NUIT NOIRE

Chapitre 7 : Le coeur du Wyoming

4490 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 06/12/2025 14:57

NDA

Bonjour à tous, bienvenu dans ce septième chapitre de Nuit Noire. Avant de vous laisser poursuivre votre lecture, je tenais à vous remercier pour votre engagement. Hier, nous avons dépassé les 200 lectures et téléchargements, et si cela peut paraître peu et anodin, c'est pour moi une énorme source d'encouragement. Cela me donne envie de vous proposer toujours plus, toujours mieux, et surtout, cela me pousse à continuer ce travail d'écriture. Vous ne le saviez pas, mais jusqu'ici, j'étais en réécriture. Les six premiers chapitres que vous avez découvert ont été créés il y a plusieurs années déjà. Après avoir retravailler le fond et la forme, je me lance désormais dans la création. J'espère que cela continuera de plaire et de fédérer, bien sûr. Je me jette à l'eau avec ce premier chapitre inédit, et croise les doigts pour qu'il vous transporte.

Bien à vous,

Narah.



— Quand est-ce qu'on arrive, pialla Miraï pour la cinquième fois en dix minutes.


Enclavée entre son frère et sa sœur, la jeune fille boudait. La voiture était un moyen de transport bien moins amusant que les balades à cheval. Depuis ce qui lui semblait des heures, elle patientait dans un silence de mort, cernée par les visages mornes et tendus de l'assemblée d'adultes barricadés dans le véhicule. Au fil des kilomètres, Miraï avait vu sa patience fondre comme neige au soleil.


À sa défense, elle n'était pas la seule. Dans le coffre, grognant aussi bruyamment qu'un fauve, Kiba rongeait son frein.


— On y sera bientôt, assura Naruto sans quitter la route des yeux.


Pour une fois, ce n'est pas de la bouche de Miraï que s'échappa un soupir de désespoir.


— C'est le pire trajet que j'ai jamais fait, putain.


— Arrête de te plaindre, ria Tenten. Tu aurais pu voyager avec le canasson, je te signale !


Outrées, Temari et Miraï s'exclamèrent presque aussitôt d'une même voix ;


— Elle s'appelle Margot !


Gaara aurait presque pu en rire s'il n'était pas aussi mal à l'aise. Être confiné dans un espace clos, sans possibilité de fuite où de bonne défense ne l'aidait pas à se détendre. À peine avait-il posé un pied dans la voiture qu'il avait eu hâte d'en sortir. Tenten avait garanti qu'ils rouleraient vers l'ouest, en direction de Birmingham. S'ils évitaient soigneusement les trop grandes villes par souci de sécurité, ils avaient promis de les rapprocher d'une source sûre pour le ravitaillement. De cette manière, le trio pourrait faire le plein avant de reprendre la route.


— On y est, clama Naruto alors que les premières habitations du secteurs défilaient.


— Enfin, fit mine de pleurer Kiba. Un peu plus et je perdais l'usage de mes jambes.


— Ça nous ferait tous des vacances si tu perdais celui de ta langue, se moqua aussitôt Tenten, relançant les hostilités.


Naruto leva les yeux au ciel tandis que la jeune femme se garait sur un trotoir. Pour mieux fondre leur moyen de locomotion dans le paysage, elle avait choisi une place cernée par plusieurs carcasses de voitures. De loin, l'illusion était parfaite.


Gaara examinait prudemment les environs à travers la vitre, guettant la moindre silhouette mouvante... Morte ou vive. Malgré les années, il ne s'habituait pas aux regards sans vie des rôdeurs. L'œil hagard, il cherchait à se repérer tandis que ses sœurs s'extirpaient de la voiture. Il ne reconnaissait ni la rue, ni les maisons mitoyennes qui s'effritaient à quelques mètres du trottoir. Il en était sûr, la banlieue ne faisait pas partie des lieux qu'ils avaient déjà visités.


— Vous allez continuer vers l'ouest, demanda Naruto.


À sa surprise, il n'avait pas encore déserté son siège inconfortable. Il le fixait depuis la place du copilote, l'air sérieux. Impénétrable. Gaara érigea presque immédiatement ses défenses. Plus par habitude que par défiance, il devait bien se l'avouer.


— C'est le plan initial, avoua-t-il. On poussera ensuite vers le nord pour-


— Atteindre le Wyoming, le coupa Naruto.


Ils n'étaient pas les premiers à y avoir songé.


Naruto se souvenait de chaque rencontre qu'il avait faite en extérieur. D'abord seul, puis aux côtés de compagnons d'infortune, il avait accueilli réfugiés et survivants de tout horizon. Les premiers mois, la Ville comptait des arrivées par dizaines. Loup solitaire, comme petits groupes. Hommes et femmes se rassemblaient, conscients de favoriser la survie de tous, y compris d'eux-même, en se joignant à la masse. Seulement après plusieurs mois, les discours des personnes qu'ils croisaient avaient à nouveau un goût d'espoir et de rêve. Un mot revenait sans cesse : Wyoming. La première à en avoir parlé était morte. Naruto l'avait enterré après plusieurs jours à tenter de la sauver aux côtés de Josh et d'Hinata. Si ces derniers mots s'étaient perdus au milieu des râles de souffrance, ils avaient marqué le début d'un long questionnement parmi les habitants de la Ville.


— Trouver le cœur du Wyoming, répéta Naruto, pour trouver le salut de l'Humanité.


Gaara le dévisagea, interdit.


— J'ai entendu cette histoire, continua le blond. Elle sonne comme un joli conte dans la bouche d'un enfant.


Le cœur du Wyoming désignait plusieurs villes souterraines, reliées les unes aux autres par des galeries creusées dans la roche et le sol meuble. Certains disaient que des centaines de personnes avaient participé à leurs édifications, dotant ses habitations d'installations modernes et adaptées au monde souterrain. Il y avait l'eau courante, l'électricité, mais surtout des milliers d'hommes et femmes rassemblés en un lieu sécurisé et protégé. Une partie de l'armée américaine avait été affrétée à sa protection peu de temps après l'arrivée des premiers cas de mort-vivants. On disait qu'il s'agissait d'une base construite pour abriter les grandes figures de la politique, mais aussi des chercheurs, des scientifiques, des ingénieurs... Tout un monde construit pour garantir la survie et la pérennité de l'humanité en temps de crise climatique comme sociale.


Un doux rêve.


— Qui vous dit que ce n'est pas réel ?


— Qui vous dit que ça l'est ?


L'éternelle question. Elle avait beaucoup divisé au sein de la Ville. S'il était moins d'une cinquantaine à l'habiter aujourd'hui, c'est en partie à cette fable qu'ils le devaient.


— C'est notre seule chance.


— C'est faux, assura Naruto. Nous sommes la preuve vivante qu'il y a une alternative.


Face à son silence, le blond hésita. Gaara avait été clair quant à leur proposition d'insertion. S'il n'avait pas été explicite concernant les raisons, ses aspirations consternaient Naruto. Pourquoi refuser à tout prix de rejoindre la Ville par peur des survivants, si le but était d'en trouver une qui en comptait des millions ? Tout comme Miraï et Temari, Gaara semblait apeuré à l'idée d'intégrer à nouveau un groupe. Ils n'étaient pas les premiers à traîner derrière eux le traumatisme d'une mauvaise rencontre. Gai, Hinata, Neji, et même Sasori, avaient longtemps tremblés à l'idée d'intégrer les rangs de la Ville. Chacun avait vécu sa part de noirceur, et si peu d'entre eux s'était étendu sur le sujet, tous restaient unanimes : leur âme s'était abimée au sein d'un camp de survivants, pour être réparée par un autre.


— Au Wyoming, ils sont des milliers à vivre comme avant, expliqua Gaara. Tu ne peux pas comparer leur organisation et la vôtre. Là-bas, nous serons anonymes.


— Sauf que les villes souterraines ne sont peut être qu'un mythe.


D'un geste, Naruto se tourna complètement vers le roux. Il le fixa, l'air sérieux, tel l'avocat prêt pour sa plaidoirie. En regardant Gaara, c'est plusieurs centaines de visages qu'il voyait défiler. Des hommes, des femmes, des enfants, peut-être tous morts pour un rêve, une rumeur, une envie de retrouver ce qu'ils avaient perdu. La trace d'un quotidien familier, d'une vie plus commune. Un retour à la normal que Judith, la première à en avoir évoqué la possibilité, avait payé de sa vie.


— Mais nous, continua Naruto en posant la main sur son torse, nous somme là. Nous sommes imparfaits, peu nombreux. Mais nous existons.


Les yeux de Gaara glissèrent sur le côté pour croiser ceux de sa petite sœur. Miraï le fixait à travers la vitre, comme consciente de ce qui se jouait à quelques mètres d'elle. Dans son dos, Temari éloignait Margot de son van avec précaution, sa voix étouffée par les parois du véhicule.


— Je sais que vous avez peur. Je ne peux pas prétendre comprendre pourquoi... Mais-


— Mais tu veux qu'on reste, le coupa Gaara, l'air dur. As-tu à ce point peur que l'on meurt ?


Il soupira avant de se redresser. À nouveau, Naruto avait toute son attention.


— Ou peut-être qu'au fond, ce n'est pas notre mort, mais l'absence de certitude qui te pousse à nous convaincre qu'un espoir aussi fou ne vaut pas qu'on s'y accroche ?


— Quoi, bafouilla le blond, pris au dépourvu.


Les yeux verts de son interlocuteur semblaient sonder son âme. Alors qu'il s'y attardait, Naruto se surpris à y voir une ressemblance avec celui de Temari. Non pas dans la couleur, ni même dans la forme, mais dans la détermination qu'il y lisait.


— Que l'on vive ou non, ce n'est pas important. Ce que vous fout la trouille, c'est de ne jamais savoir si le cœur du Wyoming existe. Cette incertitude vous ronge... Comme toute absence de réponse à une grande question.


Qui était dans le vrai ? Qui de l'un ou de l'autre avait su prendre la bonne décision pour sa survie, et la survie de son groupe ? Ne pas savoir torturait bien plus qu'une réponse tragique.


— Vous avez trop à perdre, murmura Gaara. Vous ne pouvez pas tout risquer, contrairement à nous.


— C'est vrai, concéda Naruto. Mais ne crois pas que l'on se fiche de votre sort pour autant.


Dehors, les bavardages de Tenten et Kiba avaient laissé place au silence. Sans le savoir, il prolongeait la bulle dans laquelle Naruto et Gaara s'étaient réfugiés. Si le regard de l'un transpirait de sincérité, l'autre restait en retrait, méfiant. Il avait vu trop d'atrocité, d'absurdité pour se laisser prendre dans les filets d'une jolie prose. Aussi douces soient les intentions du blond, il comprit en un regard qu'elles ne suffiraient pas. Le visage de Gaara, impassible, ne laissait pas de place au doute.


— Notre sort, c'est notre affaire.


D'un geste sec, il ouvrit la portière arrière, coupant court à leur échange. Miraï le rejoignait déjà, la bouche pleine de supplications. Elle avait hâte de retrouver un moyen de transport plus confortable qu'un siège informe. Margot semblait du même avis. Au milieu d'eux, Gaara luttait contre la boule qui grossissait au creux de son estomac. S'il avait ôté toute possibilité à Naruto d'argumenter encore, il n'était pas moins touché par leur échange. Dans son dos, il sentait aussi le regard de Temari. Doutait-elle, elle aussi ?


— Vous avez notre carte, sourit Tenten en désignant le dépliant que tenait désormais Miraï. Avec ça, vous devriez vous repérer sans problème. Elle est plus récente que celle que vous utilisiez.


— C'est un petit cadeau d'adieu de Josh, ajouta Kiba devant le regard surpris de Temari. Il faisait partie du groupe que tu as sauvé héroïquement en débarquant sur le cana... Sur Margot.


Temari étouffa un sourire tandis qu'elle regardait tour à tour ses interlocuteurs. Elle avait conscience que son arrivée n'était pas passée inaperçue chez eux. D'une certaine manière, elle en était presque fière.


— Vous le remercierez de notre part.


Kiba le lui assura d'un hochement de tête avant de se mettre en retrait. Naruto pris sa place l'instant suivant, fraîchement sorti de son abris de métal. Si Gaara avait du mal à lire dans ses gestes, ceux de ses deux compagnons de route lui parurent limpides. Tristesse, frustration... Mais aussi besoin de tourner rapidement la page. Ils n'étaient pas les premiers à refuser de les rejoindre, et cela se voyait.


— Soyez prudents, lâcha-t-il enfin.


Il chercha ses mots quelques secondes, semblant reprendre contenance au passage.


— On ne se connait pas bien, mais j'ai un bon instinct...La plupart du temps, c'est lui que j'écoute, avant tout autre conseil...


Derrière lui, Kiba marmonna, l'air lugubre ; Et ce n'est pas toujours une réussite... Tenten le fit taire d'un coup de coude bien placé.


— Ce que je veux dire, continua Naruto non sans une oeillade en arrière, c'est que je ne confie pas à n'importe qui l'emplacement de la Ville.


Cette fois, c'est Temari qu'il regardait.


— Ce jour-là, j'ai choisi de vous aider... Parce que j'ai vu en vous ce que je vois chez chacun des membres de notre communauté. De la loyauté. De la solidarité. De l'amour...


Tenten sourit, presque malgré elle.


— Je n'ai pas hésité à vous faire confiance et je ne le regrette pas.


D'un geste sûr, il tendit la main comme pour sceller son bref discours.


— J'espère que vous trouverez ce que vous cherchez.


Le bref mouvement de recul de Gaara n'échappa pas au trio. D'un regard, Tenten le lui fit comprendre. Naruto n'eut pas le temps de s'en inquiéter qu'une main chaude et sèche s'emparait enfin de la sienne, la serrant doucement. Cette brève étreinte soufflait un mot ; merci.


— Vous savez où nous dénicher, en cas de besoin, ajouta Kiba en leur adressant un clin d'œil.


À la surprise de Gaara, Temari répondit du tac au tac.


— Oui. On s'en souviendra.


...


Ses cheveux bruns étaient devenus ternes avec les années. En les regardant plus attentivement sur le miroir brisé de la salle de bain, Tenten pouvait nettement y déceler des fourches et cheveux blancs. Elle en avait un sacré paquet. Bien plus qu'il y a trois ans. La fin du monde, ça vous vieillit drôlement plus vite... D'un geste machinal, elle les rassembla en un large chinon, se promettant d'aller voir Ino pour arranger ce désastre capillaire à son retour.


C'était presque fascinant cet attachement, si profondément ancré, à son apparence. Dans un monde où le paraître n'avait plus une si grande valeur, elle souhaitait encore être jolie, désirable. Autrefois, ses cheveux, quotidiennement chouchoutés par sa mère et ses copines du salon de coiffure, faisaient sa renommée. Leur beauté, c'est tout ce qui lui restait de sa génitrice. Face à ce triste constat, elle avait tenté de les garder longs et en bon état. Ino y avait largement contribué, lui offrant son aide pour des soins plus où moins quotidiens. Quand elle s'en occupait, elle se surprenait parfois à fermer les yeux pour retrouver de vieilles sensations. Les rires de sa tante Gladys tandis que sa mère lui rattrapait sa première frange râté. Ses ongles longs qui lui griffaient doucement le cuir chevelu pendant un shampoing. Le bruit des ciseaux sculpteurs et du sèche-cheveux... L'espace d'une minute, elle retrouvait les murs rosés du salon, les mèches qui parsemaient le sol ça et là, les cliquetis des bracelets des coiffeuses qui s'affairaient sur la tête des clients. Tout lui revenait par vague, pour mieux l'engloutir au réveil.


— On devrait tenter le grand supermarché, soupira-t-elle finalement en se détachant du miroir. Il n'y a plus rien ici.


— Le vieux Sainsbury's a sûrement déjà été dévalisé depuis belle lurette, marmonna Kiba dans la pièce adjacente.


Quand Tenten le rejoint, elle le trouva le nez dans une armoire, tripotant de vieux pulls en laine à moitié rongés par les mites. Naruto leur avait demandé de fouiller l'étage tandis qu'il remontait à la voiture leur ancien butin, abandonné lors de la précédente mission.


— Peut-être pas tous les rayons... Ni les stocks. On devrait essayer. Plusieurs grandes surfaces sont encore bien garnies.


D'un regard, Kiba lui lança une question muette. Après des années à travailler ensembles, à se chamailler, à batailler l'un contre l'autre pour mieux s'épauler lors des raids, ils avaient appris à se connaître. Le danger les avait rapprochés plus efficacement qu'un arbre généalogique commun. À tel point qu'un coup d'œil suffisait à son binôme pour lire les messages cachés entre les lignes.


— C'est bourré de déchiqueteurs. La dernière fois qu'on a pris ce risque, trois hommes sont morts à cause du toit qui s'est effondré.


À l'époque, l'édification de la Ville avait nécessité plusieurs mois de travaux. Tenten et Kiba avaient participé à leurs premières excursions en dehors des murs peu de temps après la construction des remparts. Naruto n'avait pas encore rejoint leur groupe, et plusieurs membres se disputaient la place de meneur. Avant même que ne naissent le conseil et ses différents groupes, des bataillons d'explorateurs avaient vu le jour. Pour faire survivre le camp, il était indispensable de ramener médicaments, eau et nourriture. Au fil des sorties, des commandes plus précises, et des objectifs plus vastes avaient vu le jour... Création de potagers, de salles de classe, de panneaux solaires. Tous ses projets demandaient toujours plus de moyens et de matériels. Seulement, les endroits les plus prisés pour trouver ce qu'il fallait étaient aussi les plus dangereux. Le manque de préparation et de connaissance du terrain avaient entraîné trop de pertes. À tel point qu'aux bout d'un an, les explorateurs n'étaient plus qu'un rêve brisé. Du moins, jusqu'à qu'un jeune blond ambitieux ne débarque.


Kiba fronça les sourcils quand il vit sa partenaire préparer un nouvel argumentaire. Habituellement, elle était la première à vouloir prendre toutes les précautions. Ce changement de trajectoire ne lui ressemblait pas. Surtout après plus d'une semaine d'excursion. Il n'eut pas le temps d'en faire la remarque. Naruto débarqua furtivement au milieu du duo, collant un doigt sur sa bouche pour intimer le silence.


— Les gars, descendez discrètement, murmura-t-il.


La même expression figea simultanément les visages de ses complices. De tous les Hommes avec qui ils avaient travaillés, Naruto était le seul à ne pas être fébrile à proximité des déchiqueteurs. Les marqueurs de stress qui parasitaient ses gestes inquiétèrent aussitôt le duo, précisément parce qu'ils indiquaient une menace différente.


— Les Kobalts, se contenta-t-il de lâcher en sortant de la pièce.


Merde.


— Ils sont trop loin de chez eux, murmura aussitôt Kiba. Ce n'est pas normal.


— Ils sont en chasse, souffla Tenten, l'œil mauvais.


Elle les avait déjà vu faire. Lorsqu'ils étaient en recherche de nouvelles recrues, ils pouvaient parcourir plusieurs dizaines de kilomètres sans flancher. Leurs méthodes étaient barbares et brutales. Les malchanceux qu'ils croisaient n'avaient qu'un choix s'ils souhaitaient survivre : se joindre à leur groupe.


À sa connaissance, seul deux personnes avaient réchappé à l'ultimatum. L'un deux se tenait justement à sa droite.


— S'ils grossissent autant leurs rangs, on devrait vraiment commencer à s'inquiéter...


Kiba échangea un regard avec Tenten. Lors du dernier conseil, les Kobalts avaient brièvement été évoqués, mais Gaara et ses sœurs avaient pris le dessus en guise de sujet central des discussions. Or l'extension du territoire des Kobalts semblait se confirmer. Ce qu'elle pouvait engendrer ne pouvait être ignoré.


— Surtout s'ils comprennent qu'ils sont plus nombreux que nous... Ils deviendront un problème à coup sûr, affirma Tenten.


L'équilibre fragile entre leur deux camps ne tenait qu'à cette vérité : la Ville avait plus de moyens humains. Mieux organisée et armée, elle pouvait aisément tenir en respect un petit groupe dissident. Les remparts qui l'entouraient étaient tout aussi dissuasifs. Seulement ce qui décourageait aujourd'hui pouvait aussi nourrir les ambitions, demain. Gagner un lieu aussi développé et riche, c'était remporter le jackpot.


— Ce qui m'inquiète pour le moment, ce n'est pas la Ville, souffla Naruto en leur intimant à nouveau le silence.


À travers l'une des fenêtres du salon, le trio suivait l'avancée de quatre hommes. Armés et chargés de sac, ils semblaient porter un beau butin. Tenten retint difficilement un gémissement de frustration lorsqu'elle parvint à lire la bannière inscrite sur plusieurs de leurs cabas.


— Ils viennent du Sainsbury's, articula-t-elle en silence.


Kiba plissa les yeux avant de les ouvrir en grands. La surprise se transforma en choc lorsqu'une cinquième silhouette apparue. Ses cheveux blonds étaient lâchés, brunis ça et là par des traces de boues sombres. Ses vêtements déchirés et les ecchymoses sur sa joue indiquaient clairement qu'elle avait luttée. Même de loin, Kiba pouvaient voir ses yeux rougis par les larmes. Elle avait les mains liées et boitait légèrement. À ses côtés, Tenten et Naruto échangèrent un regard stupéfait. Eux aussi, avaient reconnu Temari.


— Reculez, articula Naruto en désignant la cuisine.


Avec méthode, ils se calfeutrèrent pour éviter d'être facilement repérables. Lorsqu'ils furent sûrs d'être assez isolés, chacun se mit à respirer plus sereinement.


— Bordel de merde, qu'est-ce qu'on fait ?


— Techniquement, elle n'est pas des nôtres, chuchotta Kiba. S'opposer aux Kobalts reviendrait à leur déclarer la guerre. Ils nous connaissent trop bien pour que l'on passe pour un groupe de nomades en vadrouilles.


Dans un contexte de paix aussi fragile, un faux pas pouvait leur coûter cher, ils en avaient tous conscience. Qui plus est, seule Temari s'était fait prendre. Gaara et Miraï restaient introuvables.


— Ça fait moins d'une semaine qu'on les a quitté, et voilà qu'ils se font attraper à nouveau par nos super voisins, enragea Tenten.


— Qui sait depuis combien de temps ils se font traquer...


Naruto leva les yeux du sol, pris dans ses pensées. S'il ne l'avait pas exprimé à voix haute, Tenten compris où il voulait en venir.


— Tu crois qu'ils ont suivit Temari jusqu'à la Ville ?


— C'est une possibilité.


Kiba lâcha un juron tandis qu'une vague de malaise s'emparait du trio. Depuis quand les Kobalts espionnaient-ils leurs allées et venues ? Depuis quand avaient-ils établi des rondes autour de leur foyer. Un sentiment de crainte s'empara du groupe. Quand étaient-ils passés de voisin, à cible potentielle ?


— Pour le moment, on ne peut en tirer aucune conclusion, assura Naruto. Mais si les Kobalts deviennent offensifs, à nous d'être plus malins qu'eux.


— À quoi tu penses, exactement ?


Le regard du blond se tourna vers la porte arrière de la maison. La fuite était encore possible. Chacun d'eux savaient faire preuve de discrétion. Sortir et rejoindre leur véhicule n'étaient pas un problème, notamment parce que cela impliquait de s'éloigner de la zone de chasse des Kobalts. Même si leur voiture en imposait à cause du van équestre toujours accroché à l'arrière, elle avait été soigneusement cachée. Faire un détour pour rentrer n'était pas non plus un problème puisqu'ils avaient fait le plein d'essence.


Naruto ferma brièvement les yeux sous le regard attentif de ses complices. Il le savait : quoi qu'il déciderait Tenten et Kiba suivraient.


— On ne peut pas laisser leurs rangs grossir indéfiniment sans rien faire. On sait tous ce qu'ils ont en tête. On a choisi de l'ignorer en pensant avoir une longueur d'avance, mais qui sait depuis combien de temps on l'a perdue...


Kiba s'avança brièvement.


— On ne peut pas déclarer une guerre sans en parler au conseil.


— On ne va pas laisser Temari avec eux non plus, assura Tenten à sa grande surprise.


Sa bouche avait parlé sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte. Mais sans qu'elle ne puisse argumenter davantage, un bruit strident les tira de leurs réflexions. Il y avait du mouvement dehors.


— On sort, ordonna Naruto sans réfléchir davantage.


Kiba fût le premier à se faufiler vers la fenêtre, se jurant d'avoir une vraie discussion avec ses coéquipiers avant leur retour à la base. Chacun d'eux semblait agir sans réfléchir depuis ce fameux retour de mission. En croisant la route de Gaara, Miraï et Temari, quelque chose avait changé. Il le sentait.


— Vous les voyez toujours ? Lança Tenten, encore en retrait.


Kiba remarqua qu'elle avait sorti son arme et fit instinctivement de même. S'il s'en servait, il faudrait être méticuleux et rapide. Chaque tir pouvait rameuter tout un tas de déchiqueteurs, tous attirés par le bruit et par l'odeur du sang frais.


— Ils sont plus loin, mais n'ont pas changé de rue. Qui sait où ils ont planqué leur moyen de locomotion, marmonna Kiba avant de se glisser vers une des fenêtres de l'entrée.


Aussitôt en place, il sauta en arrière, retenant de justesse un cri de terreur.


— Bordel de merde, jura-t-il en se tournant vers Naruto.


Le blond articula un quoi, silencieux tandis qu'il s'avançait pour prendre la place de son coéquipier.


— J'ai vu une bête, assura Kiba, la voix tremblante. Un putain de chien, je crois.


— Il n'y en a pas qu'un, assura Tenten placée sur la porte d'entrée.


L'œil fixé sur le judas, son expression fascinée fit froncer les sourcils de Naruto.


— Il y en a au moins quatre... Bordel, non. Cinq. Putain de merde, ils sont partout. Six. Sept...


Ahuris, Kiba interrogea du regard leur meneur. Sur son visage, plusieurs émotions s'installaient. Incompréhension, peur, surprise... Chamboulement. Alors que Tenten décrivait les bêtes, il semblait se perdre dans une effervescence que Kiba ne comprit pas tout de suite. Comment des chiens errants pouvaient améliorer leur situation ?


— Il y a même un loup, putain.


Naruto sortit aussitôt de sa torpeur, rejoignant Tenten en quelques foulées.


— Ce n'est pas un loup, affirma-t-il en prenant place face au judas. C'est un utonagan.


— Qu'est-ce que t'en sais, s'étonna Tenten avant de se figer. Et puis c'est quoi, un uto'machin ?


Naruto sourit tandis que son cœur s'emballait. Elle était là, il le savait. Elle n'était jamais loin de sa meute.


— Un utonagan, la reprit-il machinalement en serrant les poings pour empêcher le tremblement de ses mains. Le chien que tu prends pour un loup, c'est une race de chien nordique.


— En quoi ça nous avance..?


Naruto se détacha de la porte tandis que des cris se faisaient entendre dehors.


— Elle est ici.


— Qui, souffla Kiba, l'air aussi perdu que Tenten. Qui est là ?


— Ma sœur, répondit le blond du tac au tac. Sakura.




🅰 🆂🆄🅸🆅🆁🅴


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