Les fantômes du passé
Après ma virée shopping avec mes deux amies, ma vie se résume à aller au boulot et rester enfermée dans une planque trop petite pour deux personnes. En plus, depuis le jour où cette protection a été mise en place, il n’y a eu aucune atteinte envers ma vie. Tous les matins, je pose la question du bien-fondé de cette mesure à mes collègues et la seule réponse que je reçois ne fait pas avancer les choses. Pour eux, il est préférable de continuer pour ma sécurité, quand bien même je commence à ressentir les effets néfastes de ma phobie des petits espaces. Je garde pour moi le fait que je dors mal, masquant mes cernes par une bonne couche d’anti-cernes et de fond de teint. Pour le moment, la fatigue ne transparaît pas dans l’exercice de mes fonctions ; par contre, mon irritabilité commence à s’échapper dans mes gestes brusques et mon ton ferme quand je m’adresse à un suspect. Dans ces moments-là, je respire un bon coup pour détendre mes muscles et mes nerfs, puis je reprends un ton serein montrant à mon entourage que je suis encore capable de gérer la situation. Il ne manquerait plus que le directeur m’ordonne de rester à domicile. Si ce moment arrive, je crois que je péterai un câble et partirai seule en quête d’un endroit où je ne serais pas obligée de rester enfermée entre quatre murs.
Ce qu’il me faut, c’est une bonne distraction, un peu comme le shopping. De la détente pour permettre à mon corps de souffler et de repartir sur de bonnes bases. J’ai exactement en ma possession de quoi satisfaire mon envie d’évasion : deux places de concert pour un groupe emblématique, Green Days, offertes par Matt quelques jours plus tôt. Normalement, il aurait dû m’accompagner, mais un soir, il m’a appelé pour me dire qu’il ne pouvait pas à cause du boulot. Le lendemain, il est venu me voir à l’agence pour me les remettre, alors que je lui avais bien stipulé de ne plus venir pour sa sécurité. Mais, comme moi, il est assez obtus ; donc, il ignore mon avertissement. J’espère qu’il ne le regrettera pas. Bref, j’ai une place en plus et je ne sais qu’en faire. J’ai demandé à tous mes contacts ; aucun n’est disponible ou n’est intéressé par le concert. Tous, sauf un.
- Tu es sûr que tu ne peux pas venir ? Je m’enquiers de nouveau auprès de Kasie dix minutes après avoir eu sa réponse.
- Certaine, j’ai un dîner avec ma famille. Invite Parker, me conseille-t-elle.
- Je suis sûr que c’est pas son genre de musiques, je sors la première excuse que je trouve.
- Qui n’aime pas Green Days ?, me regarde-t-elle, incrédule.
- Les gens qui n’aiment pas Green Days, je réplique avec sarcasme.
L’idée de l’invité m’est également venue à l’esprit. C’est même la première personne à qui j’ai pensé. Pourtant, je l’ai vite mise au placard pour éviter de trop me rapprocher de lui. Surtout après ce qu’il s’est passé le soir de ma sortie entre copines. Je chasse l’image du corps de Parker près du mien. Je m’étais juré de ne plus y penser.
C’est pas toi qui voulait la jouer cool ?
Ma voix interne a raison. Ce n’est qu’un concert avec un collègue, pas un rencard. N’est-ce pas ? Et puis, rien ne dit qu’il va accepter. Le concert est dans trois jours, il a sûrement prévu un magnifique dîner aux chandelles avec sa sublime copine sexy. Rien n’indique qu’il veut passer encore plus de temps avec moi, alors qu’il me voit toute la journée. La simple idée qu’il refuse mon invitation me plombe le moral et en dit long sur la véritable raison.
Tu as peur de te faire jeter.
Encore touchée. À mon grand âge, avoir peur d’un refus, c’est risible et ridicule. Le ridicule ne tue pas. La preuve, je ris avec. Je prends le temps de réfléchir aux conséquences négatives de cette sortie. Dans l’immédiat, je n’en vois qu’une et elle ne concerne que moi et ma conscience. Et si l’intérêt que je ressens pour lui s’accroît au point où une gêne s’installe jusqu’à avoir des répercussions sur le travail ? Notre entente commence à être au beau fixe, je n’ai pas envie de la mettre en péril, car je n’arrive pas à mettre mes sentiments de côté. Ce n’est pas la faute de Parker s’il est charmant, agréable à regarder et de bonne compagnie ! Je suis la seule responsable de ce que je ressens, ainsi que du fait de ne pas réussir à les évincer.
Du nerf, Syna. C’est juste une invitation, pas une demande en mariage !
Je me claque les joues pour me réveiller, faisant sursauter Kasie à mes côtés. Il est dix heures du matin, j’ai toute la journée pour lui poser la question. Fastoche.
- Tu as raison. Je vais l’inviter, je dis à mon amie avant de partir du labo.
Fastoche ? Qui a dit ça ? Moi ? Il est maintenant midi et je n’ai toujours pas eu l’occasion de lui poser la question. Ce n’est pourtant pas le manque de courage qui me paralyse, mais plutôt le cours de l’univers. À peine arrivée à l’étage que je vois Parker partir pour le sous-sol. Il revient une demi-heure plus tard et il n’a pas le temps de se poser que son téléphone sonne. Voilà presque deux heures qu’il est retenu en otage dans le bureau du directeur. Il a peut-être besoin d’aide ?
- Vous savez pourquoi Vance retient aussi longtemps Parker ? Je m’adresse à mes collègues pour savoir s’ils avaient des informations que j’ignorais.
- Qu’as-tu encore fait ? Me toise Nick les sourcils circonspects.
- Rien, je m’offusque outrée qu’il pense que je suis responsable de tout ce qui se passe ici.
- Mouais, avec toi on est sur de rien. Tu es certaine de ne pas avoir pris une initiative farfelue comme la dernière fois ? Questionne un Nick sceptique, avec les autres qui appuient sa demande en acquiesçant avec leur menton.
- Vous m’en voulez encore. Combien de fois devrais-je m’excuser pour que vous me pardonnez ?
- Quand je l’aurais décidé, me répond Nick, avec son sourire taquin.
Je me détends en voyant qu’il me fait marcher. Comme à chaque fois, je tombe dedans, ce qui l’amuse encore plus. J’esquisse un sourire méprisant avant de reporter mon regard vers la plateforme qui mène au bureau du directeur. Je me disais qu’il me, enfin nous, reviendrait plus vite si je ne quittais pas des yeux l’endroit où il était retenu captif.
- Tiens.
La voix de Jess me fait tourner la tête vers elle. Elle tend la boîte de pâtisseries irakiennes, des kleichas, amenées par Parker, après notre petit footing matinal. L’odeur de la datte et de la cardamome active mes glandes salivaires, ainsi que mon appétit. Je ne m’autorise qu’une ou deux sucreries par jour, pour drainer mon corps de tout le sucre emmagasiné durant l’année, afin de le préparer à ma diète annuelle avant le marathon de fin octobre. Un exercice complexe depuis que Parker est devenu notre nouveau chef. Sa règle fétiche est : un jour, une pâtisserie différente. Alors imaginez le nombre de découvertes gustatives que j’ai faites dès mon retour. Donc, rien d’étonnant à ce que je refuse poliment de prendre la dernière dans la boîte.
- Parker nous a spécifiquement dit qu’il t’était destiné, m’annonce-t-elle en continuant de tenir la caisse blanche. Pourquoi ?
Qu’est-ce que j’en sais ?
Elle croit que je connais la psychologie complexe de notre chef ou que je passe ma vie à l’étudier. Non. Son regard évoque autre chose. Une chose qui ne me plaît pas. Dans ses yeux, coule une curiosité mêlée à une flamme passionnelle cherchant dans le moindre recoin de mon âme la réponse à ses soupçons. Un rapprochement entre Parker et moi. Je ne peux leur en vouloir d’y voir autre chose qu’une simple relation professionnelle. La mise en place de cette protection a eu un effet involontaire sur une chose. Ma routine matinale. Tous les matins, Parker reprend le relais sur l’agent de nuit et c’est ensemble que l’on va courir et qu’on arrive ici.
- Peut-être que son côté surprotecteur inclus, en plus de me protéger, de me nourrir, j’affirme en dévorant le gâteau pour illustrer mon propos. Délicieux.
Je me lèche les lèvres pour éliminer le reste de confiture pendant que les autres sont pendus à mes paroles tel un panda à sa branche de bambou. C’est adorable de les voir déstabilisés pour une blague à laquelle ils ne s’attendaient pas. Pour une fois, que j’en suis l’autrice, je savoure autant leur surprise que le reste des saveurs dans la bouche.
- Donc il te nourrit aussi le soir, si je comprends bien, me lance Nick avec un brin d’érotisme dans sa voix.
- Je plaisantais, Nick. Il n’y a pas que toi qui puisse faire des blagues. Bref, je recentre la conversation. Il cherche sûrement à me réconforter à cause de la situation. Même si ce n’est pas avec des sucreries que je vais m’y habituer.
À part Parker, personne au boulot ne connaît ma claustrophobie, alors je ne peux expliquer la raison sans édulcorer la vérité. Devoir mentir à mes amis ne me plaît pas, mais j’ai laissé traîner ce côté honteux de ma vie tellement longtemps que je ne sais plus comment m’en sortir. Le pire, c’est que les planques deviennent de plus en plus étouffantes à chaque déménagement. Si la prochaine est encore plus petite, je risque de perdre mon self-contrôle et de le faire comprendre de manière peu glorieuse à mon chef. Je chasse cette idée d’un geste de la main fictif. Pour le moment, ma principale préoccupation, c’est de savoir si j’arriverai à inviter Parker avant la fin de la journée.
- Je comprends ta complainte, mais la situation sera vite réglée. Soit patiente, me conseille McGee.
- Rapidement ? Je balance sarcastique. C’est sûr que sans connaître : le nom et prénom de ce gars, ses acolytes, l’endroit où ils se terrent comme des lâches, le pourquoi il s’en prend à moi et le quand ils vont passer à l’action, j’énumère le peu d’éléments qu’on a c’est à dire rien, que mon problème sera vite réglé.
Mon ironie se veut blessante et elle fait mouche quand je regarde chaque visage fermé de mes collègues. Ce n’est pas voulu, mais je veux qu’ils comprennent que ce n’est pas avec des belles paroles que tout va se terminer par magie.
- Je sais que vous voulez bien faire et que vous vous inquiétez pour moi, et je vous en remercie. Sincèrement. Mais ce n’est pas avec des phrases bateaux que vous allez y arriver. Ce genre d’affaires prend plus de temps qu’une simple enquête classique. Peut-être des mois ou des années. Je ne suis pas revenue pour qu’on me prive de ma liberté, sinon je serais restée là-bas. Peut-être que je n’aurais pas du revenir, finalement. Je mets tout le monde en danger.
- Syna…
McGee ne finit pas sa phrase, comme s’il ne savait pas comment contredire ce que je venais de révéler. Les autres sont aussi silencieux qu’une tombe, le regard peiné. Ils savent que j’ai raison et qu’à part attendre une piste ou une manifestation de ce couard, je devrais rester en retrait. Mais je refuse. Ce n’est pas ma façon de fonctionner. Je n’ai jamais laissé quelqu’un dicté ma conduite. Mon père a essayé, le résultat est une brouille de vingt ans d’âge. J’ai accepté de faire à leur façon, mais sans résultat probant, je le ferais à la mienne. Même si pour le moment, elle se résume à jouer les appâts. Afin de me libérer de cette protection, je dois trouver une autre approche. Car Parker ne risquera jamais la vie d’un de ses agents.
L’ambiance de la pièce a pas mal chuté depuis ma petite tirade pessimiste. Ma respiration se fait plus lourde, plus difficile. Je sens la sueur suinter de ma peau pour couler le long de mon dos. Avant l’asphyxie, il me faut renouveler l’air de mes cellules.
- Je dois prendre l’air, j’informe mes collègues. Dites à Parker que je serais… Après une intense réflexion, je finis par sortir le seul endroit où je peux être seule. Au parking. Je dois lui parler, c’est assez pressant.
À l’air libre, enfin tout est relatif vu que je suis encore dans la base, je prends de grandes gorgées d’oxygène pur jusqu’à saturation. Mes poumons peuvent enfin fonctionner correctement sans finir atrophiés. Dehors, la normalité de la vie sur la base jure par rapport à la mienne. Les mêmes personnes qui viennent et sortent de l’immeuble, avec de la sérénité sur le visage. Ou encore de la fatigue d’une longue journée à courir à droite à gauche pour le bien de la sécurité nationale. Je regarde chaque visage pour y déceler le moindre signe de lutte interne contre une entité mystique. Mais tout ce que je vois ce n’est que des personnes sans problèmes. Deux collègues riant de la blague d’un autre. Deux tourtereaux se tenant la main. J’essaye d’imprimer les visages de ce couple pour voir si je connais les personnes. Après une intense recherche dans ma base de données personnelle, je n’en reconnais aucune. Ils appartiennent sûrement à un service où je n’ai jamais mis les pieds. Puis, une femme s’essuyant les yeux avec un mouchoir sort de l’immeuble. Elle est venue identifier un corps. De nouveau, cette boule d’amertume m’empêche de respirer. Non. C’est plutôt moi qui m’exaspère. Tant que je resterai en vie, je pourrais faire mon travail. Je suis la seule personne qui peut me sortir de cet enfer. Il suffit juste que j’arrête de m’apitoyer sur mon sort et que j’avance petit pas par petit pas. À petite foulée. Ou avec un rythme plus intense. Comme celle de Parker qui arrive vers moi. Il n’est pas obligé de s’essouffler pour entendre ce que j’ai à lui dire. Je n’aurais pas dû préciser que c’était pressant.
Il va être dépité en apprenant que c’est pas important.
Il arrive à ma hauteur, le visage un peu rougi par l’effort, sans pour autant montrer des signes de fatigue ou d’essoufflement. Courir avec moi le matin doit lui faire du bien. Il observe chaque trait de mon visage comme s’il était à la recherche d’une croix qui pourrait révéler l’existence d’un trésor. Ce qu’il trouve ne semble pas le ravir en voyant ses sourcils se froncer un peu.
- Il y a un problème, me demande enfin mon chef après m’avoir examiner aux rayons X de ses yeux. Les autres m’ont dit que vous vouliez me parler et que c’était urgent.
Bravo ! Tu l’as inquiété pour rien. Encore !
- C’est rien. Je suis juste dégoûtée de ma propre personne, j’avoue avec honnêteté ce que je viens de ressentir.
Ne s’attendant pas à cette confession, il prend son temps pour comprendre la situation avant de poursuivre : qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Je sais que vous avez du mal à vous confier, mais vous pouvez tout me dire.
J’ai envie de jouer un peu avec lui et demande ce qu’il entend dans le mot « tout ». Mais entre ce qu’il s’est passé dans la salle des archives et ce fameux soir, je préfère ne pas enflammer la chose qui croît à l’intérieur de mon corps quand Parker est à proximité. Un jour, je réfléchirai à cette signification. Pas aujourd’hui, ce n’est pas encore le moment. Alors comment lui dire ce que je ressens sans paraître pitoyable devant lui ? La seule solution me paraît ridicule, cependant, je n’ai pas le choix, car je ne trouve rien d’autre.
- Disons que tout ce que je vais confier, je le dis à mon doudou et pas à mon supérieur.
- D’accord.
- Chut, les doudous ne parlent pas, je réponds après son intervention.
Son regard se demande comment il va m’aider s’il ne peut rien dire, pourtant, il joue le jeu en mimant une fermeture éclair qui ferme sa bouche. Je souris devant son geste attentif avant de commencer mon récit. Je ne sais pas si mes collègues lui ont parlé de mon petit monologue alors je décide de ne pas l’inclure. La dernière fois que je me suis traitée d’égoïste, Parker m’a affirmé le contraire. Que suis-je alors ? Comment me définir autrement, alors que je me lamente sur ma situation comme s’il n’y avait pas pire que moi. Des personnes luttent contre des maladies, d’autres meurent de faim ou de la guerre. Et moi, on me dorlote en prenant soin de ma sécurité et j’ai des amis formidables qui m’aident à surmonter cette épreuve. Vraiment, je n’ai pas de raisons pour me plaindre. À la fin de mon récit, je suis de nouveau en colère contre moi et prends deux secondes avant de me tourner vers Parker pour voir son mépris s’afficher sur son visage fin. Ce que j’y vois est indescriptible. Il me regarde droit dans les yeux sans jugement. Puis ouvre les bras pour que je m’y engouffre. Je regarde autour de nous, de peur que quelqu’un voit le geste de Parker et se méprenne sur notre relation. Il a décidé de jouer son rôle de doudou à la perfection.
- Je ne vais pas me jeter dans vos bras, je murmure alors qu’il n’y a personne aux alentours.
Ses lèvres bougent sans laisser échapper le moindre son à part un marmonnement inaudible et incessant. Ma main bouge de sa propre initiative et défait la fermeture éclair invisible des lèvres de Parker.
- Je ne comprends rien à ce que vous marmonnez, me surprise à lui dire.
- Je disais : en tant que doudou, je ne peux faire que des câlins, m’annonce-t-il le plus sérieusement du monde. Vous m’avez scellée la parole.
Un rire spontané sort de ma gorge avant que je ne le retienne. Je n’ai pas besoin d’entendre ce qu’il veut me dire. Rien que cet échange vaut toutes les thérapies que j’ai vécues. Je devrais en parler à ma psy, de la thérapie par le rire, pas que Parker me fait rire.
- D’accord, d’accord, je dis en reprenant mon souffle et me tenant les côtés. Je donne le droit de parole à mon doudou.
Peut-être que mon rire était contagieux, car le sourire qu’il me renvoie fait trembler les barrières que j’ai placé autour de mon cœur. Juste une seconde. Quand il reprend son sérieux, tout s’arrête me soulageant.
- Je ne sais pas si mes paroles serviront à quelque chose, commence-t-il, vu que ce petit fou rire semble vous avoir fait du bien. Je maintiens que vous n’êtes pas égoïste. Ce que vous vivez, personne ne voudrait le supporter. Quelqu’un a mis une cible sur votre tête et lui seul sait quand il tirera. Alors ce que vous ressentez, c’est normal. Vous avez le droit de vous plaindre, de taper du poing quand ça ne va pas. Ou de craquer si le besoin s’en fait sentir. Personne n’a le droit de vous l’interdire ou de vous juger. Bon, c’est des paroles classiques, mais c’est ce que je pense, finit-il son discours réconfortant.
- C’est vrai qu’on est loin d’un discours de psy, j’acquiesce détendue en appuyant le menton dans le creux de ma main, le coude planté sur la table et le regard rivé dans ses yeux. Mais ça fait toujours plaisir de les réentendre. Alors merci, je me sens mieux maintenant.
- Ravi de vous avoir aidé et que c’était dans mes cordes. En entendant les autres, je me suis demandé si je serais d’une aide quelconque, souffle-t-il soulagé.
Je me pince les lèvres devant ses dires, car ce n’est pas pour me confesser que je voulais lui parler. Mais pour une chose qui n’a rien à voir avec le boulot ou mon état émotionnel. Quoique, si la sortie se fait, je pourrais me requinquer et redevenir celle que j’étais avant d’être sous protection.
- Ce n’est pas pour ça que je voulais vous parler.
- Pourquoi, alors ?
- En fait, je… Allez, tu peux le faire ! Voilà, Matt m’a donné deux places pour le concert de Green Days et comme il ne peut plus venir, je me suis demandée si vous pouviez m’y accompagner, je débite en un seul souffle et sans respirer. Je sais que ma sécurité n’est pas compatible avec un concert, mais j’ai vraiment besoin de changer d’air.
Je pars dans une frénésie de paroles sans queue ni tête pour justifier mon invitation. En voyant sa surprise se dessiner sur son visage et pour ne pas qu’il se méprend de mes intentions, j’accentue les explications sur les bienfaits que le concert pourrait avoir sur mes capacités au travail. Par exemple être moins irritable, plus sereine, concentrée sur le travail et surtout devenir une illusion de normalité dans ma vie. Je finis plus essoufflée que si j’avais tapé un sprinte pour attraper un suspect. Je suis même déçue qu’il ne m’ait pas coupé la parole, car on aurait dit une personne au bout de sa vie, à se justifier d’un crime qu’elle n’avait pas commis.
- Si c’est pour le travail. Quelle est la date du concert pour voir si je n’ai rien de prévu ? Me demande-t-il indifférent. Avec le même ton qu’il utilise pour demander de nouvelles informations durant une enquête.
La réaction de Parker n’est pas celle que j’attendais. Peut-être qu’à force de chercher une excuse, il l’a plus pris comme une mission qu’une sortie entre collègues. En tout cas, elle manquait d’enthousiasme.
- Je parle beaucoup, mais je donne pas l’essentiel, je ris de ma stupidité et aussi pour ne pas qu’il voit mon malaise. Dans trois jours. Après entre le délai court et le style musical, je comprendrais que vous refusez. Mais vous êtes ma dernière chance, les autres n’étaient pas disponibles.
- Vous avez de la chance, je suis disponible ce jour-là. Ça vous évitera de chercher quelqu’un d’autre ou d’annuler.
Mon corps frisonne de froid alors que la météo n’a annoncé qu’une légère brise, insuffisante pour refroidir nos corps. Pas la peine de chercher un phénomène mystérieux. Tout vient de la voix froide, mécanique et sans vie de mon supérieur, tel un robot programmé sans la moindre émotion. Je déglutis cherchant où je mettais trompée dans la discussion. Comme un signe du destin, son téléphone se met à sonner, mettant fin à mon introspection.
- Kasie a du nouveau.
Il se lève sans un regard vers moi ni m’attendre, alors que nous allons dans la même direction. Je le suis sans faire de bruit pour cacher mon existence jusqu’à ce que nos chemins se séparent. Lui prend l’ascenseur et moi les escaliers. La montée est dure. Chaque marche alourdit mes pas et mes jambes, comme si mon sang et mes muscles avaient été remplacés par du plomb. Je me refais la discussion et je trouve la raison de cette distance qui s’est installée entre nous. Moi. Mon ton était détaché, lui faisant comprendre l’inverse de ce que je voulais montrer. À force de me protéger, j’ai blessé une personne qui compte beaucoup pour moi. Je me pince les lèvres après cette révélation. J’ai merdé et je dois rectifier le tir.
Le concert a lieu aujourd’hui avec son lot d’épreuves. En plus du froid entre Parker et moi, qui ne s’est pas évanoui depuis, il fallait aussi jouer avec le temps. L’enquête piétinée depuis hier. Pourtant, elle semblait simple, tous les indices concluaient à un suicide jusqu’à l’intervention de l’ancien médecin légiste le Dr Mallard, ou Ducky, ne vient semer le doute dans la tête de Palmer. Il a repris son autopsie du début pour finalement trouver une minuscule trace d’une piqûre dans un endroit discret, derrière l’oreille. L’investigation a été requalifiée en meurtre, ce qui entraîne dans ce genre de cas de revoir tous les indices et les témoins. Je me suis jetée comme une pestiférée dans l’enquête avec une horloge tournant en arrière-plan dans mon crâne. Plus les heures défilées, plus je m’impliquais au point de sauter le repas de midi, chose inimaginable, car la nourriture est mon carburant. Je ne sais toujours pas comment j’ai pu tenir jusque-là fin de l’enquête sans manger. Bien sûr tout cela avec les commentaires de mes collègues, Nick en premier, me disant que j’avais vraiment envie d’aller à ce concert. D’ordinaire, j’aurais perdu mon temps à leur rabattre le caquet, mais je n’avais pas ce luxe. Et puis je voulais montrer à Parker que je désirais vraiment y aller, alors je devais travailler plus. Trois heures avant l’heure d’ouverture du concert, le suspect a été identifié. Une demi-heure plus tard, et un magnifique plaquage de ma part, il se trouve maintenant dans une cellule à attendre son jugement.
Soulagée d’avoir fini de remplir mon rapport sur l’arrestation du criminel, je reste assise à mon bureau attendant que Parker termine lui aussi. L’excitation s’empare de mon corps au fur et à mesure que l’aiguille des minutes de ma montre avance vers l’heure fatidique. Il ne reste plus que deux heures. C’est largement suffisant pour se changer et aller à la salle du concert.
L’ambiance entre Parker et moi est encore gelée et je ne sais pas ce que je dois faire pour retrouver celle d’avant ma bourde. Car si le reste de notre collaboration se résume à ne se parler que quand c'est nécessaire, alors autant annuler la sortie et me transférer dans une autre unité ou même agence. Comment réparer l’irréparable ? Je ne m’attendais pas à retrouver cette facette chez lui, comme s’il boudait. Le pire, c’est que je le trouve mignon ainsi. Mais je préfère notre entente habituelle.
Pour m’annoncer qu’il avait terminé, il me regarde en prenant ses affaires et me lance un « on y va » avant de partir dans son coin. Je prends mes affaires en espérant que la soirée pourra réparer mon erreur. Je passe face au bureau de Jess et d’une petite voix lui dit à demain.
- Passe une bonne soirée, me répond-elle en me faisant un clin d’œil.
- Vu que j’ai tout gâché, j’ai plus l’impression de le forcer, je me lamente.
- Dis-lui la vérité et tout ira bien, me conseille-t-elle. Parker n’est pas rancunier, enfin je crois.
Son conseil m’est autant utile que le coup de colère de Kasie sur mon bras. La douleur est toujours collée sur le haut de mon bras et je crois qu’elle restera un petit moment. Ne jamais mettre en colère Kasie. Quand je leur ai parlé de la façon dont je l’avais invité, elles m’ont bien fait comprendre que j’étais la seule fautive et qu’elles tenaient avec Parker. Pour briser la glace, je devais lui avouer la véritable raison de mon invitation. Mais à cause de l’enquête, j’ai repoussé ce moment jusqu’au jour du concert. Je me sens tellement pathétique.
Le silence dans la voiture rend l’atmosphère encore plus lourde que dans l’open space. Avec les autres qui parlent sans arrêt, le malaise entre nous ne se fait jamais sentir. Mais dans un espace aussi étroit, le poids du silence devient insupportable.
Dis quelque chose.
- Est-ce que c’est possible d’aller à la planque avant, j’aimerai me changer, je finis par dire la première chose qui me passait pas la tête.
La journée a été mouvementée, j’ai sué à grosse goutte pour terminer l’enquête le plus rapidement possible, sans oublier le plaquage durant l’arrestation. Mes vêtements et moi ne sommes plus de première fraîcheur. La saleté est telle que j’essaie d’avoir peu de contact avec le tissu du siège de la voiture de Parker. Exercice complexe vu que l’homme n’a pas appris à léviter. Et puis comme je sors, autant en profiter pour enfiler une tenue plus décontractée et adéquate. J’ai exactement la tenue qu’il me faut dans les affaires que j’ai ramenées de chez moi. Rien de folichon. Juste un jean troué et un vieux t-shirt du premier concert où Matt m’a emmenée.
Alors que je pensais ne pas entendre la voix de mon supérieur de la soirée, il m’annonce qu’il avait pensé la même chose que moi. Comme la planque se situe dans la même rue que son appartement, il peut me déposer et me reprendre quelques minutes plus tard. Quand j’ai vu l’emplacement, il m’avait averti que c’était une coïncidence. Mais dans mon existence, elle n’existe pas. D’où la règle 39 de Gibbs « Les coïncidences, ça n’existe pas ». Alors je pense qu’il voulait être au plus près au cas où il m’arriverait quelque chose, pour être le premier arrivée. J’apprécie sa dévotion, malheureusement l’appartement ne me convient pas du tout. Il n’est pas plus petit que les autres et il était même propre quand je l’ai récupéré. D’habitude, les anciens occupants nettoient rarement après leur départ. Une fois, j’ai trouvé du café moisi dans des tasses ou une pizza tellement recouverte de champignons verts que je ne savais pas si c’était une quatre fromages ou une pepperoni. Ici rien de tout ça, il manque juste une fenêtre dans la chambre. L’absence de repère extérieur fait que la pièce me semble plus petite et accentue ma claustrophobie. La recrudescence de mes cauchemars vient en partie de là.
Après m’avoir déposé devant la maison, il vérifie que l’endroit est en sécurité avant de partir chez lui se changer également. J’ai cinq minutes pour prendre ma douche et me préparer, d’après le défi lancé par Parker. Dans sa voix, il y avait un soupçon de doute pour que j’y arrive. Étant joueuse, je le relève avec l’intention de gagner et je ne veux pas réitérer l’erreur d’être encore en serviette quand il viendra me chercher en avance, comme la dernière fois. Une minute pour me laver. Une minute pour me rincer et me sécher les cheveux. Une minute pour m’habiller. Une minute pour la coiffure et le maquillage. À la cinquième minute, j’attends devant la porte comme un chien attendant son maître. Il arrive deux minutes plus tard.
- Vous êtes en retard, je l’avertis en ouvrant la porte avec un grand sourire et lui signifier que j’ai gagné le défi.
Il a troqué son costume habituel pour une tenue plus relaxante. Un jean bleu foncé et un t-shirt écru avec un logo sportif à moitié effacé. N’étant pas une fana de sport, je ne reconnais pas l’équipe. Nos tenues sont assez identiques comme des frères et sœurs. Sans savoir pourquoi je n’apprécie pas cette métaphore.
- La dernière fois je suis arrivé en avance, alors je voulais vous donner plus de temps, me répond-il en me regardant de la tête au pied. Waouh j’ai l’impression d’avoir remonté le temps.
- Vous trouvez ça bizarre ?
Peut-être que mettre un bandana dans les cheveux n’était pas la meilleure idée que j’ai eue. Je voulais changer de mon indécrottable queue de cheval, alors j’ai noué le tissu bleu indigo avec des motifs blancs et laisser mes cheveux libres après avoir dessiné de légère boucles épaisses. Il trouve sûrement que ce n’est plus de mon âge et que je vais lui mettre la honte.
- Je vais me changer, j’en ai pour quelques secondes, je commence en portant mes mains sur mes cheveux.
- Stop, m’arrête-t-il en prenant mes mains. Vous êtes sublime, enfin je veux dire par là que ça vous va bien et ça vous change de d’habitude. J’aime bien, conclut-il les yeux fuyants.
- Merci, je dis gênée. Vous aussi ça vous change de d’habitude. Mais ça pourrait être mieux. Deux secondes, je reviens.
Je retourne prendre mon nécessaire de coiffure dans la salle de bain et reviens vers un Parker intrigué par ce que je venais de dire.
- Installez-vous sur la chaise, s’il vous plaît. Devant son regard interdit, je m’explique plus en profondeur : votre coiffure est la même que celle de tous les jours. Je trouve ça dommage. Alors je pourrais vous faire une petite coupe sympa. Seulement si vous le voulez, je ne vous force à rien.
- Voyons ce que vous savez faire.
Il s’installe sur la chaise avec un maintien de tête parfaite. Je sélectionne mon peigne à queue pour séparer sa chevelure en une raie droite. Sa respiration caresse ma peau au niveau de la clavicule me chatouillant. J’enferme les bruits qui veulent s’échapper de ma gorge et me concentre sur la coiffure. Après avoir fait la ligne, je coiffe les cheveux de chaque côté de son crâne dans un geste fluide et lent pour éviter de lui faire mal. La finesse de sa chevelure glisse entre les dents de mon outil et me surprend, je m’attendais à une texture plus épaisse. Je l’envie malgré moi devant la facilité déconcertante à le coiffer. Les miens sont tellement difficiles qu’à une époque, j’envisageais de me raser et de porter une perruque. Sans l’intervention de Tam et Kyv, j’aurais fait une belle bêtise et fini avec une coupe encore plus horrible. Pour terminer, je prends son menton avec mes doigts pour le lever sa tête vers mon regard pour voir le résultat. Mon estomac fait du saut à l’élastique en contemplant la beauté qui ressort de ce simple changement.
- Vous allez en faire tourner des têtes, je le taquine en détournant le regard pour éviter qu’il remarque mes joues rougies par la chaleur que dégage ses iris noisette.
- Une seule me suffit.
Je reste figée un instant en entendant sa réponse. Mon cœur tambourine avec rage dans ma poitrine, au point que je frise l’arrêt respiratoire. La façon qu’il a de me regarder, avec ses yeux qui cachent une lave en fusion et sa lèvre supérieure un peu relevée attendant d’être sauvée de sa solitude. Un court instant, je pense qu’il parle de moi et je sens mon corps flotter au-dessus de la terre, léger comme l’air prête à m’évaporer. Puis la chute arrive, brutale et douloureuse, en me souvenant de mon coup de fil la semaine dernière.
Ridicule. Il parlait pas de toi.
- J’espère qu’elle ne s’imaginera pas des choses entre nous, je murmure tout bas.
- Pardon, je n’ai pas entendu.
- On y va. J’aimerai pas attendre dans la file alors que le concert a déjà commencé.
- La fan a parlé. Allons-y.
Je le regarde sceptique. J’aime bien Green Day, mais je suis loin de la fan absolue. La preuve, je n’ai pas écouté le groupe depuis ma rupture avec Matt et ne connais aucune des nouvelles chansons qu’ils joueront ce soir. Mon point d’entrée dans leur univers, je le dois à Matt qui était fan. Notre première sortie de couple était justement le concert dont je porte le t-shirt.
Il pointe mon t-shirt du doigt avant de poursuivre : je me trompe ? Comme vous possédez un t-shirt d’une de leur tournée, je pensais que vous étiez fan.
- Oui. Enfin c’est plus un souvenir que ma dévotion pour le groupe. C’est là que Matt m’a emmenée pour notre premier date.
Est-ce que je viens de sortir une énormité avec un sourire remplie de nostalgie ? Pourquoi je ne peux empêcher ma bouche de toujours gâcher mes rencards.
Ce n’est pas un rencard.
À croire que je n’ai pas retenu la leçon après les remontrances de Kyveli. J’ai foiré la plupart de mes rencontres avec des hommes, car je ne faisais que parler de James et de ce qu’il m’avait fait. Quand l’un deux m’a dit qu’il n’était pas là pour jouer les sparadraps, je me suis retrouvée seule, coite au restaurant avant de comprendre ce qu’il venait de dire. Le lendemain, après le gros savon de Kyv, j’ai conclu un pacte avec elle. Ne plus parler de mes ex en présence d’un homme avec qui je passe une soirée. Une règle que j’ai apprise par cœur à force de la voir collée sur toutes les surfaces plates de mon habitation. Je pensais que c’était derrière moi, vu que j’avais réussi à ne parler ni de James, ni d'Eric, à Matt avant d’avoir entamé notre relation. Alors pourquoi je n’ai pas réussi à tenir ma langue. Je cherche au fin fond de ma mémoire ce qui pourrait expliquer cet écart en regardant Parker. Et je comprends.
Parker. Un collègue. Mon supérieur.
Il est hors catégorie. Ma plus ancienne règle que j’avais mis en place, bien avant ma rencontre avec Gibbs et ses propres règles. Celle de ne pas tomber amoureuse d’un partenaire de travail, et ce, depuis ce fameux jour fatidique.
- Bon, si on ne part pas maintenant, on sera en retard, intervient Parker.
Je me reprends, acquiesce et prends mon gilet avant de sortir de la maison. La route jusqu’au stade où aura lieu le concert se déroule comme tout à l’heure, sauf que l’ambiance est moins lourde. Grâce au fond sonore des derniers morceaux du groupe que je partage en streaming avec mon téléphone et de nos commentaires sur telle ou telle chanson qu’on apprécie ou pas. Je garde pour moi une petite euphorie de voir que nous avons les mêmes chansons favorites.
Arrivée devant l’entrée, une longue file de personnes plus ou moins excentriques nous devance. Des personnes de tout âge, de tout horizon et de tout milieu social. Ils discutent des derniers albums, de leur phase favorite ou de la setlist de ce soir. L’ambiance est chaleureuse, bienveillante et entraînante. Je remarque des cheveux gris me rassurant que Parker ne tâche pas dans l’assemblée. Même à quelques minutes du concert, je me demandais si je ne l’avais pas forcé à venir. Mais en le voyant s’imprégner et discuter avec d’autres dans la queue le regard heureux, je suis doublement rassurée.
- Ça fait un petit moment que je n’ai pas été à un concert, m’apprend-il dans le creux de l’oreille. Je vois que rien a changé.
- Vous avez l’air de bien vous amuser, je réponds à mon tour en levant la tête vers lui. J’ai cru que je vous avais forcé.
- Non loin de là. Je suis content d’être ici. Par contre vous, on dirait que vous êtes tendue. Détendez-vous un peu et amusez-vous. C’est pour ça qu’on est là.
Il accompagne ses paroles par un massage de mes épaules pour décrisper mes muscles tendus. Maintenant, qu’il m’en fait part, je ne m’étais pas rendu compte que j’avais un nœud sur les épaules. Son léger massage libère mes muscles contractés et je peux enfin détendre mes nerfs. J’évite de penser au contact de ses mains sur mon corps et profite de ce moment inattendu.
Nous avançons dans un rythme soutenu et il nous faut une vingtaine de minutes pour se trouver dans la salle. Avant de nous rendre à nos places dans les gradins, nous nous arrêtons à la buvette pour prendre de quoi nous hydrater. Une limonade citron-grenadine pour moi et une bière sans alcool pour Parker. Pendant qu’il est parti chercher nos boissons, j’attends à l’écart pour ne gêner personne, mais dans un coin assez voyant pour que Parker me retrouve facilement. D’ordinaire j’évite d’être seule dans ce genre d’endroit, car il y a toujours quelqu’un qui s’autorise à venir vous parler alors que vous n’avez qu’une envie, être tranquille. C’est pour ça que je ne suis pas étonnée de voir débarquer un mec d’une trentaine d’année qui se croit canon, alors qu’on dirait qu’il s’est trompé d’endroit avec son polo noué sur les épaules.
- Salut poupée, tu es seule ? Me demande-t-il en forçant sur sa voix pour qu’elle sonne douce à mes oreilles, alors qu’elle ne fait que les écorcher.
Pourquoi il faut que je tombe sur un macho qui sort tout droit des années 80. Personne ne drague en interpellant la personne par poupée de nos jours. Ou les mauvais dragueurs.
- J’attends quelqu’un. Donc si vous pouvez me laisser tranquille, je souffle pour montrer mon irritabilité.
- Tu parles de ce vieux débris qui t’accompagne. C’est qui ton père ?, rit-il de sa blague qui ne fait rire que lui. Laisse le tomber et viens avec moi. Je connais un coin sympa à l’abri des regards.
Il donne un coup de tête vers la direction qui mène à un endroit sombre où des couples sont déjà en train de s’embrasser ou de se peloter. Non seulement, il se comporte comme un détraqué qui a repéré sa proie, mais en plus, il s’enfonce en me proposant de m’amuser avec lui alors qu’il ne m’a même pas dit son nom. Bien que même s’il l’avait fait, je ne serais pas parti avec lui, mais c’est une question de principe. Ma veine frontale est prête à exploser devant cette ordure, pourtant, je reste calme et prends une grande inspiration. Je regrette de ne pas avoir pris mes menottes, car l’envie de l’attacher sur un tuyau dans les toilettes pulse dans mes veines. Parker arrive avec les boissons, s’arrête devant le spectacle et ne sait pas s’il doit intervenir ou pas. Le gars insiste en enroulant une mèche de mes cheveux autour de son index.
- Si vous ne retirez pas votre main immédiatement, je vous l’écrase au point que vous ne pourriez plus vous en servir pour vous donner du plaisir, je siffle en le foudroyant du regard pour lui faire comprendre qu’il a dépassé les bornes. Car je doute que vous arriviez à conclure avec votre drague de pacotille. Mon ami m’attend. Passez une bonne soirée, je souris avant de retrouver Parker.
- C’est dégoûtant, lâche-t-il vexé.
- Pardon, je me retourne courroucée après avoir compris l’ampleur de ses paroles. La seule personne dégoûtante que je vois ici est en face de moi. De toute façon, vous ne lui arrivez même pas à la cheville, je lui crache au visage avec dédain.
Je rejoins mon partenaire, mon humeur entachée par cet individu me collant au talon, tout en entendant tout bas l’insulte commençant par S. Suis-je étonnée ? Non. Une vraie caricature à lui tout seul.
- C’est qui ? S’intéresse Parker à l’individu en regardant dans sa direction.
- Un mauvais dragueur qui se croit bon. Vous venez, respirer le même air que lui me donne la nausée.
Je lui prends sa main, devenue libre après m’avoir donné ma boisson. Je l’emporte loin de cet homme immonde et horripilant. Je ne sais pas ce que je ferais s’il osait répéter ce qu’il venait de dire à Parker. Il n’a pas besoin d’entendre ces mots.
- Je ne sais pas ce qu’il vous a dit mais il vous a énervé.
- Il vous a insulté, si vous voulez tout savoir. Bon, on ne va pas parler de lui toute la soirée, c’est une perte de temps. Je me retourne affichant un large sourire pour lui montrer que j’étais passée à autre chose. On est là pour s’amuser, non, je lui fais un clin d’œil pour qu’il voit que cette histoire n’a pas entaché mon humeur.
- Parfaitement.
Je montre mon ticket à la personne chargée de nous aiguiller et me faufile dans les gradins jusqu'à notre place. Je tiens toujours la main de Parker, qui a resserré l’étreinte, à moins que ce ne soit mon imagination qui me fait des tours. La foule est dense avec les personnes déjà en place, je dois jouer des coudes pour arriver à destination. L’air est saturé d’odeurs agressives me faisant retrousser le nez. Un mélange d’alcool, de transpiration et de tabac froid ayant imprégné les vêtements des personnes autour de moi. Je me colle au plus près de Parker, tout en laissant un espace pour lui respirer, pour m’imprégner de son odeur d’amande et de sauge et remplacer celle qui s’incruste dans mes bronches.
Une fois devant mon siège, je regarde dans les quatre directions pour me repérer dans l’environnement. La scène se trouve face à nous, ouverte et large, avec des écrans géants nous permettant de voir au plus près les musiciens. Je note la signalisation de la sortie de secours à ma droite et à ma gauche, même si je l’espère ne pas en avoir besoin. Il ne me semble pas que la sécurité intérieure ait eu vent de menace d’attentats. Tout devrait se dérouler normalement, bien qu’il vaut mieux enregistrer les issus en avance, au cas où quelqu’un ferait un malaise. Pas la peine de se retourner pour voir le stade se remplir. Le bruit des pas et des conversations le fait pour moi. Certains fans sont déjà éméchés au vu des rires et de leur façon de manger un mot sur deux. Venir à un concert pour s’enivrer est une logique qui m’échappe et me confirme dans mon choix de ne pas boire de l’alcool. À part finir dans un état second et stupide, je n’ai jamais compris pourquoi c’était aussi populaire. En plus, le goût est souvent mauvais. Je préfère de loin mes petits softs aux goûts fruités, qui ne font de mal à personne et qui reste en bouche un moment.
Avant que le groupe ne monte sur scène, je m’assis pour boire ma limonade à travers la paille en spirale. L’acidulé du citron rencontre celui plus doux de la grenadine, pour un fin mélange de saveurs qui éclatent dans mon gosier. Le bonheur à l’état pur. Je zyeute le verre de mon partenaire, le liquide ambré danse dans son verre faisant remonter les bulles de gaz de manière hypnotique. Parker porte le verre vers ses lèvres et dans un moment mutin, je lui vole pour tremper mes lèvres et voir si la bière sans alcool fera partie de mes nouvelles boissons favorites.
Je fronce les sourcils et lui rend le verre tout en résumant ma découverte: le goût de la bière sans l’ivresse avec. Dégeux.
Le goût de l’amertume de la bière reste collé à mes papilles. J’ai beau humidifier mes lèvres et mon organe, mais l’arôme ne me quitte pas. Je regrette d’avoir fini ma propre boisson. La prochaine fois, je réfléchirai à deux fois avant de recommencer.
- On en est là dans notre relation, me lance Parker avec un sourire moqueur.
- Après avoir partagé le même lit, partager un verre c’est rien, je réponds en levant une épaule pour lui faire comprendre que ça signifiait rien. Par contre, comment vous pouvez boire cette horreur ?
- L’habitude sûrement, m’explique-t-il en finissant la boisson.
- Ou bien, vos papilles ne fonctionnent plus comme avant.
- Nous y revoilà. Pourquoi m’avoir invité si mon âge vous pose problème ?
Son regard oscille entre l’offense et la déception me faisant manquer un battement. Comme si être avec une personne plus vieille que moi me faisait honte.
- Votre âge n’est pas un problème pour moi, je rectifie avec de l’assurance dans la voix pour qu’il comprenne que j’étais sincère. Je voulais juste dire qu’à force de consommer la même chose, le goût finit par être familier que l’on ne fait plus attention. Je le vois se détendre et confus de s’être trompé sur mon intention. Son expression change pour exprimer des excuses, mais je ne lui en laisse pas le temps. Après tout, mes paroles l’ont porté à confusion. Je préfère le sonder sur ce qu’il ressent : à vous entendre, c’est vous qui aviez un problème, je lui souris amusée.
- Peut-être. Enfin je ne sais pas. Je…
Soit il retient ce qu’il veut dire, soit il ne sait pas quoi dire. C’est la première fois que je le vois sans voix, lui qui a toujours quelque chose à dire. Le silence ne lui va pas. À moins que… J’écarquille les yeux ne croyant pas ce que je venais de découvrir.
- Ne me dites pas que je vous fais perdre vos moyens, je glousse pour savoir si j’avais raison.
- Et si je vous dis que c’est le cas, me répond-il droit dans les yeux.
Abasourdie par sa réponse, je reste un moment la bouche ouverte ne sachant quoi répondre. Maintenant, c’est moi qui suis plongée dans un silence de plomb et je ne sais pas comment je vais m’en extirper. Puis je remarque que ses yeux brillent de sournoiseries et je me mords la joue d’être tombée dans son piège.
- Je vois. Vous me faites marcher et je tombe en plein dedans. Je le mérite après vous avoir conduit en erreur. Je m’incline.
Je mime le geste de prosternation tout en rigolant intérieurement de mettre fait avoir comme une bleue. Je ne comprends toujours pas comment j’ai pu imaginer que ma simple présence pouvait le chambouler. Je me tape virtuellement l’arrière du crâne comme le faisait Gibbs pour me remettre les idées en place.
- C’est vous qui le dites, me glisse Parker dans le creux de l’oreille.
De nouveau muette, je bégaye pour essayer de faire sortir de ma bouche un mot ou n’importe quoi qui me permettrait de sortir de cet état tétanique.
- Le concert commence, me lance-t-il avec un signe de tête en direction de la scène.
Les lumières s’éteignent au même moment et la foule commence à crier et à taper du pied pour mettre de l’ambiance dans la salle. Le bruit des baguettes du batteur qui s’entrechoquent et les premiers accords de guitare retentissent dans l’enceinte de l’établissement facilite mon cerveau à me concentrer sur l’essentiel, à savoir m’amuser et profiter de la bonne musique. Ce qu’il vient de se passer avec Parker s’évapore dans les limbes de mes entrailles jusqu’à complète absorption. Au point que je n’y pense plus pendant tout le concert.
La première partie terminée, je me retrouve en nage à force de sauter sur place entraînée par l’ambiance et les personnes gravitant à côté de moi. Depuis toute petite, j’ai une certaine capacité à suivre le mouvement et à m’adapter aux autres pour m’intégrer aux groupes. Je tenais absolument à devenir quelqu’un aux yeux des autres, qu’au lieu de montrer ma véritable identité, j’en avais fabriqué une de toute pièce avec des morceaux par-ci par-là emprunté des filles les plus populaires. Tous mes efforts ont été balayés par les moqueries et la méchanceté gratuite des personnes que je voulais ressembler. Au final, je me suis isolée pour ne plus décevoir les autres. Avec ma vision d’adulte et mon expérience, je saisis la faute que j’ai commise, pourtant la réaction de mes camarades me semblent encore disproportionnée et blessante.
Un bruit rauque et étouffé parvient à mon oreille par la droite. Je pivote tout en reprenant mon souffle. Là, devant moi, les lèvres de Parker remuent en rythme avec la musique laissant filtrer le dit son rauque qui chatouillait mes oreilles. Le groupe joue une de leur chanson emblématique « Basket Case » et Parker chante ou plutôt murmure les paroles avec un plaisir véritable. Je le remarque grâce à ses pupilles dilatées et ses traits enfantins qui illuminent son visage. Les paroles sortent naturellement de ma bouche, alors que je ne m’autorise jamais à chanter en public. Pour une question de santé publique et éviter à mon entourage de perdre l’ouïe. Pourtant me voilà à fredonner avec force pour me faire entendre. Mes fausses notes sont englouties par la foule donc je me doute qu’elles ne parviennent pas jusqu’à lui. Sauf qu’il se retourne vers moi surpris, puis dans la foulée un sourire d’une largesse infinie. Rien à voir avec les sourires charmeurs ou moqueurs, ici, on est plus sur du bonheur à l’état pur.
Dire que j’ai failli raté ça.
Le voir ainsi, euphorique, amusé ou heureux m’enchante au plus haut point. Je remercie mon courage d’avoir osé l’inviter. Ma petite voix intérieure me dit de ne pas oublier Kasie, car si elle ne m’avait pas poussé à le faire, je serais encore à chercher un compagnon de concert. En plus, je suis doublement gagnante avec les différentes facettes que j’ai découvertes de lui.
Nos regards s’accrochent et se rivent sur nos lèvres durant le reste de la chanson. Comme si on se parlait par l’intervalle des paroles, ne voulant rien rater de ce que l’autre disait. Le silence nous informe que la musique est finie. Nous restons un instant figer avant de détourner le regard vers la scène. Lui, une pointe de gêne qui colore ses pommettes. Moi, troublée par les tambourinements de mon organe prêt à se faire la malle, ainsi que de la chaleur qui monte jusqu’à ma tête.
Pendant le reste du concert, je ne quitte plus le grand écran des yeux. Malgré la voix enchanteresse de Parker qui continue de fredonner les plus gros tubes. Mon esprit a beau vouloir se tourner vers lui, je garde le contrôle. Enfin jusqu’à un certain moment. Lorsque j’ai vu nos places dans les gradins et non dans la fosse, je me suis sentie rassurée et en sécurité. Je ne risquais pas de finir écrabouillé sur les barrières de sécurité, d’autres personnes ou sur Parker. L’idée d’être collée à lui, provoque des frissons dans tout mon corps. Et pas de dégoût. Alors avec un emplacement délimité par une place, j’étais sûr de ne pas avoir le moindre point de contact avec lui. Sauf que j’ai sous-estimé les fans et la chanson « American Idiot ». Dès le premier accord, la foule s’emporte dans un seul mouvement, comme une vague dans un stade de foot. Je me sens assaillie de tous les côtés, à part celui de Parker. Des bras me frôlent avec plus ou moins de force, qu’à un moment, je me sens partir vers l’avant. Je lance un cri de surprise et sens des mains me retenir par les épaules.
- Ça va ? Me demande Parker en me ramenant près de lui.
J’acquiesce incapable de répondre avec mon pouls tremblant de la peur que je viens d’avoir. Il regarde autour de lui et essaie de dire aux autres de faire attention, mais sa voix disparaît à peine qu’elle ait quitté son hôte. Alors pour éviter que je me retrouve de nouveau en danger, il m’installe devant lui. La place n’est pas optimale et je risque de marcher sur les pieds de mon supérieur, mais la présence de Parker derrière moi, comme enveloppée dans un cocon protecteur m’apaise plus ce que je ne voudrais.
Le concert s’achève après deux heures intenses sans interruption. La fatigue commence à se manifester par mes paupières qui ont du mal à rester ouverte. Est-ce que je suis trop vieille pour aller à des concerts ou bien est-ce à cause de la fatigue que j’accumule depuis des jours ? Je me rassure en pensant que la deuxième option est plus envisageable. Avec les nuits courtes et les heures à courir partout, mon corps m’informe que je tire trop sur la corde. J’ose jeter un regard en biais pour voir si Parker est dans le même état que moi. Contrairement à moi, ses yeux restent ouverts, mais j’entraperçois une légère fatigue s’affichait sur son visage bien qu’il soit dissimulé dans les jeux de lumières des projecteurs fixés au-dessus de nos têtes. Depuis que nous passions beaucoup de temps ensemble, j’ai pu observer plusieurs facettes se mouvoir sur son visage, alors j’arrive facilement à les analyser. Quand il est surpris, ses sourcils s’arquent en arc de cercle avec les yeux grands ouverts, puis son expression change en fonction de la surprise. Soit il prend un air enfantin, avec ce qu’il faut d’espièglerie dans les yeux, soit un air plus étonné, comme si ce qui se déroulait devant lui ne pouvait exister. J’adore voir le sourire ou l’amusement habiller son visage. Surtout, s’il est authentique. Les pâtes d’oies qui encerclent son regard étiré et sa bouche un peu entrouverte montrant un mélange de blanc et de rose, me font souvent battre le cœur et je finis toujours par détourner le regard de gêne et de peur qu’il me remarque en train de l’admirer. Par contre, voir ou même juste apercevoir de la tristesse ou de la peine me déplaît, au point de vouloir lui enlever toutes les émotions négatives et qu’il ne garde en lui que le positif. Principalement, si j’en suis la cause. Surtout si j’en suis la cause.
Encore ! Encore ! Encore !
La foule scande d’une même voix le rappel pour faire durer l’événement le plus longtemps possible. Je la regarde stupéfaite et émerveillée par l’énergie qui réside encore en elle. Comment les gens peuvent-ils être encore en forme, alors qu’ils ont passé la plupart du temps à sauter, crier, et ce, sans s’arrêter ? Soit ils ont pris des substances illicites. Je serais étonnée du contraire. Ou bien, ils ont hiberné jusqu’à aujourd’hui pour garder leur force. Ma préférence va vers la deuxième, car c’est beaucoup plus mignon de les imaginer endormis dans des grottes, que de prendre tel drogue qui finira par les tuer un jour ou l’autre. Le bruit des pas lourds faisant trembler les gradins finit par parvenir jusqu’au groupe, car ils reviennent sous les sifflets de joie. Le chanteur s’installe au micro pour remercier l’enthousiasme des fans et nous informe qu’il y aura deux rappels.
Au fond de moi, j’avais peur de venir, peur d’entendre une certaine musique. Celle qui chamboule toutes les défenses mises en place pour éviter de sombrer dans la mélancolie. Moi, elle s’intitule « Last Night on Earth » et elle est en train d’être jouée en ce moment même. Ma chanson. Ou plutôt celle de Matt et moi. Elle représente tout. Notre premier rencard. Notre premier baiser. Notre première fois. Alors rien d’étonnant à ce que mes larmes coulent aux premières notes et que des souvenirs amères ressurgissent creusant un gouffre dans mon ventre. Dire que je me suis sentie soulagée quand je ne l’avais pas vu sur la setlist. J’en viens à me demander si Matt n’avait pas prévu son coup. Car je suis presque sûre que je serais retombée dans ses bras. Même si je l’aurais regretté le lendemain. J’y vois une manifestation du destin de son absence et la signification est claire. Mon histoire avec Matt est bel et bien terminée. Un poids disparaît de mes épaules sans que je ne sache qu’il était là.
Il m’est impossible de ne pas la fredonner quand bien même il ne reste qu’un étranglement sourd de ma voix. Ce qui semble parvenir jusqu’à Parker. Il s’écarte un peu sur la droite pour examiner mon visage noyé sous les eaux salées.
- Qu’est-ce qui vous arrive ? Me cri Parker à l’oreille pour que je l’entende.
- Rien. C’est juste que cette chanson me rappelle Matt. C’était notre chanson, je révèle en haussant ma voix cassée par l’émotion.
Il n’a pas besoin d’en entendre plus ou de dire quoi que ce soit pour me réconforter. Il se replace lentement derrière moi et m’enserre de ses bras sans y mettre de la force. Je me colle à lui, entraîner par sa chaleur due au point de contact dans le dos. Je sens son torse se soulever à chaque respiration, en plus des pulsations de son cœur, allant de plus en plus vite, au fur et à mesure que nos corps se touchent. Pour montrer ma sympathie pour ce câlin impromptu, je pose mes mains sur son avant-bras tout en faisant de légères pressions. Nous restons ainsi jusqu’à la fin du rappel, même si la dernière chanson est l’exacte opposée en matière de rythme.