'était Emrys.
Je croise le regard de mon ami. C'est bref. Il n y a rien de plus à dire. Le temps fera le reste.