NUIT NOIRE

Chapitre 1 : Prologue

1416 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 13/11/2025 17:43

Le crissement d'un pneu réveilla Temari. Le soleil ne s'était pas encore levé. Les cendres encore chaudes de leur dernier feu brûlaient leurs dernières gouttes de lumière, animées par la bûche qu'y avait mise Miraï quelques heures plus tôt. Temari avait pris l'habitude de se lever à l'aurore, au gré des caprices de la saison en cours. Un rien pouvait la sortir du sommeil. Une branche crépitante, une porte grinçante, le hennissement de Margot, leur jument, ou même les murmures des feuilles encore vautrées dans les arbres.


Depuis l'année noire, elle n'avait jamais plus dormi d'un sommeil lourd. Elle ne rêvait plus. Elle ne profitait plus des conforts d'une nuit complète. D'une nuit normale. Plus depuis que la mort avait revêtue son costume le plus perfide.


Tu l'as entendu aussi ? S'enquit Gaara, à quelques mètres d'elle.


Son fusil à bout de bras, il regardait droit devant, fixant la brume avec avidité.


On bouge. Répondit-elle sans plus de cérémonie.


Elle secoua Miraï, sagement calée à sa droite. Ses pommettes roses et ses lèvres fines, derniers vestiges d'un monde perdu. D'un monde où les enfants avaient la place du roi. Encore somnolente, elle marmonna un juron -mauvaise habitude prise aux côtés de Gaara-. Elle avait à peine 11 ans et elle parlait déjà comme un vieil ivrogne.


Temari avait déjà ramassé leurs maigres bagages, fourrant tapis et sacs de couchages dans les larges sacoches accrochées à la selle de Margot. Sans préavis, elle hissa Miraï sur la jument et lui mis les rênes entre les mains.


Gaara, tu ouvres la marche. Si on se sépare, rendez-vous au point de repère habituel.


Son frère hocha la tête, un œil déjà calé sur le viseur de son arme. Des réveils comme celui-là, il y en avait eu des centaines. Depuis maintenant presque trois ans, ils s'étaient retrouvés propulsés dans un monde post-apocalyptique, dans lequel la mort avait perdu tout sens. Aujourd'hui, les cadavres se relevaient pour vivre une nouvelle vie. Une nouvelle mort. Et ils semaient derrière leur sillage toujours plus de mort et de destruction.


Gouvernement, ordre, maison. Plus rien n'était debout. Chaque fondation du monde précédent s'était écroulée. Un tas de cendre et de chair en décomposition... Voilà à quoi se résumait la société d'aujourd'hui. En trois ans, les villes s'étaient vidées, la foule ayant déserté pour laisser place aux rodeurs. Les "cadavres causants", comme aimait les appeler Miraï. Peu à peu, les morts s'étaient rassemblés, se transformant en groupe, puis en horde. Ils cheminaient inlassablement, sans fatigue ni conscience, à la recherche de chair plus fraîche à se mettre sous la dent.


Temari avait abandonné sa carrière de journaliste au profit des arts martiaux et du tir. Gaara avait laissé derrière lui ses aspirations à l'ordre et à la loi, abandonnant le poste d'aspirant lieutenant pour suivre sa sœur dans sa fuite. Ils avaient quitté Charleston juste à temps. À quelques jours près, ils succombaient aux bombes de gaz que balançait l'armée dans toutes les villes de plus d'un million d'habitants.


Tout ce qu'ils savaient, ils l'avaient appris sur les routes. Comment tuer les rodeurs. Comment survivre. Comment se soigner, se nourrir, se cacher. Ce qu'ils avaient assimilé sur le tas, ils le transmettaient aujourd'hui à Miraï. Cette pauvre gamine qu'ils avaient trouvé sur le bord d'une voie ferrée, certainement laissée pour morte. Ils l'avaient recueilli comme on ramasse un chiot blessé : sans trop se poser de question. Aujourd'hui elle faisait partie de leur famille recomposée. Une famille brisée par l'année noire, puis ressoudée par les multiples péripéties qui s'en étaient suivies.


En trois ans, Temari avait vu le monde changer... Et elle avec. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle ne pouvait aujourd'hui compter que sur elle-même. Et sur les deux compagnons que la vie avait généreusement mis sur sa route. Les pique-niques en bord de plage, les vacances à Charleston ou dans le Richmond, les soirées jeux dans les vieux casinos de Jackson et Phoenix... Tous ces souvenirs avaient été balayés par l'envie de vivre et de se battre, et le besoin absolu de rester en vie pour une journée de plus.


En trois ans, Temari avait vu la mort marcher dans ses pas. Elle avait connu la faim, la soif et l'épuisement. Elle pouvait témoigner des rues désertiques et des rares survivants tous devenus fous... Ou cruels. En 3 ans l'anarchie régnait en maître, gouvernée par une nature indocile et insoumise.


Le monde d'avant n'était plus que poussière.


Gaara tu vois quelque-chose ? Souffla Temari.


Ses yeux tentaient vainement de percer le voile de brouillard qui les entourait. Le début de l'automne les prenait en traître, obstruant vision et perception. La méfiance nourrissait la paranoïa. À tel point qu'à chaque coin sombre du bois, une ombre semblait flotter dans l'air.


C'est peut être le groupe de Jasper, qu'on a croisé il y a 3 jours. S'enquit Miraï d'une voix fluette.


Ils allaient vers le nord, en Géorgie. Pas à l'Ouest. La contredit Temari. C'est sûrement d'autres survivants.


Et elle priait pour avoir tord.


Il y a trop de brouillard, on devrait se replier loin des axes routiers pour le moment.


Gaara baissa son arme pour regarder sa sœur. Ses cheveux blonds attachés en un chignon approximatif et ses cernes noires ne la mettaient pas en valeur. Lui qui l'avait connue si coquette et attachée à son image... La voir marcher à ses côtés, dans ses habits encrassés de la semaine, le visage taché de terre et de sueur lui faisait toujours bizarre. Même après 2 ans sans avoir jamais accès à l'eau chaude.


S'il sont en voiture, ils n'emprunteront pas les chemins de randonnées. Insista Gaara face à l'hésitation de sa sœur.


La forêt est plus dangereuse, mais on s'y camoufle plus facilement. Temari avait appris à préférer la nature aux Hommes depuis longtemps. Après quelques mauvaises rencontres, leur groupe s'était promis d'éviter les confrontations avec d'autres survivants. Tuer les rôdeurs était simple. Avec le l'entraînement et une approche tactique, on pouvait en venir à bout. Seulement lorsque cela concernait les Hommes... Les vivants... C'était une autre paire de manches.

La forêt était le bon choix. Mais avec cette brume et ce manque de visibilité, les chemins dégagés restaient plus sûrs, notamment pour Miraï.


S'ils sont en voiture, ils sont peut-être loin maintenant.


Ou alors ils ont eu un accident et sont sur place.


Je ne sais pas... Je ne pense pas que-


Tema' ! L'appela Miraï.


Sa voix soudainement paniquée fut rapidement masquée par les hennissements de Margot. Elle se cabrait, affolée, poussant le brunette à s'accrocher davantage à sa crinière. Face à l'animal, un homme blond chargé d'un fusil de chasse la visait, sourcils froncés. Temari poussa un juron en sortant son arme, Gaara également tenu en joue par l'un des leurs.


Putain mais vous êtes qui, vous ? S'exclama le blond en chargeant son arme.


Baisse ce fusil tout de suite. Grogna aussitôt Temari.


Ils ne les avaient pas vu venir. Cette foutue brume diminuant leur force d'anticipation par deux. Ils n'étaient que trois. En face d'eux, ils ne pouvaient compter leurs ennemis. Temari en visait un, l'autre étant en face à face avec son frère.


Baisse-le ! Ordonna-t-elle d'une voix plus sévère.


Gaara la vit ôter le cran de sûreté de son arme et fis machinalement de même. En face de lui, un garçon brun aux vêtements militaires le tenait en joue. Le blond détourna son arme de la jument pour la pointer sur Temari, prêt à tirer.


Je te conseil de répondre à ma question au lieu de gueuler. Grogna-t-il. Vous. Êtes. Qui ? Et qu'est-ce que vous foutez sur les terres des Kobalts ?


Brièvement, Temari échangea un regard avec Gaara. D'un accord tacite, il recula d'un pas pour se rapprocher d'elle. Ils n'avaient qu'une demi-seconde. Une demi-seconde pour choisir de combattre. Moins encore pour gagner.


Répondez, bordel !


Le premier coup de feu fusa. Suivi d'un autre. Puis d'une autre encore.


Temari avait fait son choix.


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