Les mystères de Toronto

Chapitre 5 : L'Ombre de Queen Street

576 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 25/01/2026 01:10

La journée s'était achevée dans une étrange lourdeur, une chape de plomb qui semblait peser sur les épaules de William Murdoch alors qu'il quittait le poste en compagnie de Julia. Pour une fois, ils marchaient côte à côte, cherchant dans la présence de l'autre un répit face à la paranoïa qui rongeait la ville. Le brouillard de Toronto, fidèle complice des tragédies de cette année 1910, rampait entre les jambes des passants et masquait les enseignes des boutiques. William pressait le pas, sa main serrant fermement celle de Julia, ses yeux scrutant chaque ruelle sombre, chaque porche où la lumière des becs de gaz ne parvenait pas à percer.


Ils n'étaient qu'à deux pâtés de maisons de leur demeure quand le silence de la rue fut brisé par le crissement soudain de pneus sur le pavé mouillé. Une voiture noire, massive et dépourvue de lanternes, surgit de l'obscurité. Avant que William ne puisse dégainer son arme ou même pousser Julia derrière lui, trois hommes jaillirent de l'habitacle.


Tout se passa avec une rapidité atroce. Trois des agresseurs se jetèrent sur Julia. Elle n'eut même pas le temps de crier; un bras puissant l'enserra, la soulevant de terre pour la traîner vers la portière ouverte de la voiture. William se rua vers eux, mais le troisième homme, une brute aux épaules larges et au visage dissimulé par une casquette de cuir, lui barra la route. Un coup de poing d'une violence inouïe s'écrasa sur la mâchoire du détective, le projetant contre un mur de briques.


Le goût du sang envahit la bouche de William, mais la rage l'emporta sur la douleur. Il se redressa, interceptant un second coup et projetant son assaillant au sol. Alors qu'il s'apprêtait à bondir vers la voiture où Julia luttait désespérément, ses mains griffant les mains de ses ravisseurs, le moteur vrombit. William se jeta en avant, ses doigts effleurant le métal froid de la carrosserie, mais le véhicule accéléra brusquement, disparaissant dans le tunnel de brume de Queen Street.


Il resta là, au milieu de la rue, le souffle court, ses yeux fixés sur les feux arrière qui s'évanouissaient. Un cri de rage pure resta bloqué dans sa gorge. Derrière lui, l'homme qu'il avait mis à terre tentait de se relever pour fuir. Dans un élan de fureur qu'il ne se connaissait pas, Murdoch se jeta sur lui, le rouant de coups jusqu'à ce que l'individu ne soit plus qu'une masse inerte.


Le retour au Poste n°4 fut un flou de violence froide. William traîna l'homme par le col jusque dans les geôles, ignorant les regards stupéfaits des quelques agents de garde. Il jeta le suspect dans une cellule de fer, l'attachant brutalement aux barreaux.


Il n'avait plus de temps pour la procédure, plus de temps pour la morale. Il retourna dans son bureau, ses mains tachées du sang de l'agresseur, et commença à manipuler les circuits de son invention. Les bobines de cuivre, les électroaimants qu'il avait installés pour protéger le poste, devaient maintenant servir à autre chose. Il fixa le suspect à travers les barreaux, une lueur terrifiante dans le regard. Dans le silence du poste, le bourdonnement électrique commença à monter, comme un présage de l'apocalypse à venir.

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