Les souvenir d'un autre temps
Ce jour-là, Noé avait proposé à Adrien de racheter la société de son père.
La mort récente de Gabriel Agreste planait encore comme une ombre épaisse au-dessus des bureaux de la maison de couture. Les murs, jadis vibrants de créativité et d'exigence, semblaient désormais orphelins de son nom, de son autorité, de son prestige — et, pensait-on, d'une partie substantielle de leur valeur.
Aux yeux de Noé, l'affaire était limpide.
Le fils était jeune. Trop jeune. Inexpérimenté. Fragilisé par le deuil.
Son assistante, elle, était déjà acquise à sa cause.
Tout indiquait une transaction rapide, discrète, à moindre coût. Presque une formalité.
Adrien prit le contrat.
Il en tourna les pages avec une lenteur étudiée, l'air vaguement distrait, comme un adolescent feuilletant un document trop long pour lui. Pourtant, derrière cette façade d'innocence, son esprit avançait avec une précision chirurgicale.
Chaque mot était disséqué.
Chaque clause pesée.
Chaque note de bas de page mémorisée.
Rien ne lui échappait.
Lorsqu'il eut terminé, il tendit calmement le document à Nathalie.
— Qu'en pensez-vous ? demanda-t-il d'une voix douce, presque hésitante.
Est-ce... une bonne offre ?
Ses grands yeux clairs reflétaient une candeur presque désarmante, mêlée à une incrédulité parfaitement jouée. Nathalie parcourut le contrat rapidement, à peine quelques secondes, avant de répondre :
— Cela me paraît correct.
Adrien pencha légèrement la tête.
— Mais vous avez à peine regardé.
— Il ne me faut pas beaucoup de temps pour constater le prix de vente et le montant proposé, monsieur Adrien.
— Certes, répondit-il calmement.
Mais n'avons-nous pas aussi des obligations envers nos employés ?
Il marqua une pause, l'air songeur.
— Il nous incombe, en tant qu'employeurs, de veiller à ce que leurs emplois soient garantis, même après la vente. Ne voyez-vous rien à redire à ce sujet ? Peut-être devriez-vous examiner le document plus en détail.
Un léger flottement traversa le visage de Nathalie.
Elle ne s'attendait pas à une remarque aussi pertinente.
Pas de sa part.
Avait-il remarqué quelque chose ?
Avait-il deviné son arrangement discret avec Noé ?
Non. Impossible.
Il jouait sans doute un rôle.
Malgré tout, elle se sentit contrainte de faire semblant. Elle relut le contrat avec plus d'attention, y consacrant plusieurs minutes. De temps à autre, son regard glissait vers Adrien.
Celui-ci griffonnait sur un bout de papier : des lignes, des points, des schémas abstraits.
Un geste mécanique, presque dérangeant. Comme s'il cartographiait quelque chose d'invisible.
Finalement, elle releva la tête.
— Rien ne me paraît choquant.
— Rien ne me paraît choquant... répéta Adrien avec une pointe d'ironie.
Eh bien, moi, j'y vois plusieurs problèmes.
Il se redressa légèrement.
— D'abord, le montant. Il correspond à environ la moitié de la valeur réelle de la société. Comment expliquez-vous cela ?
Noé fronça les sourcils.
— Je pense que tu ne réalises pas à quel point cette offre est généreuse. Sur quoi te bases-tu pour affirmer qu'elle est insuffisante ?
Adrien esquissa un bref ricanement.
— Sur les résultats trimestriels de la société de mon père. J'ai reçu les documents. Je peux te les transmettre si tu le souhaites.
Il posa son regard sur Noé, froid, assuré.
— Même sans être expert en finance, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Valeur annoncée. Valeur réelle. Valeur projetée. Et aucune ne joue en ta faveur.
Le raisonnement était implacable.
Et cela ennuyait profondément Noé.
Nathalie tenta alors de reprendre le contrôle.
— Vous n'avez pas totalement tort, admit-elle. Le prix proposé est supérieur à celui du dernier bilan. Toutefois, la mort de votre père a profondément affecté—
Elle s'interrompit. Adrien la fixait calmement, comme s'il attendait... ou comme s'il connaissait déjà la suite.
— La valeur de la société a baissé de vingt-deux pour cent, acheva-t-il à sa place.
C'est exact. Chiffre précis. Chiffre vérifiable.
Il croisa les mains devant lui.
— Or, même en tenant compte de cette baisse, votre offre reste très inférieure à ce qu'elle devrait être.
Il laissa le silence s'installer.
— Je ne suis pas un professionnel du chiffre, c'est vrai. Mais avec un minimum de logique, deux hypothèses s'imposent : soit votre offre est maladroitement construite... soit vous tentez de m'arnaquer.
Nathalie se raidit imperceptiblement.
— Adrien, la société repose sur le nom de votre père. Sa disparition a porté un coup sévère à sa valeur, et celle-ci continuera de chuter. Dans quelques mois, elle pourrait valoir moins que ce que nous vous proposons aujourd'hui.
Elle se pencha légèrement vers lui.
— Cette offre vous garantirait une sécurité financière durable. Vous pourriez conserver votre niveau de vie sans prendre de risques inutiles. Je pense avant tout à votre intérêt.
Un sourire discret étira les lèvres d'Adrien.
— Mon intérêt... sans doute.
Mais qu'en est-il de celui des employés ?
Son regard se durcit.
— Articles 67, 72 et 82.
Il cita sans hésiter.
— Licenciements économiques facilités. Suppression d'indemnités. Remplacements sans préavis.
Le silence s'abattit comme un couperet.
— Je ne peux pas accepter ce contrat en l'état.
Il se tourna vers Noé.
— Faites-moi une meilleure offre. Financièrement. Et humainement.
Puis, d'une voix parfaitement maîtrisée :
— Et n'oubliez jamais ceci : Personnellement, je ne suis pas du genre à laisser passer ce genre de chose.
Adrien et Nathalie restèrent silencieux durant tout le trajet qui les reconduisait au manoir.
La voiture glissait dans la nuit parisienne, avalant les rues éclairées de lampadaires blafards. Le ronronnement du moteur semblait amplifier le malaise qui s'était installé entre eux. Ce silence n'était pas vide : il pesait, lourd, oppressant, bien plus que n'importe quel reproche formulé à voix haute.
Nathalie, crispée sur son siège, repassait la scène en boucle.
Elle ne s'attendait pas à une telle réaction.
Elle avait sous-estimé le garçon. Gravement.
Oui, elle avait accepté l'offre de Noé. Oui, elle s'était engagée à la soutenir coûte que coûte si Adrien venait à s'y opposer. Elle pensait sincèrement qu'il plierait. Qu'il douterait. Qu'il se laisserait guider.
Mais il s'était présenté armé.
Préparé.
Dangereusement lucide.
Ses arguments avaient été difficiles à contrer. Le prix, bien qu'inférieur à la valeur réelle de la société, pouvait encore se justifier au regard du décès de Gabriel. Mais Adrien avait vu plus loin. Bien plus loin.
Il avait lu entre les lignes.
Repéré les pièges.
Et surtout... compris les intentions.
Elle avait commis une erreur.
Elle l'avait pris pour un enfant.
Adrien n'était peut-être pas formé au monde des affaires, mais il possédait un discernement rare. Et surtout, une chose qu'elle aurait dû anticiper : il était profondément bon. Trop bon pour accepter que son confort personnel se construise sur le sacrifice d'autrui.
Ce qui la tourmentait le plus, cependant, n'était pas sa défaite.
C'était l'image qu'elle renvoyait désormais.
Celle d'une incompétente.
Ou pire... d'une traîtresse.
Comment rattraper cela ?
Et surtout, comment le faire sans aggraver la situation ?
— Adrien, je... commença-t-elle enfin, la voix hésitante.
Il l'interrompit d'un simple geste de la main, sans même la regarder.
— Ne vous fiez pas à mon calme apparent, Nathalie. Je suis très mécontent de vous.
Sa voix était posée, parfaitement maîtrisée.
Et c'était précisément ce qui la rendait inquiétante.
— C'est à grand-peine que je garde mon sang-froid, poursuivit-il. Et j'ai besoin de le conserver pour la suite. Nous ne reparlerons donc pas de ce qui vient de se passer dans les jours à venir.
Il tourna légèrement la tête vers elle.
— Croyez-moi, c'est préférable. Pour vous. Et pour votre avenir au sein de la société.
Un silence.
— Car, à l'instant précis où nous parlons, je serais plutôt d'humeur à vous congédier.
Nathalie sentit sa gorge se nouer.
— Ce serait votre droit, répondit-elle prudemment. Mais n'oubliez pas que vous êtes encore mineur. La société vous appartient légalement, certes, mais vous n'avez aucun pouvoir réel avant votre majorité. Dans trois ans.
Adrien esquissa un sourire bref, sans la moindre chaleur.
— Un argument facile. Et surtout... incomplet.
Il se tourna pleinement vers elle.
— Je pourrais parfaitement demander mon émancipation. Le contrat que j'ai conservé pourrait d'ailleurs m'y aider.
Il marqua une pause.
— Quant à mes grands-parents... ils ont été remarquablement absents. À tel point que je ne les ai réellement connus qu'après la mort de mes parents.
Cette simple phrase mit fin à toute tentative de contradiction.
Nathalie comprit.
Elle se tut.
La voiture s'arrêta devant le manoir de Grest.
Adrien descendit sans attendre, lui fit signe de le suivre, puis traversa les vastes couloirs silencieux du manoir. Les murs, chargés de tableaux et de souvenirs figés, semblaient observer leur passage.
Arrivé dans sa chambre, il ne dit rien.
Il s'installa au piano.
Les premières notes s'élevèrent, calmes, profondes, presque solennelles. La musique emplissait l'espace avec une douceur trompeuse, comme une mer paisible cachant des courants violents.
Puis, sans cesser de jouer, il tendit la main vers Nathalie.
Sept voix dans l'ombre,
sept voix dans le silence,
des regards trop vastes
pour un monde en errance.
Enfants rejetés,
trop brillants, trop fragiles,
portant en secret
une lumière hostile.
Leurs rêves s'élèvent
comme des tours de verre,
mais qui peut survivre
aux tempêtes de la terre ?
C'est la nuit des enfants-rois,
leurs âmes brillent,
mais personne n'y croit.
Unis par le don,
séparés par la peur,
leur génie devient
leur propre malheur.
À New York s'élève
leur étrange royaume,
des esprits liés
par un fil qui résonne.
Ils parlent sans mots,
ils se savent frères,
dans ce monde trop étroit
pour leur lumière.
La musique s'interrompit brusquement.
La voix d'un interlocuteur inconnu jaillit du téléphone.
— Qui êtes-vous ?
— Adrien Agreste.
Un soupir de soulagement se fit entendre à l'autre bout de la ligne.
— Bien sûr... Vous êtes le fils de Gabriel Agreste. Toutes mes condoléances.
Adrien sourit, imperceptiblement.
— Mon nom ne te dit rien ? C'est naturel. Tu as mal formulé ta première question. Tu aurais dû me demander qui j'étais.
Il marqua un temps.
— Je te préviens : je ne répondrai qu'à trois de tes questions. Tu viens d'en gâcher une.
— Vos parents ne vous ont donc pas appris la politesse, jeune homme ? gronda une voix empreinte de colère.
— L'ai-je été ? répondit Adrien avec une pointe d'espièglerie.
Je ne m'en étais même pas rendu compte.
Il poursuivit, faussement léger :
— Tu te souviens de ce que disait Emerson Thwaites ? Selon lui, tout adolescent traverse une phase rebelle, une fièvre durant laquelle il veut tout détruire. Je crois que j'y suis en plein.
Il marqua une pause.
— Au fait... est-ce pour cela que vous l'avez tué ? Je me souviens que ça avait terriblement effrayé Gil.
Un silence.
— Nom de Dieu... Est-ce que ma fille est toujours en vie ?
— Tu es désespérant, soupira Adrien. On dirait Jimbo lorsqu'il a tenté de nous rendre le huitième du butin.
Il ricana doucement.
— Devient-on tous aussi irrationnels en vieillissant ? Bien sûr qu'elle est en vie.
— Ne me prends pas pour un idiot, gronda l'homme. J'ai peut-être un pied dans la tombe, mais j'ai survécu à bien des épreuves. Et je suis un père avant tout. Mon instinct n'a pas besoin de logique.
Adrien se tut un instant.
— Je vois... C'est donc cela, un vrai parent. Rien à voir avec celui que j'ai connu. Tu es très différent.
— Que me veux-tu, Liza ?
— Ton petit roi de pacotille — celui censé remplacer le père que j'avais dans cette vie — a tenté de m'arnaquer avec la complicité de ta fille.
Sa voix devint glaciale.
— Je voulais donc te laisser une chance de m'expliquer. Au cas où cette arnaque aurait servi les intérêts du royaume.
Il inspira lentement.
— Avant que je n'exerce mon droit à de juste représailles. Et que je ne l'expulse de mon territoire. Et avant que je ne fasse interdire les activités de votre société secrète.
Sans attendre de réponse, il mit fin à la conversation.
**
Nathalie était allée s'isolée dans sa chambre pour réfléchir aux évènements de la journée. Une sage décision qui malheureusement ne s'avéra que fort peu productive. Plus elle s'acharnait à comprendre ou les choses avait déraper plus le nombre de ces interrogations augmentait.
Elle poussa un profond soupir. Elle devait s'efforcer de faire taire ses émotions afin de pouvoir analyser la situation de la manière la plus factuel, méthodique et pragmatique possible, comme elle l'avait toujours fait.
Pause toi les bonnes questions, Nathalie ! s'admonesta-t-elle intérieurement. Tout d'abord que savait Adrien ? Il connaissait l'existence du royaume, le vrai nom de son père et apparemment il avait aussi connaissance d'élément de son passé qu'elle même ignorait.
La vraie question était de savoir qui lui avait appris tout cela. Comment pouvait-il savoir tout cela ?
Gabriel lui aurait-il fait des révélations ? Non, elle l'aurait su. Alors ? qui? Audrey Bourgeois ou peut-être Tomoé Tsurugi? C'était possible, mais hautement improbable. L'une comme l'autre n'avait aucun intérêt à s'opposer à la vente de la société Agreste. De plus, à son instar, elles avaient l'une comme l'autre tout intérêt à faire profil bas après la défaite de Monarque à la révélation de la colusion avec le super vilain. Il avait délibérément caché des informations au royaume de plus Ladybug connaissait la vérité sur les liens qu'entre tenait Tomoé avec le super Villain.
Ladybug? Et si c'était elle qui avait vendu la mèche ? Cela semblait déjà plus plausible. Le secret qu'elle portait était peut-être trop lourd pour une adolescente. Non, elle prenait le problème à l'envers et faisait un amalgame. Quand bien même, l'héroïne avait décidé de tout lui révéler, cette dernière ignorait l'existence du royaume. A l'inverse Adrien n'avait rien dit qui puisse laisser entendre qu'il était au courant des activité illicite de son père. Et puis il n'aurait certainement pas réagi ainsi, bien que sur ce point, elle n'était plus sûre de rien, car la façon froide et calme dont il avait géré la discussion avec Noé ne lui ressemblait pas, non plus.
Une idée lui vint alors. Ce pourrait-il qu'elle se soit fait abuser ? Qu'Adrien ne soit pas Adrien, mais un imposteur. Cette hypothèse aurait pu paraitre des plus incongrue au sein d'une autre famille normale, mais des plus crédible chez les Agreste. Adrien avait un cousin qui lui ressemblait autant qu'un jumeau et dont l'intellect n'avait d'égal que son absence d'apathie. I
Enfant et même plus récemment, il lui était arrivé d'usurper l'identité de son cousin. Apriori, cette dernière hypothèse envisager semblait de loin la plus probable. Pour autant cela amenait d'autre question à savoir quand, comment et pourquoi ?
Son téléphone sonna interrompant le cycle infernal de ses pensées.
Sans surprise, elle vit le numéro de son père affiché. C'était inévitable compte tenu de la conversation qu'il avait eue. La seule chose dont elle pouvait s'étonné et qu'il lui a laissé tant de temps pour se reprendre.
Elle poussa un soupir résigner. Elle allait devoir affronter un dragon, mais que pouvait-elle faire d'autre ? Rien. Et de toute façon, elle méritait sa colère, même si à choisir, elle aurait de loin préféré celle d'Adrien.
Elle décrocha.
"Qu'est-ce que tes connards de patrons on fait avec l'Amok du gamin.
Compte tenu des circonstances et de ce quelle savait de la personnalité de son cher géniteur, Nathalie s'attendait à une discussion des plus houleuse, mais là c'était plutôt inattendue. Son père malgré ses qualités ou à cause d'elle n'était pas un homme prédisposer à faire de preuve de compassion envers son prochain. Pas de manière individuelle en tout cas, en tant que groupe, genre, société ou espèce c'était une autre histoire. Enfin bref, tous cela pour dire que son père n'était pas le genre de personne qui se souciait des individus, ce qui expliquait sa surprise.
Ne vous faites pas de fausse idée. Le père de Nathalie avait d'excellente raison d'être en colère. Le royaume avait des valeurs, des principes et des objectifs et en voulant ressuscité sa femme, Gabriel les avait toutes enfreintes. La mission que c'était fixé le royaume était de guider les inférieurs vers la bonne voie et offrir au plus méritant un cadre leur permettant de s'élever.
Pour autant même s'il adhérait à cette cause son père n'avait que mépris pour l'homo sapiens en tant qu'individu. Il était donc plus que surprenant qu'il se soucie du bien être d'Adrien Agreste, un jeune garçon qu'il n'avait jamais rencontré, même si ce dernier point pouvait être remise en cause par la conversation entendue un peu plus tôt.
Ily avait en cet instant trop de chose qu'elle ignorait. Elle décida donc de répondre en mélangeant tous ce quelle tenait pour acquis et tout ce qu'elle avait factuellement déduit.
« Vous vous souciez d'Adrien juste parce que vous le connaissez déjà.
La réponse qui suivit fut aussi implacable qu'immédiate.
« Non.
Un silence passa. Volontaire, cela ne faisait aucun doute après lequel, il dit :
« Même si ce n'était pas un de mes semblable ce que je pense que des ordures de pédophile de patron lui on fait, m'aurait dégouté. Putain. Tu es arrivé à un tel niveau de bassesse que j'ai de la compassion envers cette sous espèce. Maintenant que j'ai répondu à ta question, pourrais-tu avoir l'amabilité de répondre à la mienne. Car à mea connaissance si j'ai effectivement permis au Agreste d'user du Miraculous du Paon pour avoir un enfant je n'ai jamais autorisé qu'il en fasse leur esclave.