Noriko

Chapitre 11 : Arlong Park (2)

2931 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 06/06/2025 10:19

    Le village détruit n’avait plus rien d’intéressant à offrir, mais la route qui le traversait menait sans doute vers un autre hameau. Sans s’attarder sur le paysage dévasté, Noriko continua donc son chemin, se frayant un passage à travers les vestiges de ce qui avait été des maisons.


    Un cri la fit sursauter et faire volte-face : une explosion suivie d’un nuage de poussière indiquait qu’un combat avait lieu. L’instant d’après, un des arbres du bosquet s’effondra et des pas précipités martelèrent l’entrée du village abandonné.


    Sans attendre, elle se faufila entre deux énormes toits arrachés et se plaqua contre un pan de bois, le souffle court.


    Des grognements d’effort résonnèrent et un homme-poisson apparut.


    C’était la première fois que Noriko en voyait un d’aussi près et ne put s’empêcher de le détailler.


    Beaucoup plus grand que la moyenne, sa taille dépassait largement les deux mètres. D’apparence humaine, seules ses mains palmées ainsi que les branchies incrustées dans son cou trahissaient son espèce au premier coup d’œil. Néanmoins, en regardant de plus près, on distinguait des écailles qui parsemaient ses bras par endroits donnant ainsi un aspect lisse et des reflets irisés à sa peau.


    Noriko déglutit en s’attardant sur la musculature du nouveau venu, s’imaginant être assommée au premier coup mal placé.


    Son cœur accéléra sa cadence lorsque l’homme-poisson se mit à renifler autour de lui.


    Ignorant tout des capacités de cette espèce hybride, un frisson incontrôlable parcourut son corps lorsqu’elle se demanda s’il pouvait flairer son odeur. Elle retint sa respiration quand elle pensa à son dos : les plaies étaient cicatrisées, mais l’odeur du sang était peut-être perceptible.


    Aussi précautionneusement que possible, elle recula, se mouvant contre l’appui de bois.


    Le bruit d’une vitre brisée attira l’attention de l’homme-poisson qui s’éloigna en poussant plusieurs jurons.


    Au même moment, quelqu’un tapota sur l’épaule de Noriko. Elle sursauta et fut soulagée de constater qu’il ne s’agissait que de Johnny.


    Un doigt sur ses lèvres, il lui intimait le silence. Il laissa retomber la pierre qu’il avait en main et lui ordonna de la suivre d’un signe de tête.


    Un cri perça leur tympan et un énorme grabuge qui fit trembler le sol s’en suivit.


    Noriko, qui avait reconnu la voix comme étant celle d’Usopp voulut lui porter secours, mais le chasseur de prime se jeta sur elle pour l’en empêcher.


    Sa bouche écrasée par la poigne du jeune homme, Noriko fut traînée derrière un mur de pierre qui peinait à tenir debout. Elle tenta vainement de se débattre, mais Johnny avait plus de force et tenait bon. Elle se paralysa finalement de terreur lorsqu’un énorme bloc de pierre serti de cloisons en bois s’écrasa près d’eux.


    L’instant d’après, Usopp passait en trombe aussi vite qu’il le pouvait, criant à qui voulait l’entendre qu’il ne voulait pas mourir.


    Sur ses talons, l’homme-poisson le coursait en l’invectivant et lui ordonnant de revenir.


    Tous deux disparurent à travers le bosquet et le silence retomba.


    Johnny laissa passer un petit temps, puis relâcha sa pression en soupirant de soulagement.


    Noriko se dégagea aussitôt pour lui faire face.


    — Qu’est-ce qui t’a pris !? s’emporta-t-elle.


    Il la regarda avec des yeux ronds.


    — Comment ça ce qui m’a pris ? Tu voulais finir en charpie !? Il a littéralement soulevé une maison !


    — Mais Usopp est…


    — Il se débrouillera, trancha-t-il en balayant l’air de sa main, c’est un grand garçon.


    Elle serra les poings et se crispa.


    — Tout comme Zoro, je suppose ? T’abandonnes souvent tes compagnons aux mains de tes adversaires !?


    — C’était une situation d’urgence, s’agaça-t-il. Si on se fait coincer tous les trois, on pourra ni récupérer Nami, ni le Vogue Merry, en encore moins secourir Zoro : tu voulais que je fasse quoi !?


    Il avait crié et Noriko ne trouva rien à répondre. Sa manière de faire ne lui plaisait pas, mais force était d’admettre qu’il n’avait pas tort.


    — Il s’est enfui, rassura-t-il en baissant d’un ton, et vu sa motivation pour survivre, il a déjà dû le semer.


    La jeune femme porta son regard vers le dernier endroit où avait été aperçu Usopp, puis souffla d’agacement.


    — On va attendre Luffy et Yosaku, prévint Johnny, c’est le plus sage à faire.


    Elle fit claquer sa langue contre son palais et siffla de mépris. Elle avait beau essayer de faire des efforts, elle se méfiait du jeune homme qui ne faisait aucune preuve de camaraderie


    — Parle pour toi, pesta-t-elle finalement. Je vais continuer de chercher Nami.


    Elle ne prêta pas attention à sa réponse et reprit la traversée du village en s’éloignant à grandes enjambées.


    Pour être honnête avec elle-même, toute cette histoire n’arrangeait pas Noriko : Nami les avait trahis, avait volé leur navire et refusait de continuer l’aventure à leurs côtés. Même si la rouquine était de bonne compagnie, personne ne pouvait la forcer à venir si elle n’en avait pas envie


    Noriko pesta intérieurement en songeant qu’elle lui dirait certainement adieu. C’était triste, mais il fallait qu’elle rejoigne Grand Line au plus vite et ne pouvait indéfiniment pas rester sur East Blue.


    Le problème était que Luffy avait déjà pris la décision d’avoir Nami comme navigatrice et elle doutait qu’il changerait d’avis aussi facilement.


    Elle pourrait toujours proposer de manœuvrer le navire à sa place, mais comment feront-ils sans elle sur Grand Line ? De ce qu’elle avait compris, les garçons n’étaient pas des navigateurs chevronnés. Une fois leurs chemins séparés, ils ne s’en sortiraient donc pas.


    Elle souffla, prise d’une culpabilité soudaine. S’ils l’aidaient comme prévu, elle ne se voyait pas les abandonner une fois son but atteint.


    Lorsqu’elle arriva aux abords d’un autre village – habité cette fois –, Noriko fut d’abord étonnée d’apercevoir Zoro qui en revenait, et en ressentit un grand soulagement par la suite.


    Une fois proches, elle se crispa en remarquant que les bandages de son torse étaient déjà imbibés de sang.


    — Je vais bien, bougonna-t-il en repoussant la main qu’elle tendait vers lui.


    Elle baissa les yeux quand il continua son chemin avec empressement.


    — Comment tu t’en es sorti ? l’interpella-t-elle sans savoir si elle devait le rattraper.


    — C’est que de la poiscaille, rumina-t-il sans la regarder, j’ai fait ce que j’avais à faire.


    Noriko gonfla ses joues en roulant des yeux.


    — Et concernant Nami, tu as des nouvelles ?


    — Elle est avec l’ennemi.


    Elle se tut. Il ne daigna même pas ralentir.


    Une bulle d’eau lancée à l’arrière de son crâne le fit brusquement changer d’avis et revenir sur ses pas.


    — Tu me cherches, ou quoi !? menaça-t-il en avisant sa main trempée.


    — T’as pas besoin de moi pour ça, à ce que je vois, pesta-t-elle, les bras croisés. Je suis désolée de t’avoir laissé tomber, d’accord ? Mais on m’a pas vraiment laissé le choix, donc t’en prendre à moi ne te fera pas te sentir mieux !


    Il ouvrit la bouche pour répliquer, mais se ravisa. Finalement, il lâcha un soupir agacé et fit signe de le suivre.


    — Son village prétend que c’est une pirate, expliqua-t-il. Elle veut nous faire croire qu’elle est contre nous, mais elle m’a aidé à m’enfuir.


    Noriko acquiesça en hochant la tête et détourna le regard. Elle n’avait rien compris. L’humeur massacrante de Zoro le rendait encore plus bougon qu’à l’accoutumée et poser des questions ne servirait à rien.


    Ils quittèrent le chemin pour s’enfoncer à travers les arbres, un raccourci selon le bretteur.


    — Un vieux a vu Usopp se faire capturer.


    La manieuse d’eau tressaillit, se sentant coupable de ne pas s’être lancée à sa poursuite.


    — Où a-t-il été emmené ? demanda-t-elle en poussant la branche d’un arbuste.


    — Là où j’étais : à Arlong Park. Si Nami est avec lui, il ne risque rien.


    Elle fronça les sourcils, songeant qu’il n’y avait pas vraiment de manière délicate de lui annoncer que son raccourci leur rallongeait plutôt la route.


    — Quoi encore ? râla-t-il en remarquant son expression.


    — ZORO ! NORI !


    Tous deux levèrent la tête et eurent tout juste le temps d’écarquiller les yeux en apercevant Luffy à bord d’un bateau qui tombait du ciel.


    Simultanément, Yosaku émergea d’entre deux buissons, face à eux.


    — Ah bah vous êtes là !


    — Att…


    L’avertissement de Noriko fut emporté lorsque l’embarcation la faucha avec ses deux camarades après s’être lourdement écrasée dans la terre.


    Le fracas avait été épouvantable. Fermement accrochés à la coque, tous avaient été emportés sur plusieurs mètres et gisaient désormais parmi les décombres du navire.


    — Atterrissage réussi ! s’extasia Luffy en levant deux poings victorieux.


    — À quoi tu joues, espèce de crétin ? explosa Zoro en l’attrapant par le col. Tu voulais nous tuer, ou quoi !?


    — Bah, on est venus chercher Nami.


    Agenouillée près d’eux, sans se soucier des cris de lamentation du capitaine qui recevait une correction, Noriko s’étirait la nuque. Elle grimaça en remuant ses bras, ankylosés après s’être accrochée de toutes ses forces. Contrairement à Yosaku qui se relevait avec peine et dont la tête était déjà ornée d’une énorme bosse, elle n’avait aucune séquelle.


    — T’es intacte alors que je suis à peine vivant, bougonna-t-il en frottant son crâne, tu peux remercier ta génétique pour ta force surhumaine.


    Se retenant de rappeler qu’elle n’avait aucun lien de sang avec son oncle, elle le regarda d’un air confus. À sa connaissance, elle ne possédait pas de telle capacité et paria plutôt sur le fait de s’être bien réceptionnée, mais le jeune homme fut moyennement convaincu.


    — Nori est super balèze, intervint joyeusement Luffy.


    Toujours entre les mains de Zoro, il n’avait cependant pas loupé une miette de leur conversation.


    Yosaku tendit une main à Noriko, mais fut violemment poussé par terre.


    La manieuse d’eau cligna plusieurs fois des yeux. Face à elle se trouvait désormais Sanji, le serveur du Baratie.


    Incliné vers elle, il fit une révérence et ancra profondément son regard dans le sien.


    — Ô jeune demoiselle, permettez-moi de vous aider, minauda-t-il d’une voix suave.


    Abasourdie, elle accepta malgré elle.


    — Euh… Merci ?


    Sans la lâcher, il posa un genou à terre. Noriko se crispa et tenta vainement de récupérer sa main.


    — Mon cœur saigne à l’idée de te savoir blessée. Si j’avais su que tu étais avec ce bretteur minable, j’aurais fait en sorte de dévier ce bateau de sa trajectoire.


    — C’est moi que t’insultes ? interpella Zoro.


    — Noriko, douce Nori-jolie, continua Sanji sans se soucier des injures lancées à son égard. Je suis si heureux d’avoir rejoint cet équipage, l’idée de vous voir tous les jours toi et cette charmante Nami emplit mon cœur de joie ! Tu te souviens de moi, n’est-ce pas ?


    La réponse était évidente, mais la manieuse d’eau hésitait à répondre par l’affirmative, se contentant de l’observer comme s’il s’agissait d’une blague grotesque.


    Elle sursauta quand Zoro la força à retirer sa main au moment où leur nouveau compagnon allait poser ses lèvres dessus.


    — Eh, sale pervers, je t’ai posé une question ! s’interposa-t-il.


    Une veine apparut sur le front de Sanji qui reprit aussitôt son sérieux.


    — Qui tu traites de pervers, misérable sabreur de pacotille ?


    Se fusillant mutuellement du regard, ils s’apprêtaient à en venir aux mains lorsqu’ils furent tous deux violemment bousculés par Luffy.


    — C’est notre cuistot, annonça-t-il avec grande fierté, c’est moi qui l’ai recruté !


    S’en suivit une conversation épuisante. Tout en se relevant, Zoro et Sanji continuaient de se disputer, l’un accusant l’autre de ne servir à rien ; le Chapeau de Paille braillait qu’ils allaient enfin pouvoir se restaurer comme pirate digne de ce nom et Noriko se massait les tempes à cause de tout ce raffut – tout en souhaitant désespérément se trouver ailleurs.


    Pendant ce temps-là, Yosaku, qui avait été écrasé par le cuisinier et le sabreur, suppliait qui voulait l’entendre de bien vouloir l’aider à se relever.


    Suite aux explications de Zoro, tous s’étaient mis en route vers Arlong Park et avaient quitté la forêt afin de récupérer Usopp, tandis que Sanji se languissait à l’idée de revoir Nami.


    La conversation dévia naturellement sur les compétences du serveur qui se révélait être un excellent chef cuisinier grâce à son mentor Zeff aux Pieds Rouges qui lui avait enseigné tout ce qu’il savait.


    Le jeune homme avait accepté de rejoindre l’équipage pour poursuivre son rêve ultime : trouver la mer légendaire All Blue, une zone maritime où se rejoindraient tous les océans du monde.


    En gesticulant dans tous les sens, Luffy racontait passionnément la manière dont ils avaient déjà à eux deux vaincu Don Krieg et sa bande lorsqu’ils avaient voulu s’emparer du journal de bord de l’ancien pirate.


    Bien qu’à l’écoute, Noriko ne saisit qu’une partie de la bagarre et retint que Sanji était un redoutable combattant qui se servait uniquement de ses jambes afin de protéger ses mains – précieuses pour confectionner des plats selon ses dires.


    Son regard croisa le sien et elle se raidit une nouvelle fois lorsqu’il fit un clin d’œil insistant. Elle força un sourire et préféra regarder ailleurs.


    — Les gars ! s’égosilla une voix.


    Au détour d’un sentier, Johnny courait vers eux à perdre haleine. Au bord de l’évanouissement, il s’effondra ensuite à leurs pieds.


    Peinant à répondre à toutes les questions qui fusèrent en même temps, il tentait de réguler sa respiration saccadée. En panique, il finit par lever des yeux rougis de larmes.


    — Usopp est mort ! annonça-t-il d’une voix brisée.

Laisser un commentaire ?