Deux ombres

Chapitre 3 : Rencontre fortuite

3851 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 20/07/2021 21:07

Chapitre III — Rencontre fortuite


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Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis la tâche dont s’était acquittée Dylis. Comme en compensation de ses bons et efficaces services, un congé lui avait été accordé afin qu’elle pût se reposer comme il le fallait ; veiller sur un homme aussi important pendant trois jours presque sans dormir méritait une réelle récompense, apparemment. Tant mieux pour elle, après tout, elle aimait l’oisiveté des jours tranquilles passés seule dans un coin calme, loin de l’effervescence de Seliana. Malheureusement, ces trois pauvres jours de « vacances » – si toutefois on pût nommer cela ainsi – vinrent à leur terme, et il lui fallut rapidement reprendre du service.

Le travail l’accueillit avec de vilaines plaies à panser. Tandis qu’elle faisait un inventaire de ses produits, constatant les pénuries imminentes de certains ingrédients tels que le pavot et la mandragore, on lui apporta un blessé qui retenait difficilement ses gémissements de douleurs. Il n’était pas difficile de reconnaître Aiden, l’un des chasseurs les plus efficaces de la Cinquième et qui œuvrait souvent aux côtés de Uthyr, de par son visage qui ne perdait les rondeurs enfantines malgré les années, mais aussi, et surtout, par son habitude de bien se faire entendre de tous. Il jouait souvent de ses puissantes cordes vocales, au combat comme au repos, bien que cela déplût fortement à bon nombre de ses camarades. Exceptés quelques rares élus, tels que Uthyr ou encore feu un compagnon de la Cinquième avec qui il s’entendait à merveille autrefois.

Dylis appréciait Aiden, même si quelquefois son caractère un peu trop enthousiaste lui demandait trop d’énergie pour le supporter. C’était un bon élément souvent félicité par les supérieurs, toujours jovial, prêt à faire des blagues quelquefois douteuses et à détendre l’atmosphère ; les jours où elle-même se sentait de bonne humeur, il lui arrivait de le taquiner. Il était déjà venu lui rendre visite par moments, mais toujours pour des broutilles. Quelquefois, elle le retrouvait assis sur un banc, à fixer le feu brûlant dans la cheminée, probablement à ressasser le souvenir d’un ami disparu quelques deux ans plus tôt, mort au combat, et dont Dylis se remémorait encore l’amertume de ne pas avoir été suffisante dans son travail.

Mais ce jour-là, elle devait admettre qu’elle était ravie que, pour une fois, il ne hurlait pas à pleins poumons pour qu’on fît attention à lui. Le chasseur, dont l’âge devait avoisiner le sien à peu de choses près, était parcouru de violents tremblements. En cause, une balafre bien laide et tout autant affreuse qui saignait abondamment le long de son avant-bras ; la teinte que prenait la peau n’était pas non plus très encourageante. Lâchant un soupir de dépit, regrettant déjà son congé reposant et la paisibilité de l’oisiveté, elle se mit au travail.

On posa le chasseur sur le lit de l’une des chambres de l’aile médicale. Un bâillon lui avait été noué autour de la tête, coincé entre ses dents, afin qu’il pût le mordre à souhait dans le maigre espoir que cela l’aidât à supporter la douleur de ses blessures. Jamais Dylis n’avait vu le chasseur dans un tel état de détresse – ses yeux sombres étaient noyés de larmes, son front transpirait à grosses gouttes, et son visage se tordait dans des grimaces atroces. Il perdit connaissance, endormi par les plantes qu’elle lui avait fait ingurgiter et assommé par la douleur, et ce fut lors de ce sommeil sans repos qu’elle dut prendre la dure décision de procéder à une ablation de plusieurs de ses doigts, certains rongés par le poison et d’autres arrachés par le monstre qu’il avait tenté de chasser avec son groupe.

Il avait suffi d’un seul moment d’inattention, une ridicule seconde passée à regarder ailleurs, et le résultat était terrifiant de douleur ; de sa main droite, l’index avait perdu une phalange, le majeur et l’annulaire n’étaient plus, et le pouce ne donnait pas trop d’espoirs non plus. Quant à la gauche, c’étaient le majeur et l’auriculaire qui avaient été dévorés par le monstre. Le pauvre homme devrait sûrement songer à une reconversion lorsqu’il se réveillerait, s’il ne devenait pas fou de ce handicap. Ses chances de pouvoir retourner sur le terrain étaient bien maigres…

Enchaînant cataplasmes sur cataplasmes, avec compresses et autres remèdes pour faire cesser les saignements et améliorer la guérison des sutures, Dylis dut se rendre à l’évidence que si Aiden ne succombait pas au poison, cela relèverait presque de l’ordre du miracle. Bien évidemment, s’il s’accrochait aussi fermement qu’il le pouvait à la vie, il y avait toujours un espoir pour qu’il s’en sortît.

Dylis n’était pas chasseuse, et ne disposait pas d’autant de connaissances que ses camarades de flotte qui œuvraient sur le terrain, mais elle ne pouvait s’empêcher de s’interroger quant à ce monstre. Pour quelle raison était-il devenu fou de rage au point de mutiler un homme d’une telle façon ? Elle savait pertinemment qu’elle ne devait projeter ses sentiments humains sur ces créatures, mais elle ne pouvait interrompre ses pensées. Ce tobi-kadachi vipère semblait presque avoir agi en connaissance de cause, mutilant les mains seules, ignorant le reste du corps. Plutôt que tuer Aiden, il paraissait avoir tenté de le handicaper. Son seul espoir résidait en la bravoure des chasseurs qui viendraient mettre un terme à la vie de ce monstre sur ordre de la Guilde, afin qu’elle ne fît davantage de dégâts…

« Est-ce que… je peux le voir ? »

La voix de Sadie la tira de ses pensées et la réveilla alors qu’elle commençait à s’assoupir, appuyée contre une table dans le couloir, prenant une minute de repos bien mérité après tous ses efforts. Dans la pièce voisine, isolé du bruit et des saletés, le patient dormait toujours, son corps reprenant lentement des forces et luttant contre les afflictions.

« Il est encore sous drogues, tu sais. Pour la douleur, et le repos.

— Comment il va ? pressa l’assistante, ses yeux humides brillant en reflétant les flammes des bougies.

— Pour être honnête… C’est pas très beau à voir. »

Dylis se releva, et fit quelques pas jusqu’à la cheminée près de laquelle elle avait laissé une tisane infuser dans théière en fonte. Elle s’en servit une tasse, manquant de se brûler les lèvres et la langue, puis annonça d’un ton grave la nouvelle à sa camarade.

« Je doute qu’il puisse à nouveau chasser. »

Le visage de Sadie prit de nombreuses couleurs et de nombreuses expressions. D’abord, il y eut le choc d’apprendre que son compagnon et partenaire de chasse devait prendre sa retraite bien en avance, à seulement la trentaine. Ensuite, ce fut la tristesse accablante d’un tel sort prématuré qui laissait bien peu de possibilités de reconversion, avec toutes les retombées psychologiques que cela pouvait engendrer. Enfin, Sadie afficha une expression de colère, si ce n’eût été de la rage, qui condensait tout son déni de la situation, et qu’elle dirigea vers la pauvre médecin. Sur la défensive, Dylis glissa sa main dans son dos afin d’empoigner, au besoin, le manche de la lame qu’elle gardait dans son fourreau fixé à sa ceinture, comme tout autre membre de la Commission. Bien que cette arme fût destinée à la chasse et la cueillette, elle pouvait toujours être utilisée pour se défendre. Dylis priait seulement pour que Sadie se calmât, et ne devînt pas la première victime qu’elle blesserait avec.

« C’est de ta faute ! hurla Sadie, les poings serrés, le visage déformé par son emportement. Tu aurais dû faire mieux !

— J’y peux rien s’il lui manquait déjà des phalanges et des doigts ! J’ai sauvé ce que j’ai pu, je te signale, s’emporta Dylis en retour, sans vaciller, sentant ses nerfs la lâcher seconde après seconde.

— C’était ton boulot de le sauver !

— Estime-toi heureuse qu’il soit toujours vivant ! »

Ce simple mot de deux syllabes sembla rendre la raison à l’assistante pourtant réputée pour son calme. La soudaine réalisation des pires finalités de cet accident frappa Sadie. Prise de vertiges face au funeste destin duquel Aiden avait réchappé, elle tituba jusqu’à s’effondrer sur une chaise voisine. Sans un bruit, elle porta à son visage ses fins doigts blancs, avant de fondre en larmes. Ses épaules se secouaient sans que ne retentît le moindre de ses sanglots.

« Qu’est-ce qu’il va devenir ? articula-t-elle difficilement. Il ne voudra jamais partir à la retraite si tôt…

— Sadie… »

Dylis se rapprocha d’elle et posa doucement sa main sur son épaule. Ce geste réconfortant suffisait, généralement, à apaiser les états d’âmes. Elle-même y avait trouvé quelque consolation lorsque, étant enfant ou jeune adolescente, elle avait senti la chaleur de sa mère dans cette même gestuelle. Elle espérait seulement que cela aidât la jeune femme à reprendre le contrôle d’elle-même.

« Je ne te promets rien, mais nous pourrons peut-être trouver un équipement adapté. Ce n’est pas le premier à perdre un membre au combat. Les forgerons pourront peut-être bricoler un gantelet qui lui redonnerait, en quelque sorte, ses doigts perdus, et le désavantagerait moins au combat. Ou bien alors adapter ses armes pour qu’il puisse toujours s’en servir efficacement…

— Tu penses que c’est possible ? »

Sadie avait retrouvé un semblant d’espoir. Dylis ne put savoir si ceux qu’elle lui donnait étaient vains ou non. Mais tant qu’ils ne tentaient rien, le sort d’Aiden n’était pas fixé. Après tout, Seliana disposait des meilleurs forgerons du Nouveau Monde – c’était ce qu’ils répétaient en tout cas. Tout n’était pas perdu. Sans oublier leur comparse wyvérienne qui avait toujours de bonnes idées et de quoi les mettre en œuvre. Si tant fût qu’elle revînt parmi eux après son long voyage à travers le Nouveau Monde, elle prêterait assurément main-forte pour rendre sa mobilité à un ancien camarade de chasse.

« J’imagine. Les gars de la forge sont vraiment bons, après tout. Et Aiden est du genre touche-à-tout, il trouvera pour sûr une arme à son goût. Il faut juste voir ce qu’il en pensera. S’il ne veut pas retourner à la chasse après ça, je le comprendrais... »

Elle regarda tristement la porte de la chambre où se reposait le patient. À ses côtés, les gémissements de Sadie commençaient à se calmer.

 

*

 

Un cri de rage résonna au cœur de la forêt, troublant à peine la tranquillité des arbres. Quelques animaux se mirent en alerte, guettant ce hurlement qui ne ressemblait à rien de ce qu’ils entendaient habituellement, avant de s’apaiser, sentant que la menace s’était dissipée. Le calme revint, comme si rien ne s’était passé.

Dylis donna un violent coup de pied dans un pauvre champignon qui finissait sa croissance malheureusement trop près d’elle. Furieuse, elle vidait ses poumons dans des plaintes plus ou moins vives, isolée dans un recoin des bois où elle se trouvait. Elle manqua presque de lâcher son panier d’oseille tressée sous le coup de la colère. Vociférant quelques insultes et autres paroles qu’elle souhaitait que nul n’entendît, voilà que la jeune femme tournait en rond, s’en prenant à elle-même.

Elle ressassait encore et encore les paroles qu’elle voulait rassurantes et qu’elle avait adressées à Sadie. Les meilleurs forgerons, capables de faire des gantelets spéciaux, ou d’adapter les armes pour un chasseur mutilé. Quelle bonne blague. Si c’était possible, elle l’aurait su depuis bien longtemps. Ce genre de technologie n’était qu’un rêve, un fantasme pour tout chasseur mutilé, rien de concret. Tout cela n’était que des mots balancés là pour faire plaisir, sans fondement derrière tout cela. Oh, comme elle avait été stupide ! Elle aurait dû réfléchir à deux fois avant de se laisser dire ça !

La guérisseuse prit son poignard, et le jeta de toutes ses forces en piqué dans un coin d’herbe épargné par la neige grâce aux arbres qui l’abritaient, où la lame se planta sans aucun souci. Sa colère n’en décrut pas pour autant, mais cela la calma tout de même un tant fût peu. La faute à son manque d’exercice ; cette crise passagère l’avait essoufflée à force de faire les cent pas et de s’agiter dans tous les sens. C’était l’un des seuls avantages qu’elle trouvait dans le fait de rester plus souvent à la base d’opérations que sur le terrain – elle était frêle et son corps n’était pas entretenu. En soi, elle n’était une menace pour personne d’autre qu’elle-même.

Une fois sa dague de retour à sa place, elle s’assit sur un tronc d’arbre couché au sol et recouvert de neige, qu’elle balaya au préalable. Les coudes posés sur ses genoux remontés, elle se massa le visage du bout des doigts. Sadie la tuerait si Aiden ne récupérait pas de ses blessures, tant sur le plan physique que mental. Ironiquement, son annulaire gauche était intact, donc s’ils voulaient se marier, il pouvait toujours porter sa bague. Cette réflexion guère amusante la fit pourtant rire, nerveusement ; sa voix se promena entre les feuillages, effrayant de sa présence humaine les quelques rongeurs qui ne s’étaient pas déjà enfuis à toute vitesse lorsqu’elle était encore prise par son accès de colère. Seuls quelques petits insectes continuaient de vivre leur vie sans se soucier d’elle, et c’était pour le mieux.

Ses poches étaient encore vides ; sa cueillette n’avançait pas vraiment. Elle avait beau fouiller, la saison n’était pas idéale pour trouver tout ce qu’elle cherchait. Il faisait constamment froid de ce côté-ci de la mer ; ce n’était pas pour rien qu’on appelait cet endroit le givre éternel. Si elle retournait du côté d’Astera, elle aurait plus de chance. Mais la simple idée de se suspendre à un drake ailé quelconque la terrorisait, elle détestait ces reptiles volants, et rentrer par bateau l’éloignerait bien trop longtemps pour qu’elle pût surveiller son patient. Peut-être pourrait-elle à la place passer commande auprès des capitaines qui faisaient régulièrement l’aller-retour entre Seliana et Astera s’ils pouvaient lui ramener des ingrédients… Sans chasseurs enclins à accomplir des quêtes de récolte, elle était fort démunie. Et dire qu’ils avaient bêtement perdu un de leurs meilleurs éléments, l’un des rares qui exécutait ces missions sans rechigner, bien au contraire… Elle soupira.

Un bruit de pas étouffés par la neige lui parvint ; sur la défensive, elle s’apprêta à fuir, non sans empoigner son arme démesurément trop petite pour blesser n’était-ce qu’un wulg – la simple image de leurs crocs pointus la fit frémir – et tendit ses muscles en guettant la venue de la créature. Pourtant, pas de museau allongé à la fourrure noire ni de puissantes pattes dotées de griffes. Certes, la « chose » possédait un épais manteau blanc, mais il ne s’agissait là que d’un vêtement de fourrure de la couleur de l’hiver.

« Ah. C’est vous, » lâcha-t-elle avec soulagement en se rasseyant, la tension se libérant d’un coup de tous ses muscles.

Uthyr lui répondit par un signe de la main. Étonnamment, il ne portait pas d’armure ce jour-là, seulement une épaisse tenue pour affronter le givre éternel. Dylis se figurait que, tout comme elle, il devait avoir à sa disposition sa cape de camouflage pour fuir plus efficacement au cas où. Son manteau de fourrure se fondait dans la neige, et il devenait impossible de dire si sa blancheur éclatante venait du tissu ou bien des flocons qui y échouaient. Son bonnet, tout autant fourni, cachait la majeure partie du visage ; ses yeux étaient la partie la plus expressive de son corps enfoui sous les épaisses couches de vêtements.

À sa ceinture pendait la cage à navicioles ; quelques-unes se risquaient à en sortir, mais la plupart d’entre elles avait compris qu’il ne fallait pas chercher d’écofacts ou d’ingrédients divers pour l’instant. Sur sa hanche droite, une petite sacoche renfermait son journal d’expédition, celui qui détaillait toutes les informations primordiales à connaître sur les monstres, les cartes des territoires connus et explorés, et bien plus encore. Nul doute que le chasseur ne le consultait plus depuis bien longtemps tant il avait retenu chacune de ces informations comme tout bon vétéran. Enfin, ce n’était pas parce qu’il se promenait qu’il n’était pas armé ; le gantelet à sa main gauche se faisait remarquer par la gigantesque lame qui en dépassait ainsi que par le grappin qui y était fixé, et qui servait aussi de lance-pierre lorsque la situation le requérait. De plus, les deux grosses dagues qu’il gardait fermement maintenues dans son dos à portée de main complétaient sa panoplie. Il semblait prêt à dégainer le moindre de ses équipements en un temps record. C’était, dans un sens, assez rassurant.

« Qu’est-ce qui vous amène par-là ? demanda Dylis, tout en sachant pertinemment qu’elle n’aurait pas de réponse acceptable. Vous voulez participer à ma cueillette ennuyeuse ? »

Il haussa les épaules et vint prendre place à ses côtés avant d’être rapidement rejoint par son palico, un peu trop pressé de venir se blottir sur ses genoux. La poudreuse volait dans tous les sens alors que le petit corps progressait à travers elle, jusqu’à rejoindre son compagnon de chasse. Il tendit les muscles de ses membres postérieurs et effectua le saut le plus gracieux qu’il put. Se roulant ensuite en boule afin de conserver la chaleur de son corps entretenue par ses épais vêtements duveteux, il attendit patiemment que l’on vînt lui caresser le peu de fourrure qui n’était pas protégé.

« C’est rare de vous croiser. Vous êtes toujours parti à droite à gauche pour chasser ou bien explorer. Vous ne vous arrêtez donc jamais ? »

Il se mit à rire ; ce fut une des premières fois qu’elle entendit clairement sa voix, même s’il était difficile de se faire une idée d’une voix à partir de simples exclamations, de même que des grognements. Cela la fit sourire à son tour.

« Je ne pensais pas qu’un homme aussi sérieux, avec d’aussi imposantes cicatrices, puisse rire comme vous le faites. Vous en avez d’autres, des surprises comme ça ? »

Fechín laissa s’échapper un petit miaulement de protestation ; en riant, Uthyr avait secoué ses jambes, perturbant de ce fait le pauvre felyne qui commençait à s’assoupir. Cela ne l’empêcha pas d’enfouir de nouveau son museau entre ses pattes et de retourner se plonger dans ses rêves paisibles certainement peuplés de montres à chasser et de nombreuses récompenses en tout genre.

« Vous vous promeniez ? » relança alors Dylis en croisant son regard.

Uthyr acquiesça, un léger sourire presque timide sur les lèvres, avant de baisser la tête pour observer Fechín et lui gratter le menton.

« Et sans armure ? »

Il hocha de nouveau la tête, sans détacher ses yeux de son palico.

« Vous vouliez vous retrouver à nouveau face à moi dans l’aile médicale ? Je vous manque tant que ça ? »

L’unisson de leurs voix s’éleva jusqu’au-delà de la cime des arbres recouverts de neige. Quelques oiseaux farouches s’envolèrent, apeurés par le bruit soudain qui venait les perturber dans leurs recherches de graines. Au loin, l’écho du cri d’un wulg se fit entendre avant que le silence ne vînt l’étouffer. La tranquillité du lieu était apaisante ; pour peu, ils auraient presque pu oublier qu’ils se trouvaient dans un territoire encore sauvage, où un banbaro enragé pouvait débouler à tout instant.

« Je dois avouer que c’est assez déroutant de se retrouver en compagnie de quelqu’un qui ne parle jamais. J’ai l’impression d’être bien trop bavarde. »

Les lèvres de Uthyr s’écartèrent pour dessiner un nouveau sourire ; le contraste entre sa dentition claire et son épaisse barbe brune était saisissant. Le plus frappant restait tout de même la cicatrice qui barrait son arcade sourcilière, s’étendant du milieu du côté gauche de son front jusqu’à la pommette. L’œil n’avait pas apprécié cette blessure – nul ne savait d’où elle lui venait, d’ailleurs – et était teinté de gris ; pourtant, à le voir remuer à droite à gauche en rythme avec son coéquipier, on comprenait que l’un comme l’autre était opérationnel, et heureusement ! Il était difficile, même pour le meilleur des chasseurs, de se débrouiller avec un champ de vision autant réduit.

« Vous êtes amusant, Uthyr, fit finalement Dylis en se relevant, prête à retourner cueillir ses divers ingrédients. J’espère ne pas vous revoir de sitôt, vous m’avez suffisamment donné de fil à retordre la dernière fois. Portez-vous bien, et chassez bien. »

Elle épousseta son épais manteau que la neige recouvrait partiellement, et caressa brièvement le sommet du crâne de Fechín. Elle adressa un dernier sourire au duo de chasseurs de monstres, et repartit d’un pas un peu plus léger compléter sa tâche du jour.

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