Un Dernier pour la Route par

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Side Story / Humour

12 Chapitre 4 - Partie 3

Catégorie: T , 2296 mots
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Les coups de marteau résonnaient dans tout le château, mais la jument orange ne les entendait pas, pas plus qu’elle n’entendait le bruit de ses pas sur le sol ou celui de Twilight qui galopait derrière elle. La ponette mauve parlait, mais la seule chose à laquelle la fermière prêtait attention était la porte de la salle, tout au bout du couloir. Son sabot chauffait déjà, prêt à frapper.

Quand les six juments étaient revenues à Poneyville, la première chose qu’avaient faite Applejack et Twilight avait été de passer à la ferme, où elles avaient découvert avec horreur le grand cercle carbonisé et le tas de bois noirci à l’arrière de la grange. Aucune trace de Maxime ni des petites nulle part. Alors que la jeune princesse s’affolait, le regard acéré de la fermière avait vite repéré la pile de chopes vides dressée sur le gazon, telle une pancarte indiquant le coupable. Un coupable qui, si elle mettait la patte dessus, allait passer le plus mauvais quart d’heure de sa vie.

Maxime faillit tomber de son échelle quand les portes de la salle aux trônes s’ouvrirent. Le marteau encore en main et les clous dans la bouche, il se retourna, étonné. Applejack, patte dressée, le foudroya du regard.

- TOI !!!

- Tiens, déjà rentrées ?

Le chapeau de la fermière fit un bond sur sa tête. En quelques foulées, elle fut aux pieds de l’échelle, dans laquelle elle lança une grande ruade. Les perches de bois vacillèrent, prêtes à tomber.

- Non mais t’es pas bien ?! lança l’humain en s’accrochant.

- Dis-moi ce que tu as fait de ma sœur, espèce de monstre !

La jument orange s’apprêtait à frapper à nouveau, mais quelqu’un s’accrocha à elle pour la retenir.

- Applejack, arrête !

- Laisse-moi, Twilight ! Je vais lui faire manger mon sabot !

- Mais Applejack, c’est moi !

La fermière se figea en reconnaissant la voix. Ce n’était pas Twilight, mais bien sa propre sœur qui lui tenait la patte. Deux autres voix aiguës s’élevèrent à côté d’elle.

- Ne lui fais pas de mal !

- Il nous a sauvées !

- C’est un héros !

Applejack, paralysée par la surprise, ne savait plus qui écouter. Twilight lui tapota alors l'épaule et désigna ce que le bipède était en train d'accrocher.

Maxime avait placé son échelle au pied d’une des colonnes qui soutenaient la voûte. On y voyait désormais une large planche vernie, suspendue au cristal par un énorme clou. Une étrange forme en bois y était accrochée. Les bouches de Twilight et d’Applejack s’ouvrirent et leurs yeux s’agrandirent quand elles reconnurent, monté comme un trophée, le crâne noirci d’un branche-loup. L'humain, bras croisés sur le dernier barreau de l’échelle, savourait l’effet produit. Twilight, déjà prête à poser mille questions, se rappela alors d’un élément crucial.

- Où est Spike ?

Le sourire de Maxime s’élargit encore.

- En bas. Il y a une petite surprise qui t’attend.

 

 

***

 

 

Il s’en était fallu de peu qu’Applejack ne fasse goûter pour de bon son sabot à Maxime lorsque Spike et les trois petites avaient raconté ce qui s’était passé la veille. Les pouliches, quant à elles, ne tarissait pas d’éloge sur leur nouveau héros.

- C’était fantastique !

- Grandiose !

- Héroïque !

- Oui, mais je vous rappelle quand-même que c’est lui qui a attiré les loups jusqu’à la ferme, fit remarquer Spike. Et il m’a écrasé la queue !

- Dommage collatéral, répondit tranquillement Max. Et je te rappelle que tu étais avec moi dans la forêt. Ils couraient autant après toi qu’après moi.

- Silence !

Applejack tremblait de colère. Elle se tourna vers Twilight, à la recherche de soutien, mais la jeune princesse ne semblait même pas leur prêter attention.

- C’est vous qui avez fait ça ?

Les autres suivirent son sabot du regard, vers le centre de la pièce. Maxime sourit.

Au milieu du labo souterrain, le miroir se dressait, presque entièrement reconstitué. Les tables qui l’entouraient, jusqu’alors couvertes d’éclats de verre, étaient désormais presque vides. La glace, complète aux neufs dixièmes, étincelait comme de l’argent. Twilight semblait émerveillée.

- Tu as vu ça ? s'extasièrent les pouliches en venant l’entourer. On l’a presque terminé ! On y a passé toute la journée. Tu es fière de nous, hein ?

- Vous ? Mais pourquoi ?

L'alicorne incrédule se tourna vers Maxime, à la recherche d'explications.

- Elles me devaient bien un coup de main, après hier soir, raconta ce dernier. J'ai pensé que ça pourrait aider.

- Mais tu dis depuis le début que tu refuses de t'en servir !

- Et je le refuse toujours, l’informa-t-il en fronçant les sourcils. C'est sous forme humaine que je veux rentrer, pas changé en poney. J'ai juste voulu qu'elles se rendent utiles.

- Mais pourquoi veux-tu qu'on le répare puisque tu ne l'utiliseras pas ?

- Parce que c’est toi qui tiens à la réparer, cette saleté, répliqua Max en lui plantant l’index sur le museau. Alors on le fait, voilà.

Twilight fronça les sourcils à son tour, autant à cause du doigt de l’humain sur ses naseaux que par incompréhension. Dans la bouche de Maxime, ce genre de paroles n’avait aucun sens.

- Et depuis quand te soucies-tu de ce à quoi les autres tiennent ?

Twilight savait que c’était une question méchante, mais elle n’imaginait pas que l’humain réagirait aussi vivement, lui qui d’ordinaire laissait ce genre de pique glisser avec mépris. Un frémissement de colère parcourut la pièce, figeant chacun dans un silence tendu. Max se plia en deux, ses yeux en face des siens.

- Je me soucie de ce qui me chante, ma grande. Tu tiens à ce que ce machin soit réparé, alors je fais en sorte qu’il le soit. Je te rends service ! Ce n’est pas ce que font les amis, après tout ? Se rendre service ?

Twilight et Applejack grimacèrent. Pour les supposées expertes en amitié qu’elles étaient, la remarque était aussi inattendue qu’amère. La ponette mauve baissa les oreilles.

- Oui, c’est vrai, mais je ne comprends pas ce que tu peux bien espérer y gagner...

- Ah oui, parce que moi je ne fais jamais rien s'il n'y a rien à gagner, pas vrai ? s'énerva l'humain. C'est bien ça que tu penses de moi, après tout ? C'est ce que vous pensez toutes de moi ! Toi, elle, ta princesse, tout le monde !

Il la désigna elle, puis Applejack, puis la pièce entière, comme si le monde entier s’y trouvait.

- Tout ça, moi, je n’y comprends rien ! Tout ça, ça me passe au-dessus de la tête ! Vous partez prêcher l’amitié toutes les semaines à l’autre bout du monde, mais moi c’est peine perdue ! Moi, on n’y pense même pas ! Moi, ça n’ira jamais !

- Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire !

- Mais c’est quand même ce que tu as dit ! la coupa-t-il avec violence. Rendre service, je ne sais pas faire ! Penser aux autres, je ne sais pas faire ! C’est bien ce que tu as dit, hein, mademoiselle la princesse de l’amitié ?

Il avait presque craché ces derniers mots. D’un geste rageur, il désigna le miroir, avant de quitter la cave. Twilight se sentait misérable. Applejack et Spike la fixaient, mais elle détourna le regard.

- Je suis désolée, bégaya la ponette mauve. Ce n’est pas ce que je voulais dire.

- Mais c’est quand même un peu ce que tu as dit, reprit Applejack, qui semblait avoir remis à plus tard sa colère envers l’humain. Et j’ai comme l’impression qu’il l’a vraiment mal pris, cette fois.

- Mais il s’en moque, d’habitude, de tout ça !

Applejack baissa le regard vers sa sœur et ses deux amies, qui devaient sans doute la vie à celui celui-là même qui venait de partir. Avec émotion, elle passa la patte dans la crinière de sa cadette.

- Peut-être qu’il n’est plus tout à fait le même que celui qu’on connaît d’habitude.

 

 

***

 

 

On ne revit plus Maxime de toute la soirée. Twilight ne l’entendit revenir que tard dans la nuit, mais elle ne bougea pas. Allongée dans son lit, elle suivit le bruit de ses pas depuis l’entrée jusqu’à sa chambre, avant de se retourner en soupirant. Les excuses attendraient le lendemain.

Dans le noir de sa chambre, étendu sur les draps, Maxime passait lentement la main sur la couverture du livre. Le soleil rouge et or luisait au clair de lune. Fatigué, il reposa l’ouvrage et fixa le plafond. Les paroles de Célestia lui revenaient en tête.

Elle s’appelle Sunset Shimmer. Elle était autrefois mon élève, ici, à Equestria, jusqu’à ce que nous nous disputions. Elle a alors franchi le portail du miroir pour aller vivre dans votre monde, loin d’ici, loin de moi. Si elle vous a contacté, c’est qu’elle sait que vous aussi connaissez l’existence d’Equestria et du miroir. Peut-être a-t-elle besoin de votre aide. Peut-être cherche-t-elle à revenir. C’est à vous qu’elle a fait appel, c’est donc à vous de le découvrir, grâce à ce livre. Elle en possède le jumeau. Tout ce que l’on écrit dans l’un apparaît dans l’autre.

Maxime soupira, puis sortit de sa poche un petit objet emballé dans du tissu. Lorsqu’il l’eut déballé, la lumière de la lune se refléta sur le morceau de miroir.

Depuis que Twilight avait entrepris la réparation du portail, il le gardait précieusement sur lui à chaque moment de la journée. La jeune princesse n’avait pas encore remarqué qu’il manquait un fragment et il était sûr qu’elle ne s’en rendrait compte qu’au tout dernier moment. Que ferait-il alors ? Avouerait-il qu’il l’avait depuis le début, depuis même avant qu’il ne revienne ici ? Le lui donnerait-il ? Laisserait-il le passage s’ouvrir ? La laisserait-il revenir dans son monde, elle qu’il ne connaissait pas, alors que lui-même n’avait aucune chance de regagner le sien ? N’était-ce pas la raison de sa présence ? N’avait-il pas été rappelé là dans le seul but d’y apporter ce morceau manquant ? Il se réentendit alors répondre à Célestia.

Et si je n’en ai pas envie ?

Avec la même intensité, il sentit le regard de la princesse peser sur lui.

Personne ne vous y oblige, et nul à part moi n’est au courant. Mais n’oubliez que vous vous êtes vous aussi retrouvé seul dans un monde inconnu, et qu’alors des personnes dévouées ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour vous aider à rentrer chez vous.

Il laissa une dernière fois l'éclat lunaire danser sur le bout de verre, puis le réemballa et le remit en poche.

Ce n’est pas ce que font les amis, après tout ? Se rendre service ?

 

 

À une distance impossible à mesurer, dans une époque impossible à situer, un autre livre s’illumina, entre les mains tremblantes d’une jeune femme humaine. Elle écarta nerveusement l’épaisse mèche ocre et rouge qui lui tombait sur le front, puis se frotta les yeux. Le chat, couché à côté d’elle, posa la patte sur sa main et se mit à ronronner. Presque aussitôt, les frissons qui secouaient la jeune femme cessèrent et elle recommença à respirer. D’un geste affectueux, elle offrit une caresse à son nouvel ami, qui plissa les yeux d’aise, satisfait d’avoir pu l’apaiser. Détendu mais attentif, il scrutait maintenant la suite, les lampes de ses yeux fixées sur sa nouvelle maîtresse. Celle-ci ferma les paupières, prit une grande inspiration, puis ouvrit le livre.

« Je sais qui vous êtes. Je sais que vous voulez revenir ici. Je peux vous aider. »

Sunset Shimmer n’aurait su dire pendant combien de temps elle était restée immobile, le regard rivé sur ces trois phrases, sans même cligner des yeux. Il fallut que la queue du chat lui effleure le bras pour qu’elle puisse à nouveau bouger. Elle retrouva aussitôt ses esprits, l’œil vif et assuré.

Elle ne se demandait pas s’il avait découvert lui-même son journal ou si Célestia le lui avait donné. Elle ne se demandait pas s’il avait parlé d’elle à d’autres ou s’il avait gardé le secret. Elle ne se demandait même plus ce qui était arrivé au miroir. Ces questions n’avaient plus lieu d’être. Le passage pouvait être rouvert, et il savait comment. Une seule chose comptait, à présent.

« Que voulez-vous en échange ? »

Bien loin de là, dans sa chambre emplie d’ombres, ce furent les mains de Maxime qui se mirent à trembler.

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