Paris n'oublie jamais
Adrien se regarda une énième fois dans le miroir et réajusta sa veste.
— Tu es certain qu’elle n’est pas trop petite ?
— Pour la centième fois, je n’en sais rien. Pour moi, tout se ressemble. Et puis, si tu es si inquiet, ne porte rien ! Regarde, moi, je ne me balade pas avec des vêtements.
Adrien jeta un coup d’œil à Plagg.
— Point numéro un : tu as de la fourrure. Et point numéro deux : tu es invisible pour 99 % des gens.
Plagg, qui voletait derrière lui, bâilla.
— Points valables. Mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas raison. Je pense qu’elle se fiche de ce que tu vas porter.
Adrien soupira et finit malgré tout par retirer sa veste pour en enfiler une autre, sous le regard exaspéré de Plagg. Finalement, il attrapa ses clés et se dirigea vers la porte.
— Je vais être en retard !
— Peut-être que si tu avais passé un peu moins de temps à te regarder dans la glace…
Adrien ne prit même pas la peine de lui répondre.
Lorsqu’il arriva sur les quais, légèrement essoufflé après avoir couru les derniers mètres, elle était déjà là. Évidemment.
Assise sur un banc, Marinette jouait distraitement avec l’extrémité de sa longue tresse. Adrien ralentit un peu et en profita pour l’observer. Elle avait changé. Les rondeurs de l’adolescence avaient laissé place à une silhouette plus adulte, mais certains gestes étaient restés exactement les mêmes.
Il sourit en la voyant tortiller sa tresse entre ses doigts.
Il n’était donc pas le seul à être nerveux.
Il s’approcha et Marinette leva ses yeux bleus vers lui.
— Désolé, je suis un peu en retard.
— Ce n’est rien. Je viens d’arriver.
Il savait qu’elle mentait, et cela le fit sourire. Il regarda autour de lui.
— Qu’est-ce que tu veux faire ? On pourrait se balader le long des quais, ou aller manger un morceau. Et il y a un film qui vient de sortir, je crois que la séance va bientôt commencer.
Marinette rit.
— Tu as regardé tout ce qu’il y avait à faire dans le coin aujourd’hui, avoue.
— Moi ? Mais pas du tout !
Il croisa son regard, rougit et détourna la tête.
— Bon… juste un petit peu. Je ne voulais pas qu’on s’ennuie !
— Allons nous balader un peu. Et puis, je ne me suis jamais ennuyée avec toi, Adrien.
Il sentit ses joues chauffer davantage et balbutia :
— Moi non plus… D’accord pour la balade !
Ils commencèrent à marcher le long des quais. La journée était magnifique, alors il y avait beaucoup de monde, mais cela ne les dérangeait pas. Adrien tourna légèrement la tête vers elle.
— Alors, New York ?
— C’était génial. C’est très différent de la France et de Paris, mais c’était fantastique. Ça a été tellement difficile de partir… mais j’en avais besoin. Et j’avais reçu une proposition de bourse d’études après plusieurs concours auxquels j’avais participé. Mes parents m’ont soutenue. Et toi ? Qu’est-ce que tu as fait après le lycée ?
— Je suis parti en voyage humanitaire. J’ai été au Congo, au Vietnam, au Pérou aussi… presque une année entière. Ça m’a beaucoup appris. Je reste l’actionnaire majoritaire de la société de mon père, mais j’ai préféré laisser Nathalie aux commandes. Tout ça ne m’intéresse pas vraiment. Moi, je voulais aider les gens. Mais tu me vois devenir médecin ou infirmier ?
— Pourquoi pas ?
— Non, je ne suis pas assez courageux pour ça. Alors le droit m’a semblé être une évidence après. Au début, je voulais juste essayer et, finalement, c’est devenu une vraie passion. Je viens de terminer les examens pour ma licence. J’attends les résultats et, ensuite, je ferai mon master avant de passer le barreau.
— C’est incroyable, Adrien !
— Tu dis ça, mais toi, tu as fait bien mieux ! Tu as percé dans la mode, Marinette, et tu es encore si jeune.
— Oui, mais moi, je sais que c’est ce que je veux faire depuis aussi loin que je m’en souvienne. Ce n’est pas pareil.
Adrien la regarda du coin de l’œil.
— Oui, enfin… je fais pâle figure à côté de toi.
— On en reparlera dans cinq ans, quand tu seras devenu le meilleur avocat de France.
Adrien rit. Marinette sourit et passa légèrement devant lui. Il ralentit juste assez pour l’observer quelques secondes en retrait tandis qu’elle continuait :
— Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui tu n’es pas encore au maximum de ce que tu pourrais devenir que tu ne le seras jamais. Chacun a son propre chemin à tracer. Et puis, ne va pas jeter une année entière de mission humanitaire à la poubelle. C’est déjà quelque chose d’incroyable d’avoir fait ça.
Il resta silencieux un moment.
Il avait oublié à quel point elle savait lui donner de l’espoir en l’avenir.
Une larme solitaire glissa sur sa joue. Marinette se retourna et son expression changea aussitôt.
— Adrien, ça va ?
Il essuya rapidement sa joue.
— Oui… Je viens juste de réaliser à quel point tu m’as manqué.
Marinette se figea en plein mouvement et devint rouge tomate.
— Euh… merci.
Adrien sourit et reprit :
— Je veux dire… Enfin… tu veux une glace ?
Marinette se retourna et aperçut un marchand de glaces un peu plus loin. Elle hocha la tête.
— Avec plaisir !
Ils s’approchèrent du stand et Adrien commanda :
— Une cerise-chocolat pour moi et, si je me rappelle bien, pour toi c’est…
Son regard croisa celui de Marinette et ils répondirent en même temps :
— Vanille-bubble-gum.
Ils éclatèrent de rire. Le vendeur les servit avant de leur adresser un sourire amusé.
— C’est mignon de voir un couple aussi complice à votre âge.
Marinette rougit aussitôt et balbutia :
— On n’est pas en couple !
— Oui, on est juste amis, ajouta immédiatement Adrien.
L’homme rit.
— Mais oui, les jeunes. Amis. Bonne glace !
Ils marchèrent un moment dans un silence légèrement gênant, terminant leur glace, avant de s’arrêter finalement sur un pont pour regarder l’eau.
— Tu n’es pas trop stressée pour le défilé ?
— Non… La Fashion Week, c’était stressant. Là, j’ai juste l’impression que mon monde peut s’effondrer d’un moment à l’autre.
Ils rirent tous les deux et Marinette continua :
— Nathalie est vraiment rassurante dans ces moments-là. Pas avec des mots ou des gestes, mais avec son professionnalisme. Je sais qu’elle veillera au moindre détail et qu’au moindre problème, elle saura quoi faire pour gérer la situation. Moi, j’ai juste à être là et à savoir gérer ma collection. Ça, c’est largement dans mes cordes.
— Je veux vraiment être mannequin pour ta collection. Ça me rappellerait un peu nos premières années. Je n’ai pas besoin de la voir pour savoir que tu es vraiment talentueuse, Marinette.
— Ce n’est pas juste pour faire comme Kagami ?
— Non. Mais je comprends pourquoi Kagami te l’a proposé. Et puis, ce sera une sorte de cadeau de soutien de ma part ! Si le PDG honorifique de la société Agreste défile pour toi…
Elle rit et leva les yeux vers le ciel un instant.
— C’est vrai que, pour remettre en question le soutien de la marque après ça, les journalistes auront du mal.
Marinette le regarda avant de lui tendre la main.
— Bien, j’accepte ta proposition. Mais je te préviens, je peux être très difficile comme styliste, alors ne le prends pas personnellement.
— Jamais. Merci, Marinette.
Elle allait répondre lorsque tous les téléphones autour d’eux se mirent à sonner presque simultanément.
ALERTE : AKUMATISATION EN COURS. VEUILLEZ VOUS METTRE IMMÉDIATEMENT À L’ABRI ET ÉVITER TOUT DÉPLACEMENT INUTILE.
Adrien regarda Marinette, puis balaya rapidement les alentours du regard. Elle semblait faire exactement la même chose. Autour d’eux, les passants cherchaient eux aussi un endroit où se mettre à l’abri.
Adrien attrapa Marinette par la main et l’entraîna jusqu’à une vieille cabine téléphonique. Il la fit entrer malgré ses protestations.
— Il n’y a pas de place pour deux ! Je vais trouver un autre endroit !
— Adrien, attends !
Il lui adressa un sourire.
— On se retrouve devant le marchand de glaces !
Il partit en courant avant que Marinette ait pu ajouter quoi que ce soit. Une fois arrivé à l’angle d’une petite rue étroite, il laissa sortir Plagg.
— Fais un tour pour vérifier les caméras, puis transforme-moi, Plagg !
Le petit kwami obéit. Quelques instants plus tard, Chat Noir bondissait déjà de toit en toit à la recherche de l’akumatisée. Il parcourut plusieurs rues avant de comprendre enfin ce qu’il se passait.
Rena Rouge et Carapace étaient déjà sur place.
L’akumatisée avait pris l’apparence d’une fée et agitait une immense baguette magique, transformant en arbres toutes les personnes qu’elle touchait.
— Méchants humains ! Méchants humains ! La nature est toujours la plus forte !
Chat Noir se posa sur le toit le plus proche de l’affrontement au moment où Rena Rouge et Carapace battaient en retraite.
— Elle est trop rapide ! Je n’arrive pas à l’arrêter !
Chat Noir examina rapidement la situation.
— On va essayer de la bloquer quelque part. Vous avez assisté à l’akumatisation ?
Tous les deux secouèrent la tête. Chat Noir observa rapidement les lieux et aperçut alors Ladybug sur un toit, de l’autre côté de la rue.
— Hé, la fée ! Par ici !
L’akumatisée leva brusquement la tête et hurla :
— Ladybug ! Je veux ton Miraculous !
Elle se lança aussitôt à la poursuite de la coccinelle, qui disparut entre deux immeubles. Chat Noir n’hésita pas une seconde et partit à leur poursuite, mais Rena Rouge l’interpella :
— Et le plan ?
— Ladybug doit en avoir un aussi !
Elle lui lança un regard noir, tandis que Carapace souriait.
— Allez, Rena ! On y va !
Elle leva les yeux au ciel, mais les suivit malgré tout.
Lorsqu’ils les rejoignirent, Ladybug avait réussi à coincer l’akumatisée dans un immense filet tendu entre deux immeubles, au fond d’un passage étroit. Elle se tourna vers eux.
— Vous savez quel objet est akumatisé ?
— Non, on n’a pas eu le temps ! répondit Chat Noir en examinant lui aussi l’akumatisée.
Soudain, Carapace pointa du doigt une petite pochette accrochée à sa taille.
— Là ! Ça, ça ne fait clairement pas partie du costume de fée !
Chat Noir sourit et déploya son bâton pour briser la pochette en deux. Le papillon s’en échappa aussitôt et Ladybug le captura.
Chat Noir rattrapa la jeune femme lorsque sa transformation disparut et l’accompagna jusqu’au sol. Ladybug récupéra ensuite le filet qu’elle avait utilisé et le lança dans les airs.
— Miraculous Ladybug !
Chat Noir observa le flash blanc parcourir Paris et réparer les dégâts causés par l’akumatisation. Ladybug s’approcha ensuite de la jeune femme pour lui remettre un Miraculous Charm.
Rena Rouge leva les yeux au ciel avant de s’éloigner sans un mot. Carapace leur fit signe et partit à son tour.
Chat Noir se redressa.
— Eh bien, toujours aussi efficace, Milady. Mais, cette fois, ce n’est pas toi qui t’es trompée de garde.
Elle lui sourit.
— Disons que j’étais dans le coin et que tu tardais à arriver, Chaton. À plus !
Il la regarda partir avec un sourire avant de se rappeler qu’il devait rejoindre Marinette rapidement. Il utilisa son bâton pour atteindre les toits et rejoignit les quais, où il se détransforma rapidement derrière un arbre avant de courir vers le marchand de glaces.
Marinette était là, elle aussi essoufflée, et sourit lorsqu’elle le vit arriver.
— Comme avant, n’est-ce pas ?
Ils rirent tous les deux.
— On ne change pas les bonnes habitudes. C’est vrai que les akumatisations font un peu partie du quotidien parisien, maintenant.